Différences entre versions de « Souveraineté numérique - Assemblée Nationale : le grand reset - Philippe Latombe »

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Version du 26 juin 2022 à 14:25


Titre : [Souveraineté numérique] Assemblée Nationale : le grand reset ?

Intervenants : Philippe Latombe - Fabrice Epelboin - Damien Douani - Bertrand Lenotre

Lieu : Le Éclaireurs du Numérique

Date : 24 juin 2022

Durée : 36 min 33

Podcast

Page de présentation du podcast

Licence de la transcription : Verbatim

Illustration : À prévoir

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Les Éclaireurs du Numérique invitent Philippe Latombe député MoDem de Vendée, réélu il y a quelques jours, un des très rares élus expert du numérique à l’Assemblée Nationale. Il a été rapporteur de la mission parlementaire sur la souveraineté numérique et auteur d’un rapport parlementaire de référence sur le sujet en juin 2021.

Transcription

Philippe Latombe, voix off : Il faut qu'on ait de la capacité à changer les systèmes sans penser que c'est une révolution à chaque fois.
Si on ne commence pas à toucher à l'identité numérique aujourd'hui de façon sérieuse, on va avoir dix trains de retard par rapport aux autres pays européens et aux pays du monde.
Ce qui m'inquiète le plus c'est que les GAFAM sont en train de s'en emparer parce qu'ils voient qu'on le fait pas.

Voix off : Les Éclaireurs du numérique, le podcast qui décrypte les enjeux cachés d'Internet.

Bertrand Lenotre : Salut tout le monde et bienvenue. C'est un nouvel épisode des Éclaireurs du numérique avec toujours les mêmes, c'est-à-dire celui qui vous parle l'instant, Bertrand Lenotre ; de l'autre côté des réseaux Fabrice Epelboin. Salut Fabrice.

Fabrice : Salut.

Bertrand Lenotre : Damien Douani, également à un autre endroit du monde. Salut Damien-

Damien Douani : Aujourd’hui je suis très très loin. Bonjour.

Bertrand Lenotre : Je vois que vous allez bien tous les deux. On a un invité aujourd'hui, et pas n'importe lequel parce qu'on en parle beaucoup et régulièrement dans ce podcast, Philippe Latombe, député. Bonjour Philippe.

Philippe Latombe : Bonjour. Merci de l'invitation.

Bertrand Lenotre : Vous allez bien ?

Philippe Latombe : Très bien.

Bertrand Lenotre : Vous êtes député Modem de Vendée depuis 2017, réélu il y a quelques jours. Félicitations pour ça. Pour la petite histoire, vous avez un master en économie et en droit des affaires. Vous avez été auditeur financier chez Deloitte et puis on vous connaît beaucoup pour votre défense de la souveraineté numérique puisque vous avez été rapporteur de la mission parlementaire sur la souveraineté numérique qui a donné un rapport parlementaire, qui fait un peu référence aujourd'hui, qui est sorti en juin 2021. Tout ça a peut-être mené au fait que Bruno Le Maire se retrouve avec, dans son titre, souveraineté industrielle ET numérique ; on imagine que ça a un impact. En tout cas vous êtes considéré comme un des députés survivants qui connaissent un petit peu le Web. Ils ne sont pas nombreux, il y a Éric Bothorel et vous, globalement, les autres ont un petit peu disparu de la circulation, c’est un peu compliqué.

Philippe Latombe : C’est gentil !

Bertrand Lenotre : Est-ce que ce portrait est bon ? Ça va ?

Philippe Latombe : Ça v a à peu près, ça me va bien.

Bertrand Lenotre : Je pourrais rajouter que vous êtes un fan de métal, je ne sais pas si ça joue.

Philippe Latombe : On peut aussi, mais ça fait dinosaure tout ça ! Ce n'est pas grave.

Bertrand Lenotre : Fabrice Epelboin connaît bien Philippe Latombe depuis des années pour son combat. Un petit mot, une première question.

Fabrice Epelboin : Une première question c'est déjà que je découvre, je commence à découvrir la composition de la nouvelle Assemblée et pour l'instant, effectivement, comme le disait Bertrand, je compte deux personnes qui comprennent le numérique, Éric Bothorel et vous. On est tombé à 0,3 % de compétences numériques au sein de l'Assemblée, j'ai sans doute raté beaucoup de choses parce qu’il y a beaucoup de nouvelles têtes.

Bertrand Lenotre : C'est dommage que vous n'ayez pas l'image !

Fabrice Epelboin : Très concrètement, du point de vue illectronisme à l'Assemblée nationale ce n'est pas fameux cette nouvelle assemblée même si, fondamentalement, on a probablement moins de lobbying GAFAM que sur la précédente législature. On est toujours avec cet énorme problème de manque criant de compétences numériques au sein de l'Assemblée nationale ; ça va être compliqué de défendre tous ces dossiers avec intelligence entre vous et Éric Bothorel. Encore une fois, il y en a peut-être un ou deux qui m'ont échappé mais, pour l'instant, je ne vois que deux personnes compétentes à l'Assemblée. Ça ne fait pas beaucoup quand même.

Bertrand Lenotre : Il y a aussi Cédric Villani qui a été réélu.

Fabrice Epelboin : Il n'a pas été réélu.

Bertrand Lenotre : Pardon ! C'est vrai, je n'ai pas mis à jour ma liste de l'Assemblée nationale. Je tape sur mes doigts !

Philippe Latombe : On est un peu plus nombreux que ça parce que chez les LR, chez les Républicains vous avez Philippe Gosselin qui a fait partie de la CNIL pendant longtemps. Il y a quand même, même s’il ne s'est pas trop exprimé sur le sujet, Ugo Bernalicis de la France insoumise ou Danièle Obono avec lesquels on a beaucoup travaillé sur le texte notamment de Lætitia Avia ; il y a quand même des appétences. Effectivement, nous ne sommes pas très nombreux. Je n'ai pas eu le temps de faire le tour des nouveaux collègues arrivants pour voir ceux qui étaient éventuellement intéressés au sujet, comment est-ce qu'on pouvait travailler ensemble et voir comment on pouvait créer un petit groupe juste pour se connaître et pour commencer à travailler. On va faire ça dans la semaine qui vient.
Oui, ça m'inquiète un peu parce que, du coup, on a quand même quelques sujets qui vont arriver, notamment du Sénat, avec leur fameuse proposition de loi anti-cabinets de conseil. On va devoir parler numérique sur ces cabinets de conseil parce qu’ils sont aussi conseils de l’État sur la numérisation, donc on va forcément avoir des sujets à traiter dans les semaines, les mois qui viennent sur le numérique. Il va falloir que je fasse le travail de recenser et de trouver les collègues qui ont envie de travailler sur le sujet, mais on va le faire.

Fabrice Epelboin : Entre-temps je disais que le titre de Bruno Lemaire s'est donc enrichi du terme souveraineté industrielle ET numérique. Dans une tribune dans Acteurs publics le 10 juin, vous avez dit que la captation par le ministère de l'Économie de l'enjeu majeur de la souveraineté numérique mérite discussion. Quelle discussion précisément ? Est-ce que c'est vraiment à l'intérieur de Bercy que doit se trouver l'économie numérique parce que, finalement, elle pourrait mériter son propre ministère. Vous avez œuvré pour ça, avec cette tribune qui a été lancée par Quentin Adam, c’est-à-dire un ministère de plein exercice avec une vraie administration en fait. Est-ce qu’on devrait enlever le numérique de Bercy ?

Philippe Latombe : C’est là où je vais faire mon Vendéen, c'est-à-dire à moitié content, à moitié pas content, ça marche aussi avec les Normands, ça marche avec tout le monde.
Là où je suis content c'est que Bruno Le Maire a dans son intitulé le mot « souveraineté industrielle et numérique », donc le mot « souveraineté numérique » est dans l'intitulé, donc forcément il va falloir que Bercy le prenne en considération dans ses actions. Mais je reste sur l'idée qu’il aurait été mieux d'avoir un ministère de plein exercice, transversal, et qui ne soit pas directement rattaché à Bercy où on sait que la DGE a un pouvoir un peu particulier, qu’on voit le monde du numérique et de la tech comme étant un secteur d'activité comme un autre et pas forcément avec une spécificité qui est de traiter les données et d’arriver à trouver des solutions pour l'État de façon cohérente et pas simplement ministère par ministère. C'est ça aujourd'hui qui me manque un peu, j’aurais bien aimé un ministère transversal qui permette à l'État de traiter de sa numérisation, de sa digitalisation, même si ce n'est pas beau, de traiter les données de la même façon ministère par ministère et qu'on n'ait pas des écarts entre les ministères de la Santé, de l'Éducation nationale, bref ! Mais ce n'est déjà pas si mal va, faire un rapport, batailler pendant un an pour qu’il soit pris en compte et qu’il soit dans l'intitulé d'un grand ministère, il y a déjà un premier effort, c’est bien !

Fabrice Epelboin : La question qu'il faut absolument vous poser, bien sûr Philippe, c'est est-ce que vous auriez été intéressé par prendre un tel ministère ou une telle responsabilité ?

Bertrand Lenotre : Je fais de la politique, ça ne m'intéresse pas !

Philippe Latombe : C’est ça ! Ça dépend pour quoi faire. Si c'est simplement pour être rattaché à Bercy et pour défendre le monde de la tech dans la vision qui était celle qui était précédemment appliquée, non. Si c'est pour vraiment bousculer les choses, faire une vraie mutation de l'État et vraiment aider le secteur à pouvoir trouver des marchés publics, puis privés, puis à s’exporter, à ce moment-là oui. C'est tout l'intérêt de la souveraineté.

Fabrice Epelboin : On a traversé dans le précédent quinquennat pas mal de crises, mais une assez majeure, qui est la crise du covid, qui a eu un impact numérique absolument foudroyant. Je vais évoquer deux dimensions, on en a énormément parlé dans ce podcast, deux dimensions qui me semblent très significatives. La première c'est que ça a été une marche forcée vers le numérique pour beaucoup d'entreprises, petites et grandes, notamment avec l'introduction du télétravail qui est quand même un bouleversement majeur dans le monde du travail, dans la définition de ce qu'est le travail. La deuxième c'est que ça a été un basculement massif des populations et du lien social des populations dans le numérique avec l'explosion de ce qu'on appelle pompeusement le dark social c’est-à-dire, pour être clair, des groupes WhatsApp où des groupes de parents d'élèves se sont réunis, une myriade de gens qui avaient besoin de communiquer se sont réunis, ont construit des ensembles sociaux qui ont, pour l'essentiel, complètement dégénéré ; je pense notamment aux groupes de parents d'élèves dont une très large partie a dérivé vers de la diffusion d'informations plus ou moins fantaisistes, plus ou moins complotistes, qui sont là pour rester et qui vont marquer durablement la structuration de la société et la façon dont l'information circule dans la société.
Est-ce que, au sein de l'Assemblée nationale, il y a une volonté de faire un retour d'expérience là-dessus, de faire un point là-dessus, d'essayer de regarder en face comment ça a affecté de façon durable la société française, l'économie française ?

Philippe Latombe : En l'état actuel de ce que j’en connais et de la nouvelle Assemblée, ce n'est pas prévu. Maintenant, ça fait partie des sujets que j'aimerais bien qu'on puisse aborder pour deux raisons. La première c'est effectivement qu’il faut qu'on fasse un retour d'expérience. On y est allé de façon forcée, on a vu qu'il y avait des travers qui étaient arrivés, il faut qu'on arrive à en tirer des conséquences, qu'on voie comment, pour l'avenir, on peut éviter que ça puisse se reproduire, en tout cas qu'on sache l'anticiper.
La deuxième chose, c'est un autre sujet qui est un peu connexe, j'aimerais bien qu'on commence à anticiper le Metavers. Si on ne commence pas maintenant à anticiper le Metavers et les règles qui s'y appliquent, on va se retrouver comme il y a cinq/dix ans, avec des règles qui nous seront imposées par les géants du Metavers, qui nous auront imposé leurs conditions générales d'utilisation et on va encore se battre pour pouvoir y mettre de la démocratie, pour y mettre ce qu'on veut y mettre comme valeurs alors qu’on devrait pouvoir l'anticiper.
Je pense que les Français et les Européens en règle générale ont vécu aujourd’hui la digitalisation un peu à marche forcée, c’est ce que vous avez dit, et, du coup, ils se demandent pourquoi personne n'avait anticipé les choses. C’est notre rôle, à nous politiques, quel qu'il soit, de façon transpartisane, de réfléchir à ces sujets-là à l'avance pour pouvoir anticiper des éventuels dépôts de projets de loi ou de réglementations qui évitent de se battre contre des géants qui, aujourd'hui, n'auraient pas, qui, demain, n'auront pas plus envie qu'aujourd'hui de laisser une partie de leur pouvoir qui est un pouvoir commercial en fait. Il faut donc qu'on travaille dessus. Je le lancerai.

Fabrice Epelboin : Tout à fait. Philippe, sur l'aspect Metavers, on voit d'ailleurs que la Corée du Sud a voulu monter une sorte de Metavers souverain. Je crois que quelque chose s'est discuté au niveau européen, vous pourriez peut-être nous préciser. On voit dans la conception des GAFAM, notamment de Meta, que le Metavers est, on va dire une version 3D, quelque part, de Facebook – avant on allait sur Facebook, demain ils veulent qu'on aille dans Facebook. Ça pose aussi un autre élément c'est que le Metavers est, on va dire, une vision 3D qui est très liée à toutes ces notions de blockchain, de crypto, ce genre de choses-là, des NFT, donc il y a toute une économie qui va être basée sur cette mécanique-là. C’est vrai que là il y a des fils qui se touchent, d'un seul coup, parce qu'on a cette dimension à la fois qui n'est pas seulement réseaux sociaux, maintenant on a une dimension économique très forte et, là-dessus , on a encore la sensation que la France, l’Europe en général, ne sont pas très au clair sur les questions de crypto, sont plus dans une logique de « freinons et puis on verra bien ce qui va se passer ». On risque à nouveau de se faire de se faire contourner ou de se faire déborder.

Philippe Latombe : C'est la vraie crainte. Il y a des craintes au niveau des valeurs. Qu'est-ce qui se passe quand ton avatar se fait agresser dans le Metavers, qu'est-ce que j'ai comme droits, etc. ? Comment gère-t-on ça ? Et puis il y a toute la partie économique du Metavers. Si le Metavers devient une zone économique avec une création de valeurs à l'avenir, comment est-ce qu'on l'intègre et comment est-ce qu'on participe à sa construction ? On a effectivement aujourd'hui quelques pépites européennes, notamment dans le domaine du jeu vidéo, dans le domaine des NFT, on en a un petit peu dans les cryptos mais moins qu'ailleurs. Si on rate le train on sera encore en retard, donc il faut qu'on prenne le train et qu'on prenne le train en y réfléchissant largement à l'avance. Voilà ! Aujourd'hui oui, c'est l'avenir et on sent bien que, notamment la partie crypto, inquiète tout le monde. Il faut peut-être qu'on accompagne le mouvement de la crypto en se disant que c'est quelque chose d'incontournable, qu'on a un certain nombre de règles à y mettre mais pas des règles pour remettre les cryptos dans le domaine tel qu'on le connaît aujourd'hui. Ce que je veux dire c'est que les cryptomonnaies ont été mal vues et mal vécues depuis deux/trois ans, c'est de pire en pire avec la crise ukrainienne. Si on reste durablement en dehors de ce champ-là on va perdre de notre capacité à rebondir plus tard. Il faut qu'on arrive à trouver des règles à la fois de protection mais qui soient incitatives pour trouver des moyens d'avancer.
Quant à la blockchain, évidemment, c'est une solution aussi pour la numérisation de l’État, pour l'efficacité de l'État et ce n'est pas suffisamment utilisé. Très honnêtement, la plupart des ministères ne savent même pas ce qu'est une blockchain, donc il va falloir qu'on arrive à refaire de la pédagogie, c'est pour ça que j'aimerais bien trouver quelques collègues pour y arriver sur ces sujets-là, mais on va trouver !

12’ 51

Bertrand Lenotre : J'aimerais bien qu'on revienne deux secondes