S’émanciper des services des GAFAM avec les logiciels libres : Différence entre versions

De April MediaWiki
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En fait au bout de plusieurs
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En fait, au bout de plusieurs années de Dégooglelisons Internet, Framasoft a démontré que les services libres étaient une alternative viable, solide. Pour nous c’était hyper-important de montrer aux internautes qu’en fait si tu utilises Zoom, Team ou Skype pour faire des visios en fait tu peux aussi Framatalk ou Jitsi qui sont la même chose mais juste avec des noms différents et, bizarrement, ça rend les mêmes services et c’est solide et ça marche. C’est vraiment un élément important.<br/>
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Framasoft a donc fait un travail d’éditeur, de mainteneur. On a développé une partie des logiciels en interne et puis il y en a sept, effectivement, qui ont été pris dans la grande base des logiciels libres, ce qui n’a pas empêché qu’en plus on a rajouté des fonctionnalités parce que, pour nous, il manquait certaines choses, donc, en plus, on a contribué à faire que ces logiciels s’enrichissent.<br/>
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Aujourd’hui on pense, mais on n’a absolument aucune certitude par rapport à ça, être la plus grosse offre mondiale de services libres, éthiques, décentralisés, solidaires – c’est ce que veut dire LEDS, c’est un peu technique – qui sont accessibles gratuitement. On n’a pas de « concurrents », je le mets entre guillemets, parce qu’on n’est clairement pas dans une optique de concurrence, en tout cas il n’y a pas d’autre structure qui fait ça.<br/>
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Donc on s’est dit qu’il fallait qu’on trouve le moyen de faire émerger des « concurrents », je le mets vraiment entre guillemets parce que ce ne sont pas des concurrents, donc des alternatives à ce que propose Frama. Donc on a lancé en 2018 une nouvelle réflexion qui s’appelle « Déframasoftisons Internet », après avoir « dégooglelisé » Internet on « déframsoftise » Internet, donc l’objectif principal va être de faire que les gens arrêtent d’utiliser nos services. Alors on va en fermer, comme ça la question ne se posera pas, ils seront fermés, plus personne ne les utilise, mais surtout on va leur montrer que ces services existent aussi ailleurs. Et ça c’est vraiment important.<br/>
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Je vous ai quand même mis l’Information. On a huit services qui, en tout cas pour les prochaines années, qui ne vont pas bouger :<br/>
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Framadate, c’est l’alternative à Doodle pour faire du sondage de dates ;<br/>
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Framapad qui est un éditeur collaboratif de traitement de texte ;<br/>
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Framinemap est un outil qui permet de faire des cartes mentales, c’est quoi les noms de trucs connu de cartes mentales ? MindMaster peut-être ou MindMap quelque chose, bon ;<br/>
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Framagenda c’est un agenda, une alternative à Google Agenda ou un truc agenda, il y en a plusieurs ;<br/>
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Framadrive c'est un cloud ;<br/>
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Framavox est un outil de prise de décision collective et de gestion du vote pour un groupe, une structure ;<br/>
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Framacarte c’est une interface du système qui s’appelle OpenStreetMap, qui est l’alternative à Google Maps ou Maps chez Apple, etc. ;<br/>
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et Famatalk c’est l’outil de visioconférence dont je vous ai parlé.<br/>
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Et puis on a deux services qui ne reposent pas sur de logiciels mais qui sont des sélections de contenus :Framagames où on met en évidence des jeux sous licence libre et Framinetest qui est la version libre de Minecraft, qui est, du coup, un autre jeu.<br/>
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En revanche on va en fermer plein. D’ailleurs il y en a déjà qui sont fermés, il y en a trois qui sont fermés depuis la déframasoftisons d’Internet qui sont Framabee qui état un moteur de recherche, Framanews, Framastory et il en a d’autres qui vont fermer dans les années à venir. Je ne m’attarde pas là-dessus, je vous donnerai le lien vers ces éléments si ça vous intéresse, sans problème.
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Mais même quand on ferme, on fait preuve de pédagogie, je vous rappelle qu’on est une association d’éducation populaire, c’est-à-dire qu’on vous dit « oui, on ne propose plus de services, par contre on vous dit où est-ce que vous pouvez trouver un service similaire qui va être hébergé par une autre structure et, en plus on dit qu’on a sélectionné ces structures ». C’est-à-dire qu’on n’a pas pris le premier venu, on s’est dit que, quand même, on allait passer par des gens envers lesquels on avait confiance. Donc systématiquement on va vous proposer, simplement, d’utiliser le service ailleurs, donc on ne vous laisse pas complètement seuls par rapport à ça.
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À partir de 2016 Framasoft a initié un Collectif d’Hébergeurs Alternatifs, Éthiques, qui s’appelle CHATONS, je ne lis pas ma <em>slide</em>. Aujourd’hui ce collectif s’est donné un certain nombre de règles. Bien sûr, ces hébergeurs de services, qui font un peu la même chose que ce fait Framasoft, c’est-à-dire des services proposés aux internautes, ont un certain nombre de règles qui sont garanties par un manifeste et une charte. C’est un peu comme les AMAP, il y a un ensemble de règles pour que les AMAP fonctionnent, c’est la même chose, il y a une sorte de règle commune. Bien sûr, il n’y a pas de publicité sur les services parce que s’il y a publicité, ça veut dire qu’il y a vente de données, encore que ça pourrait être sans mais vraiment c’est très rare. Bien sûr, tous les logiciels sont libres, c‘est-à-dire que vous pouvez aller voir le code de ces logiciels, donc c’est une garantie de transparence et, effectivement, on est avec des outils qui sont <em>data friendly</em>, c’est-à-dire que les données ne sont pas exploitées, sont souvent accessibles, c’est-à-dire qu’il suffit de demander à votre hébergeur de voir vos données, il vous les transmet. C’est de mieux en mieux parce qu’avec le RGPD il y a maintenant une petite obligation de tout ça, mais c’est quand même assez obscur. J’ai essayé, un jour, de récupérer l’ensemble des données de mes comptes Google, eh bien ce n’est pas très facile, ça demande quand même de savoir où c’est planqué, où est-ce qu’on peut les trouver, et ensuite, surtout, une fois que j’ai tous ces fichiers, je les ouvre avec quoi, parce que ce sont des formats de fichiers un peu bizarres. Là, pour le coup, tout est beaucoup plus transparent.
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Aujourd’hui il y a 76 structures qui font partie de collectif, donc 76 hébergeurs alternatifs, de tous types, ça peut être des associations, ça peut être des collectifs informels, des coopératives, des micros entreprises, des entreprises, des particuliers qui vont proposer un service. CHATONS fonctionne avec une notion de territorialité. Très souvent on dit que les chatons c’est comme les AMAP mais en version numérique. C’est assez intéressant parce que l’objectif n’est pas que vous preniez ou que vous soyez en contact avec une structure qui est à l’autre bout de la France. L’objectif c’est que vous trouviez un hébergeur éthique qui est à proximité de chez vous. Alors à proximité relative, parce que pas de bol, si vous habitez en plein centre de la France vous avez vu, il n’y a pas grand monde, il n’y a pas grand monde tout court, du coup il n’y a pas grand monde non plus chez CHATONS, donc il n’y a pas forcément de structure qui soit là. Donc il faudra peut-être se rapprocher soit d’un côté, soit de l’autre pour aller les voir. Mais cette carte est assez bizarre, par exemple il n’y a rien de marqué à Lyon alors que je sais qu’il y en a au moins cinq. Il faudra vérifier et. de toute façon, sur le site chatons, au pluriel, .org, chatons.org, vous avez un moteur de recherche qui permet de géolocaliser, qui permet de trouver les services, etc.
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Les services qui sont proposés par les structures membres de ce collectif sont hyper-variés. J’ai fait une liste non exhaustive qui permet de se rendre compte des grandes familles d’outils :<br/>
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bien sûr, tout ce qui relève de la comm’, les mails, réseaux sociaux, la visioconférence ;<br/>
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tous les outils appliqués au web, des moteurs de recherche, des raccourcisseurs d’URL, des forges logicielles – si vous développez un logiciel et que vous avez besoin de publier le code, ça sert à ça une forge logicielle –, des outils de sondage, des gestionnaires de mots de passe – très utile les gestionnaires de mots de passe, ça permet d’avoir des vrais mots de passe forts et de ne pas se soucier, du coup, de devoir les retenir, de les noter dans un calepin ou de les mettre dans son ordi. Ce sont des outils vraiment très importants pour, justement, ne pas se faire piquer ses données ;
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des outils de travail collaboratif<br/>
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et puis tout ce qui relève des outils de stockage et de partage de fichiers.
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Je vois l’heure qui avance.<br/>
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Je voulais quand même vous parler au moins des ContribAteliers qui sont une initiative de Framasoft, et c’est intéressant parce que ça correspond au mouvement du Libre en général. Framasoft dit « tiens, ce serait bien qu’on mette en place des ateliers qui vont permettre aux internautes, qui ne savent pas forcément coder, de participer au monde du Libre ». Parce que, en fait, il y a plein de façons d’aider le monde du Libre, donc on a ces ContribAteliers qui sont des temps qui se déroulent habituellement dans l’espace physique. Il y a des lieux de rassemblement. Il y a des ContribAteliers à Paris, à Lyon, à Nantes, à Grenoble, à Toulouse, à Bordeaux, à Tours, et je crois qu’il y en au moins eu un à Lille, donc plutôt dans les grandes villes. Ça a tendance à se démocratiser et puis, entre-temps, on a eu une crise sanitaire et des périodes de confinement, maintenant on fait des ConfinAteliers, la même chose mais en version virtuelle.<br/>
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Pendant ces temps vous avez des porteurs de projets qui vous disent moi j’ai un logiciel – ça peut-être un logiciel mais ça peut être autre chose – et je cherche des gens qui vont pouvoir m’aider pour identifier toutes les fonctionnalités qui manquent. Donc vous allez me dire qu’est-ce que vous aimeriez comme fonctionnalités sur ce logiciel. Ça ne veut pas dire que je vais les développer forcément, mais ça me permettra de voir s’il en manque. Ou j’ai besoin d’un graphisme qui soit un peu plus sympa pour cette initiative, donc ils font appel. Ou j’ai besoin de faire traduire mon outil dans des langues étrangères et, comme je suis nul en polonais, si je veux que la communauté polonaise bénéficie de mon outil, je vais essayer de proposer tout ça. »<br/>
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Ces ContribAteliers sont des temps dédiés juste à la contribution. L’objectif c’est que ce ne soit pas seulement les services de Framasoft et les différents outils de Framasoft qui soient proposés. Aujourd’hui, dans ces ContribAteleirs, ce qui est assez étonnant c’est qu’il y a plus de porteurs de projets libres qui interviennent que, finalement, de membres de l’association. C’est vraiment une réussite pour nous, c’est que d’autres gens se sont emparés du principe de la contribution ce qui est vraiment l’esprit. C’est-à-dire que Framasoft considère aujourd’hui que si on veut vivre dans un monde libre, si on veut être émancipé numériquement, il faut qu’on soit dans une société de la contribution c’est-à-dire où tout le mon de participe à plein de petits communs ; ça peut être ceux du numérique mais ça peut être d’autres si on n’est pas intéressé par ça. C’est un élément vraiment très important qu’on porte habituellement.<br/>
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Je vous ai mis le lien vers Soutenir, peu importe. Il est temps qu’on passe aux questions sinon vous allez mourir de faim si ça traîne trop. <br/>
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J’arrête mon partage d’écran.
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<b>Organisateur : </b>On a eu plusieurs interventions,

Version du 16 octobre 2021 à 17:24


Titre : S’émanciper des services des GAFAM avec les logiciels libres

Intervenante Angie Gaudion

Lieu : En ligne - Festival « Les nouveaux communs »

Date : 2 décembre 2020

Durée : 1 h 50 min 42

Vidéo

Licence de la transcription : Verbatim

Illustration : À prévoir

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcrit MO

Transcription

Je vais commencer par me présenter. Je suis Angie Gaudion. Je travaille au sein d’une association qui s’appelle Framasoft et je suis codirectrice de cette association depuis bientôt deux ans, sachant que j’ai un parcours qui fait que je suis arrivée chez Framasoft de manière un peu bizarre, j’ai été bibliothécaire pendant 15 ans et ensuite j’ai été formatrice en pratique numérique et en usages numériques. J’ai une appétence personnelle, bien sûr, pour le monde des logiciels libres, ce qui fait que je connaissais cette association, mais je ne suis pas une technicienne ; c’est un élément important, je ne suis pas une informaticienne, d’ailleurs je vous en reparlerai sûrement, mais chez Framasoft il y a finalement très peu de techniciens, parce que, contrairement à ce que tu disais Adrien, Framasoft n’est pas une association qui propose des services. Elle le fait, mais ce n’est pas sa vocation première en tout cas. C’est une association d’éducation populaire. L’objectif de cette association c’est vraiment de mettre en place des dispositifs qui vont permettre aux internautes de s’émanciper dans leurs pratiques numériques. Ces dispositifs peuvent être effectivement des services et c’est pour ça qu’on est connus actuellement, mais on décide de changer un peu la donne, c’est-à-dire qu’on met aussi en place énormément de dispositifs de transmission de connaissances, de savoir, d’échange et c’est la partie éducation populaire vraiment profonde de l’association. J’y reviendrai.

Pour vous faire une toute petite présentation de l’association, l’objectif n’est pas de faire, là, de la pub pour cette association, mais c’est pour comprendre d’où je parle. Les gens qui nous connaissent ont très souvent une image très fausse de ce qu’on est. Les gens ont l’impression qu’est très gros. On fait plein de choses, mais on n’est pas du tout très gros, en fait on est une toute petite structure qui comprend neuf salariés, ce qui n’est pas rien pour une association, mais quand même globalement, en termes de forces vives, ce n’est pas si important que ça et on est 35 membres en tout. Donc on est sur une association qui n’est pas une association ouverte, qui est une association de cooptation et on se définit très souvent comme une bande de potes, c’est-à-dire que les personnes qui nous rejoignent sont des personnes avec qui on a un ensemble de valeurs et, on va dire, des objectifs pour la société qui sont communs.
En revanche, on a une communauté assez forte de personnes qu’on appelle souvent les « framafans » ; vous verrez on appelle tout « frama quelque chose », de moins en moins, mais il y a quand même une habitude de ce côté-là et on considère qu’on a peut-être 700 à 800 personnes qui ne sont pas membres de l’association mais qui, dans l’année, vont nous donner un coup de main parce qu’on verra qu’œuvrer dans le logiciel libre ça veut dire faire avec les autres. On y reviendra à ce niveau-là.
Et puis les projets qu’on porte touchent en moyenne 500 à 700 000 personnes tous les mois. Ce n’est pas énorme par rapport à 68 millions de Français, mais pour 35 personnes qui gèrent ça derrière c’est quand même relativement conséquent à ce niveau-là.

On est une association qui a un modèle économique qui repose à 98 % sur le don. Mon salaire est payé par le don des internautes. Sur 2019 on était à 8239 donateurs et donatrices. J’en profite pour remercier toutes les personnes qui nous soutiennent par ce biais-là ; si elles n’étaient pas là, on n’existerait pas et je serais obligée de faire un autre métier.

On a un budget qui est aux alentours de 450 000 euros par an. On est très transparents – on verra que la transparence est un des éléments très importants –, du coup ce budget nous permet de faire plein de choses, dont écrire des articles sur un blog qu’on appelle le Framablog, son adresse est framablog.org, qui sont des articles où on parle à la fois des activités de l’association, ce qu’on fait, mais sur lequel on va aussi diffuser des savoirs, de la connaissance, autour du numérique émancipateur. C’est un sujet très vaste, trouver des solutions pour s’émanciper numériquement. On verra de quoi on peut s’émanciper, ce sera juste après.

Il y aurait plein d’autres choses à dire sur l’association, mais je pense que c’est plus intéressant de les traiter en questions et de rentrer plutôt dans le vif du sujet et profiter de ce temps qui, du coup, va être effectivement la problématique des GAFAM ou des géants du Web au sens large puisque, très souvent, on dit « les GAFAM » parce que ce sont ceux qu’on connaît le plus, mais, en fait, il y en plein d’autres. Je vous ai mis sur cette slide les deux autres acronymes qui parlent des autres multinationales du numérique. On voit qu’il y a les NATU qui vont agréger Netflix, Airbnb, Tesla et Uber, je suppose que vous connaissez ces sociétés. Et puis il y a la version chinoise de ces géants du Web qui sont les BATIX, c’est moins visible parce que, du coup la moitié est écrite en chinois : B pour Baidu, le A pour Alibaba, ça on connaît puisqu’on peut utiliser des services Alibaba, une partie des services Alibaba sur le territoire français ; le T pour Tencent qui est aussi une grosse structure, un moteur de recherche, un univers, par exemple, pour du jeu vidéo très développé ; et le dernier c’est Xiaomi qui est un constructeur de matériel informatique.

Je pense que tout le monde est conscient du fait que ces géants soient un problème parce que les médias en parlent depuis un certain temps : les problématiques de vie privée, de collecte des données personnelles sont des sujets d’actualité, et puis les révélations d’Edward Snowden en 2013 nous ont bien montré qu’effectivement ces acteurs récupèrent nos informations pour, globalement, les transmettre à certains services de renseignement. Je ne vais pas rentrer dans le détail parce que ce n’est pas l’objectif, mais on va voir à quel point, en fait, ces différents acteurs ont un impact très fort sur notre société et en quoi cet impact est problématique du point de vue de Framasoft et du mien aussi, mais globalement comment chez Framasoft on considère que tout ça est un problème.

Le premier élément, pour moi, c’est la domination technique.
On se rend compte que ces géants du Web ont, en fait, une place monumentale sur l’aspect technique. Si on prend l’intégralité du trafic sur le Web, donc la consultation de sites web, de pages web, eh bien forcément, cumulés à eux tout seuls, ils prennent plus de 80 % du trafic web, ce qui est fou ! Dernièrement j’ai relu qu’on est à plus de 1,7 milliards de sites internet, eh bien non !, du coup les sites internet de ces quelques géants regroupent vraiment une très grande place dans ce trafic-là. Effectivement, ça pose toujours une question : quelle place pour les autres ?
Il y a un autre élément sur cette domination technique qui est très fort, c’est l’environnement des smartphones. On sait qu’aujourd’hui la consultation d’Internet, en tout cas sur le territoire français, se fait majoritairement via l’interface d’un smartphone, en tout cas bien plus, désormais, que via un ordinateur fixe ou portable, peu importe, et que dans cet univers des smartphones aujourd’hui on n’a pas vraiment le choix, c’est-à-dire qu’on est obligé de passer par ces géants du Web ou alors il faut vraiment connaître des solutions alternatives, mais elles sont très peu nombreuses et très peu visibles. J’imagine que parmi les 12 personnes qui sont connectées que vous avez soit un smartphone qui est sous Android donc connecté à Google, soit vous avez un iPhone connecté du coup chez Apple via le système d’exploitation iPhone. Peut-être avez-vous un Windows Phone, mais je crois que ça y est, c’est fini, plus personne ne fait ça, mais même si vous aviez un Windows Phone vous seriez lié à Windows qui est aussi l’un de ces géants.
On le voit, ces géants interviennent à la fois au niveau des systèmes d’exploitation – les systèmes qui permettent de faire fonctionner toutes nos machines ; au niveau de l’équipement informatique : ils produisent, pas tous de la même façon, ils ont tous des spécificités, mais quand même l’équipement informatique est très présent chez ces géants du Web ; les réseaux de communication, je pense à Microsoft qui a une offre de datacenter, Google qui a des datacenters et Amazon, bien sûr, qui est le leader mondial en datacenter, donc en centre de données. Tout ça fait qu’ils sont majoritaires et monopolistiques – je ne suis pas sûre qu’on dirait comme ça mais vous m’avez comprise – au niveau mondial. Et c’est aussi une problématique qu’il y ait ces monopoles techniques.
Ils le sont aussi sur l’aspect cloud, donc sur le stockage des données, vraiment de manière très importante. La majorité de nos fichiers, de nos documents numériques, est stockée sur des serveurs qui vont appartenir à ces grandes entreprises. C’est quand même sacrément un problème et c’est assez incontournable ce qui pose quand même une vraie question : comment fait-on pour en sortir ; ce sera la deuxième partie de mon intervention.
[Petit problème de slide]

La deuxième problématique c’est la domination économique.
Comme vous le voyez sur la slide, très clairement, en 2019, en termes de capitalisation boursière en fait les plus grandes entreprises, les cinq premières places, puisque Berkshire arrive en 6ᵉ place, sont des sociétés numériques et des sociétés américaines, même si on a Alibaba qui arrive à la 7e place, à la 8e place on a Tencent. D’ailleurs c’est assez intéressant de voir que les entreprises chinoises sont de plus en plus grosses et ont une place de plus en plus prépondérante alors que nous, côté occidental, en fait on est très peu lu ???, on n’a quasiment pas de liens ou d’usages de ces structures et pour autant ça représente quand même en capitalisation vraiment des éléments très importants.
Les GAFAM, je vais dire de façon générale les géants du Web, sont les plus grosses capitalisations boursières mondiales, ce qui veut donc dire qu’effectivement elles ont des trésoreries cumulées qui sont énormes, des milliards, le dernier chiffre que j’avais c’était 2018, 550 milliards de dollars américains en trésorerie, 100 milliards de dollars cumulés de profits annuels. On n’arrive même pas à se rendre de ce que ça peut signifier ! Et, bien sûr, des emplois liés à ça, puisque ça permet aussi de payer les employés de ces sociétés.
Ce qui pose problème dans cette domination économique, ce n’est pas tant le fait que des entreprises proposent des services et, qu’après tout, elles en tirent un certain profit – on est dans un monde capitaliste, donc c’est la logique habituelle – la problématique aujourd’hui c’est que ces capitalisations boursières sont supérieures au PIB de nombreux pays, ce qui veut dire que ces sociétés ont un pouvoir politique qui, parfois, est bien plus important que certains pays et ça, ça pose quand même des vraies questions de démocratie au sens très large, on y reviendra sur certains aspects mais, de côté-là, ça pose quand même un problème.

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En plus de tout ça, il faut comprendre que ces géants du Web n’ont pas tous les mêmes modèles économiques, c’est à-dire que leurs revenus ne dépendent pas de la même chose.
Si je prends uniquement les GAFAM, sans rentrer dans les autres, typiquement l’ensemble des revenus de Google repose sur la publicité, c’est-à-dire que c’est en vendant de l’annone publicitaire que Google gagne de l’argent puisque Google ne vend pas d’appareils, pas de matériel, enfin un peu, il y a des Google Books qui sont des petits ordinateurs, je crois que ça s’appelle maintenant des Chromebooks et ils ont aussi un smartphone d’ailleurs, mais, en tout cas, ce n’est pas sur ce plan-là que vient la marge principale de leurs revenus ; à86 % leurs revenus proviennent de la publicité, c’est un élément important. Donc c’est un modèle économique et on y reviendra, c’est celui qui génère complètement la façon de fonctionner de ce qu’on appelle le capitalisme de surveillance. Je reviendrai sur ce concept un peu plus tard.
Ensuite Amazon, pour le coup son modèle économique c’est « je vends des produits et c’est sur la vente de ces produits que je génère des profits ». 82 % des recettes d’Amazon viennent de la vente de produits. Il y en a encore 18 % qui ne viennent pas de ça, qui sont d’ailleurs sur les transactions sur ce qu’on appelle les marketplaces, c’est-à-dire qu’Amazon, depuis un certain nombre d’années, vend en direct des produits ou Amazon permet à des entreprises tierces de vendre sur sa plateforme, du coup ce sont les commissions, les 18 % correspondent à peu près aux commissions de ce temps de vente, même si ce n’est pas exactement ça puisqu’il y a aussi des serveurs.
Ensuite Facebook, pour le coup, son modèle économique c’est à 98 % de la publicité, donc c’est effectivement vraiment le principal financement de tout ça et on verra à quel point ces modèles économiques nous enferment à ce niveau-là.
Apple, j’en suis au deuxième « A », son modèle économique c’est la vente de matériel, c’est-à-dire que 80 % de ses budgets c’est le fait de vendre du matériel ou du logiciel, hardware, software comme on dit. Mais très clairement la publicité est assez peu présente dans le modèle d’Apple.
Et enfin Microsoft, lui, son entrée principale, en tout cas sa façon de générer de l’argent c’est la vente de logiciels, que ce soit les systèmes d’exploitation qu’on considère dans la grande catégorie des logiciels ou d’autres logiciels. Microsoft vend quelques éléments de matériels mais ça représente une manne pas très conséquente.

Ce qui est assez intéressant au niveau de l’aspect économique c’est aussi de savoir que tous ces géants du Web ont, en fait, des budgets de recherche et développement, ces services où on va avoir des ingénieurs qui vont chercher à développer des nouveaux produits, développer de nouvelles fonctionnalités sur ces produits, etc., qui sont bien plus énormes que ceux de nos structures étatiques type, par exemple, le CNRS. C’est quand même très intéressant de s’en rendre compte. Le budget de recherche et développement d’Amazon est de 20,2 milliards d’euros alors que le budget de la NASA tout compris, pas que recherche et développement, la NASA tout compris, est à 18,2 milliards d’euros. Ça veut donc dire qu’ils sont hyper en pointe sur le travail pour proposer des produits plus innovants, plus disruptifs, mettez tous les termes que vous voulez derrière. Mais ça pose vraiment des questions parce qu’on peut considérer que les gouvernements, à travers différents services, font des efforts dans la recherche, dans le numérique et, pour autant, c’est une tendance complètement à côté à ce niveau-là.

Autre problème monopolistique de ces structures, c’est qu’elles payent beaucoup moins d’impôts que les autres et c’est quand même un problème très fort. En fait, elles payent moins de 10 % d’impôts contre, en moyenne, en tout cas pour des entreprises européennes, 23 %. Elles sont très fortes en optimisation fiscale. Elles s’arrangent tout simplement pour situer leurs sièges sociaux dans les pays qui ont les politiques fiscales les plus intéressantes. Typiquement, par exemple à l’échelle du territoire européen, toutes les sociétés, tous les géants du numérique, ont leur siège social en Irlande qui a effectivement le système fiscal le plus intéressant pour elles. Ce qui pose plein de questions parce que ça veut dire qu’il y a énormément de territoires sur lesquels, finalement, ces entreprises ne payent quasiment pas d’impôts. C’est une concurrence totalement déloyale par rapport aux entreprises qui sont implantées dans ces pays. En France, Netflix, par exemple, ne paye pas d’impôts du tout. Parmi les géants du Web, Netflix ne paye aucun impôt en France parce qu’il n’a aucun employé sur le territoire français, il n’y a aucune structure sur le territoire français, tout est géré à distance depuis un autre territoire. À ce niveau-là c’est un manque à gagner énorme aussi pour nos gouvernements, pour nos services publics.

Ensuite, cette domination économique génère une façon de fonctionner qui fait que ces sociétés ont le pouvoir parce qu’elles ont les moyens de racheter n’importe quel concurrent. Donc on crée du monopole à un niveau très important qui fait qu’un concurrent qui a fait un truc qui a l’air sympa ! « Tiens, je vais le racheter », c’est typiquement Facebook avec Instagram et WhatsApp. Facebook rachète Instagram en 2013, je crois – il faudrait que je vérifie, de tête je ne suis pas sûre. Instagram qui, à l’époque, était un petit truc, qui avait assez peu d’utilisateurs, mais Facebook se dit « tiens, ce truc-là risque de me concurrencer, risque donc de me faire perdre des parts de marché – ça va ensemble –, je vais donc du coup faire une offre. » Et souvent, les offres sont tellement intéressantes que, typiquement, derrière ça génère de la fusion, de l’acquisition à tous les niveaux. Donc ce monopole économique génère aussi une problématique très forte qui est qu’aujourd’hui on a même des entreprises numériques qui se créent avec, pour objectif, d’être rachetées par un des géants du Web, dans l’objectif de faire un maximum de profit. Ça, ça fausse complètement les règles habituelles du marché.

Le troisième type de domination c’est la domination culturelle. Si vous regardez cette image, vous voyez de quelle domination culturelle je parle. Là, pour le coup, ça ne sera pas pour les géants du web chinois, leur domination culturelle est assez différente. En tout cas si on prend les GAFAM et toutes les entreprises numériques venant des États-Unis, c’est intéressant parce qu’elles sont toutes situées au même endroit, la Silicon Valley, je ne vous explique pas.
Ensuite, ce qui est assez intéressant, c’est que étant situées aux États-Unis, leur vision du monde, leur morale, leur vision de l’être humain, est forcément impactée par le contexte dans lequel ces entreprises sont situées. On ne peut pas vraiment leur en vouloir, mais ça pose un problème pour la diversité. C'est-à-dire que nous, internautes, utilisant ces acteurs, eh bien nous sommes confrontés à leur vision du monde, alors que nous sommes Français et que, très clairement, nous n’avons pas forcément du tout les mêmes contextes culturels. On verra qu’il y a aussi un appauvrissement qui est lié à la mondialisation dans son ensemble, ce ne sont pas les seuls responsables, mais quand même, globalement, l’usage régulier d’outils venant des géants du Web américains change nos comportements en ligne parce que, tout simplement, on s’adapte à leur vision du monde. Donc on a beaucoup moins de pluralité de points de vue. En gros, leur vision du monde est assez simple, c’est le fantasme d’un univers qui est connecté, qui est ouvert, sachant que c’est quelque chose qui est vraiment né avec l’idée d’Internet au début et avec une idéalisation des patrons de ces entreprises. Je suis sûre que vous connaissez tous le nom du patron d’Amazon, enfin du patron, du directeur général d’Amazon et du président d’Amazon d’ailleurs ; vous connaissez tous, vous avez tous entendu parler de Mark Zuckerberg. Donc, en plus, il y a une personnification très forte des personnes qui dirigent ces entreprises et c’est d’ailleurs la même chose en Chine, il y a vraiment ce rapport à la personnification. Et ces patrons, du coup, se positionnent depuis des années en sorte de prophètes d’un monde meilleur, c’est-à-dire que dans leurs discours ils ont toujours cette idée de réaliser le rêve d’un village qui serait, comment je pourrais dire, global, numérique. Mais derrière ils vont standardiser nos consommations, ils vont formater nos relations sociales, ils vont contrôler nos moyens d’expression et ça, c’est vraiment une grosse problématique parce que, souvent, on ne s’en rend pas beaucoup compte. Et c’est très sournois parce que ça se passe sur le long terme.
En fait, il y a un projet assez intéressant derrière ces entreprises américaines, c’est qu’on est vraiment dans un projet progressiste avec cet objectif de « vous rendre libres, vous émanciper de gré ou de force ». Mais vous rendre libres selon un certain modèle, attention, il est clair que ça ne va pas faire de vous des anarchistes et cette émancipation, en fait, est émancipation selon un modèle culturel qui est celui de l’impérialisme américain, qui est quand même très éloigné du nôtre.
Avec des règles de censure, c’est le premier petit élément de compréhension : si vous utilisez Facebook, vous connaissez ses règles de censure qui, du coup, sont souvent liées à ce truc du puritanisme américain très fort – on n’a pas du tout ce même rapport à la pudibonderie en France, on est très éloignés de ça. Toutes ces règles de censure sur tous les différents outils qu’on utilise génèrent une uniformisation des normes sociales. C'est-à-dire qu’aujourd’hui les normes sociales sont plaquées sur celles des États-Unis et on ne s’en rend même pas compte en fait !
Ce ne sont pas les seuls à participer à ça. Une fois quelqu’un me disait : « Ça fait longtemps qu’on fête Halloween alors que ça n’a aucun sens dans notre culture !». Effectivement, je suis d’accord, ce ne sont pas les géants du Web qui ont transposé la fête d’Halloween, la fête commerciale d’Halloween dans notre monde francophone. Mais globalement, quand même, on se rend compte qu’en censurant certains types de contenus, on a une problématique de diffusion d’une morale puritaine qui est très normative. C’est une difficulté très forte.
Vous avez peut-être entendu parler, il y avait eu un petit scandale sur Facebook, ça doit bien faire dix ans maintenant, par rapport à cette reproduction, puisque c’était une image numérique, d’une œuvre de Courbet qui s’appelle L’origine du monde et qui représente, en peinture, le sexe d’une femme. Typiquement, dans cette conception du monde, cette œuvre, reconnue par l’ensemble du monde comme étant une œuvre d’art, n’a pas de place. C’est très problématique.

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Culturellement qu’est-ce qui change aussi autour de ça ? C’est le fait que les services qui sont fournis, qui sont proposés par ces géants du Web, intègrent la notion d’économie de l’attention. Je ne sais pas si vous êtes très à l’aise avec ça, je vais essayer d’aller très vite et je vais d’ailleurs citer quelqu’un comme ça ce serait fait. Je vous cite quelqu’un qui s’appelle Yves Citton qui a écrit plusieurs livres sur cette notion d’économie de l’attention et qui nous dit : « Dans un monde riche en information, l'abondance d'information entraîne la pénurie d'une autre ressource : la rareté devient ce que consomme l'information. Ce que l'information consomme est assez évident : c'est l'attention de ses receveurs. Donc une abondance d’informations crée une rareté de l’attention et le besoin de répartir efficacement cette attention parmi la surabondance des sources d’informations qui peuvent la consommer. » Dit à l’oral, je me rends compte que ce n’est pas hyper-intuitif et compréhensible, je vais traduire très rapidement : avant le Web les ressources, pour le coup, étaient rares. Aujourd’hui avec le Web, l’information et l’ensemble des ressources ne sont plus du tout rares. C'est donc le temps d’attention de chacun des internautes qui est rare. Il y a une espèce de bataille entre les différents acteurs du Web pour attirer sur leurs services le maximum de public ce qui se traduit par des propositions multiples, en permanence, plus attrayantes les unes que les autres, pour que vous alliez utiliser tel service plutôt qu’un autre.
Ce qui veut donc dire qu’on est manipulés, on ne va pas forcément vers un service parce qu’il est pertinent et que le service qu’il rend correspond à un de nos besoins, mais tout simplement parce qu’on a réussi à lui donner une valeur qui repose sur cette attention et ça c’est vraiment une problématique.
Vous vous souvenez sûrement de la phrase de Patrick le Lay qui était à l’époque président directeur général de TF1, c’était en 2004, qui nous disait : « Ce que nous vendons à Coca-Cola c’est du temps de cerveau humain disponible ». Eh bien très clairement ce que Facebook, Google et les autres recherchent, particulièrement Google et Facebook parce que leur modèle économique c’est la publicité, c’est du temps de cerveau humain disponible et leur objectif, qui se traduit donc par le design de leurs interfaces, c’est de vous maintenir le plus longtemps possible chez eux pour que vous n’alliez pas ailleurs, parce que quand vous êtes ailleurs vous ne rapportez pas d’argent. Tout simplement ! Quand on est sur le modèle économique de la publicité, très clairement on a besoin que le plus grand nombre de personnes utilisent le service et que ces personnes restent le plus de temps possible ce qui permet, effectivement, de leur afficher un certain nombre de publicités dans ce cadre-là.

Cette domination culturelle a une connexion avec la domination politique, en tout cas avec le fait d’agir sur le champ politique et ça aussi c’est culturel. Typiquement, le fait de faire du lobbying, par exemple, c’est une pratique qui vient des États-Unis. Bien sûr, aujourd’hui il y a plein d’autres entreprises que les entreprises américaines qui font du lobbying, mais on voit que ça correspond à un modèle de société qui vient de ce côté-là. C'est assez intéressant de se rendre compte que le lobbying par ces grands groupes représente aujourd’hui des sommes énormes. Je peux vous en donner quelques-unes pour que vous vous rendiez compte, c’est assez impressionnant : Google dépense chaque année 8,5 millions d’euros en lobbying auprès de l’Union européenne, je ne parle même pas des autres territoires, auprès de l’Union européenne. C’est un budget dont l’objectif est d’influencer et de peser sur les décisions publiques ou politiques qui sont prises dans les cabinets ministériels, au niveau des appareils d’État, à l’Assemblée nationale, dans les différentes instances internationales, pour que ces sociétés puissent continuer à fonctionner comme elles fonctionnent, qu’on ne leur mette pas des bâtons dans les roues, très clairement, et surtout pour arriver à faire passer – on revient à l’aspect culturel – une vision du monde auprès de nos dirigeants, dans le sens très large du terme.

On parle souvent de la notion de loi antitrust, qui est un concept américain, qui est assez intéressant. Comme les GAFAM sont aujourd’hui des monopoles vraiment très forts il y a de plus en plus de personnes et particulièrement, pour le coup, des élus aux États-Unis qui demandent à ce qu’on puisse appliquer ces lois antitrust sur ces sociétés.
En France et en Europe en général, le Réglement général sur la protection des données, le RGPD dont vous avez certainement entendu parler, depuis 2018 on a en quand même beaucoup parlé, a, par exemple, fait l’objet d’une campagne de lobbying vraiment très importante : 4000 amendements ont été déposés, effectivement c’était au niveau européen, par les députés européens sous la pression, en fait, de ces lobbies. C’est un record, il n’y a jamais eu autant d’amendements sur une proposition au Conseil de l’Europe. C’est une vraie problématique. Ça a pour incidence de ralentir la décision publique, parce que le lobbying fait perdre du temps, pour que ces décisions ne s’appliquent pas.
On sait aussi par exemple que Google sponsorise en direct des publications de chercheurs donc avec des orientations, très souvent, qui sont sur le droit à la concurrence ou sur l’usage des données personnelles. Google va rarement financer des publications de chercheurs en permaculture, elle n’a aucun profit à le faire donc elle ne le fait pas. Et ça pose la question du conflit d’intérêt : quand on est à la fois celui qui finance ceux qui sont censés trouver des solutions ou réfléchir sur comment ça doit fonctionner différemment, on voit bien qu’il y a une problématique très forte pour, du coup, changer l’image liée à tout ça.

Et puis la domination politique passe aussi, tout simplement, par l’utilisation de certaines de ces plateformes pour manipuler la démocratie. Vous vous souvenez sûrement ou vous avez déjà entendu du scandale qui s’appelle Cambridge Analytica, je ne vais pas entrer du tout dans le détail de cette histoire, si ça vous intéresse je pourrai vous envoyer des liens où on a essayé de synthétiser ces événements. Mais aujourd’hui, en gros, il est confirmé que la société Cambridge Analytica, utilisant les données de Facebook et certains comportements, certaines façons de faire de Facebook, a eu un impact très fort sur le résultat des présidentielles aux États-Unis en 2016. Ça a été dit. Ça a aussi eu un impact sur le Brexit. On sait que tout ça, ça a quand même une incidence très forte.

Donc ces géants du Web, de par cette triple domination, voire quadruple si on considère que la domination politique ne fait pas partie de la domination culturelle, posent de vrais soucis, j’allais dire vraiment globaux.

Et puis il y a le dernier mais qui, en fait, est lié à tout ça, c’est effectivement la collecte des données personnelles. La plupart des modèles économiques de ces géants du Web repose sur la collecte de ces données. Et même quand leur modèle économique ne repose pas dessus, ça ne veut pas dire qu’ils ne les collectent pas, c’est juste que parfois ce n’est pas ce qui leur rapporte plus d’argent, mais il y a forcément collecte de données et très souvent la collecte de données est liée, effectivement, à la vente de publicité, c’est pour ça que je vous ai mis « Tous les jours je lave mon cerveau avec de la pub ».

Donc se pose la question, quand on est dans un contexte numérique aussi centralisé – c’est-à-dire que là on a quelques entreprises qui prennent toute la place : comment est-ce qu’on peut être libre ?, et là je parle en tant que citoyen, citoyenne, quand on se retrouve dans un système où on doit se réjouir d’utiliser des services gratuits. J’aime beaucoup ce petit schéma, ça m’arrive tellement souvent que les gens me disent : « Eh ben oui, mais c’est génial, c’est gratuit ! » Oui, c’est génial, c’est gratuit, si effectivement tu es exploité en contrepartie, je ne suis pas sûre que ce soit si génial ! Je trouve que la petite blague avec ces deux cochons qui se disent « c’est génial cette porcherie, on ne nous demande même pas de payer le loyer, on est hébergés, on nous donne à manger, c'est parfait ! » Sauf que personne ne leur a dit qu’à la fin, en fait, on les mange. C’est quand même un problème ! Moi je vous dis en utilisant les services de ces géants du Web, bien sûr qu’à la fin on vous mange, pas au sens premier du terme, mais, d’une certaine façon, on vous mange. En tout cas vous n’êtes pas libre.

Autre questionnement c’est : est-ce qu’on peut vraiment être libre quand on a des appareils connectés, en l’occurrence là un assistant personnel mais en fait ça marche quasiment pour tous les appareils connectés, qui écoute en permanence tout ce qu’on fait. Ils savent en permanence tout ce qu’on fait.
J’écoutais tout à l’heure une émission sur une association qui s’appelle Exodus Privacy, qui propose un outil, via une application sur Android, de vous dire tous les traceurs qu’il y a dans les autres applications de votre téléphone. C’est quand même hallucinant de voir la quantité de données qui sont récupérées sans même qu’on soit au courant, vraiment sans qu’on n’ait aucune information.
Donc c’est une problématique, c’est-à-dire comment on peut être libre si on sait qu’on est en permanence écouté, surveillé, que toutes nos actions numériques sont enregistrées ?

Globalement, les géants du Web participent au fait de nous surveiller de manière permanente. Le seul moyen serait de ne pas utiliser du tout ces services, ce qui, aujourd’hui, est quand même complexe de se passer d’utiliser ces services. On est tous passés par là et, pour préciser, je ne suis pas exempte de l’utilisation de certains services, regardez, aujourd’hui on est sur Zoom, alors qu’il y a eu plein de scandales il y a six mois nous disant que Zoom c’est vraiment une catastrophe. Mais peut-être parce qu’on n’a pas d’autre possibilité en fait. Aujourd’hui c’est une vraie problématique. Il y a quelques possibilités, on va le voir, mais c’est vrai que ça pose plein de questions.

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La notion de capitalisme de surveillance c’est en fait très simple, ça a été théorisé par une chercheuse américaine qui s’appelle Shoshana Zuboff – j’ai mis la référence dans la slide d’après. C’est, en gros, le processus qui va transformer nos comportements présents en prédictions monnayées de nos comportements futurs. Qui va s’appuyer sur la façon dont on fonctionne sur nos outils numériques pour nous analyser et pour pouvoir vendre soit des espaces publicitaires, soit, tout simplement, de la donnée globale sur comment fonctionnent, je ne sais, les femmes d’entre 40 et 45 ans quand elles sont citadines, peu importe. Qui va donner de la statistique globale qui est celle de nos comportements. Toutes ces entreprises fonctionnent sur le fait de monnayer nos comportements actuels. Et ça, ça pose vraiment beaucoup de questions. Ça veut dire que tout ce qu’on fait est surveillé et surtout monétisé. Et ça c’est une problématique.
C’est ce que nous dit Shoshana Zuboff dans ce livre qui s’appelle L’âge du capitalisme de surveillance. Je vous invite vraiment à lire ce livre, ce n’est pas très simple, c’est vraiment un livre de chercheur, mais c’est vraiment passionnant de découvrir ce modèle économique très récent en plus, c’est Google en 2004, donc ça a 15 ans, c’est vraiment très récent. Avec les gens du Web, on a remplacé le capitalisme industriel par ce capitalisme de surveillance et ce capitalisme de surveillance est là pour orienter et exploiter nos préférences personnelles. On nous surveille tout simplement pour générer des profits sur nos préférences personnelles, nos usages personnels, nos fonctionnements personnels, nos façons de nous comporter de manière personnelle. Le danger qu’il y a derrière tout ça c’est, qu’en fait, ça modifie nos comportements, forcément. Si ça modifie nos comportements, ça modifie du coup, à un autre niveau, notre capacité de libre-arbitre, de faire nos propres choix puisqu’on est déjà manipulé, donc ça menace la démocratie dans son ampleur.
Ce qui est bizarre c’est qu’alors qu’on sait tout ça, plus ou moins mais quand même, quand on demande aux Français, c’est une étude française, quelle image positive ont-ils de ces différentes entreprises, on le voit, 81 % de la population française trouve que Microsoft a une image positive. Ça ne fait pas grand monde qui trouve que c’est une image négative. Google c’est 80 %, Apple 67, Amazon 65 et Facebook 51 %. Vu la quantité de scandales qu’il y a eus sur ces entreprises, ça pose quand même vraiment des questionnements : on a beau se dire, les médias ont beau dire que c‘est un souci, pour autant ces entreprises ont toujours une image positive.
Pareil, quand on demande aux internautes – pour le coup ce n’est pas typiquement français – dans dix ans de quelle entreprise penserez-vous qu’elle a été néfaste pour la société, 60 % pensent que dans dix ans ils penseront que Facebook a été néfaste pour la société. C’est assez étonnant de se rendre compte que pour les autres, par contre, pas du tout. Amazon un peu, mais pas tant que ça ! Je pense que si on reposait la question aujourd’hui on aurait peut-être des réponses un peu différentes, puisque ça a été fait en 2017, du coup ça a un peu évolué et surtout on a 22 % des répondants qui considèrent que toutes ces sociétés sont positives et ne sont absolument pas néfastes à la société.

Donc il y a besoin d’une prise de conscience, très forte, mais surtout il y a besoin de comprendre que quand on utilise ces services ça reste un choix personnel, mais en fait la « gafamisation » passive ou la « googlelisation » passive ou la « facebookisation » passive est, en fait, très forte. J’aime beaucoup cet article qui avait été écrit en 2019, donc qui date peu, de Marine protais qui s’appelle « Google c’est comme la cigarette, c’est votre choix, mais il impacte les autres ». C'est-à-dire que si même si moi, à titre individuel, je fais l’effort de ne pas utiliser ces services, dans 90 % des cas je suis en interconnexion avec des personnes qui les utilisent. Le fait que ces personnes les utilisent fait que mes données personnelles, en fait, sont quand même utilisées, c’est-à-dire que mes comportements sont quand même analysés. Si on veut sortir de ce modèle-là, il va donc falloir arriver à une autre ampleur, il va falloir qu’on arrive à convaincre les gens autour de soi que ce n’est pas possible, on ne peut pas continuer à utiliser ces mêmes services.
Le problème c’est que ce n’est pas si simple, c'est facile de le dire. Tous ces services proposés par les géants du web sont très confortables pour plein de raisons, ils nous apportent plein de choses, ils sont d’ailleurs désignés pour qu’on les trouve agréables, désignés en termes d’interface, désignés pour qu’on y reste longtemps, désignés pour générer de la dopamine. Il y a une très bonne série sur Arte, que vous pouvez retrouver, qui s’appelle Dopamine, qui explique pourquoi tous les médisa sociaux ont un système de fonctionnement qui fait qu’on a envie d’y retourner tout le temps : le fait d’avoir un nombre de like ; vous postez une image sur Instagram, qu’est-ce que vous attendez ? Qu’il y ait plein de gens qui la trouvent sympa, sinon vous ne le feriez pas, sinon vous l’enverriez par mail à quelques personnes pour leur dire « regarde, voilà les images de notre dernier week-end » et ce serait juste un partage. Le fait de la publier publiquement impacte ça. Ce jeu sur certains biais cognitifs qu’on a tous est très confortable, est très agréable, et renforce beaucoup de choses. Donc aujourd’hui, pour sortir de tout ça, il est nécessaire de choisir entre confort et contrôle. C’est-à-dire je veux contrôler ma présence en ligne, je veux contrôler ce que je fais sur le Web, je veux contrôler mes données personnelles, ma vie privée, mais je vais devoir, malheureusement, accepter de supprimer une partie de mon confort. Et ça c’est très compliqué parce qu’on a des habitudes qui font qu’on est bien dans les outils qu’on utilise et ce n’est pas simple. Donc il va falloir faire des efforts, je suis désolée de vous le dire, ça ne va pas se faire tout seul. Pour reprendre le contrôle sur sa vie numérique, il faut accepter de perdre en confort et il faut accepter de faire des efforts. Ce n’est pas très positif et le problème c’est qu’on est tous des grosses feignasses en fait, on n’a pas trop envie de faire tout ça, parce qu’on est sur Facebook, Messenger ça marche bien, j’ai chez ma communauté-là, si je change d’outil, je fais comment ? Il va falloir que je change tout quoi !
Je vois la phrase d’Adrien, « c’est un peu comme être écolo » ; eh bien c’est exactement la même chose en fait. Sauf que, j’allais dire, l’impact sur les gens autour de nous est peut-être moins là. Souvent tu peux avoir des pratiques écolos et même si tu as des potes qui ne sont pas hyper-écolos, ça ne t’empêche pas de les avoir. Alors que là, très souvent, ça va bien plus loin, c'est-à-dire que si tu ne veux pas perdre tous tes potes eh bien tu es quand même obligé de rester sur Facebook ou sur Instagram. Du coup je pense que les sacrifices sont parfois encore plus grands que dans les pratiques écologiques, même s’il y a énormément, effectivement, de possibilités d’aller vers ça.
Bref ! On est tous des grosses feignasses, donc on n’a pas trop envie de faire des efforts, ce qui s’entend très bien. Alors premier conseil, ça ne sert à tien de tout changer, il faut faire les choses petit à petit, sinon c’est sûr, c’est l’échec total. Si vous dites « ça y est, demain j’arrête d’utiliser tous les services du géant du Web », déjà le temps que vous trouviez quelles alternatives, etc., ça va prendre un peu de temps, mais surtout vous allez forcément être en situation de manque, parce que tous ces outils sont faits pour générer du manque chez vous. Ça peut être très violent et ce n’est pas dit !

Pour répondre à la question de comment les associations peuvent-elles s’en passer ? Je ne sais pas de quoi vous parlez ? Si c’est de tous les services des géants du Web, si c’est une partie des géants du web. On reviendra sur cette question, je pense qu’elle est assez intéressante à ce niveau-là.

Si vous voulez « dégafamiser » Internet, chez Framasoft on vous propose des services libres, on verra pourquoi les logiciels libres sont une garantie importante, donc des services alternatifs à ceux qui sont proposés par ces géants, des services qui sont éthiques, donc à travers ces services on porte un certain nombre de valeurs, mais aussi des services qui sont décentralisés, décentralisés au sens où il n’y a plus de centre, donc plus un seul élément de contrôle, une seule entrée pour le contrôle. C’est beaucoup plus intéressant, du coup, de ne plus avoir de centre et d’être dans du réseau pour pouvoir, justement, faire que si à un endroit ça ne marche pas, ce n’est pas grave, je peux aller ailleurs. Je peux choisir là où je vais héberger mes données par exemple, là où je vais discuter avec mes amis en me disant je ne suis pas obligée d’être sur une plateforme centralisatrice. D’ailleurs c’est étonnant parce que c’est comme ça que fonctionne Internet, l’architecture technique d’Internet ; il n’y a pas de centre. Ce sont des multiples serveurs connectés les uns aux autres, mais il n’y a pas un gros serveur au milieu qui, du coup, renverrait vers tous les autres. Dans les services décentralisés, on est dans la même logique. Et, bien sûr, des services qui sont solidaires, c’est aussi lié à l’éthique, qui vont inclure des aspects de solidarité.

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Je ne vais pas trop m’attarder sur ce qu’est le logiciel libre, d’où ça vient, etc., on pourra faire un échange peut-être là-dessus. On rappelle juste que c’est lancé dans les années 80 par un monsieur qui s’appelle Richard Stallman, qui était chercheur au MIT. Son objectif et l’objectif derrière toute la philosophie du Libre, c’est de permettre aux utilisateurs et aux utilisatrices des logiciels, mais ça peut-être, on le verra, de la musique, de l’encyclopédie, d’avoir un maximum de libertés.
Derrière le logiciel libre on parle toujours de quatre libertés qui sont vraiment hyper-importantes. Je vais quand même les détailler parce que c’est important de les avoir.
La première de ces libertés ça va être d’utiliser le logiciel, mais on verra que ça s’appliquera à d’autres types d’œuvres, pour quelque usage que ce soit, c’est-à-dire que j’en fais ce que je veux, je n’ai pas de problématique en tant qu’utilisateur. Les personnes qui ont conçu le logiciel ont sûrement pensé qu’il devait être utilisé dans tel sens, mais si j’ai envie de l’utiliser pour faire autre chose et que je peux le faire, il n’y a rien qui m’en empêche. Ce qui ne sera pas le cas sur d’autres outils.
La deuxième liberté, et c’est sûrement celle qui est la plus connue, c'est que dans un logiciel libre on peut étudier le programme, c’est-à-dire qu’on peut accéder au code source de ce programme, donc on peut aller voir le code et regarder ce qu’il y a derrière : comment est fabriqué le logiciel. Vous allez me dire «  quand tu n’es pas développeur, codeur, c’est bien beau d’accéder au code, mais si tu me files un bout de code d’un logiciel, je n’y comprends rien ». Eh bien oui, évidemment, ça veut dire effectivement que cette liberté d’étude du programme est possible, mais il va falloir s’entourer, faire confiance à des communautés de gens qui vont auditer ces programmes et qui vont nous dire si, à l’intérieur de ces programmes, il y a des trucs qui craignent ou pas. Donc ça a une incidence, quand même ! Le fait que le code soit transparent permet de se préserver, effectivement, d’un certain nombre de dérives. Le contraire de logiciel libre, c’est ce qu’on appelle un logiciel privateur, parce qu’il est privateur de libertés, donc il vous prive de la liberté, justement, d’étudier du programme. Du coup vous ne savez pas s’il y a quatre lignes de code qui, à l’intérieur de ce programme, récupèrent tel et tel élément. Vous n’en avez aucune idée puisque vous ne voyez pas le code ; des techniciens ne peuvent pas accéder au code. Donc vous ne savez pas du tout ce qui est fait dela façon dont vous utilisez cet outil.
La troisième liberté va être celle de pouvoir créer et redistribuer les copies de façon à pouvoir aider votre voisin, en tout cas vous pouvez les distribuer à qui vous voulez, de la façon dont vous voulez. Dans le logiciel libre, le logiciel est distribuable tant qu’on veut, il n’y a pas de limites. Parce que, dans l’univers numérique, il y a un paradigme très fort qui est qu’une copie ne prive pas de l’original, ne détruit pas l’original. Quand on fait une copie, on multiplie, tout simplement, le logiciel, le contenu, peu importe. Si je prête un livre physique à quelqu’un, je ne l’ai plus, sinon il faudrait que je le photocopie intégralement, mais c’est quand même un peu compliqué. Alors que je peux faire une copie d’un livre numérique, je garde ma version, j’en fais une copie pour quelqu’un d’autre. Donc je multiplie la possibilité de diffusion et de distribution.
Enfin la quatrième liberté et pas moindre c’est qu’en tant qu’utilisateur ayant des compétences techniques très souvent et encore pas toujours, j’ai la liberté d’améliorer le programme. C’est-à-dire que ce logiciel est bien, mais, en fait, je trouve qu’il manque une fonctionnalité ou, pour moi, dans mon contexte, je peux avoir besoin de cette fonctionnalité. C’est génial parce que je vais partir de la base de ce logiciel et je vais pouvoir y rajouter les fonctionnalités qui me manquent ou faire rajouter par une entreprise qui sait faire ça, passer par un prestataire qui le fera pour moi si je n’ai pas les compétences techniques pour le faire. L’avantage c’est que toutes les fonctionnalités que je vais, du coup, rajouter à cet outil, vont profiter à tous les utilisateurs de l’outil. C’est-à-dire qu’en plus elles sont remises dans le commun. C’est un élément vraiment d’enrichissement global pour l’ensemble de la communauté.

Je vais revenir sur un concept très fort qui est la différence entre open source et Libre. Très souvent c’est un élément qu’on nous demande. En fait, au niveau des licences, il n’y a quasiment pas de différence. Je ne vous ai pas précisé que les logiciels libres sont marqués par des licences libres, c’est ce qui fait qu’on sait que ce sont des logiciels libres, donc ces licences libres – on pourra y revenir en détail si quelqu’un a des questions plus précises là-dessus – permettent de dire quels sont les droits possibles, où sont les limites, quelles restrictions au droit d’auteur, à la propriété intellectuelle, etc.
Sur l’aspect des licences, un logiciel open source aura, en fiat, une licence similaire à celle d’un logiciel libre. La seule différence c’est que le logiciel libre aura une philosophie alors qu’un logiciel open source sera considéré comme un outil technique et exclusivement comme un outil technique. Très souvent on parle d’open source dans les contextes où il n’y a pas de pensée éthique derrière l’usage de l’outil. On va parler de logiciel libre quand on va considérer que les personnes qui proposent ces logiciels les proposent pour, on va dire, un usage sociétal positif.
Petit exemple. Je suis Total – je prends un exemple horrible –, chez Total il y a l’administration des plateformes pétrolières. J’ai besoin d’un logiciel qui va me permettre de gérer les flux, je n’en sais rien, je n’y connais rien, ce n’est pas du tout mon domaine. Bref ! Et puis je me dis que je vais faire un logiciel du coup en open source, donc le code sera diffusé et sera transparent. Pour autant ce ne sera pas un logiciel libre, parce qu’une plateforme pétrolière, et là je pense que personne ne pourra dire le contraire, ne fait pas quelque chose qui fait du bien à la société aujourd’hui. Peut-être qu’il y a 70 ans on n’était pas conscient de ça, mais aujourd’hui, très clairement, ça ne fait pas du bien, donc on considérera que ce logiciel libre ne sera pas libre parce qu’il ne participe pas à une évolution positive de la société.

Un petit rappel : le logiciel libre est donc un commun puisque nous somme dans une série sur les communs, donc il y a cette notion d’en prendre soin. Un logiciel libre est très souvent développé par une communauté de développeurs, mais il a aussi besoin que les utilisateurs comprennent comment fonctionne ce travail de développement et puissent faire des retours. Aujourd’hui on a encore cette problématique des internautes consommateurs qui, du coup, vont utiliser un outil, un service, et exigent de ce service qu’il soit le plus performant possible, alors même que c’est un logiciel libre qui, très souvent, a été développé par plein de personnes individuelles qui se sont mises ensemble juste pour rendre le service du logiciel. Donc il y a vraiment un élément important à respecter, effectivement, ce travail de commun et de communauté associée puisque ça va ensemble.
Je vous ai mis un truc sur les licences libres, j’y reviendrai s’il y a besoin.

Autres éléments importants à connaître sur le logiciel libre, c’est que, très souvent, les gens disent « cool, un logiciel libre c’est gratuit ! » Oui, mais je ne sais pas, je n’ai pas de pourcentage, j’allais dire dans 90 % des cas, mais je ne sais pas. Eh bien pas forcément en fait. On peut très bien créer un logiciel, le publier avec une licence libre et, pour autant, le vendre. Il n’y a absolument rien qui empêche cette activité de vente. Donc attention à ne pas systématiquement associer logiciel libre égale gratuit. Non, il y a des logiciels libres qui ne sont pas gratuits. Il y a des œuvres musicales libres qui ne sont pas gratuites. La connexion entre les deux fait que très souvent c'est le cas dans l’usage, mais ce n’est pas forcément le cas, parce que dans tous les cas il faut un modèle économique. C’est-à-dire que des gens prennent du temps pour créer ce logiciel ou créer ce morceau de musique, donc ils ont bien besoin, à un moment, d’une « rémunération » pour ce travail, je le mets entre guillemets, c’est le travail au sens très large du terme. Du coup il y a des modèles économiques qui sont liés au logiciel libre qui peuvent être OK, si ce n’est pas le logiciel qui est payant, en revanche l’installation sur un serveur est payante. Ou la formation des utilisateurs à ce logiciel est payante, etc. Ou, tout simplement, il y a un appel à don en disant « tout ça nous coûte quand même un peu d’argent, est-ce que vous, utilisateurs, vous ne voulez vous pas contribuer ? ». C’est le modèle de Framasoft, on est sur le modèle économique du don, mais en fait chez Framasoft il n’y a rien qui est gratuit. Les salariés qui mettent à disposition un certain nombre de services auprès des internautes, pour le coup eux ont besoin d’être payés. Ils ne viennent pas tous les jours gratuitement ou alors il faudrait un autre modèle de société pour que ce soit possible.
Et puis il y a cette idée reçue qu’on ne gagne pas d’argent en faisant du logiciel libre, ça aussi c’est complètement faux. Il y a énormément d’entreprises aujourd’hui qui, du coup, ne proposent que des services autour de logiciels libres et, pour autant, qui vivent très bien, il n’y a aucun problème de ce côté-là.

Si vous cherchez des logiciels, un de nos services s’appelle Framalibre, l’annuaire du Libre : vous avez besoin d’un logiciel pour n’importe quoi, vous tapez le type de logiciel dans la barre de recherche et vous trouverez, effectivement, une liste de logiciels pour remplacer vos logiciels privateurs. C’est l’aspect logiciel.

Pour revenir à ce que disait à ce que disait Adrien quand il a présenté Framasoft, très souvent on est très connus pour cette campagne qui s’appelle « Dégooglisons Internet ». C’est une campagne qu’on a lancée en 2014 suite aux révélations de Edward Snowden, vraiment une grosse prise de conscience de dire « Oh, là, là, on a un problème, maintenant qu’on sait que tous les géants du Web transmettent en grande partie les données qu’on stocke chez eux aux services de renseignement américains, il faut vraiment qu’on ait des alternatives. » À l’époque la récolte des données personnelles pour des usages publicitaires était moins un élément dont on avait conscience. À la base c’était vraiment l’idée d’avoir des solutions à proposer.
Donc Framasoft, pendant trois ans, a petit à petit enrichi une offre de services qui sont donc libres, éthiques, décentralisés et solidaires. Je vous montre la liste, il y en a énormément, on est même arrivés jusqu’à 38 à un moment, mais on est une petite association, on propose ces services, on est financés par les dons pour le faire, on n’a pas de problème économique au niveau de l’association, mais ça nous pose quand même un sacré problème, c’est-à-dire qu’en tout cas pendant la campagne « Dégooglisons Internet », donc 2014/2017, on est un peu les seuls à faire ça et en fait on n’a pas du tout envie d’être les seuls, parce que si on est les seuls, on fait exactement ce qu’on reproche aux géants du Web, on devient un monopole. Et c’est d’ailleurs le constat auquel on est arrivé il y a quelques années, c’est-à-dire qu’aujourd’hui le réflexe c’est « OK, si je ne veux pas aller chez un géant du Web, hop ! Je vais chez Framasoft ». Je ne dis pas que c’est un mauvais réflexe. Je dis juste qu’à un moment, si tout le monde vient utiliser no services, en fait on reproduit un modèle qui n’est pas celui que nous voulons pour notre société.
Donc Framasoft a cherché à faire en sorte de ne pas être le Google du Libre, je le dis comme ça, pour que justement il y a ait des alternatives à celles qu’on propose, sachant, en plus, que les logiciels qui permettent de fournir ces services qu’on propose sont très souvent des logiciels que Framasoft ne gère pas. C’est-à-dire que ce sont des logiciels libres, qui existaient préalablement à « Dégooglisons Internet », que Framasoft a habillés et, du coup, a donné un nouveau service basé sur un logiciel. Si je prends par exemple Framatalk, Framatalk est un service de visioconférence, le logiciel qui est utilisé derrière s’appelle Jitsi Meeet, c’est un logiciel libre, très clairement ce n’est pas du tout Framasoft avec ses trois techniciens qui a créé ce logiciel. Il préexistait et il y a juste eu une valorisation de ce logiciel à travers le service Framatalk.

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En fait, au bout de plusieurs années de Dégooglelisons Internet, Framasoft a démontré que les services libres étaient une alternative viable, solide. Pour nous c’était hyper-important de montrer aux internautes qu’en fait si tu utilises Zoom, Team ou Skype pour faire des visios en fait tu peux aussi Framatalk ou Jitsi qui sont la même chose mais juste avec des noms différents et, bizarrement, ça rend les mêmes services et c’est solide et ça marche. C’est vraiment un élément important.
Framasoft a donc fait un travail d’éditeur, de mainteneur. On a développé une partie des logiciels en interne et puis il y en a sept, effectivement, qui ont été pris dans la grande base des logiciels libres, ce qui n’a pas empêché qu’en plus on a rajouté des fonctionnalités parce que, pour nous, il manquait certaines choses, donc, en plus, on a contribué à faire que ces logiciels s’enrichissent.
Aujourd’hui on pense, mais on n’a absolument aucune certitude par rapport à ça, être la plus grosse offre mondiale de services libres, éthiques, décentralisés, solidaires – c’est ce que veut dire LEDS, c’est un peu technique – qui sont accessibles gratuitement. On n’a pas de « concurrents », je le mets entre guillemets, parce qu’on n’est clairement pas dans une optique de concurrence, en tout cas il n’y a pas d’autre structure qui fait ça.
Donc on s’est dit qu’il fallait qu’on trouve le moyen de faire émerger des « concurrents », je le mets vraiment entre guillemets parce que ce ne sont pas des concurrents, donc des alternatives à ce que propose Frama. Donc on a lancé en 2018 une nouvelle réflexion qui s’appelle « Déframasoftisons Internet », après avoir « dégooglelisé » Internet on « déframsoftise » Internet, donc l’objectif principal va être de faire que les gens arrêtent d’utiliser nos services. Alors on va en fermer, comme ça la question ne se posera pas, ils seront fermés, plus personne ne les utilise, mais surtout on va leur montrer que ces services existent aussi ailleurs. Et ça c’est vraiment important.
Je vous ai quand même mis l’Information. On a huit services qui, en tout cas pour les prochaines années, qui ne vont pas bouger :
Framadate, c’est l’alternative à Doodle pour faire du sondage de dates ;
Framapad qui est un éditeur collaboratif de traitement de texte ;
Framinemap est un outil qui permet de faire des cartes mentales, c’est quoi les noms de trucs connu de cartes mentales ? MindMaster peut-être ou MindMap quelque chose, bon ;
Framagenda c’est un agenda, une alternative à Google Agenda ou un truc agenda, il y en a plusieurs ;
Framadrive c'est un cloud ;
Framavox est un outil de prise de décision collective et de gestion du vote pour un groupe, une structure ;
Framacarte c’est une interface du système qui s’appelle OpenStreetMap, qui est l’alternative à Google Maps ou Maps chez Apple, etc. ;
et Famatalk c’est l’outil de visioconférence dont je vous ai parlé.
Et puis on a deux services qui ne reposent pas sur de logiciels mais qui sont des sélections de contenus :Framagames où on met en évidence des jeux sous licence libre et Framinetest qui est la version libre de Minecraft, qui est, du coup, un autre jeu.
En revanche on va en fermer plein. D’ailleurs il y en a déjà qui sont fermés, il y en a trois qui sont fermés depuis la déframasoftisons d’Internet qui sont Framabee qui état un moteur de recherche, Framanews, Framastory et il en a d’autres qui vont fermer dans les années à venir. Je ne m’attarde pas là-dessus, je vous donnerai le lien vers ces éléments si ça vous intéresse, sans problème.

Mais même quand on ferme, on fait preuve de pédagogie, je vous rappelle qu’on est une association d’éducation populaire, c’est-à-dire qu’on vous dit « oui, on ne propose plus de services, par contre on vous dit où est-ce que vous pouvez trouver un service similaire qui va être hébergé par une autre structure et, en plus on dit qu’on a sélectionné ces structures ». C’est-à-dire qu’on n’a pas pris le premier venu, on s’est dit que, quand même, on allait passer par des gens envers lesquels on avait confiance. Donc systématiquement on va vous proposer, simplement, d’utiliser le service ailleurs, donc on ne vous laisse pas complètement seuls par rapport à ça.

À partir de 2016 Framasoft a initié un Collectif d’Hébergeurs Alternatifs, Éthiques, qui s’appelle CHATONS, je ne lis pas ma slide. Aujourd’hui ce collectif s’est donné un certain nombre de règles. Bien sûr, ces hébergeurs de services, qui font un peu la même chose que ce fait Framasoft, c’est-à-dire des services proposés aux internautes, ont un certain nombre de règles qui sont garanties par un manifeste et une charte. C’est un peu comme les AMAP, il y a un ensemble de règles pour que les AMAP fonctionnent, c’est la même chose, il y a une sorte de règle commune. Bien sûr, il n’y a pas de publicité sur les services parce que s’il y a publicité, ça veut dire qu’il y a vente de données, encore que ça pourrait être sans mais vraiment c’est très rare. Bien sûr, tous les logiciels sont libres, c‘est-à-dire que vous pouvez aller voir le code de ces logiciels, donc c’est une garantie de transparence et, effectivement, on est avec des outils qui sont data friendly, c’est-à-dire que les données ne sont pas exploitées, sont souvent accessibles, c’est-à-dire qu’il suffit de demander à votre hébergeur de voir vos données, il vous les transmet. C’est de mieux en mieux parce qu’avec le RGPD il y a maintenant une petite obligation de tout ça, mais c’est quand même assez obscur. J’ai essayé, un jour, de récupérer l’ensemble des données de mes comptes Google, eh bien ce n’est pas très facile, ça demande quand même de savoir où c’est planqué, où est-ce qu’on peut les trouver, et ensuite, surtout, une fois que j’ai tous ces fichiers, je les ouvre avec quoi, parce que ce sont des formats de fichiers un peu bizarres. Là, pour le coup, tout est beaucoup plus transparent.

Aujourd’hui il y a 76 structures qui font partie de collectif, donc 76 hébergeurs alternatifs, de tous types, ça peut être des associations, ça peut être des collectifs informels, des coopératives, des micros entreprises, des entreprises, des particuliers qui vont proposer un service. CHATONS fonctionne avec une notion de territorialité. Très souvent on dit que les chatons c’est comme les AMAP mais en version numérique. C’est assez intéressant parce que l’objectif n’est pas que vous preniez ou que vous soyez en contact avec une structure qui est à l’autre bout de la France. L’objectif c’est que vous trouviez un hébergeur éthique qui est à proximité de chez vous. Alors à proximité relative, parce que pas de bol, si vous habitez en plein centre de la France vous avez vu, il n’y a pas grand monde, il n’y a pas grand monde tout court, du coup il n’y a pas grand monde non plus chez CHATONS, donc il n’y a pas forcément de structure qui soit là. Donc il faudra peut-être se rapprocher soit d’un côté, soit de l’autre pour aller les voir. Mais cette carte est assez bizarre, par exemple il n’y a rien de marqué à Lyon alors que je sais qu’il y en a au moins cinq. Il faudra vérifier et. de toute façon, sur le site chatons, au pluriel, .org, chatons.org, vous avez un moteur de recherche qui permet de géolocaliser, qui permet de trouver les services, etc.

Les services qui sont proposés par les structures membres de ce collectif sont hyper-variés. J’ai fait une liste non exhaustive qui permet de se rendre compte des grandes familles d’outils :
bien sûr, tout ce qui relève de la comm’, les mails, réseaux sociaux, la visioconférence ;
tous les outils appliqués au web, des moteurs de recherche, des raccourcisseurs d’URL, des forges logicielles – si vous développez un logiciel et que vous avez besoin de publier le code, ça sert à ça une forge logicielle –, des outils de sondage, des gestionnaires de mots de passe – très utile les gestionnaires de mots de passe, ça permet d’avoir des vrais mots de passe forts et de ne pas se soucier, du coup, de devoir les retenir, de les noter dans un calepin ou de les mettre dans son ordi. Ce sont des outils vraiment très importants pour, justement, ne pas se faire piquer ses données ; des outils de travail collaboratif
et puis tout ce qui relève des outils de stockage et de partage de fichiers.

Je vois l’heure qui avance.
Je voulais quand même vous parler au moins des ContribAteliers qui sont une initiative de Framasoft, et c’est intéressant parce que ça correspond au mouvement du Libre en général. Framasoft dit « tiens, ce serait bien qu’on mette en place des ateliers qui vont permettre aux internautes, qui ne savent pas forcément coder, de participer au monde du Libre ». Parce que, en fait, il y a plein de façons d’aider le monde du Libre, donc on a ces ContribAteliers qui sont des temps qui se déroulent habituellement dans l’espace physique. Il y a des lieux de rassemblement. Il y a des ContribAteliers à Paris, à Lyon, à Nantes, à Grenoble, à Toulouse, à Bordeaux, à Tours, et je crois qu’il y en au moins eu un à Lille, donc plutôt dans les grandes villes. Ça a tendance à se démocratiser et puis, entre-temps, on a eu une crise sanitaire et des périodes de confinement, maintenant on fait des ConfinAteliers, la même chose mais en version virtuelle.
Pendant ces temps vous avez des porteurs de projets qui vous disent moi j’ai un logiciel – ça peut-être un logiciel mais ça peut être autre chose – et je cherche des gens qui vont pouvoir m’aider pour identifier toutes les fonctionnalités qui manquent. Donc vous allez me dire qu’est-ce que vous aimeriez comme fonctionnalités sur ce logiciel. Ça ne veut pas dire que je vais les développer forcément, mais ça me permettra de voir s’il en manque. Ou j’ai besoin d’un graphisme qui soit un peu plus sympa pour cette initiative, donc ils font appel. Ou j’ai besoin de faire traduire mon outil dans des langues étrangères et, comme je suis nul en polonais, si je veux que la communauté polonaise bénéficie de mon outil, je vais essayer de proposer tout ça. »
Ces ContribAteliers sont des temps dédiés juste à la contribution. L’objectif c’est que ce ne soit pas seulement les services de Framasoft et les différents outils de Framasoft qui soient proposés. Aujourd’hui, dans ces ContribAteleirs, ce qui est assez étonnant c’est qu’il y a plus de porteurs de projets libres qui interviennent que, finalement, de membres de l’association. C’est vraiment une réussite pour nous, c’est que d’autres gens se sont emparés du principe de la contribution ce qui est vraiment l’esprit. C’est-à-dire que Framasoft considère aujourd’hui que si on veut vivre dans un monde libre, si on veut être émancipé numériquement, il faut qu’on soit dans une société de la contribution c’est-à-dire où tout le mon de participe à plein de petits communs ; ça peut être ceux du numérique mais ça peut être d’autres si on n’est pas intéressé par ça. C’est un élément vraiment très important qu’on porte habituellement.
Je vous ai mis le lien vers Soutenir, peu importe. Il est temps qu’on passe aux questions sinon vous allez mourir de faim si ça traîne trop.
J’arrête mon partage d’écran.

1 h 14’ 12

Organisateur : On a eu plusieurs interventions,