Aquinetic - François Pellegrini - OWF 2014

De April MediaWiki


Titre : Federating a Regional Libre Ecosystem - The Case of Aquinetic

Intervenant : François Pellegrini

Lieu : Paris - Open World Forum 2014

Date : Novembre 2014

Durée : 15 min

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00' Transcription MO[modifier]

Présentateur : Notre prochain intervenant est président du pôle Aquinetic et va justement nous parler d'un cas concret. Donc Aquinetic, un exemple de réussite d'implantation des logiciels libres au niveau local. Je vous demande d’accueillir M. François Pellegrini.

François Pellegrini : Bonjour à toutes et tous. Je vais vous parler d'une expérience qu'on a menée en région Aquitaine autour justement de la construction et de la fédération d'un écosystème autour des technologies libres qui, donc, s'est personnifié dans la personne morale qui va s'appeler Aquinetic. L'analyse qui a été fait à la fin des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre 2008 à Mont-de-Marsan, par l’équipe organisatrice, était qu'effectivement il y avait un vide au sein de l'écosystème libre parce qu'on se retrouvait avec, en gros, cinq typologies d'acteurs parfaitement identifiés et qui avaient, en fait, des relations beaucoup trop lâches pour pouvoir bénéficier d'un effet de levier et de synergie pleinement efficace.

D'un côté on a, bien sûr, les entreprises qui dans l’écosystème local sont majoritairement des TPE, des très petites entreprises, voire unipersonnelles, et donc ce sont des gens qui sont continuellement le nez sur le guidon, qui cherchent des clients, qui cherchent à croûter comme on dit dans le jargon, et donc effectivement qui participent à la communauté bien évidemment, mais qui ont des problématiques très immédiates. Ils s'investissent énormément, à titre personnel, dans d'autres actions, mais effectivement ce sont des gens qui sont confrontés, j'allais dire de façon vitale, à la question des modèles économiques, des licences et autres.

On a à l'autre bout, j'allais dire du modèle de la monétarisation, les associations donc les LUG et autres qui animent soit des communautés orientées sur des projets, communautés de développement par exemple, ou alors des communautés basées sur des visions autour, justement, du Libre pour la recherche ou d’autres actions de ce genre. Donc eux sont, j’allais dire, en contact le plus largement avec le public en fonction de leurs domaines.

Ensuite on trouve les instituts de recherche qui, de fait, avec la numérisation de l'économie et de la société, produisent de plus en plus de logiciels, le logiciel ayant un double statut. C'est soit l'objet de la recherche pour les équipes qui font du numérique et pour qui le logiciel est la démonstration, la preuve d’existence de l'algorithme qu'ils mettent en œuvre. Ou des équipes qui ont besoin de logiciels pour réaliser un certain nombre de tâches, piloter un accélérateur de particules, ou autres. Donc ils construisent l'instrument, ils construisent le logiciel qui pilote l'instrument et ils se disent que si ça peut servir à d’autres gens qui construisent les mêmes instruments ailleurs sur la terre il y a peut-être un intérêt à mutualiser. Et clairement, dans cette démarche-là aussi, on voit que l'ouverture, alors je ne parle pas du libre, mais déjà une espèce open access est critique parce que quand vous avez un papier de recherche qui dit « eh bien voilà, j'ai fait le logiciel smurf ça m'a pris un thésard et trois ans et voila le tableau de résultats qu'a obtenus mon logiciel. Point », eh bien on ne fait plus de la science on est dans la croyance, en disant « mais est-ce que ce tableau a été généré au printf ? Ou est-ce qu'il y a un vrai logiciel derrière qui fait effectivement les calculs ? » Et donc pour pouvoir réaliser le processus, j'allais dire scientifique, de mise en question des résultats, on a besoin d’avoir accès au code, et donc les communautés scientifiques sont de plus en plus investies dans la question de la diffusion des outils des résultats de la recherche, donc des logiciels.

On l'a vu aussi avec le cas des neutrinos qui allaient plus vite que la lumière, où c'était un problème. Enfin il a fallu analyser le matériel. Là aussi c'est important que la communauté puisse avoir accès aux équipements.

On trouve aussi, bien sûr, les instituts d'enseignement supérieur pour lesquels, bien sûr, pour les étudiants pouvoir farfouiller dans le code, c'est une valeur ajoutée en termes d’enseignement. Pour les enseignants aussi pour illustrer. « Ah tu veux voir comment c'est, eh bien va regarder ! »Et puis on a une force de travail absolument considérable en termes de stagiaires, de projets tutorés, qu'il est dommage de gaspiller avec du code jetable. Et avec un petit peu, j'allais dire, d'anticipation, on peut arriver à utiliser cette force de travail pour le bénéfice mutuel à la fois des étudiants et des responsables de projets. Et clairement, c'est un couvoir pour, éventuellement, des futurs entrepreneurs, c'est ce que j'appelle un peu le syndrome du poussin. C’est-à-dire que la première image qu'on voit en sortant de l’œuf c'est maman et donc, clairement, il y a un intérêt à familiariser les étudiants avec les modèles de travail collaboratif, les licences libres, de façon à ce qu'ils puissent intégrer aussi ces problématiques-là dans leur futur travail en équipe qu'ils auront maintenant désormais à accomplir.

Et puis on a le cinquième acteur, les collectivités locales. En fait elles ont beaucoup plus de pouvoir que ce qu'on pense. On pense qu'elles ont le pouvoir de dire non parce qu'il n'y aura pas le tampon sur le formulaire B29-3X2, mais le vrai pouvoir n'est pas là, en fait. Les collectivités locales sont toutes des entités qui moulinent de la donnée parce qu'elles récupèrent de la donnée sur leurs actions publiques, à partir de là elles créent des indicateurs qui servent à piloter leur politique. Donc effectivement, d'une façon ou d'une autre, tout le monde interagit avec l'administration et donc, de fait, quand on interagit avec une administration, eh bien il y a les effets de réseau traditionnel. Je vous envoie un formulaire an format smurf, vous devez avoir le logiciel smurf pour pouvoir remplir le formulaire et bénéficier de vos prestations sociales, etc. Donc il y a un effet de prescription des collectivités locales qui est extrêmement important et qu'il est possible d'utiliser. Qui plus est, elles ont quand même une autonomie de décision, en particulier pour celles qui vont nous intéresser, le Conseil régional en particulier d'Aquitaine et effectivement, elles peuvent financer des politiques industrielles. Ça fait partie de leurs prérogatives et ça, ça peut-être intéressant, justement, de s'appuyer sur ce genre de projet pour financer la communauté libre.

Donc effectivement la vision qu'ont eue Jean-Christophe Élineau et les autres organisateurs de 2008 c'était de dire il faudrait créer quelque chose qui n'existe pas, une nouvelle entité qui, justement, servirait de catalyseur entre les cinq entités, les cinq classes d'entités qu'on a déjà vues, de façon à favoriser la croissance de l’écosystème libre. L’objectif étant d'avoir une perspective économique puisqu'on n'aura la crédibilité des financeurs que si, effectivement, à la fin c'est l'équivalent du show me the code, c'est le show me the jobs : où sont les emplois qui ont été créés ? Où est la valeur ? Où est le meilleur service à la communauté ? Ça c'est un point essentiel. Effectivement il s'agit de mettre en musique, en action, la révolution numérique à l'échelon régional, donc typiquement le modèle de coopétition sur les biens non rivaux, donc le changement de paradigme entre l’économie des biens matériels et l'économie des biens immatériels. Et peut-on produire de la valeur avec ça et créer des emplois à haute valeur ajoutée sur un territoire tel que la Région Aquitaine ?

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Effectivement il s'agit d'une stratégie basée par projets, avec donc l'idée c'est de bénéficier de l'effet de levier des communautés existantes, mais aussi de rajouter l'effet de levier supplémentaire de l’acteur que l'on veut créer. L'idée c'est qu'il y a des gens qui avec des briques libres, ou logicielles ou matérielles, font des solutions dans leur garage, et on veut transformer ça en produits, éventuellement générer une activité économique derrière et donc on s'est inspirés pour ça de la structure des pôles de compétitivité qui existait déjà au niveau national.

C'est comme ça qu'a été fondée Aquinetic. C'est une association loi 1901. On est centrés sur l'Aquitaine parce qu'en une journée on ne peut se déplacer physiquement que sur un territoire réduit. C'est un peu le périmètre des régions. On va voir ce que ça va donner avec des super régions où le président de région devra se téléporter pour aller voir ses administrés d'un bout à l'autre du pays. L'idée bien sûr c'est qu'on ne s'interdit pas de ramener des projets qui viennent de l'extérieur ni même d'aller exporter non jolis projets auprès d'homologues ou d'entités étrangères. Et Aquinetic, parce qu'on croit beaucoup au réseau, est membre du CNLL en tant donc non pas qu'association régionale, j'allais dire d'entreprise, mais de promotion des entreprises.

Nos missions c'est de favoriser la création et le développement d'entreprise qui sont des purs players des technologies libres. On détecte les projets de façon extrêmement précoce, avant même les incubateurs traditionnels, puisqu'on va mailler le terrain de façon très importante et très fine et ça nous permet justement d’être en amont et de détecter les projets à des stades vraiment, quand ils sont complètement sous le radar des organismes traditionnels et que les porteurs de projets n'ont même pas non plus imaginé pouvoir transformer ça en une activité rémunérée.

Bine sûr on encourage les autres entreprises à venir dans notre bel écosystèmes qu'on fédère. Et le but ce n'est pas de dupliquer ce qui existe déjà sinon l'argent et en particulier l'argent public serait mal utilisé. Le but c'est de s'accoupler aux organismes qui existent déjà pour leur servir, éventuellement, de poisson-pilote.

On assiste les projets dans leur croissance. On a un certain nombre de ressources propres au niveau de l'association donc en particulier des serveurs. En particulier on héberge aussi une partie d'OpenStreetMap aussi des bills de LibreOffice. Ça c'est parce que les serveurs sont là pourquoi ne pas les utiliser quand d'autres en ont besoin. On aide les gens à monter des dossiers de subvention par exemple, et puis on les aide aussi à l’export. On a fait un label « Open Source Aquitaine export ». on est allés à l'OSCON en 2013 avec sept entreprises, on a accompagné sept entreprises dans le cadre d'une borne commune avec UbiFrance. Donc ce genre d'actions à l'export.

En termes de gouvernance, eh bien ça ressemble aux pôles de compétitivité. On a un directoire, on a un conseil d'administration et puis on a un comité d'orientation scientifique et stratégique qui regroupe les acteurs des cinq types d'entités dont je vous ai parlé précédemment pour sélectionner les projets et faire l'accompagnement des projets.

Implantation régionale puisque justement nous on croit beaucoup à l'innovation en réseau et à l'innovation déconcentrée. Le but ce n'est pas d'appauvrir le territoire en personnes à haute valeur ajoutée en leur disant : « Si vous avez une bonne idée allez à San Francisco ! » Non, au contraire, l'idée c'est si vous avez une bonne idée restez chez vous, parce que votre marché de niche est là. Éventuellement vos réseaux sont également là et c'est là qu'on va commencer à construire de la valeur et puis éventuellement, ensuite, on dupliquera le modèle et on trouvera les personnes qui vont pouvoir vous aider à croître.

Donc rapidement un petit bilan. Effectivement à force de travail, beaucoup de temps passé, on a fait notre trou par rapport aux incubateurs classiques, par rapport aux OSEO ou autres, enfin BPI et autres, qui sont maintenant des gens qui nous contactent quand ils ont des problématiques de type technologie libre, licence, modèle économique. On commence beaucoup à échanger là-dessus, donc on est devenu un partenaire de référence sur ce plan-là. On a déjà labellisé plus de vingt projets. Je vous laisse lire les domaines d'activité, mais c'est vaste et vraiment on soulève un caillou en région Aquitaine et on trouve un projet, quasiment. C'est absolument passionnant avec, effectivement, le fait qu'une des solutions qu'on a accompagnées a été, eh bien, le premier projet libre qui a été donc récompensé par, comment ça s'appelle, le concours d'innovation du ministère de la Recherche en 2013.

On a des accords de partenariat aussi avec des pôles de compétitivité officiels, parce que les pôles de compétitivité abondent à certains mécanismes d'encouragement financiers, le Fonds unique interministériel, le FUI, nous on n'y a pas droit, donc, clairement, on a des synergies à avoir, justement, avec d'autres spécificités. Il ne s'agit pas de remplacer, il ne s'agit pas de dupliquer, il s'agit de travailler en partenariat, avec Aerospace Valley sur Aquitaine et Midi-Pyrénées, et avec le GTLL de Systématic ici sur Paris région. Et on a de temps en temps des groupes de travail et des équipes de mission qui se déplacent. On s'est déplacé, récemment, en Italie on vous en parlera dans les semaines qui viennent, ça va être génial.

Donc effectivement on travaille beaucoup maintenant avec les autorités, les administrations locales et collectivités locales et on a été, j'allais dire, sollicité pour définir des zones d'activité technopolitaines autour de technologies numériques. Maintenant ça fait partie de notre job et il y a des zones qui sont orientées logiciel libre en particulier à Mont-de-Marsan.

On a ouvert il y a quelques semaines, je vois que je suis déjà à court, un accélérateur dédié aux entreprises de technologie libre a appelé qu'on a appelé La Banquiz puisque c'est là où les pingouins se reproduisent, là aussi en collaboration avec un incubateur qui existait, donc ça démarre. Et maintenant on a la chaîne technique, maintenant on veut avoir accès aux investisseurs. S'il y en a dans la salle n'hésitez pas. L'idée c’est que les investisseurs travaillent beaucoup de façon seule. Ils veulent chercher la pépite pour eux. L’idée c'est d'essayer de les amener à ce modèle coopératif, de coopétition, et donc on travaille dessus et ça permettra aussi d'augmenter l'input financier du modèle et donc en tout cas c'est super fun, on adore. Allez voir sur le site.

Présentateur : Merci François.

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