Enjeux géopolitiques des infrastructures numériques - Ophélie Coelho

De April MediaWiki
Aller à la navigationAller à la recherche


Titre : Enjeux géopolitiques des infrastructures numériques

Intervenante : Ophélie Coelho

Lieu : Lyon - Conférence MixIt 2022

Date : 24 mai 2022

Durée : 42 min 17

Vidéo

Licence de la transcription : Verbatim

Illustration : À prévoir

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description[modifier]

Aucun acteur, même une Big tech, ne peut prétendre aujourd’hui maîtriser l’ensemble de son “territoire numérique”. Pour produire réseaux et terminaux, il est nécessaire d’extraire des métaux qui sont répartis inégalement sur la planète, avec des écarts de quantité et de qualité. Certains pays sont des territoires plus favorables à l’installation des serveurs nécessaires à la vie numérique pour des raisons géographiques et climatiques : lorsque Google installe ses centres de données en Finlande, ceux-ci profitent de l'eau de mer du golfe de Finlande qui permet de réduire la consommation d’énergie nécessaire au refroidissement de ces infrastructures géantes. La France est également un territoire intéressant pour ces infrastructures gourmandes en eau, car elle constitue une terre au réseau fluvial dense, et sa facture énergétique reposant sur le nucléaire lui confère une certaine sécurité d'approvisionnement à coût réduit. Elle est également, pour les entreprises américaines et chinoises, un territoire d'accès privilégié vers l'Europe : reliée aux câbles sous-marins transatlantiques à l'Ouest, elle est récemment devenu station d'atterissement du câble PEACE chinois débarquant à Marseille après avoir traversé les côtes indiennes, africaines et passé le canal de Suez. Ainsi, les interdépendances du monde numérique commencent par le territoire, ses richesses, sa géographie, son histoire. Et dans cet environnement, nous observons de très grandes disparités de pouvoirs. Nous le voyons aujourd’hui dans la difficulté que rencontrent les États européens à réguler les grandes entreprises du numérique, principalement les Big techs américaines. Dans une certaine mesure, les États-Unis sont eux-mêmes confrontés à cette difficulté, et la politique antitrust de l’administration Biden fait face à sa propre dépendance aux géants du numérique. Nous tenterons, dans ce talk, de dresser un état des lieux des enjeux géopolitiques relatifs aux infrastructures qui soutiennent la vie numérique. Les stratégies industrielles américaines et chinoises, et la position européenne, seront également analysées. Au delà du constat, il s'agira enfin de faire quelques propositions pour l'Europe.

Transcription[modifier]

Aujourd’hui je vais me concentrer sur les enjeux géopolitiques des infrastructures numériques. 30 minutes ce n’est pas beaucoup pour aborder ces questions-là. J’ai essayé de faire quelque chose d’assez pédagogique qui permet aussi de comprendre un peu les enjeux.
Avant de commencer, quelques mots sur mon champ de recherche.
Ce que j’étudie beaucoup aujourd’hui c’est une forme de théorisation de la mise en dépendance dans les enjeux de pouvoir que se forment aujourd’hui dans le monde du numérique et dans les rapports que les infrastructures et les outils numériques entretiennent avec le politique et le géopolitique.
Aujourd’hui je vais beaucoup parler de phénomènes de territorialisation comme enjeu de pouvoir. Pour parler de la territorialisation je vais parler de la dépendance infrastructurelle et de son rapport au territoire. Je vais également parler des enjeux du fait d’avoir des infrastructures territorialisées ou, d’une certaine manière, des dépendances qui se font au niveau infrastructurel, quelles sont leurs conséquences au niveau géopolitique.

Étant toujours un pied dans le terrain, c’est-à-dire que je ne suis pas passée du monde professionnel à la recherche, je suis toujours sur le terrain, pour moi ce qui est très important c’est de mettre du concret et de préparer l’avenir. Du coup généralement, je vais essayer de faire quelques petites propositions, je ne pourrais pas en faire beaucoup en 30 minutes, mais vous verrez quelques propositions en cours de route.

On va voir les dépendances infrastructurelles et leur rapport au territoire, les risques géopolitiques et aussi environnementaux. Je les relie de plus en plus aujourd’hui, vous allez assez vite comprendre pourquoi et également les techniques d’expansion territoriales dans le secteur des infrastructures.

Dépendance infrastructurelle et territoire[modifier]

Quand on parle de dépendance infrastructurelle et de territoire, on va prendre en compte plusieurs choses.
Tout d’abord la matérialité du numérique, c’est notamment les réseaux qui soutiennent toute notre activité numérique. Cette répartition des réseaux dans le monde est quand même assez inégale. Nous nous sommes très bien pourvu, mais on verra que d’autres pays dans le monde ne sont pas bien pourvus de réseau et qui, du coup, doivent faire affaire, doivent faire des négociations soit avec des pays frontaliers soit avec des entreprises, donc c’est plus compliqué pour ces pays-là.
La configuration géographique est aussi importante, configuration géographique dans le sens où si vous êtes localisé près de l’océan ou si vous êtes un pays enclavé ça va également avoir un impact sur votre accès au réseau.
Les conditions climatiques aujourd’hui ont une importance de plus en plus forte qui oriente d’ailleurs les stratégies des entreprises et qui, je pense, devrait de plus en plus retenir l’attention de nos entreprises en Europe , mais aussi des États et de l’Europe, puisqu’on va avoir à faire des choix importants vis-à-vis de ces changements climatiques.
Tout cela mène à la base en fait à des répartitions inégales de pouvoir. On sait que dans l’histoire les inégalités de pouvoir, de répartition des pouvoirs, s’expliquent par le fait que la technologie s’est beaucoup développée aux États-unis, certes, mais le territoire aujourd’hui a de plus en plus d’influence pour les raisons que j’ai évoquées juste avant, du coup cela fait de la territorialisation des infrastructures un enjeu stratégique majeur dans la recomposition des pouvoirs.

Si on regarde par exemple un pays comme la France, on peut assez vite considérer que c’est une porte d’entrée vers l’Europe pour les technologies venant des US ou de la Chine.
Pour rappel, il y a 23 câbles connectés à la France. Au Nord on va être principalement connectés au Royaume-Uni qui est lui-même connecté aux US et à l’Europe du Nord. Connectés à l’Ouest par quatre gros câbles connectés aux US et au Sud au continent africain et à l’Asie, en fait à Marseille où on va avoir le câble PEACE de Huawei Hengtong qui a atterri il y a à peu près un an.
Le fait d’être cette porte d’entrée vers l’Europe nous donne une place stratégique en Europe qui fait que le choix de nos entreprises d’être en partenariat sur des chantiers de câbles est important pas seulement pour nous mais pour les autres pays européens ; également des problématiques de sécurité de câbles par lesquelles nous sommes tous concernés sur des zones traditionnelles, des zones sensibles traditionnelles comme le canal de Suez. Je vous conseille de regarder sur toutes ces questions sur les câbles le travail d’une chercheuse, qui s’appelle Camille Morel, qui a fait toute sa thèse sur les câbles sous-marins il y a quelques années.
Si on regarde au niveau des câbles connectés à la France, je ne vous ai pas tout mis, je vous ai simplement mis les quelques câbles qui ont, disons, un consortium de très peu d’acteurs. On ne se retrouve pas avec des très gros consortiums, mais surtout des acteurs très puissants économiquement : 2Africa on va avoir China Mobile et Facebook ; Amitie Facebook et Microsoft comme financeurs principaux ; Dunant appartient à Google en totalité et le câble PEACE qui appartient à un consortium chinois, Hengtong Huawei, financé par l’État.

Le cas des pays enclavés, on le voit déjà en Europe, on va avoir certains pays qui n’ont pas accès à la mer. Ces pays ça va être par exemple la Slovaquie, l’Autriche, la Tchéquie, la Suisse ou le Luxembourg. Du coup comment ces pays font-ils ? En gros ils ont deux possibilités : soit ils passent par le réseau continental pour accéder par exemple aux technologies US s’ils sont dépendants des technologies US, soit ils vont utiliser la technologie de satellites à orbite basse Starlink puis ??? qui se déploient petit à petit, qui va leur permettre, en quelque sorte, de moins dépendre des câbles réseaux terrestres et câbles sous-marins, mais cette fois-ci ils dépendront des constellations satellitaires.

Ce qui est très intéressant c’est de voir du coup ce qui se passe sur cette dépendance au câble dans un autre continent comme l’Afrique. De plus en plus je calcule, en tout cas j’essaye d’émettre, j’essaye de définir des seuils de dépendance. Ça peut être par exemple en comptant le nombre de câbles connectés à certains pays.
On peut voir que sur le continent africain certains pays sont plutôt bien pourvus comme le Sénégal qui va avoir six câbles et qui compte du coup 2Afarica connecté à ses côtes. La République du Congo, la Namibie et le Mozambique sont connectés à deux ou trois câbles, ça va encore plutôt bien pour eux. Certains pays sont connectés à un seul câble, ce qui les rend extrêmement fragiles, comme la Mauritanie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Togo, le Liberia, également la Sierra Leone. Après il y a les pays enclavés, ceux dont a parlé juste avant, sauf que dans le cas de l’Europe on a plutôt une bonne entente en général et on arrivera à trouver des compromis dans beaucoup de cas. Pour ces pays c’est parfois plus compliqué, le Botswana, le Tchad, le Niger, la Zambie, en effet, on se retrouve avec des dépendances extrêmement fortes aux réseaux frontaliers. Ce qui explique, du coup, que pour ces pays il est plus difficile de faire, en Europe on aurait dit la transformation numérique, mais je ne vais pas employer ce terme que je n’apprécie particulièrement, mais qui ont tout simplement du mal à s’adapter, non pas à apprendre mais à développer économiquement les technologies numériques dans leur pays.

Au niveau des câbles, on peut voir quelque chose d’assez intéressant depuis 2016 qui est un changement de paradigme. Si vous connaissez un petit peu la situation traditionnelle normalement les câbles sous-marins sont détenus par les grandes entreprises de télécoms et les États. C’était le cas jusqu’à encore récemment. On se retrouvait avec des très grands consortiums, dans le cas de l’Afrique on le voit très bien. Vous voyez la première ligne, tous les câbles qui ont été construits jusqu’en 2012 ont été construits par des consortiums d’une vingtaine d’acteurs, ce qui fait qu’on se retrouve avec des possibilités de négociation pour chacun de ces acteurs au sein d’un collectif. Ce n’est pas toujours simple de négocier dans un collectif aussi grand, néanmoins ça donne la possibilité, le droit à la parole.
Depuis 2016, il y a un changement de paradigme. Les entreprises des télécoms n’ayant plus les moyens de fabriquer elles-mêmes les câbles sous-marins, elles ont, quelque part, laissé le terrain, ce marché, à des acteurs plus forts financièrement comme les Big Tech.
Dans le cas de l’Afrique, les fameuses dépendances qu’on a vues avant vont s’accroître par le monopole décisionnel de ces acteurs, des Big Tech, qui autrefois ne faisaient que louer la bande passante et aujourd’hui la louent aux autres.
On se retrouve avec Equanio, 2Africa côté américain et PEACE côté chinois, avec évidemment deux manière différente d’aborder ces chantiers. Pour les Américains on est toujours sur un acteur industriel qui a, d’une certaine manière, un certain pouvoir sur son propre État, en tout cas une capacité de négociation. Pour le modèle chinois, on est sur des entreprises financées par des banques nationales. Donc on a deux modèles qui s’opposent.

Au niveau du territoire il y a aussi des choses intéressantes à voir, c’est lorsque l’on a va parler du lien entre la localisation d’un pays et les performances.
Par exemple le cas de la place de marché de Suisse versus celle de Singapour qui, dans le secteur du trading haute fréquence, va avoir un impact considérable tout simplement parce que la Suisse n’a pas accès au câble, n’a pas un assez direct au câble, alors que Singapour, comme on peut le voir, est directement connectée à la mer, donc là-dessus il n’y a pas de souci.

Ensuite les conditions climatiques. Il y aura une conférence à priori sur le cloud et les progrès en termes environnementaux.
Aujourd’hui, une problématique assez majeure a déjà commencé aux États-Unis ce qui fait que, du coup, les entreprises US sont assez bien au courant des problèmes que cela peut poser sur les territoires et des critiques qui ont été émises par des chercheurs, je vous ai mis plusieurs références dans le support que vous pourrez retrouver en ligne. Le fait que certains territoires comme le Texas, l’Arizona ou la Californie soient soumis à de plus en plus de périodes de sécheresse fait qu’il devient de plus en plus difficile pour les grosses entreprises comme Equanio, Digital ??? ou les Big Tech de créer de nouveaux datacenters dans ces régions-là. Ça crée de plus en plus de controverses, parfois c’est le territoire qui gagne, parfois c’est l’entreprise. Face à ce problème-là, si vous voulez c’est assez logique. Si vous hébergez les données du monde et, en plus de ça, vous allez consommer en eau et en électricité sur votre propre territoire en période de sécheresse à un moment donné ça coince. Le citoyen américain a tout à fait raison de se plaindre et de ne pas être d’accord avec ça.

Au niveau de la consommation d’eau, vous le verrez probablement plus précisément dans l’autre conférence de l’après-midi, mais tout de même passage important pour cela, notamment dans les stratégies de green washing qu’on peut voir de-ci de-là.
Aujourd’hui pourquoi est-ce important de parler de consommation d’eau ? Si on regarde la consommation d’eau des datacenters on a l’impression que ce n’est pas grand-chose. Aujourd’hui il faut comprendre que le calcul WUE, du water-use efficiency, ne prend en compte que l’usage direct de l’eau pour le fonctionnement d’un datacenter, ne prend pas du tout en compte l’eau qui est utilisée pour la source d’énergie, en fait la source d’eau indirecte. À cause de cela, il devient forcément plus difficile de calculer réellement le water-use efficiency, parce que ça va dépendre de l’énergie qu’on utilise. Aux États-Unis la plupart des datacenters utilisent de l’énergie fossile. On va se trouver évidemment avec d’énormes consommations d’eau. Pour le nucléaire aussi, puisqu’au final le nucléaire consomme, en tout cas prélève beaucoup d’eau. Ensuite on va avoir les énergies renouvelables. Le fait que certains pays développent les énergies renouvelables plus que d’autres les rend plus favorables à accueillir des chantiers de datacenters.

13’ 40[modifier]

Du coup, là-dessus, on comprend que le fait d’avoir une augmentation des données, la Commission européenne parle d’une augmentation de28 % d’ici à 2030, et d’avoir en même temps des périodes de sécheresse de plus en plus fortes avec des problématiques énergétiques, il va évidemment falloir à un moment penser à ce que signifie la territorialisation des centres de données, c’est-à-dire le développement, les chantiers de nouveaux centres de données dans nos pays, donc nos usages.

On a parlé de la possibilité du climat favorable ou défavorable, l’Europe du Nord par exemple. C’était assez rigolo j’étais au Danemark il y a deux semaines à peine où justement se pose la question des chantiers de centres de données pour la simple et bonne raison que l’Europe du Nord est assez bien vue, est assez bien considérée comme un terrain climatique assez peu soumis à la sécheresse et qui a, par ailleurs, développé assez tôt son énergie renouvelable. Pour la Suède, par exemple, on se retrouve avec 60 % d’énergie renouvelable. La Finlande et la Lettonie, 40 %. Pour l’Autriche on est à 36 %, le Danemark à 30 %, Pendant ce temps, en France, on est à 19 %, 19,1 % d’énergie renouvelable.
Du coup se pose en effet la question de l’avantage pour ces pays-là. Ils ont accueilli les centres de données avec beaucoup de satisfaction. On peut retrouver par exemple un très grand centre de données Facebook à Odense qui, par ailleurs, utilise produite par les serveurs pour chauffer la ville d’Odense. On peut se dire que c’est à priori une bonne chose si on prend en compte uniquement cela et pas le fait que la plupart des serveurs utilisés par Facebook fonctionnent à l’énergie fossile.

Le problème de ces pays-là c’est qu’ils sont aussi comme tous les pays d’Europe, ils ont un rapport de force extrêmement déséquilibré sur l’infrastructure logicielle qui va dans ces datacenters qui est le cloud. Une très bonne étude a été publiée par Eurostat en 2021, et franchement c’est vraiment bien qu’il y ait enfin ce genre d’étude sur les dépendances, qui montre qu’en fait les pays les plus dépendants au cloud en Europe ce sont justement ces pays d’Europe du Nord. Ils accueillent sur leur territoire des datacenters, mais le logiciel n’est pas le leur, de toutes façons.
Ce problème de rapports de forces déséquilibrés fait qu’en période de négociations entre acteurs économiques si sur votre territoire vous avez à faire à des grandes multinationales qui, par ailleurs, produisent le logiciel, vous êtes en situation de faiblesse pour négocier en cas de crise. C‘est le cas, par exemple, quand on se retrouve avec des multinationales telles que Nestlé Waters qui, dans les Vosges, prélève énormément d’eau dans la nappe phréatique, le sujet est là depuis 30 ans, mais comme on a à faire à une multinationale, les citoyens ont du mal à de faire entendre et on parle seulement de bouteilles d’eau, on ne parle pas d’outils qu’on va utiliser au quotidien et dont dépend une certaine activité économique et sociale. On se retrouve quand même avec des situations dues au modèle de la multinationale qui fait que les rapports de force, quand on est dépendant d’un logiciel à ce point et que ces entreprises construisent sur votre territoire, l’expansion territoriale est en votre défaveur.

Risques géopolitiques de la mise en dépendance=[modifier]

Qu’est-ce que ça donne au niveau des risques géopolitiques ?
Comme on va le voir on a une multitude d’acteurs techniques, on le sait. Vous faites probablement tous un peu partie de ces acteurs techniques et cette multitude d’acteurs techniques s’oppose à la concentration des pouvoirs auprès de quelques multinationales. Cette concentration des pouvoirs est accentuée par le fait que la gouvernance d’Internet est historiquement très largement transatlantiste et US. Quand je parle de transatlantiste c’est ce qu’on va avoir par exemple dans le conseil US-Europe sur les technologies, le récent conseil qui fait qu’on va avoir en fait une politique en faveur des entreprises américaines, qui est plutôt dans l’alliance aux entreprises aux partenariats avec les entreprises américaines plutôt que de créer notre propre technologies. Par ailleurs gouvernance internet largement US également puisque les lobbies, les puissances économiques américaines ont été très tôt présentes dans les différents organismes de gouvernances d’Internet.
Par ailleurs le droit européen du numérique est passif et défensif uniquement. C’est-à-dire que depuis le départ, que ce soit via le RGPD et aujourd’hui dans tout ce qui est Digital Services Act ou Digital Market Act, on nous maintient dans la place du client et non pas du producteur de technologie. Il n’y a pas encore de stratégie industrielle cohérente en Europe même avec les derniers plans pluriannuels de ces dernières années. Évidemment ce droit européen du numérique passif et défensif est extrêmement sensible à la puissance des lobbies puisque les lobbies du numérique sont aujourd’hui beaucoup plus puissants que les lobbies du pétrole.
Cela faisant, et encore je ne vous parle pas de l’intelligence industrielle, on retrouve évidemment avec des pouvoirs déséquilibrés et on va avoir des exemples très précis qui finalement sont assez récents comme le fait de pouvoir couper un service lors d’un conflit, lors d’une crise, comme ça a été le cas en Russie de la part de Google Pay, Apple Pay. On parle seulement de moyens de paiement, on peut toujours utiliser sa carte bancaire, ce n’est pas non plus une catastrophe de ne pas utiliser une plateforme de paiement comme Google Pay et Apple Pay, c’est néanmoins un pouvoir considérable de désorganisation.
La deuxième chose qui peut être assez intéressante est en fait la coupure de l’accès au réseau par des entreprises qui gèrent la dorsale d’Internet telles que Lumen ou Cogent Communications qui sont donc deux entreprises US encore une fois. C’est ce qui s’est aussi passé en mars dernier puisque Cogent Communications et Lumen, d’abord Cogent Communications qui a décidé de couper ses services en Russie limitant du coup la bande passante sur le territoire russe. C’est aussi ce qui peut se passer lorsque vous avez la main sur un logiciel fonctionnant à distance. Si vous coupez les mises à jour, voire si vous décidez de corrompre un logiciel qui est centralisé à distance mais mis à jour régulièrement.
Au final, le fait de ne pas être propriétaire de la technologie pour un État, pour une entreprise, on le sait, c’est évidemment une perte de contrôle, une perte qui peut aller très loin, c’est-à-dire qu’au final dans une situation dans laquelle on doit être en mesure de négocier on va avoir en face de soi des arguments forts comme le fait de pouvoir tout simplement couper un service, couper des services importants.

Ce que je vous ai mis à côté, c’est un petit peu différent, c’est Azure Governement, afin de vous montrer que même aux États-Unis pour Azure Governement, une version de Microsoft Azure qui est dédiée au gouvernement américain, qui n’existe pour personne d’autre, c’est fait uniquement pour le gouvernement américain, il y a en fait des services qui, même dans ce cas-là, sont centralisés, d’autres qui vont être régionalisés, d’autres qui vont être non régionalisés. En fait on se retrouve avec des logiciels qui sont parcellaires. Aujourd’hui quand vous regardez sur les sites internet des entreprises de cloud qui régionalisent, disent-ils leurs services, ils ne disent jamais ce qui est réellement régionalisé. Ils vont vous mettre des produits, vendables, utilisables dans tel ou tel pays, mais ils ne vous disent pas si l’ensemble du logiciel est territorialisé, est installé dans l’infrastructure, est installé dans le centre de données. Ils ne vous disent pas non plus qu’au final il va falloir mettre à jour ces versions-là et qu’il existera du coup toujours une passerelle entre le logiciel central et le logiciel régionalisé.

Pour la législation européenne, si vous voulez, quand ils ont commencé à régionaliser ces produits-là c’était plutôt cohérent avec ce qu’on voulait en Europe, c’est-à-dire que petit à petit on voulait rapatrier les technologies américaines en Europe, on s’est dit OK, cool, vous jouez le jeu, vous régionalisez, très bien, mais ça ne suffit pas. Pour ça il faut savoir que oui, il y a une mise à jour, oui il y a un logiciel centralisé et derrière il y a des logiciels qui ne sont pas régionalisés.
Tout cela, quelque part, c’est toujours la thématique de la boîte noire, le fait de ne pas savoir exactement ils sont conçus et quelles briques se trouvent à quel endroit, également où sont faites les copies, ça pose quand même pas mal de soucis pour nous utilisateurs finaux et décideurs.

Ce qui est intéressant aussi dans ces questions de dépendance c’est qu’au final on se rend compte que nos dépendances à ces technologies-là sont de l’ordre de la criticité, de l’ordre de ce qu’on appelle les services cloud sophistiqués, ce qu’ils ont appellé chez Eurostat les services cloud sophistiqués, que je préfère appeler les services cloud critiques en réalité. En gros les services qui permettent, par exemple, faire de l’analyse de données, les services qui permettent à un développeur de créer des machines virtuelles et de développer sur Microsoft Azure ou Google Industry. En fait tous ces services sophistiqués représentent une très grande part de notre dépendance, c’est-à-dire qu’on ne dépend pas de ces entreprises-là uniquement pour du mail, du stockage et l’utilisation de Google Sheets, etc. En réalité nos plus grosses dépendances sont sur des technologies complexes qu’on aura du mal à copier à l’identique, en tout cas, et qui seront vraiment majeures, puisque le jour où on vous coupe ce service-là vous perdez votre code, puisqu’en tant que développeur vous avez développé dans Microsoft Azure, vous avez développé dans Google ???, donc vous perdez vraiment une partie de votre travail.

Comment réagir vis-à-vis de ça ?
On peut mettre en place des stratégies d’indépendance technologique.
On a par exemple des stratégies nationales comme celles de la Chine, de la Russie qui est cette idée de maîtriser les technologies critiques. L’exemple de la Chine est très intéressant de ce point de vue-là, ils ont même un terme qui permet de qualifier les dépendances aux technologies principalement US, il y a aussi des technologies allemandes dans le lot, des technologies françaises, etc., qui est qià bo zi jishù ???, c’est-à-dire les techniques du cou coincé, le fait de mettre un client en dépendance à tel point qu’il y a le cou coincé ???. Il y a quelques années ils ont étudié les dépendances et ils ont mis en avant 25 technologies clefs pour lesquelles ils n’avaient aucun moyen de remplacement en Chine. Ils ont fait un plan renouvelable tous les cinq ans pour développer ces 25 technologies clefs et ne plus être dépendants des autres. Ça va parfois très loin comme le fait de créer des machines lithographiques pour améliorer les semi-conducteurs. Force est de constater qu’en maîtrisant les machines lithographiques, qui jusqu’à présent étaient américaines, ils ont en effet amélioré la qualité de leurs semi-conducteurs.
C’est une stratégie intéressante et, dans cette stratégie de maîtrise d’indépendance numérique, d’indépendance de technologie, il y a évidemment des accélérations en temps de crise. Les rapports entre la Chine et les États-Unis, mais aussi les rapports entre la Russie et les États-Unis ont accéléré ces mouvements d’indépendance.

Ce que j’ai appelé l’impérialisme propriétaire on pourrait dire que c’est la logique US, la logique inverse, la logique capitaliste tout simplement, qui est le développement horizontal/vertical d’une entreprise. Le développement horizontal/vertical c’est un terme économique, tout simplement, qui permet de dire qu’une entreprise veut contrôler l’ensemble de sa chaîne, horizontale ou verticale.
Dans ces deux cas on se retrouve avec des dérives totalitaires : que ce soit de la part de l’entreprise ou de la part de l’État, on peut en effet se retrouver avec des excès de pouvoir. Ça n’a évidemment pas les mêmes conséquences quand c’est un État ou une entreprise, néanmoins ce sont des excès de pouvoir et on peut parler de dérive totalitaire.

28’ 15[modifier]

À mon sens il y a donc quelque chose qu’il faudrait vraiment qu’on fasse en Europe, qu’on a commencé à faire ces dernières années, en 2019 il y a eu un bon signal de la part de l’Allemagne, l’année dernière de la part de l’Europe, mais uniquement sur la partie cloud aujourd’hui. Ce serait d’inclure comme obligation légale le diagnostic de dépendance numérique des États membres de l’UE. C’est-à-dire, en gros, sans forcément donner la cartographie de ces outils, savoir mesurer à quel point on est dépendant au niveau de l’État et au niveau des entreprises. Quelque chose qui serait très intéressant au sein des entreprises pour faire cela ce serait d’élargir les plans de vigilance déjà présents, déjà existants, au risque de dépendances technologiques. En gros, à l’obligation qu’ont les entreprises de faire un plan de vigilance, on ajouterait ce critère-là.
Considérer également, dans ce cadre-là, la notion de données stratégiques, c’est-à-dire, en gros, ce qu’il faut protéger et ce qui est de l’ordre de l’accessoire en quelque sorte. Si on pousse ces sujets-là, posez-vous vous-même la question sur les données que vous générez dans votre travail et non plus dans votre vie personnelle – c’est un autre sujet sur lequel on fait beaucoup le focus en Europe. Les données que vous générez dans votre entreprise est-ce qu’on peut considérer, à un moment donné, que ces données donnent une indication par exemple à un potentiel concurrent ou même sur votre territoire, sur votre ville, sur l’état de santé de la population locale même si vous ne nommez personne en fait. Simplement est-ce que ça a une valeur stratégique ?
Ensuite définir une lecture de la criticité des infrastructures et des technologies numériques, c’est-à-dire, en gros, ce qu’a fait un peu Eurostat pour le cloud. Le cloud c’est bien joli, mais ils se sont bien rendu compte en travaillant sur le sujet qu’en réalité dans le cloud il fallait découper entre la dépendance au mail ou à Google Sheets et la dépendance à des infrastructures de développement. C’est quelque chose d’intéressant à voir.

Expansion territoriale par les infrastructures[modifier]

Qu’est-ce qui se passe, du coup, pour revenir à ce sujet de l’expansion territoriale dont on parlait au début maintenant qu’on a vu le sujet des dépendances.
J’aime bien reprendre le modèle d’expansion des Big Tech côté infrastructures, ce ne sont pas les seuls mais c’est un objet assez intéressant pour parler justement de cette expansion territoriale de cette infrastructure.
Ce que vous voyez c’est la carte avec tous les câbles, il y en a également en gris, mais ceux qui sont en rouge ce sont les câbles qui appartiennent en partie ou en totalité aux Big Tech.
Dans le monde on en a au total 436 connus. Il y a évidemment des câbles qu’on ne connaît pas, qu’on n’a pas à connaître et c’est très bien comme ça. Et puis une partie de ces câbles, depuis très peu de temps, depuis 2016, ont commencé à appartenir aux Big Tech. Google en possède 20. Quand je dis 20 ce n’est pas en totalité, il en possède 5 en totalité et il a des parts dans 15 autres. Meta a des parts dans 12 câbles, Microsoft dans 5 et AWS dans 5 ; les câbles ce n’est pas forcément l’intérêt d’Amazon Web Services puisque, de son côté, il développe l’infrastructure satellitaire, je vais en parler un peu plus tard.

Là-dessus je vais aller un peu plus vite parce qu’il n’y a pas beaucoup de temps pour tout développer.
Il faut simplement retenir c’est que cette stratégie sur les câbles ne s’est pas faite pour rien. Elle s’est faite certes parce qu’au départ la location de bande passante coûte très cher de et comme ce sont les principaux utilisateurs de bande passante, pas que eux, évidemment on pourrait rajouter Netflix, etc., néanmoins ils ont vu leurs frais augmenter avec le temps. Donc au fur et à mesure ça devenait intéressant pour eux de le faire, mais surtout c’est cohérent avec leur développement d’infrastructures liées au cloud. Le fait, par exemple, que ces Big Tech fassent des partenariats avec les leaders du marché de centres de données mondiaux comme Equinix et Digital Realty Trust et entretiennent, du coup, des relations gagnant-gagnant, en quelque sorte, sur les solutions de cloud on ramp. Ces dernières années on voit en effet de plus en plus de chantiers Equinix et Digital Realty Trust en Europe avec ces partenariats sur les technologies cloud.

Du coup, on se rend compte assez facilement que cette logique sur les infrastructures dessert un objectif qui va être de soumettre progressivement l’écosystème, l’infrastructure de câbles, évidemment, en remplacement des télécoms et qui va aussi participer à d’autres formes d’expansion technologique notamment en Afrique. On se rend compte, par exemple, que les grands acteurs de la tech font des partenariats avec les télécoms européens pour pouvoir atterrir plus facilement en Afrique puisque les entreprises télécoms européennes ont un historique très fort sur le terrain, connaissent très bien la partie administrative et font bénéficier les Big Tech de toute cette expertise historique. C’est assez global au final.
Pour les télécoms c’est très intéressant de faire ces partenariats parce que ça leur permet évidemment de rester sur le terrain, ça leur permet d’économiser des frais qui sont quand même de l’ordre de milliards en ce qui concerne l’installation des câbles, donc c’est très intéressant pour eux. Par contre ils se placent dans la position du client, donc ils se placent en dépendance, évidemment, sur l’ensemble de la chaîne.
On voit justement que ces télécoms, qui sont donc nos acteurs locaux, sont en dépendance avec l’ensemble de la chaîne logicielle et de plus en plus maintenant qu’on a sur les télécoms une présence du numérique de plus en plus forte – avec la 5G, la 6G, vous avez évidemment beaucoup plus de numérique qu’avant. Il y a une dépendance qui se fait là-dessus et par ailleurs celle-ci est très liée à ce qui se passe sur le spatial ce sera ma dernière partie infrastructures.

Le numérique et le spatial ont des destins liés depuis un certain temps déjà. On pouvait voir dans les années 2000 par exemple avec le stockage et l’analyse des données d’observation. Aujourd’hui c’est devenu un enjeu de souveraineté numérique. Robert Belmer, d’Eutelstat, le disait très bien à l’Assemblée nationale, il disait lors de la mission « Bâtir et promouvoir une souveraineté numérique » : « Il y a aujourd’hui une résonance très forte entre l’espace et le sol et on n’a pas assez de développement sur le segment sol en Europe ». En effet le problème c’est que lorsque vous développez des constellations satellitaires, celles-ci doivent avoir un relais au sol, forcément. Donc maillage satellitaire signifie maillage au sol.

Je vous conseille d’aller regarder un petit peu, si vous êtes curieux, cette étude de chercheurs chinois qui faisaient une proposition assez intéressante sur la manière de connecter ces réseaux satellitaires au sol et on voit que dans ces technologies-là les technologies cloud ont une place majeure et, pour cela, ce qui est assez important aussi, ce qui va valoriser les monopoles, c’est qu’un satellite, en fait, a besoin d’un relais au sol assez cohérent et assez homogène et forcément ça va favoriser les acteurs qui ont déjà un maillage au sol cohérent.
Quand on est déjà dépendant sur le maillage au sol pour l’activité numérique par réseau câblé, vous ajoutez à cela la dépendance au satellite qui elle-même va dépendre de ce maillage au sol. C’est assez facile de comprendre qu’au final les gagnants de l’affaire sont évidemment ceux qui vont maîtriser le maillage au sol. D’ailleurs on le voit très bien avec les grands pouvoirs qui se forment là-dessus, AWS, donc leader justement du cloud et le projet d’Amazon, Kuiper, donc la même entreprise et, de son côté, Starlink qui a évidemment aussi ses partenariats avec Google et Microsoft pour avoir un maillage au sol cohérent.

Au niveau du maillage territorial ce qui peut être intéressant c’est d’avoir une logique beaucoup plus européenne, par exemple se dire que si à l’avenir, en Europe du Nord, il est plus intéressant de construire des centres de données pour des raisons climatiques, etc., plutôt que de laisser aux entreprises américaines le fait de mettre en dépendance à leurs infrastructures ces pays-là, on pourrait aussi travailler au niveau d’une stratégie industrielle européenne pour partager sur le territoire certaines choses, certaines infrastructures. Ce serait, quelque part, gagnant-gagnant puisque eux garderaient la maîtrise des datacenters et on pourrait peut-être faire le logiciel, à voir, on a quand même pas mal de compétences sur le sujet pour faire cela et des acteurs, des entreprises françaises et européennes qui maîtrisent assez bien le cloud au final et qu’on devrait plus mettre en avant.
Pa ailleurs plutôt que d’avoir des géants, tout à l’heure je vous parlais des problèmes des multinationales comme Nestlé Waters, il est plus intéressant pour le maillage territorial d’avoir des acteurs nombreux et de plus petite taille, non seulement pour une question d’adaptabilité et de résilience. En effet c’est comme sur un réseau, quand on a beaucoup d’acteurs, quand un ne fonctionne pas, on peut passer à l’autre.
Un contrôle politique affirmé puisque sur les acteurs privés de plus petit taille on peut avoir moins de concentration de pouvoir. Le fait d’avoir des acteurs de plus petite taille favorise le fait de pouvoir les contrôler et ça favorise également l’interopérabilité puisque le fait d’avoir des technologies différentes fait qu’à un moment donné il faut créer des passerelles. L’interopérabilité peut être boostée aussi par la diversité, C’est ce qu’on peut faire aujourd’hui, ce qu’on fait de plus en plus et ce vers quoi on pourrait aller si on travaille en cohérence.

Je n’ai vraiment pas beaucoup de temps, je vais aller très vite, mais je pense que c’est très important.
On en a beaucoup parlé dans les débats sur la souveraineté numérique : cette lutte anti-monopole, comme vous avez pu le comprendre, le fait de lutter contre cette concentration de pouvoirs, implique que l’État fasse un choix notamment vers la commande publique, certes, et qu’elle favorise une certaine forme de protectionnisme ciblé que nous n’utilisons pas beaucoup en France, qui est gros mot quelque part – en Europe, quand on parle de protectionnisme, parfois c‘est devenu un peu gros mot – qui serait de favoriser vraiment les entreprises françaises et européennes, chose qui est tout fait possible même dans le cadre des traités européens. Dans certains cas, quand c’est dans une optique de stratégie et d’intérêt commun, on peut le faire.
Faire de la commande publique un levier d’amélioration et de diffusion des produits numériques pour sortir vraiment de cette logique de produit sur étagère qu’on a aujourd’hui. Dès que l’État va choisir un acteur numérique, il choisit forcément un GAFAM tout simplement parce que le produit est déjà tout prêt. Eh bien non ! On pourrait revenir à une logique industrielle de production de technologies où la commande publique permet d’améliorer la technologie.
Et enfin, chose qui me semble quand même très importante, c’est de sortir de la logique de transformation numérique telle qu’on la fait aujourd’hui, qui est en fait assez compatible avec une idéologie consumériste qui vous place dans la position du client. La transformation numérique à tout prix, aller le plus vite possible, c’est utiliser des produits sur étagère, c’est en effet se placer dans la position du client passif, c’est ne plus apprendre les langages natifs mais apprendre plutôt uniquement les frameworks – c’est très bien pour plein de choses, je ne dis pas le contraire. Le langage natif peut aussi aider à fabriquer le cœur des technologies, peut aussi aider à mieux appréhender tout ce qui va être de l’ordre du langage machine donc de fabriquer vraiment la technologie et non pas simplement d’utiliser ce qui a été conçu pour vous.
En gros l’idée c’est de faire une stratégie industrielle qui repose sur le développement technologique.
Je vais m’arrêter là. C’est la fin.

[Applaudissements]