Un monde meilleur pour le numérique- La Robe Numérique

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Titre : Un monde meilleur pour le numérique - Opensource #1

Intervenant·e·s : Laurent Costy - Laurent Destailleur - Oriana Labruyère

Lieu : Podcast La Robe Numérique

Date : 4 avril 2024

Durée : 45 min 19

Vidéo

Licence de la transcription : Verbatim

Illustration : À prévoir

NB : Transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Oriana Labruyère : Bonjour et bienvenue sur ce nouvel épisode de La Robe Numérique. Cher auditeur et chère auditrice, vous retrouvez La Robe Numérique après quelques mois d’absence, quelques mois pour travailler, finalement, sur la proposition de contenu, donc vous pourrez retrouver les épisodes de La Robe Numérique en vidéo et en format 100 % audio.
Pour cette nouvelle ère de La Robe Numérique, nous avons choisi de parler d’un sujet extrêmement complexe, mais je suis sûre que nous l’aborderons de manière très pratique, c’est le sujet du logiciel libre, l'open source. Nous allons aborder ce sujet sur plusieurs épisodes. Je vous invite à rester avec moi. Sans faire de blabla, je vais directement passer la parole à mes invités : Laurent, merci d’être venu ; aujourd’hui c’est un peu compliqué parce que j’ai deux Laurent avec moi.

Laurent Costy : On ne l’a pas fait exprès !

Oriana Labruyère : Non, vous ne l’avez pas fait exprès, mais c’est ainsi. Laurent Costy, vous êtes vice-président de l’association April qui, malgré ce nom, est l’Association pour la défense et la promotion du logiciel libre et vous êtes le spécialiste du numérique dans le secteur associatif. Oui, moi j’ose tout, je suis comme ça.

Laurent Costy : Je ne suis pas tout seul !

Oriana Labruyère : Autour de cette table, vous êtes le spécialiste du numérique dans le secteur associatif. Est-ce qu’on est d’accord avec ça.

Laurent Costy : Autour de cette table.

Oriana Labruyère : Autour de cette table, soyons précis.
Laurent Destailleur, vous êtes vous le CEO [Chief Executive Officer] et CTO [Chief Technical Officer] de DoliCloud, vous êtes expert ERP [Enterprise Ressource Planning] et CRM [Customer Relationship Management] tant dans le Libre que dans le logiciel propriétaire, donc vous allez pouvoir bien insister sur la différence, et vous êtes également chef de projet Dolibarr et comme vous vous ennuyez, on est d’accord, vous êtes également hacker éthique.

Laurent Destailleur : C’est complet. On a tout dit.

Oriana Labruyère : Alors, c’est parti, si on a tout dit on peut commencer, rentrer dans le vif du sujet, la première question : qu’est-ce que le logiciel libre ?

Laurent Costy : Je vais peut-être donner la définition du logiciel libre comme l’entend l’April, la Free Software Foundation aussi. Finalement, le logiciel libre se définit par quatre libertés :

  • la liberté d’utiliser le logiciel quelles que soient les conditions ;
  • la liberté d’étudier le programme, ça sous-entend donc que le code est ouvert qu’on a accès au code ;
  • la liberté de modifier ce programme ;
  • et la liberté de redistribuer le code modifié.

C’est cela qui définit un logiciel libre et certainement pas la gratuité qui est souvent l’amalgame qui est fait, en toute logique puisque, free software, logiciel libre en français, contient le mot free en anglais qui signifie à la fois libre et gratuit.

Laurent Destailleur : D’où la confusion.

Laurent Costy : Merci Laurent.

Laurent Destailleur : On pourrait enchainer sur l’histoire. Cette confusion, qui posait problème pour certains, a incité certaines personnes à créer un autre terme, le terme open source, qui a été défini non par l’OSI [Open Source Initiative], l’organisme qui a défini l’open source, en dix points et, dans les dix points, pour faire simple, on va retrouver les quatre libertés qui ont été citées dans le logiciel libre.
Finalement, le terme logiciel libre et le terme open source sont très proches, c’est juste qu’ils ont été faits par deux mouvements différents, avec des arrière-pensées et des idéologies qui peuvent être différentes, mais, sur le plan technique, on est bien sur la même définition avec les quatre libertés qu’il faut respecter pour être un logiciel libre et pour être un logiciel open source.

Oriana Labruyère : On peut donc dire que les termes « logiciel libre » et « logiciel open source » recouvrent la même chose.

Laurent Costy : Non. Framasoft, qui est une association d’éducation populaire en France, aime bien dire que le Libre c’est l'open source avec de l’éthique parce que, en fait, l'open source – on ne sera pas forcément d’accord, on n’aura peut-être pas forcément la même approche – va s’attacher aux arguments techniques autour de l'open source, en disant « le code est ouvert, donc c’est plus facile de le contrôler, de le corriger, etc. » Alors que la manière dont Richard Stallman, le concepteur des logiciels libres, l’a pensé, c’est aussi un changement de société, c’est cela qui était derrière, sa philosophie. Il y a donc une question de philosophie derrière le logiciel libre que ne contient pas l'open source, mais, effectivement c’est très proche et c’est vrai que dans le milieu de l’entreprise on va plutôt parler d'open source pour, justement, rassurer par rapport à une perception qui peut être un peu de gauche, parfois, du logiciel libre, ce qui n’est pas le cas fondamentalement, mais il y a souvent cette perception-là.

Oriana Labruyère : C’est carrément empreint d’une philosophie d’ambition sociétale, de révolution presque, d’un mécanisme.

Laurent Costy : Je ne sais pas si c’était une révolution, mais, effectivement, c’était bien pour contrer les logiques privatrices sur les logiciels de l’époque où on ferme le code et on empêche les gens, finalement, de s’approprier les outils qui ont été développés.

Oriana Labruyère : Un autre terme revient souvent, le terme open data. Il y a souvent des confusions sur open source, open data. Est-ce que je peux vous entendre sur la définition de l'open data et, surtout, sur la différence surtout vis-à-vis de l'open source.

Laurent Destailleur : On va dire qu’open source est un terme qui se rapporte à un logiciel informatique, même si, aujourd’hui, on l’emploie aussi pour d’autres domaines qui ont fait des émules dans d’autres situations, mais c’est surtout, historiquement, un terme pour les logiciels informatiques, notamment sur l’aspect du code et du programme informatique, alors que open data, on est sur de la donnée, de la data.
Dans l'open data, on va plutôt être sur la mise à disposition de la donnée en libre accès, alors que, dans l'open source, on est axé sur la mise à disposition d’un programme informatique. La grande différence est là.

Laurent Costy : Et l'open data est née après justement cette question de open source/logiciel libre parce que ça a lancé des logiques comme les licences Creative Commons dont on entend parler aussi sans savoir exactement ce dont il s’agit, mais, finalement, c’est pareil que le logiciel libre. Il y a souvent une licence qui est associée aux données qui sont sous open data, on va dire, ou une licence, comme les Creative Commons, qui est associée à un contenu numérique. Quoi qu’il en soit, il y a toujours une licence qui est associée : un logiciel n’est pas libre de droit comme on l’entend aussi parfois, c’est une mauvaise assimilation. On va avoir une licence associée à ce logiciel et dans cette licence, pour être certain qu’on a affaire à un logiciel libre, il faudra qu’on retrouve, à un moment donné, les quatre libertés du logiciel libre.

Oriana Labruyère : Je vais vous faire répéter parce que j’avais une question qui était : le logiciel libre, finalement c’est libre de droit.

Laurent Costy : J’ai déjà un peu répondu, mais non, ce n’est pas libre de droit. On a les quatre libertés qui sont intégrées dans une licence associée au logiciel, c’est ce qui permettra de vérifier qu’on a bien affaire à un logiciel libre. Et, dans cette licence-là, il ne faut pas qu’il y ait des clauses qui viennent contredire les quatre libertés, sinon ça annule, évidemment, la logique du logiciel libre.

Oriana Labruyère : Voulez-vous compléter ?

Laurent Destailleur : Non, je pense que Laurent a tout dit.

Oriana Labruyère : Est-ce qu’on peut redonner, rappeler ces quatre libertés et, surtout, est-ce qu’on peut parler des différentes licences qui sont attachées à ces logiciels libres, ma9is pas libres de droit, parce que c’est vraiment quelque chose sur lequel nous, en tant que professionnels, on a une vigilance particulière et puis il y a des obligations, notamment, déclaratives, qui sont attachées à l’utilisation de certains codes, etc. Pour moi, c’est important qu’on fasse un point sur ces aspects pour clarifier cette possibilité d’utiliser, ou non, certaines parties des logiciels dans la création d’un autre logiciel qui, parfois, lui devient propriétaire.

Laurent Destailleur : On va d’abord rappeler les quatre libertés, c’est de là que tourne la définition de logiciel libre, mais aussi la définition de l'open source. Si on a ces quatre libertés on va être libre et on va être open source :

  • liberté d’utiliser ;
  • liberté d’analyser ; la conséquence forcément de cette liberté c’est que le code doit être disponible ;
  • liberté de modifier ; là aussi, il faut que le code soit disponible sinon on ne pourra pas le modifier ;
  • et enfin la liberté de redistribuer.

On va dire que c’est la pierre angulaire du logiciel libre et de l'open source, qu’on retrouve à la fois dans la définition de Richard Stallman sur le logiciel libre ainsi que dans la définition de l'open source de l’OSI, dans les dix points qui sont évoqués dans cette définition. Voilà pour l’aspect définition logiciel libre et open source. Après on a une autre notion qui est importante à connaître, c’est la notion de copyleft. Il faut savoir que dans les logiciels libres et open source – pour la suite du débat je pense qu’on utilisera l’un ou l’autre terme de manière indifférenciée, pour simplifier – dans cette notion logiciel libre et open source, il va y avoir deux familles, une moitié de ces logiciels va être avec copyleft, l’autre moitié va être être sans copyleft. Le copyleft c’est quoi ? C’est un aspect contaminant de la licence : si votre logiciel est avec copyleft, si vous faites une modification du code, le résultat final doit rester sur la même licence que le logiciel de départ. Prenons l’exemple d’une licence copyleft, la plus populaire, l’AGPL [GNU Affero General Public License], si on fait une modification de ce code, eh bien le résultat final est aussi en AGPL, ou doit être compatible avec l’AGPL, et doit garder ses quatre libertés. C’est donc contaminant et ça va se propager quel que soit le nombre de modifications et le nombre de transitions du logiciel.
Pour les logiciels sans copyleft, je pense que c’est 50 % des logiciels libres et open source, là, par contre, on va pouvoir faire une modification et on va pouvoir diffuser cette modification sous la licence que l’on veut, y compris une licence propriétaire, donc on va perdre l’aspect open source.
Ensuite il y a, on va dire, des hybrides, et c’est un peu plus compliqué. Ce sont des licences open source, par exemple la LGPL [<em<GNU Lesser General Public License], où on va dire « c’est contaminant si on modifie le logiciel, mais uniquement pour les modifications qui dépendent du logiciel. Par contre si on l’intègre au sein… Peut-être arriverais-tu à définir le LGPL plus facilement que moi ?

Laurent Costy : Ce qui peut être très perturbant pour les gens qui découvrent un peu ce monde-là, c’est la quantité et le nombre de licences qui se déclinent autour du logiciel libre. C’est vrai qu’il y en a une quantité assez impressionnante et ce n’est pas facile de savoir si on a finalement affaire à un logiciel libre. Normalement, il faut lire la licence, regarder si on a les quatre libertés, et voir aussi si les autres clauses n’annulent pas ces libertés-là. Ce n’est pas forcément simple.

Oriana Labruyère : Je pense que le plus dur, pour les gens qui découvrent le sujet, c’est la terminologie. On n’a pas le choix, puisqu’il faut appeler un chat un chat, il y a donc beaucoup de jargon qui est associé au logiciel libre, d’ailleurs au monde du logiciel et de l’informatique en général. J’arrive à retenir ce que vous dites si je schématise et j’aime bien essayer de synthétiser et de schématiser. Ce que vous dites c’est : attention, quand vous utilisez un logiciel libre, la possibilité de réutiliser, par d’autres utilisateurs, ce que vous avez développé est parfois nativement obligatoire dans la licence que vous allez exploiter, donc ce que vous développerez, parce que vous allez y passer du temps pour améliorer le logiciel en question, finalement ça appartiendra aussi à tous les utilisateurs futurs de ce même logiciel, donc ça devient, en fait, le nouvel ADN du logiciel en question, en tout cas, vous ne pouvez pas vous en attribuer une propriété exclusive, donc le revendre, exclusivement en tout cas, et ne pas le laisser à la communauté. C’est bien cette distinction-là ?

Laurent Destailleur : Quand on utilise un logiciel libre et quand on fait une modification, Il faut se poser la question : est-ce qu’il y a un copyleft ou pas. S’il n’y a pas de copyleft c’est assez simple, en fait vous faites ce que vous voulez. Par contre, s’il y a un copyleft, attention, il faut le respecter. Par rapport à la licence LGPL, comme je disais, c’est justement une exception : vous avez le droit de transformer cette licence, on va dire que c’est une variance, que c’est un hybride entre le la licence avec copyleft, vous avez le droit de basculer la licence et de passer en propriétaires sous certaines conditions, donc c’est cette LGPL qui crée pas mal de confusion. C’est quand même assez rare. En général on est soit copyleft soit sans copyleft.

Oriana Labruyère : Ce qu’on pourrait dire, pour essayer de donner des astuces, en tout cas des éléments pratiques aux les personnes qui se posent la question, c’est d’abord de faire une étude sommaire ou une vraie expertise de la licence avant utilisation au regard du besoin futur, aux besoins du futur : qu’est-ce qu’on va faire, donc au regard du besoin non pas de savoir si j’ai besoin d’ajouter ce petit plugin ou cette petite fonctionnalité, c’est bien : qu’est-ce que je vais faire, in fine, de mon logiciel, est-ce que j’envisage une commercialisation, est-ce que je n’envisage pas une commercialisation, est-ce que je vais l’utiliser tout seul ou est-ce que je veux continuer de le mettre à disposition de tout le monde, est-ce que c’est OK que je m’attribue exclusivement les résultats de mon développement ou est-ce que je suis contraint par la licence de le laisser à la communauté ?, ce sont bien ces questions qu’il faut se poser au regard de l’objectif qui est, finalement, business ou non au niveau de l’organisation, etc.

Laurent Costy : Ce sont des questions qui sont extrêmement importantes.

Oriana Labruyère : Ce sont vraiment ces questions, on est d’accord, avant de choisir avec quel logiciel libre on va se mettre à travailler et on va parler de DoliCloud, de Dolibarr, je pense que c’est intéressant de donner cet exemple, il faut vraiment se poser la question en amont, c’est la première étape. Une fois qu’on sait, on va sur du Libre.

Laurent Costy : Et tout ça est bien régi par le droit, puisque très récemment, du coup je vais faire une petite information d’actualité, Orange a été condamné à 860 000 euros d’amende, c’est même hyper récent, 14 février, on est vraiment dans l’actualité, suite, finalement, à l’abus d’utilisation d’une licence libre. Ils n’ont pas respecté la licence, du coup, après dix ans de procès, la petite société Entr’ouvert a gagné son procès.

Laurent Destailleur : On fait bien de la citer parce que c’est le bon exemple de la question que se posait : Orange a utilisé un logiciel qui était en licence GPL et a diffusé son logiciel auprès du commanditaire, qui lui avait commandé son logiciel, sans offrir le code source, alors qu’on a dit que l’AGPL est avec copyleft donc est contaminante.

Laurent Costy : Elle essaime, je préfère le terme essaimer plutôt que contaminer, c’est beaucoup plus positif. Ça essaime, c’est une logique de numérique partagé.

Oriana Labruyère : Ça infuse.

Laurent Destailleur : Et ça doit se propager, ce que n’avait pas fait Orange, c’est la raison pour laquelle ils ont été condamnés.

15’ 27

Oriana Labruyère : On a beaucoup