S’émanciper des services des GAFAM avec les logiciels libres : Différence entre versions

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Je vais commencer par me présenter. Je suis Angie Gaudion. Je travaille au sein d’une association qui s’appelle Framasoft et je suis codirectrice de cette association depuis bientôt deux ans, sachant que j’ai un parcours qui fait que je suis arrivée chez Framasoft de manière un peu bizarre, j’ai été bibliothécaire pendant 15 ans et ensuite j’ai été formatrice en pratique numérique et en usages numériques. J’ai une appétence personnelle, bien sûr, pour le monde des logiciels libres, ce qui fait que je connaissais cette association, mais je ne suis pas une technicienne ; c’est un élément important, je ne suis pas une informaticienne, d’ailleurs je vous en reparlerai sûrement, mais chez Framasoft il y a finalement très peu de techniciens, parce que, contrairement à ce que tu disais Adrien, Framasoft n’est pas une association qui propose des services. Elle le fait, mais ce n’est pas sa vocation première en tout cas. C’est une association d’éducation populaire. L’objectif de cette association c’est vraiment de mettre en place des dispositifs qui vont permettre aux internautes de s’émanciper dans leurs pratiques numériques. Ces dispositifs peuvent être effectivement des services et c’est pour ça qu’on est connus actuellement, mais on décide de changer un peu la donne, c’est-à-dire qu’on met aussi en place énormément de dispositifs de transmission de connaissances, de savoir, d’échange et c’est la partie éducation populaire vraiment profonde de l’association. J’y reviendrai.
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Pour vous faire une toute petite présentation de l’association, l’objectif n’est pas de faire, là, de la pub pour cette association, mais c’est pour comprendre d’où je parle. Les gens qui nous connaissent ont très souvent une image très fausse de ce qu’on est. Les gens ont l’impression qu’est très gros. On fait plein de choses, mais on n’est pas du tout très gros, en fait on est une toute petite structure qui comprend neuf salariés, ce qui n’est pas rien pour une association, mais quand même globalement, en termes de forces vives, ce n’est pas si important que ça et on est 35 membres en tout. Donc on est sur une association qui n’est pas une association ouverte, qui est une association de cooptation et on se définit très souvent comme une bande de potes, c’est-à-dire que les personnes qui nous rejoignent sont des personnes avec qui on a un ensemble de valeurs et, on va dire, des objectifs pour la société qui sont communs.<br/>
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En revanche, on a une communauté assez forte de personnes qu’on appelle souvent les « framafans » ; vous verrez on appelle tout « frama quelque chose », de moins en moins, mais il y a quand même une habitude de ce côté-là et on considère qu’on a peut-être 700 à 800 personnes qui ne sont pas membres de l’association mais qui, dans l’année, vont nous donner un coup de main parce qu’on verra qu’œuvrer dans le logiciel libre ça veut dire faire avec les autres. On y reviendra à ce niveau-là.<br/>
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Et puis les projets qu’on porte touchent en moyenne 500 à 700 000 personnes tous les mois. Ce n’est pas énorme par rapport à 68 millions de Français, mais pour 35 personnes qui gèrent ça derrière c’est quand même relativement conséquent à ce niveau-là.
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On est une association qui a un modèle économique qui repose à 98 % sur le don. Mon salaire est payé par le don des internautes. Sur 2019 on était à 8239 donateurs et donatrices. J’en profite pour remercier toutes les personnes qui nous soutiennent par ce biais-là ; si elles n’étaient pas là, on n’existerait pas et je serais obligée de faire un autre métier.
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On a un budget qui est aux alentours de 450 000 euros par an. On est très transparents – on verra que la transparence est un des éléments très importants –, du coup ce budget nous permet de faire plein de choses, dont écrire des articles sur un blog qu’on appelle le Framablog, son adresse est framablog.org, qui sont des articles où on parle à la fois des activités de l’association, ce qu’on fait, mais sur lequel on va aussi diffuser des savoirs, de la connaissance, autour du numérique émancipateur. C’est un sujet très vaste, trouver des solutions pour s’émanciper numériquement. On verra de quoi on peut s’émanciper, ce sera juste après.
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Il y aurait plein d’autres choses à dire sur l’association, mais je pense que c’est plus intéressant de les traiter en questions et de rentrer plutôt dans le vif du sujet et profiter de ce temps qui, du coup, va être effectivement la problématique des GAFAM ou des géants du Web au sens large puisque, très souvent, on dit « les GAFAM » parce que ce sont ceux qu’on connaît le plus, mais, en fait, il y en plein d’autres. Je vous ai mis sur cette <em>slide</em> les deux autres acronymes qui parlent des autres multinationales du numérique. On voit qu’il y a les NATU qui vont agréger Netflix, Airbnb, Tesla et Uber, je suppose que vous connaissez ces sociétés. Et puis il y a la version chinoise de ces géants du Web qui sont les BATIX, c’est moins visible parce que, du coup la moitié est écrite en chinois : B pour Baidu, le A pour Alibaba, ça on connaît puisqu’on peut utiliser des services Alibaba, une partie des services Alibaba sur le territoire français ; le T pour Tencent qui est aussi une grosse structure, un moteur de recherche, un univers, par exemple, pour du jeu vidéo très développé ; et le dernier c’est Xiaomi qui est un constructeur de matériel informatique.
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Je pense que tout le monde est conscient du fait que ces géants soient un problème parce que les médias en parlent depuis un certain temps : les problématiques de vie privée, de collecte des données personnelles sont des sujets d’actualité, et puis les révélations d’Edward Snowden en 2013 nous ont bien montré qu’effectivement ces acteurs récupèrent nos informations pour, globalement, les transmettre à certains services de renseignement. Je ne vais pas rentrer dans le détail parce que ce n’est pas l’objectif, mais on va voir à quel point, en fait, ces différents acteurs ont un impact très fort sur notre société et en quoi cet impact est problématique du point de vue de Framasoft et du mien aussi, mais globalement comment chez Framasoft on considère que tout ça est un problème.
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Le premier élément, pour moi, c’est la domination technique.<br/>
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On se rend compte que ces géants du Web ont, en fait, une place monumentale sur l’aspect technique. Si on prend l’intégralité du trafic sur le Web, donc la consultation de sites web, de pages web, eh bien forcément, cumulés à eux tout seuls, ils prennent plus de 80 % du trafic web, ce qui est fou ! Dernièrement j’ai relu qu’on est à plus de 1,7 milliards de sites internet, eh bien non !, du coup les sites internet de ces quelques géants regroupent vraiment une très grande place dans ce trafic-là. Effectivement, ça pose toujours une question : quelle place pour les autres ?<br/>
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Il y a un autre élément sur cette domination technique qui est très fort, c’est l’environnement des smartphones. On sait qu’aujourd’hui la consultation d’Internet, en tout cas sur le territoire français, se fait majoritairement via l’interface d’un smartphone, en tout cas bien plus, désormais, que via un ordinateur fixe ou portable, peu importe, et que dans cet univers des smartphones aujourd’hui on n’a pas vraiment le choix, c’est-à-dire qu’on est obligé de passer par ces géants du Web ou alors il faut vraiment connaître des solutions alternatives, mais elles sont très peu nombreuses et très peu visibles. J’imagine que parmi les 12 personnes qui sont connectées que vous avez soit un smartphone qui est sous Android donc connecté à Google, soit vous avez un iPhone connecté du coup chez Apple via le système d’exploitation iPhone. Peut-être avez-vous un Windows Phone, mais je crois que ça y est, c’est fini, plus personne ne fait ça, mais même si vous aviez un Windows Phone vous seriez lié à Windows qui est aussi l’un de ces géants.<br/>
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On le voit, ces géants interviennent à la fois au niveau des systèmes d’exploitation – les systèmes qui permettent de faire fonctionner toutes nos machines ; au niveau de l’équipement informatique : ils produisent, pas tous de la même façon, ils ont tous des spécificités, mais quand même l’équipement informatique est très présent chez ces géants du Web ; les réseaux de communication, je pense à Microsoft qui a une offre de <em>datacenter</em>, Google qui a des <em>datacenters</em> et Amazon, bien sûr, qui est le leader mondial en <em>datacenter</em>, donc en centre de données. Tout ça fait qu’ils sont majoritaires et monopolistiques – je ne suis pas sûre qu’on dirait comme ça mais vous m’avez comprise – au niveau mondial. Et c’est aussi une problématique qu’il y ait ces monopoles techniques.<br/>
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Ils le sont aussi sur l’aspect <em>cloud</em>, donc sur le stockage des données, vraiment de manière très importante. La majorité de nos fichiers, de nos documents numériques, est stockée sur des serveurs qui vont appartenir à ces grandes entreprises. C’est quand même sacrément un problème et c’est assez incontournable ce qui pose quand même une vraie question : comment fait-on pour en sortir ; ce sera la deuxième partie de mon intervention.<br/>
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[Petit problème de <em>slide</em>]
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La deuxième problématique c’est la domination économique.<br/>
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Comme vous le voyez sur la <em>slide</em>, très clairement, en 2019, en termes de capitalisation boursière en fait les plus grandes entreprises, les cinq premières places, puisque Berkshire arrive en 6ᵉ place, sont des sociétés numériques et des sociétés américaines, même si on a Alibaba qui arrive à la 7e place, à la 8e place on a Tencent. D’ailleurs c’est assez intéressant de voir que les entreprises chinoises sont de plus en plus grosses et ont une place de plus en plus prépondérante alors que nous, côté occidental, en fait on est très peu lu ???, on n’a quasiment pas de liens ou d’usages de ces structures et pour autant ça représente quand même en capitalisation vraiment des éléments très importants.<br/>
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Les GAFAM, je vais dire de façon générale les géants du Web, sont les plus grosses capitalisations boursières mondiales, ce qui veut donc dire qu’effectivement elles ont des trésoreries cumulées qui sont énormes, des milliards, le dernier chiffre que j’avais c’était 2018, 550 milliards de dollars américains en trésorerie, 100 milliards de dollars cumulés de profits annuels. On n’arrive même pas à se rendre de ce que ça peut signifier ! Et, bien sûr, des emplois liés à ça, puisque ça permet aussi de payer les employés de ces sociétés.<br/>
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Ce qui pose problème dans cette domination économique, ce n’est pas tant le fait que des entreprises proposent des services et, qu’après tout, elles en tirent un certain profit – on est dans un monde capitaliste, donc c’est la logique habituelle – la problématique aujourd’hui c’est que ces capitalisations boursières sont supérieures au PIB de nombreux pays, ce qui veut dire que ces sociétés ont un pouvoir politique qui, parfois, est bien plus important que certains pays et ça, ça pose quand même des vraies questions de démocratie au sens très large, on y reviendra sur certains aspects mais, de côté-là, ça pose quand même un problème.
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==13’ 15==
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En plus de tout ça, il faut comprendre que ces géants du Web

Version du 9 octobre 2021 à 12:28


Titre : S’émanciper des services des GAFAM avec les logiciels libres

Intervenante Angie Gaudion

Lieu : En ligne - Festival « Les nouveaux communs »

Date : 2 décembre 2020

Durée : 1 h 50 min 42

Vidéo

Licence de la transcription : Verbatim

Illustration : À prévoir

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcrit MO

Transcription

Je vais commencer par me présenter. Je suis Angie Gaudion. Je travaille au sein d’une association qui s’appelle Framasoft et je suis codirectrice de cette association depuis bientôt deux ans, sachant que j’ai un parcours qui fait que je suis arrivée chez Framasoft de manière un peu bizarre, j’ai été bibliothécaire pendant 15 ans et ensuite j’ai été formatrice en pratique numérique et en usages numériques. J’ai une appétence personnelle, bien sûr, pour le monde des logiciels libres, ce qui fait que je connaissais cette association, mais je ne suis pas une technicienne ; c’est un élément important, je ne suis pas une informaticienne, d’ailleurs je vous en reparlerai sûrement, mais chez Framasoft il y a finalement très peu de techniciens, parce que, contrairement à ce que tu disais Adrien, Framasoft n’est pas une association qui propose des services. Elle le fait, mais ce n’est pas sa vocation première en tout cas. C’est une association d’éducation populaire. L’objectif de cette association c’est vraiment de mettre en place des dispositifs qui vont permettre aux internautes de s’émanciper dans leurs pratiques numériques. Ces dispositifs peuvent être effectivement des services et c’est pour ça qu’on est connus actuellement, mais on décide de changer un peu la donne, c’est-à-dire qu’on met aussi en place énormément de dispositifs de transmission de connaissances, de savoir, d’échange et c’est la partie éducation populaire vraiment profonde de l’association. J’y reviendrai.

Pour vous faire une toute petite présentation de l’association, l’objectif n’est pas de faire, là, de la pub pour cette association, mais c’est pour comprendre d’où je parle. Les gens qui nous connaissent ont très souvent une image très fausse de ce qu’on est. Les gens ont l’impression qu’est très gros. On fait plein de choses, mais on n’est pas du tout très gros, en fait on est une toute petite structure qui comprend neuf salariés, ce qui n’est pas rien pour une association, mais quand même globalement, en termes de forces vives, ce n’est pas si important que ça et on est 35 membres en tout. Donc on est sur une association qui n’est pas une association ouverte, qui est une association de cooptation et on se définit très souvent comme une bande de potes, c’est-à-dire que les personnes qui nous rejoignent sont des personnes avec qui on a un ensemble de valeurs et, on va dire, des objectifs pour la société qui sont communs.
En revanche, on a une communauté assez forte de personnes qu’on appelle souvent les « framafans » ; vous verrez on appelle tout « frama quelque chose », de moins en moins, mais il y a quand même une habitude de ce côté-là et on considère qu’on a peut-être 700 à 800 personnes qui ne sont pas membres de l’association mais qui, dans l’année, vont nous donner un coup de main parce qu’on verra qu’œuvrer dans le logiciel libre ça veut dire faire avec les autres. On y reviendra à ce niveau-là.
Et puis les projets qu’on porte touchent en moyenne 500 à 700 000 personnes tous les mois. Ce n’est pas énorme par rapport à 68 millions de Français, mais pour 35 personnes qui gèrent ça derrière c’est quand même relativement conséquent à ce niveau-là.

On est une association qui a un modèle économique qui repose à 98 % sur le don. Mon salaire est payé par le don des internautes. Sur 2019 on était à 8239 donateurs et donatrices. J’en profite pour remercier toutes les personnes qui nous soutiennent par ce biais-là ; si elles n’étaient pas là, on n’existerait pas et je serais obligée de faire un autre métier.

On a un budget qui est aux alentours de 450 000 euros par an. On est très transparents – on verra que la transparence est un des éléments très importants –, du coup ce budget nous permet de faire plein de choses, dont écrire des articles sur un blog qu’on appelle le Framablog, son adresse est framablog.org, qui sont des articles où on parle à la fois des activités de l’association, ce qu’on fait, mais sur lequel on va aussi diffuser des savoirs, de la connaissance, autour du numérique émancipateur. C’est un sujet très vaste, trouver des solutions pour s’émanciper numériquement. On verra de quoi on peut s’émanciper, ce sera juste après.

Il y aurait plein d’autres choses à dire sur l’association, mais je pense que c’est plus intéressant de les traiter en questions et de rentrer plutôt dans le vif du sujet et profiter de ce temps qui, du coup, va être effectivement la problématique des GAFAM ou des géants du Web au sens large puisque, très souvent, on dit « les GAFAM » parce que ce sont ceux qu’on connaît le plus, mais, en fait, il y en plein d’autres. Je vous ai mis sur cette slide les deux autres acronymes qui parlent des autres multinationales du numérique. On voit qu’il y a les NATU qui vont agréger Netflix, Airbnb, Tesla et Uber, je suppose que vous connaissez ces sociétés. Et puis il y a la version chinoise de ces géants du Web qui sont les BATIX, c’est moins visible parce que, du coup la moitié est écrite en chinois : B pour Baidu, le A pour Alibaba, ça on connaît puisqu’on peut utiliser des services Alibaba, une partie des services Alibaba sur le territoire français ; le T pour Tencent qui est aussi une grosse structure, un moteur de recherche, un univers, par exemple, pour du jeu vidéo très développé ; et le dernier c’est Xiaomi qui est un constructeur de matériel informatique.

Je pense que tout le monde est conscient du fait que ces géants soient un problème parce que les médias en parlent depuis un certain temps : les problématiques de vie privée, de collecte des données personnelles sont des sujets d’actualité, et puis les révélations d’Edward Snowden en 2013 nous ont bien montré qu’effectivement ces acteurs récupèrent nos informations pour, globalement, les transmettre à certains services de renseignement. Je ne vais pas rentrer dans le détail parce que ce n’est pas l’objectif, mais on va voir à quel point, en fait, ces différents acteurs ont un impact très fort sur notre société et en quoi cet impact est problématique du point de vue de Framasoft et du mien aussi, mais globalement comment chez Framasoft on considère que tout ça est un problème.

Le premier élément, pour moi, c’est la domination technique.
On se rend compte que ces géants du Web ont, en fait, une place monumentale sur l’aspect technique. Si on prend l’intégralité du trafic sur le Web, donc la consultation de sites web, de pages web, eh bien forcément, cumulés à eux tout seuls, ils prennent plus de 80 % du trafic web, ce qui est fou ! Dernièrement j’ai relu qu’on est à plus de 1,7 milliards de sites internet, eh bien non !, du coup les sites internet de ces quelques géants regroupent vraiment une très grande place dans ce trafic-là. Effectivement, ça pose toujours une question : quelle place pour les autres ?
Il y a un autre élément sur cette domination technique qui est très fort, c’est l’environnement des smartphones. On sait qu’aujourd’hui la consultation d’Internet, en tout cas sur le territoire français, se fait majoritairement via l’interface d’un smartphone, en tout cas bien plus, désormais, que via un ordinateur fixe ou portable, peu importe, et que dans cet univers des smartphones aujourd’hui on n’a pas vraiment le choix, c’est-à-dire qu’on est obligé de passer par ces géants du Web ou alors il faut vraiment connaître des solutions alternatives, mais elles sont très peu nombreuses et très peu visibles. J’imagine que parmi les 12 personnes qui sont connectées que vous avez soit un smartphone qui est sous Android donc connecté à Google, soit vous avez un iPhone connecté du coup chez Apple via le système d’exploitation iPhone. Peut-être avez-vous un Windows Phone, mais je crois que ça y est, c’est fini, plus personne ne fait ça, mais même si vous aviez un Windows Phone vous seriez lié à Windows qui est aussi l’un de ces géants.
On le voit, ces géants interviennent à la fois au niveau des systèmes d’exploitation – les systèmes qui permettent de faire fonctionner toutes nos machines ; au niveau de l’équipement informatique : ils produisent, pas tous de la même façon, ils ont tous des spécificités, mais quand même l’équipement informatique est très présent chez ces géants du Web ; les réseaux de communication, je pense à Microsoft qui a une offre de datacenter, Google qui a des datacenters et Amazon, bien sûr, qui est le leader mondial en datacenter, donc en centre de données. Tout ça fait qu’ils sont majoritaires et monopolistiques – je ne suis pas sûre qu’on dirait comme ça mais vous m’avez comprise – au niveau mondial. Et c’est aussi une problématique qu’il y ait ces monopoles techniques.
Ils le sont aussi sur l’aspect cloud, donc sur le stockage des données, vraiment de manière très importante. La majorité de nos fichiers, de nos documents numériques, est stockée sur des serveurs qui vont appartenir à ces grandes entreprises. C’est quand même sacrément un problème et c’est assez incontournable ce qui pose quand même une vraie question : comment fait-on pour en sortir ; ce sera la deuxième partie de mon intervention.
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La deuxième problématique c’est la domination économique.
Comme vous le voyez sur la slide, très clairement, en 2019, en termes de capitalisation boursière en fait les plus grandes entreprises, les cinq premières places, puisque Berkshire arrive en 6ᵉ place, sont des sociétés numériques et des sociétés américaines, même si on a Alibaba qui arrive à la 7e place, à la 8e place on a Tencent. D’ailleurs c’est assez intéressant de voir que les entreprises chinoises sont de plus en plus grosses et ont une place de plus en plus prépondérante alors que nous, côté occidental, en fait on est très peu lu ???, on n’a quasiment pas de liens ou d’usages de ces structures et pour autant ça représente quand même en capitalisation vraiment des éléments très importants.
Les GAFAM, je vais dire de façon générale les géants du Web, sont les plus grosses capitalisations boursières mondiales, ce qui veut donc dire qu’effectivement elles ont des trésoreries cumulées qui sont énormes, des milliards, le dernier chiffre que j’avais c’était 2018, 550 milliards de dollars américains en trésorerie, 100 milliards de dollars cumulés de profits annuels. On n’arrive même pas à se rendre de ce que ça peut signifier ! Et, bien sûr, des emplois liés à ça, puisque ça permet aussi de payer les employés de ces sociétés.
Ce qui pose problème dans cette domination économique, ce n’est pas tant le fait que des entreprises proposent des services et, qu’après tout, elles en tirent un certain profit – on est dans un monde capitaliste, donc c’est la logique habituelle – la problématique aujourd’hui c’est que ces capitalisations boursières sont supérieures au PIB de nombreux pays, ce qui veut dire que ces sociétés ont un pouvoir politique qui, parfois, est bien plus important que certains pays et ça, ça pose quand même des vraies questions de démocratie au sens très large, on y reviendra sur certains aspects mais, de côté-là, ça pose quand même un problème.

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En plus de tout ça, il faut comprendre que ces géants du Web