Logiciels et services libres pour reprendre le contrôle

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Titre : Logiciels et services libres pour reprendre le contrôle

Intervenant·e·s : Yves Caniou - Angie Gaudion

Lieu : En distanciel sur BigBlueButton

Date : 20 janvier 2022

Durée : 1 h 12 min 14

Évènement : Cycle de conférence du Disrupt Campus

Vidéo

Licence de la transcription : Verbatim

Illustration : À prévoir

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.


Présentation de Yves Caniou

Commençons.
Comme ça a été mentionné, je suis maître de conférences à l’UCBL [Université Claude Bernard Lyon 1]. Je suis aussi membre de l’équipe projet Inria Avalon au laboratoire informatique et du parallélisme à l’École Normale Supérieure.
Je suis surtout utilisateur de FLOSS depuis 1997. FLOSS c’est Free/Libre Open Source Software. Je reviendrai dessus juste après.
J’ai monté un partenariat avec le Linux Professional Institute[1] qui met en place des certifications Linux, donc j’ai organisé des passages de certification LPI aux Journées du Logiciel Libre et au Campus du Libre. Je mets surtout ces données-là un petit peu plus pour faire de la pub qu’autre chose. Les prochaines Journées du Logiciel Libre[2] ce sera le week-end du 2 et 3 avril 2022. Ce sont deux jours absolument formidables, ils font un travail de malade. Il y a des exposés du niveau de celui qui est vraiment non informaticien à beaucoup plus expert. Je vous conseille réellement de regarder ce qu’il en est.
Enfin je coordonne, coorganise le Campus du Libre<ref<Campus du Libre</ref> depuis 2018. En ce moment on est déjà en train de regarder pour la prochaine édition qui aura lieu en novembre 2022.

Contexte global

Vous le savez tous, nous sommes dans un monde connecté avec de l’informatique partout. Présentation très générale, on a des ordinateurs partout, des téléphones, des smartphones avec également des services en ligne qui vont être utilisés pour obtenir des informations, par exemple auprès de sa mairie sur ce qui se passe, tout ce qui est PLU [Plan Local d'Urbanisme], consultations, donc des démarches citoyennes peuvent être mises en place comme ça.
Il y a, naturellement, ce que tout le monde connaît peut-être un peu plus, hélas, le commerce en ligne.
On a aussi tout ce qui est micro-espion dans la rue, les caméras de surveillance, la reconnaissance faciale à gogo, tout ce qui est appelé le capitalisme de surveillance, qui sera développé, à priori, dans la présentation d’après.
Quand on a tous ces matériels avec de l’informatique dedans, on est quand même en droit de se poser des questions &laquo: qu’est-ce qui tourne, qu’est-ce qui est exécuté, qu’est-ce qui est récolté, qu’est-ce qui est fait de ces données, etc. ?
Selon un sondage réalisé en 2018 auprès de 1200 professionnels de l’informatique, plus de 9 applications sur 10 contiennent des fragments de programmes qui sont issus du monde du Libre.
Ici on a un sondage, on a des statistiques. On voit que 80 % des entreprises utilisent des logiciels libres. En France, on voit que 10 % du marché global de l’informatique c’est du Libre. Bref ! On a partout du Libre, on en a plein, et pourtant on ne sait pas forcément trop ce qu’il en est.
Pour finir, en France toujours, l’ANSSI, l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information, a été créée en 2009. Son rôle est de « faciliter une prise en compte coordonnée ambitieuse et volontariste des questions de cybersécurité en France pour préserver notre souveraineté, notre autonomie de décision et l’action dans les domaines politique, diplomatique et militaire, et de protéger l’ensemble de nos infrastructures critiques ». L’ANSSI recommande l’utilisation des FLOSS, non seulement elle le recommande, mais elle fournit également une liste de logiciels. Ici j’ai mis le lien vers le Socle interministériel de logiciels libres[3] qui est la liste des logiciels recommandés par les services de l’État.

Dans tout ça, on parle de logiciel libre, on parle d’open source. Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qu’il en est ?

Avant d’aller plus loin, je mets quelques références ici. Je vous conseillerais vivement de regarder le documentaire La bataille du Libre[4] de Philippe Borrel et Disparaître - Sous les radars des algorithmes. Le premier a été libéré donc vous pouvez le trouver sur le Net. Le deuxième est actuellement visible, à disposition sur Arte jusqu’à peut-être mi-février 2022. D’ici deux semaines le lien ne fonctionnera plus.
Au passage je remercie Angie parce que je lui ai piqué pas mal de slides pour faire cette présentation.

Dans un premier temps je vais parler historique, les propriétés du logiciel libre et des licences. Ensuite je parlerai d’utilisation des logiciels, d’initiatives et de communautés. Enfin, en conclusion assez brève, je terminerai en discutant un petit peu de l’évolution et voir si jamais il n’y aurait pas quelques problèmes qui se profilent par rapport à la façon dont ça se passe actuellement.

Le début

Au début, ça se passe en 1970, les vendeurs d’ordinateurs et les éditeurs de logiciels commencent à facturer à leurs clients les licences des programmes. Ils imposent des restrictions légales sur les nouveaux développements de logiciels au moyen du droit d’auteur, de marques déposées, de contrats de leasing. Avant, le code source des logiciels était fourni, ce qui était réellement vendu, en fait, c’était le matériel.
Richard Stallman[5], qui travaille au MIT, se voit refuser l’accès au code source du logiciel de l’imprimante qu’il voulait modifier pour pouvoir avoir, on va dire, du monitoring sur le bon fonctionnement de l’imprimante, en l’occurrence si jamais l’imprimante faisait du bourrage. C’est une opération qu’il avait déjà faite quelques années auparavant. Comme il se voit refuser l’accès, c’est le début d’un combat qui prend place. C’est le point de départ de la culture du Libre.
Concrètement, entre 1983 et 1985, il y a la création de la Free Software Foundation[6] et du projet GNU[7]. On va voir une licence de logiciel libre qui apparaît, la GNU GPL[8], qui a été amendée et qui existe maintenant en GPL-2, GPL-3. On va en parler un petit peu par la suite.

Logiciel libre[9]

Concrètement le logiciel libre, d’après Stallman et il le dit en français puisqu’il parle français : « Je peux définir le logiciel libre en trois mots : liberté, égalité, fraternité. »
La liberté parce que vous faites ce que vous voulez avec le programme et pas ce que le développeur a décidé pour vous.
L’égalité car chacun possède les mêmes libertés face au logiciel, le développeur n’est pas tout puissant.
Et enfin la fraternité car le logiciel libre encourage la collaboration entre les utilisateurs. On a la possibilité d’échanger et de partager.
On voit ici les propriétés du logiciel libre qui apparaissent.
Le logiciel libre est en opposition au logiciel propriétaire qui est un logiciel privateur par défaut, dont le pouvoir appartient aux développeurs et aux décideurs, c‘est-à-dire qu’il y a une centralisation du pouvoir, c’est anti-démocratique, c’est non émancipateur, au contraire même, donc ça crée une injustice. Il y a un potentiel contrôle des utilisateurs qui sont vus comme des consommateurs.
On a ici les quatre libertés que le logiciel libre permet d’assurer qui sont la liberté d’utiliser le logiciel libre, de l’étudier, de le distribuer et de l’améliorer.
Concrètement, la liberté d’utiliser ça va être pour quelque usage que ce soit et pas juste pour la fonctionnalité qui est pensée à la base.
La deuxième liberté c’est la liberté d’étudier le programme. Vous comprendrez qu’en tant qu’enseignant-chercheur c’est quelque chose qui est incroyable puisqu’on en a besoin, on en est très dépendant pour les cours, pour les étudiants, pour les enseignants-chercheurs eux-mêmes puisqu’ils vont apprendre d’autres compétences qu’ils vont pouvoir éventuellement signer par la suite. D’un point de vue recherche, l’accès au code source va permettre tout simplement de reproduire des expériences, c’est le thème sexy, le thème à la mode en ce moment, la reproduction des expériences et l’accès aux données.
La liberté numéro 3 c’est la liberté de créer, de redistribuer des copies. Par rapport à un logiciel propriétaire, que vous avez à priori acheté, vous n’avez pas le droit de le copier et le de donner, pour le logiciel libre c’est l’inverse. En fait, vous avez non seulement le droit de le créer et de le redistribuer, mais c’est même encouragé. C’est-à-dire que quand vous avez un logiciel libre, on vous demande même d’en parler autour de vous et justement de prêcher cette bonne parole.
La liberté numéro 4, enfin, c’est la liberté d’améliorer le programme, de l’adapter aux usages, d'ajouter des fonctionnalités, etc. Vous êtes libre de garder ces améliorations pour vous, en privé, sinon vous pouvez en faire profiter naturellemnt toute la communauté, ce qui est bien mieux.

La différence entre logiciel libre et open source, c’est surtout une différence de philosophie. Le logiciel libre insiste davantage sur le concept de liberté au sens philosophique et socio-politique, il y a toute une vision sociétale qui est derrière.
Le logiciel open source se concentre beaucoup plus sur les aspects techniques et pratiques. C’est tout ce qui est l’intérêt, l’intérêt immédiat dont on peut profiter, dont on peut bénéficier par le développement ouvert et collectif.

Attention, Libre ne veut pas dire gratuit. Ici, j’ai mis un exemple : Qt. Qt[10] est une bibliothèque développée à la base par Trolltech, une bibliothèque qui est utilisée pour gérer des fenêtres, elle fournit de nombreux <em<widgets. Si vous êtes quelqu’un qui va travailler, que vous souhaitez utiliser cette bibliothèque pour développer un logiciel qui va être propriétaire, qui va priver les autres d’améliorations possibles, des licences sont mises en place. C’est valable pour les enseignants et c’est valable également pour celui qui va utiliser cette bibliothèque pour un logiciel libre. La licence sera, en fait, une licence libre qui pourra s’appliquer. Qt dispose de deux licences en fonction de l’utilité qui est faite de ses programmes.
On voit ici un autre exemple, que j’ai pris d’Angie, qui est non pas du logiciel mais de la musique libre. On voit ici, en vert, qu’on peut acheter l’album numérique et le prix est laissé au choix de la personne. Chacun fait en fonction de ses besoins.

Modèle économique du logiciel libre

Il y a un modèle économique du Libre.
Ça fonctionne généralement par la vente de logiciels qui sont proposés comme des services, c’est du Software as a Service.
On va avoir la vente de services de compilation et d’empaquetage.
On peut avoir la vente de prestations de conseil.
On va avoir la vente de formations sur l’utilisation d’un logiciel en particulier. Certains logiciels sont particulièrement costauds et demandent énormément de configuration, demandent beaucoup d’expertise, voire de pratique, d’empirisme, donc les formations sont une source de revenus.
Il va y avoir également la vente de support technique, ça peut être pour la correction de bugs, c’est-à-dire pour faire passer telle ou telle erreur de fonctionnalité en priorité par rapport à d’autres parce que, par exemple, votre propre projet en dépend.
Ça peut être la demande de nouvelles fonctionnalités ou l’utilisation de modules payants, ce qui était utilisé notamment par ownCloud[11].
On va avoir également la possibilité d’abonnements pour avoir accès à des ressources partagées par la communauté. C’est le cas de Blender[12] qui est un logiciel de construction 3D, j’en parlerai un peu par la suite.
Il peut y avoir la vente de marchandises, tout ce qui est goodies, mugs, tee-shirts, etc.
On va avoir enfin des subventions, des bourses, des fonds privés et l’appel aux dons qui est le moyen de fonctionnement de beaucoup de personnes. On verra que ça ne suffit pas forcément.

Intérêt des logiciels libres

L’intérêt des logiciels libres, vous l’avez compris :

  • on ne dépend pas d’un seul fournisseur ;
  • les formats utilisés sont majoritairement des standards ouverts qui favorisent l’interopérabilité ;
  • il est possible d’adapter un logiciel pour des besoins spécifiques ;
  • on profite des contributions de la communauté ;
  • on peut même contribuer soi-même, que ce soit sur de la traduction, de la correction orthographe/grammaire ; si on est un petit peu plus doué en informatique ça va être l’amélioration de code ;
  • le logiciel libre offre potentiellement plus de sécurité, il y a moins de pistage.

Ce n’est pas le seul truc :

  • le code est public, plusieurs sources vont pouvoir regarder dedans, regarder comment c’est codé, proposer des améliorations ;
  • ça coûte moins cher d’un point de vue économique et environnemental, et c’est tellement vrai que beaucoup d’entreprises achètent, par exemple, des vieux serveurs pour pouvoir faire tourner dessus typiquement du GNU/Linux avec des logiciels libres. Ça permet de pouvoir utiliser des machines qui ne sont pas récentes et ça fonctionne bien ;
  • on n’est pas victime de l’obsolescence programmée, même tout simplement de l’obsolescence de certaines ressources.

Exemples de logiciels libres : GNU

Parmi les exemples de logiciels libres dont vous avez peut-être entendu parler, il y a ce qu’on appelle le GNU. « GNU » c'est un jeu de mots d’informaticien, c’est GNU is Not Unix-, on a une récursivité dans le nom, finalement ce n’est jamais réellement défini.
GNU est un projet de système d’exploitation qui a été initié en 1983. L’idée de ce projet vient de Richard Stallman et la Free Software Foundation est venue derrière.
L’idée de ce système d’exploitation, c’est d’avoir un système d’exploitation compatible Unix, qui répond à certaines normes — je ne vais pas trop rentrer dans les détails —, qui est composé d’une suite logicielle libre, ça veut dire vraiment de nombreux logiciels. On va avoir des éditeurs, on va avoir des compilateurs qui sont d’ailleurs encore utilisés actuellement, pour ceux qui connaissent il y a GCC [GNU Compiler Collection], G++ par exemple, et un noyau qui s’appelle le Hurd, qui est initié beaucoup plus tard, en 1990.
On va avoir également le noyau Linux, donc vous avez entendu parler au moins parce que j’en ai parlé il y a trois minutes. Le noyau Linux c’est un projet d’étudiant. À l’époque Linus Torvalds[13] était en bac + 2 et il s’intéressait aux systèmes d’exploitation. Il écrit un petit système à côté et il le met accessible en libre téléchargement sur le Net avec la licence GPL. À son grand étonnement, beaucoup de personnes sont intéressées par son projet et vont même lui proposer des améliorations, des corrections, des portions complètes de code. Au fur et à mesure de plus en plus de développeurs participent et les modifications finales sont supervisées par Linus Torvalds.
Depuis, beaucoup de temps est passé, beaucoup de choses ont été développées. Linux[14] tourne sur de très nombreuses architectures et dispose de très nombreux drivers.
Au passage, quand vous installez quelque chose sur Microsoft, par exemple un driver, il faut rebooter la machine. Leurs tentatives de remédier à ça a été Vista. Quand je parle de Vista avec mes étudiants généralement ça les fait rire, un rire un peu jaune parce que, visiblement, beaucoup d’entre eux ont été impactés par la mauvaise fonctionnalité du système.
Quand on ajoute un driver dans Linux, ça se fait de façon complètement transparente, il n’y aucune perturbation sur le système, c’est juste magique !
Linux est maintenant hébergé par la Fondation Linux[15], ce n’est plus un projet d’étudiant, naturellement.
Il faut savoir que le système d’exploitation Linux est le système d’exploitation qui tourne sur 100 % des supers computers actuellement sur la planète.

Quand on merge GNU et Linux on obtient les fameuses distributions GNU/Linux. Une distribution GNU/Linux, qu’est-ce que c’est ? Ça réunit une base logicielle et un noyau. L’objectif de la distribution c’est de faciliter l’installation, la maintenance des logiciels, ça va fournir des packages. Quand vous voulez installer quelque chose sur la machine, vous n’allez pas chercher des choses sur le Net par vous-même avec Firefox, vous avez directement la petite centrale, un petit programme à l’intérieur de votre machine, et vous dites « je voudrais ça, je voudrais ça », avec naturellement des fonctionnalités de recherche parmi les packages pour avoir ce que vous voulez installer ou ce qui pourrait vous intéresser.
Finalement un package, qu’est-ce que c’est ? C’est ni plus ni moins qu’un ensemble d’exécutables, de scripts, de la documentation, éventuellement des bibliothèques, qui sont installés sur la machine et qui font que tout fonctionne parfaitement.
Il y a de très nombreuses distributions. J’ai mis sur la droite un schéma que vous pouvez retrouver sur Wikipédia, qui vous donne la base line, l’historique des distributions GNU/Linux[16]. Vous voyez que ça fait plein de ramifications au fur et à mesure qu’on va sur la droite. C’est ce qu’on appelle des forks. Ce sont des projets qui sont nés en prenant ce qui est fait dans un autre projet à un instant donné et, après, le nouveau projet va vivre sa vie en parallèle des autres. Je ne suis même pas sûr, si jamais je mettais cette frise-là sur l’ensemble de mes transparents, que j’aie assez de transparents, alors que pourtant j’en ai un petit peu trop aujourd’hui.
Si vous voulez vous initier au logiciel libre, je vous conseille de commencer par une distribution qui s’appelle Kubuntu ou Linux Mint ; Linux Mint c’est bien pour débuter.

Au-delà des FLOSS, la culture du Libre

Je vais aller très rapidement.
Au-delà du logiciel, on a la culture du Libre. La culture du Libre, c’est tout ce qui est biens communs. Une communauté va émettre des règles pour pouvoir gérer des ressources, l’objectif étant d’avoir plus de personnes qui s’impliquent, que ça intéresse de plus en plus de personnes.
Parmi les exemples, on a Wikipédia. Vous pouvez télécharger l’ensemble de Wikipédia. À l’époque, quand j’avais regardé, c’était moins de 20 gigas. Vous pouviez mettre ça sur la carte SD de votre téléphone. Vous pouviez, comme ça, consulter les articles de Wikipédia sans même être connecté sur le Net, c’est fantastique !
On a OpenStreetMap. OpenStreetMap[17] est fantastique.
On a des choses qui vont un petit plus loin. On a Dogmazic[18] pour la musique libre, Open Food Facts[19] pour tout ce qui est la composition des aliments. je dirais que c’est une initiative absolument géniale.
Kokopelli[20] est une initiative open source pour tout ce qui est semences et combat contre les semenciers, puisqu’en fait il y a une privatisation des semences qui appartiennent normalement à la culture, qui appartiennent au bien commun.

Du droit d’auteur aux licences libres

J’ai parlé des logiciels libres. Plusieurs licences vont être possibles. Quand on a d’autres objets, de la musique ou même des graines, les licences qui sont propres aux logiciels libres ne vont pas forcément s’appliquer. Il va y avoir d’autres licences qui se sont inspirées de la licence GPL.

Pourquoi des licences ? On a un droit d’auteur qui est du copyright avec du « Tous droits réservés », il va y avoir toute une législation derrière avec des demandes, des autorisations, etc. Les licences libres vont, au contraire, permettre à priori tout ce que vous allez faire. Par contre, vous allez mettre certains droits réservés derrière, avec certains logos que vous verrez sur la première page du diaporama d’Angie tout à l’heure.
Ce qui m’intéresse ici c’est la partie copyleft[21].
On va avoir en fait un copyleft fort : tous les dérivés d’un projet ne peuvent garder que la licence libre initiale, il ne peut pas y avoir de modifications, alors qu’avec le copyleft standard on va avoir la possibilité d’ajouter des fonctionnalités sous d’autres licences, éventuellement propriétaires. On va voir que le copyleft peut créer, justement, un problème, on verra ça dans la conclusion.

Ceci est un petit tableau sur l’ensemble des licences libres qui sont disponibles.

Utilisation des logiciels libres, initiatives et communautés

Je vais présenter des initiatives.
En 2011, l’État français se munit d’une Direction interministérielle des systèmes d’information et de communication[22]. Il y a des fusions, etc. Ce qui est intéressant, c’est l’émission d’un référentiel général d’interopérabilité[23]. C’est un cadre de « recommandations qui référence des normes et des standards qui favorisent des normes d’interopérabilité au sein des systèmes d’information de l’administration. » Le standard c’est le standard utilisé par défaut par LibreOffice[24], tout simplement.

Les logiciels libres sont utilisés dans l’administration. Les valeurs du Libre rejoignent, dans une large mesure, celles du service public : travail communautaire, service de l’intérêt général, transparence, juste prix. Le système des licences propriétaires met les administrations dans une situation de client captif.
Concrètement, il y a « une philosophie non mercantile qui veut que le profit n’est pas la première des motivations. C’est basé sur le partage et le travail en communauté » dit le DSI de la commune de Fontaines [Nicolas Vivant].
Par contre ça peut demander un certain travail pour basculer du monde propriétaire vers le monde du Libre. Il y a un travail qui peut être technique, mais ce n’est pas forcément ça. C’est que toute modification d’habitudes comportementales nécessite un travail et tout au début on trouvera toujours que c’est moins bien.

En 2004, par exemple, il y a eu migration de la Gendarmerie vers des solutions libres[25]. Ils sont passés sur le système d’exploitation Ubuntu et ils utilisent, derrière, Firefox pour la navigation sur le Net, Thunderbird comme client mail, etc.

On va avoir des initiatives qui sont récentes.
On va avoir le Plan d’action logiciels libres et communs numériques en avril 2021[26]. L’objectif de ce plan est de « mieux connaître et utiliser les logiciels libres et les communs numériques dans l’administration, développer et accompagner l’ouverture des codes sources du secteur public, s’appuyer sur les logiciels libres et open source pour renforcer l’attractivité de l’État-employeur auprès des talents du numérique. ». C’est tout un programme.
D’autres choses existent : Ouvrir la science !</ref>Ouvrir la science !</ref> donc « agir pour une recherche scientifique ouverte et partagée ». Il y a plusieurs groupes d’expertise. L’un des groupes d’expertise s’appelle « Logiciels libres et open source ». Ils écrivent que « le logiciel libre est devenu aujourd’hui indispensable dans tous les domaines de la recherche scientifique, à la fois comme outil pour la recherche, comme produit de la recherche et comme objet de la recherche ». D’ailleurs, en cours de création, il y a un collège « Codes sources et logiciels » qui a vocation de pérenniser et élargir les missions du groupe d’expertise « Logiciels libres et open source ».
En parallèle, toujours dans Ouvrir la science !, il y a tout un travail qui concerne la publication de la production scientifique en France. L’objectif, c’est de fournir l’ensemble de la production scientifique d’ici 2030 en libre accès, par exemple sur une plateforme comme Hal qui est mise en place par l’Inria [Institut national de recherche en informatique et en automatique ].
Il y a toute une ouverture qui se fait sur les données, sur le code source.

Ici, quelque chose qui a démarré en 2016, Software Heritage[27], une volonté de l’Unesco et de l’Inria de préserver le patrimoine logiciel. Ça nécessite « de collecter, de préserver et de partager tous les logiciels disponibles publiquement sous forme de code source ». Ça veut dire non seulement le code source lui-même mais également l’évolution du code source, puisque certains choix de direction peuvent changer complètement des fonctionnalités et il peut y avoir une perte de compatibilité des nouvelles versions par rapport aux anciennes. Généralement elles sont assumées, mais l’idée c’est vraiment de conserver le patrimoine. Si vous allez sur cette page aujourd’hui vous allez voir qu’il y a actuellement 11 millions de projets qui ont été soumis, ça représente 12 milliards de fichiers, c’est énorme !

Au niveau européen plusieurs choses existent.
Joinup[28] est une plateforme pour réutiliser des solutions au niveau européen. C’est l'évolution de quelque chose qui existait déjà depuis 2004/2006, je crois, qui a évolué il y a quelques années.
On trouve également des actualités assez intéressantes. Par exemple, en 2021, la Commission européenne formalise ses intentions et ses pratiques « sur l’octroi des licences open source et la réutilisation des logiciels de la Commission »[29]. C’est un document important puisqu’il engage la Commission, donc ça lui est opposable du point de vue légal.
On a également la DINUM qui s’est exprimée et qui a organisé il n’y a pas longtemps, un concours de pitchs, de projets numériques de services publics numériques en majorité open source, de 11 pays, en vue de réplicabilité.
Il y a toutes ces initiatives.

Il y a du Libre également dans les entreprises.
On va avoir le CNLL, qui est l’Union des entreprises du logiciel libre et du numérique ouvert.
On va avoir PLOSS-RA. Ce sont nos interlocuteurs, nos partenaires dans l’organisation du Campus du Libre. Nous sommes quelques universitaires de Lyon 1, de l’Insa et de Lyon 2 à le mettre en place. On espère que d’autres personnes, éventuellement d’autres instituts, vont venir nous aider. PLOSS-RA vient et organise le village associatif des entreprises du Libre.

On va avoir le Libre dans l’enseignement. Je suis obligé d’en parler, forcément. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, on est très demandeur, par contre il ne faut pas penser que les enseignants-chercheurs sont forcément tous supporters du logiciel libre, bizarrement, c’est assez étonnant. On utilise des outils externes, ce sont les outils publics, on va avoir des outils internes qui ont été publiés, qui ont été développés en interne. On a par exemple Tomuss[30] qui est utilisé, qui est devenu une application métier et Quenlig[31] qui est super intéressant pour les étudiants, puisque ça leur permet de travailler en complète autonomie.
Il y a des formations. L’un des collègues de Lyon 2 est justement responsable des licences professionnelles métiers de la communication en lien avec le Libre. Ici, pour les trucs personnels, je vous ai mis des exemples. Je les ai mis exprès pour que vous puissiez regarder et découvrir des choses par vous-même si jamais vous le souhaitez.

Évolution et problèmes

Je vais terminer par l’évolution et les problèmes.

Pour conclure, est-ce qu’il faut s’inquiéter de certaines choses ?
Par exemple, on a des logiciels qui sont achetés par des grands groupes :

  • CUPS, qui est un gestionnaire d’impression, a été racheté par Apple en 2007 ;
  • GitHub, qui est une plateforme de développement collaborative, rachetée par Microsoft en 2018 pour 7,5 milliards de dollars, c’est monstrueux ;
  • Audacity, racheté par Muse Group en 2021.

Quelle direction peut justifier de tels achats ?
Certaines choses peuvent aller dans le bon sens. Par contre, clairement, on peut aussi avoir peur parce que c’est forcément toute une communauté qui est prise en otage.

Pour finir, un article très intéressant que je vous conseille de lire dans le dernier Monde diplomatique de janvier 2022, ça tombait bien, qui s’intitule « Le pillage de la communauté des logiciels libres ». Ils écrivent qu’ils estiment que, depuis le début du logiciel libre, l’écosystème a été coopté et trahi par les mastodontes de l’industrie. Typiquement les grands groupes ne jouent pas le jeu de payer des services, de rétribuer les personnes. Ça a été vrai notamment avec des failles de sécurité dans des logiciels qui sont cruciaux, au centre de beaucoup d’applications, qui sont maintenus seulement par un ou deux contributeurs et sur leur temps libre. Il faudrait quand même se poser la question de la reconnaissance des contributions.
Angie, je suis désolé, j’ai été beaucoup trop long.

Présentation de Angie Gaudion

Angie Gaudion : Aucun souci, merci beaucoup. Je vais reprendre les droits et je vais partager ma présentation.
Suite à cette présentation avec plein d’infos dans tous les sens, je vais plutôt axer ma présentation sur : en quoi les logiciels et ces services libres participent-ils à l’émancipation numérique des citoyens et des citoyennes ?

Framasoft

Je travaille au sein de l’association Framasoft qui est une association d’éducation populaire aux enjeux du numérique. C’est vraiment notre objectif principal, c’est-à-dire permettre que les internautes qui ont des pratiques numériques diverses et variées, que ce soit dans le cadre personnel, professionnel, pour les loisirs, peu importe, puissent prendre conscience que la majorité des services en ligne qu’ils utilisent ne leur permet pas d’être libres, au sens libres de leurs choix, libres de leurs usages, etc.
En nous présentant ce qu’est le logiciel libre, Yves Caniou a déjà expliqué en grande partie pourquoi justement le logiciel libre, les services libres, même la culture libre sont en fait une base nécessaire pour être émancipé dans cet univers numérique. On va creuser un petit peu ce sujet.

Quelle est notre capacité à être libre quand...

Mon premier point, c’est de nous poser la question : est-on vraiment libre quand on achète un smartphone ? Les seuls choix qu’on a à sa disposition, finalement, et encore j’ai mis exprès un téléphone Windows, mais en vrai je crois que plus personne n’achète des téléphones Windows... En gros, les seuls choix qu’on a aujourd’hui c’est un téléphone iOS ou un téléphone sur Android qui, pour 88% d’entre eux, sont à lier à un compte Google. Est-ce qu’on est vraiment libre dans nos usages numériques dans ce contexte-là, dans un contexte qui est le monopole technique des géants du Web sur nos matériels ?

Est-ce qu’on est vraiment libre quand, au final, tous les usages d’Internet sont concentrés sur, on va dire, une cinquantaine de services ? Il y a une centralisation énorme des usages sur des outils. C’est assez rigolo de regarder ce truc de 2020. Si on compare à 2019 ce qui s’appelle Zoom, qui est gros, ce n’est pas petit, et qui, d’un seul coup, a concentré tous les usages de la visioconférence, alors qu’avant ils étaient bien plus éparpillés qu'aujourd’hui. Donc, c’est très bien qu’aujourd’hui on ne soit pas sur Zoom, on ne fait pas comme tout le monde. Vous connaissez sûrement tous ces services, ils sont très connus, ce sont les plus utilisés actuellement, et surtout avec un flux permanent d’infos. Est-ce qu’on est vraiment libre quand tout le monde passe par le même tuyau, quand tout le monde passe par le même endroit ? Comment fait-on quand tous ses amis utilisent un outil que vous ne souhaitez pas utiliser : est-ce que ça ne nuit pas à votre liberté ? Il y a plein de choses qui questionnent, en tout cas au sein de nos usages numériques.

Toujours autour de ces questions-là, est-ce qu’on est vraiment libre quand on nous vend à longueur de journée des objets connectés qui sont censés nous faciliter la vie, nous permettre de savoir plus de choses sur nous-même, sur notre façon de consommer, etc., alors qu’en fait ces objets connectés, très souvent, ne font pas que nous donner de l’information et enregistrer un certain nombre de choses : ils épient l’intégralité de notre vie.
J’aime beaucoup cette formule. Pour le coup, c’est sur les assistants personnels, vous connaissez les Google Home ou les Amazon Alexa. D’ailleurs, je trouve que sur le territoire français ils n’ont pas très bien pris, c’est assez chouette pour ça. Mais est-ce qu’on est vraiment libre quand on a un assistant personnel à qui on peut dire d’arrêter d’écouter, mais, en fait, pour qu’il entende qu’on lui demande d’arrêter d’écouter et qu’on lui demande de reprendre, en fait il écoute tout le temps. Du coup il n’y a aucune vie privée dans ce cadre-là, puisqu’il y a un enregistrement permanent de tout ce qui se passe autour de l’outil.

Est-ce qu’on est vraiment libre, quant au final ce qu’on appelle les GAFAM, les cinq plus grandes sociétés numériques, ont la plus haute capitalisation boursière. Aujourd’hui, quand on cumule l’intégralité de leur capitalisation boursière, on se rend compte qu’ils sont plus haut que le PIB. Et encore ce sont des chiffres de 2017, ça a énormément augmenté, je n’ai pas trouvé de graphique qui les cumule pour 2020 ou pour 2021. On a eu l’info, il y a deux semaines je crois : Apple fait une capitalisation boursière à 3000 milliards de dollars. On est complètement dépassé par ces monopoles économiques qui sont énormes, qui ont donc un pouvoir d’action sur les États. Du coup, on a une vraie concurrence qui pose plein de questions sur notre capacité d’indépendance et notre souveraineté.

Est-ce qu’on est vraiment libre quand on découvre les scandales et les dérives démocratiques liées à des scandales numériques, tels que l’affaire Cambridge Analytica ? Je ne vais pas rentrer dans le détail de cette affaire, mais ce petit outil a, en fait, récupéré les données de 80 millions d’utilisateurs de Facebook pour leur envoyer de l’information biaisée, du moins orientée en fonction de ce qu’ils publiaient, pour faire pencher leur vote d’un côté ou de l’autre. Ça a été le cas pour l’élection de Donald Trump, ça a été le cas dans le vote pour le Brexit, donc une manipulation d’une partie de l’opinion. Ça pose quand même la question de la responsabilité des outils dans ces cas-là.

Est-ce qu’on est vraiment libre quand, à force d’utiliser certains outils de ces GAFAM qui sont, du coup, vecteurs d’une culture qui est celle de l’impérialisme américain, mais aussi du puritanisme américain, nous devons censurer nos plus belles œuvres d’art ? Ça pose vraiment beaucoup de questions.

Est-ce qu’on est vraiment libre dans un contexte où tout est pensé au niveau des outils pour capter notre attention en permanence ? Il y a un très bon rapport du Conseil national du numérique, je vous le suggère, sorti en début de semaine, justement sur les dispositifs de captation de l’attention des sites internet et des différentes applications. Il est vraiment très intéressant, et met en évidence à quel point il y a cette recherche faite à travers les interfaces pour qu’on reste le plus longtemps possible. D’ailleurs le scroll infini est un de ces designs vraiment très bien pensé pour ça : rester le plus longtemps possible là, parce que votre attention vaut de l’argent, donc on vous empêche de partir. Donc est-ce qu’on est vraiment libre quand on est tout le temps capté malgré soi ? Très clairement ce qui se joue en est à un degré où on ne peut pas toujours tout maîtriser.
Il y a une très bonne série, si quelqu’un peut mettre le lien, justement sur Arte qui s’appelle Dopamine, qui nous explique à quel point c’est physiologique, c’est-à-dire que tout est pensé dans ces outils pour qu’on ait tout le temps envie d’y retourner, parce que ça nous fait sécréter de la dopamine, l’hormone du plaisir.

Enfin est-ce qu’on sera vraiment libre, ou est-ce que les Chinois, à l’heure actuelle puisque c’est déjà mis en place en Chine, sont vraiment libres dans un monde où on a une note de crédit qui s’appelle credit score. Chaque citoyen a une note qui évolue en fonction de ses interactions dans l’espace numérique et dans l’espace physique. Et ce n’est pas une fiction !

Est-ce qu’on est totalement libre quand, tous les jours, on lave son cerveau avec de la pub – je garde l’appellation, je la trouve très parlante – et qu’on est envahi par cette publicité permanente au sein de nos pratiques numériques ?

Celle-ci, c’est ma préférée, je crois que c’est une des dernières, je vous rassure : est-ce qu’on est vraiment libre quand on se réjouit de la gratuité des outils en ligne qu’on utilise, sans prendre conscience qu’en fait on est le produit ? Je crois qu’aujourd’hui c’est un peu plus clair, mais je trouve que ces cochons qui discutent du modèle gratuit sont quand même très représentatifs de ce qu’on a imaginé pendant des années, c’est-à-dire qu’on était aussi naïfs qu’ils le sont dans cette diapo.

Enfin le dernier point : est-ce qu’on est vraiment libre dans un monde où il y a une surveillance généralisée de nos actions à travers nos pratiques numériques – pas qu’à travers nos pratiques numériques, c’est plus général –, mais le numérique est un moyen pour les États de surveiller en masse les populations, que ce soit, on l’a vu, suite à l’affaire Snowden, à travers le programme PRISM, ou que ce soit aujourd’hui à travers la loi Renseignement en France ? On a de plus en plus des systèmes de surveillance généralisée qui se mettent en place et qui nuisent forcément à notre liberté.

Le capitalisme de surveillance

Tout ça pour vous indiquer que ces réflexions nous mènent à une théorie, à un concept, qui a été élaboré par une chercheuse américaine qui s’appelle Shoshana Zuboff, qui s’appelle le capitalisme de surveillance. Sébastien Broca, un ancien chercheur à Paris Sorbonne Nouvelle, une université parisienne, avait fait une analyse de ce livre. Je trouve que la définition qu’il donnait du capitalisme de surveillance était très parlante : « ce processus qui transforme nos comportements présents en prédictions monnayées de nos comportements futurs ». Ce n’est pas forcément très clair si on n’a pas tout le contexte, les explications. « Transforme nos comportements présents », c’est-à-dire tout ce qu’on est en train de faire sur les réseaux sociaux, sur le Web, quand on navigue, que soit une recherche au sein du moteur de recherche Google, que ce soit quand on poste une photo sur Instagram, que ce soit quand on est en train de regarder une vidéo sur YouTube ou même quand on est en train de passer d’une vidéo à l’autre sur YouTube : tout ça, ce sont des comportements qu’on a tous et toutes en ligne sur différentes plateformes. Du coup on va monétiser tous ces comportements pour en faire des prédictions de ce qu’on fera à l’avenir : soit pour améliorer le design de ces plateformes pour qu’on y reste plus longtemps via la captation de l’attention, soit pour nous vendre de la pub, ciblée bien sûr, en lien avec nos comportements et qui nous fera acheter, « nos comportements futurs » étant l’acte d’achat à terme.
On est vraiment dans cette logique-là, c’est-à-dire de faire de l’argent sans rien vendre de sensible ou de concret. On sait bien que le moteur de recherche Google gagne aujourd’hui énormément d’argent tout en n’ayant que de la donnée qui n’a pas de place.
Si cette notion de capitalisme de surveillance vous intéresse, l’ouvrage de Shoshana Zuboff a été traduit en français en 2020, il s’appelle L'Âge du capitalisme de surveillance, il explique vraiment. C’est un gros pavé, mais si vous avez un peu de temps devant vous, c’est vraiment passionnant. Elle montre que cette notion de capitalisme de surveillance aurait remplacé le capitalisme industriel. Aujourd’hui, effectivement, l’industrie n’est pas le champ où l'on fait le plus de profit, donc il faut trouver d’autres espaces qui permettent un profit maximum. L’originalité de ce capitalisme-là, c’est qu’il oriente, il exploite nos préférences personnelles à son profit, ce qui n’était pas le cas du tout dans les autres formes précédentes de capitalisme.

Le danger qu’il y a derrière tout ça, c’est que le siphonnage, l’exploitation de nos données personnelles, modifient à notre insu nos comportements. Et c’est vraiment le cas aujourd’hui, quand vous postez une photo sur Instagram ou sur Facebook. Si vous vous prenez en photo ou si vous prenez vos amis en photo, avec ces outils-là vous allez immédiatement penser « règles de censure » de ces outils, donc votre prise de photo va être adaptée à ces outils. On conditionne des comportements et on s’auto-conditionne au regard de la façon dont nos données personnelles vont être exploitées derrière. Tant mieux qu’on le fasse, mais on se rend bien compte que c’est quand même complètement fou d’en arriver à ce niveau-là.

Et, bien sûr, ça va jusqu’à ce que je vous disais sur les dérives démocratiques, la manipulation de notre libre arbitre, c’est-à-dire quand on est sujet de ce qu’on appelle les bulles de filtre où on va nous enfermer dans une pensée qui fait qu’on ne verra que des contenus qui ressemblent à ce qu’on pense déjà, du coup ça nous manipule pour penser dans un sens ou dans l’autre.

On en vient au fait que tout ça, on le fait à notre insu, bien sûr, ce sont des choses qui nous arrivent sans qu’on en soit forcément conscient.

Alternatives et résistances

Ça pose quand même la question : comment le logiciel libre, au regard de tout ça, peut être une piste importante ? Pour arriver à ce que les logiciels libres et les services libres soient tout ça, Yves nous l’a bien expliqué, il y a les quatre conditions du logiciel libre qui justifient qu’il n’y a pas ces mécanismes dans le monde du Libre, mais le truc c’est comment on s’y met, comment on arrive à sortir de nos outils et de nos services GAFAM et autres pour passer à du Libre ?

Déconstruire ses habitudes numériques

Le premier point, c’est qu’il va falloir déconstruire nos habitudes numériques. C’est comme dans n’importe quel ???. Quand vous apprenez à faire du vélo, vous devez sûrement déconstruire un certain nombre de choses pour arriver à faire du vélo, c’est la même chose pour la voiture, on passe par un temps d’apprentissage. Là, ça va être la même chose, il va falloir « réapprendre », entre guillemets, à utiliser des services qui ne fonctionnent pas exactement de la même façon que ceux qu’on connaît. C’est très important d’être conscient de cette nécessité-là. Tant qu’on n’a pas pris en compte le fait que oui c’est normal, quand j’essaye de sortir de WhatsApp, que je rencontre des difficultés, que sur WhatsApp, j’avais pris des habitudes avec mes amis, du coup il va falloir que je trouve le moyen de faire autrement ; ce n’est pas gagné si on n’a pas cette prise de conscience-là. C’est un temps d’introspection pour essayer de comprendre comment on fonctionne dans ses pratiques numériques, pour ensuite pouvoir dépasser ces fonctionnements et se forcer à modifier ses routines. C’est vraiment important avec, en plus, cette notion que, très souvent dans le numérique, on nous a appris qu’il fallait que le numérique soit disponible immédiatement, en permanence, donc on a un rapport au temps qui est complètement faussé, et il faut absolument qu’on déconstruise ce qu’on appelle le mythe de l’immédiateté. En fait, il n’y a pas de raison que dans le numérique tout soit tout le temps accessible, ça n’a pas forcément de sens et, sur le plan environnemental, ça n’en a aucun. Il y a aussi avoir ces prises de conscience pour changer ses pratiques en étant peut-être dans davantage de sobriété.
Vous connaissez sûrement, ou pas d’ailleurs : je vous invite à le lire si vous ne le connaissez pas, ce manifeste qui s’appelle The Slow-Tech Manifesto, la technologie lente, le manifeste pour une technologie plus lente, en tout cas qui ralentit, ce qui me semble une façon assez intéressante de penser.

Confort # Contrôle

Le souci pour arriver à changer ses pratiques numériques, ça va être le fait qu’on est habitué à un certain niveau de confort que nous offrent les outils des géants du Web, et ce confort est vraiment très présent, on ne peut pas le nier. Les applications, les programmes sont souvent très bien faits, ils apportent énormément de fonctionnalités. C’est tout le temps disponible parce que, derrière, il y a effectivement des moyens techniques qui permettent que ça le soit quasiment tout le temps. Mais on est face à l’opposition de OK, il y a un certain niveau de confort, et en face de ça il y a aussi un niveau de contrôle, que ce soit via l’exploitation des données, via la captation de l’attention, tout ce qu’on a vu jusqu’à maintenant, qui posent plein de problème. Si on veut reprendre le contrôle, il va falloir accepter de perdre du confort, et perdre du confort ça veut dire faire un effort. Je pense que c’est un élément, quand on est dans cette démarche, qu’il ne faut vraiment pas oublier.
Je fais souvent l’analogie avec l’alimentation. Quand on fait le choix de mieux s’alimenter, ça peut prendre plein de formes : par exemple en consommant plus local, en consommant plus de saison, en ne passant plus par les gros distributeurs de l’industrie agroalimentaire mais en allant directement acheter chez des producteurs, au moins en allant au marché voir nos producteurs. Et bien, ça demande des efforts, parce que c’est quand même très facile d’aller au supermarché, de tout avoir sous la main dans un seul lieu, un seul magasin. Quand on change ses pratiques alimentaires, on fait ces efforts-là parce que, bien sûr, il va falloir qu’on adapte un certain nombre de choses, je ne sais pas, ne plus manger de haricots verts au mois de janvier. Ça ne se fait pas tout seul, du jour au lendemain : il y a un temps de prise de conscience, il y a un temps d’adaptation, de flexibilité qu’on s’octroie souvent et qui finit qu’à un moment on arrive à très bien vivre sans haricots verts tout l’hiver. On est dans la même logique avec nos pratiques numériques. Tant qu’on n’est pas conscient qu’il va falloir faire des efforts, l’adoption de nouvelles pratiques numériques se solde très souvent par des échecs.

Derrière la déconstruction de nos habitudes numériques, il y a quelque chose d’assez intéressant qui est que, même si vous faites le choix de continuer à utiliser les services des géants du Web, en fait, malgré vous, vous impactez la vie des autres en les utilisant. Je pense par exemple au fait que, si vous installez l’application Facebook sur votre téléphone, par défaut vous donnez à Facebook à l’ensemble de votre carnet de contacts. Donc moi qui ai fait le choix de ne pas être sur Facebook, de ne pas donner mon numéro de téléphone à Facebook, vous, si vous m’avez dans votre carnet d’adresse, si mes amis ou ma famille installent Facebook sur leur téléphone, en fait ils me mettent en contact avec Facebook, ils donnent un certain nombre d’informations sur moi alors même que moi, je n’ai pas fait ce choix. Donc on est un peu comme sur du tabagisme passif, on est dans la même situation. Le choix de rester chez les GAFAM nous impacte nous, certes, mais, après tout, on pourrait décider que c’est notre choix de se faire piquer ses données et d’être un produit, mais en fait, ce n’est pas que notre choix, ça impacte réellement tout notre entourage. C’est vraiment très problématique, et je pense que c’est une prise de conscience qui n’est pas assez visible aujourd’hui.

Re-décentraliser Internet

Un autre aspect très important dans le choix des logiciels libres, c’est que les logiciels et les services libres sont tout le temps pensés pour ne pas être centralisés, pour qu’il n’y ait pas un monopole, comme c’est le cas pour les géants du Web, on le voit bien. Du coup, aujourd’hui, globalement si vous voulez une vidéo, vous allez sur YouTube, il y a un serveur YouTube [sur l’illustration, NdT]. Dans les faits, il y en a plusieurs, mais en gros, tous les internautes se connectent à un seul serveur, l’idée c’est d’être davantage dans l’interconnexion d’ordinateurs, sans centre.

[Coupure de son]

Je tentais de vous expliquer la problématique des géants du Web qui est aussi la centralisation. À l’origine de l’Internet, on est bien sur un monde complètement décentralisé, où il n’y a pas de centre, où on va tout trouver, où il n’y a pas un seul moteur de recherche – d’ailleurs au début, il n’y a pas de moteur de recherche tout court –, en tout cas on se rend compte que tout le monde ne passe pas par les mêmes outils pour faire les mêmes choses. À partir des années 2000 il y a eu cette concentration, sur des acteurs majoritaires, de nos usages numériques, qui fait que tout le monde s’est mis à utiliser exactement les mêmes outils, les mêmes services en ligne, pour faire les mêmes choses, et pas seulement dans le cadre de fonctionnalités sociales. Il me semble assez intéressant de se rendre compte qu’on l’a fait même pour des moteurs de recherche, alors qu’à priori il n’y a pas vraiment de raison qu’on se concentre sur un moteur de recherche où on n’est même pas en interaction. Je comprends que, dans un réseau social, il faut qu’il y ait un minimum de gens qu’on connaît, à un endroit, pour que ça prenne sens, mais sur un moteur de recherche, il n’y a pas de fonctionnalité sociale.
Cette centralisation a bien sûr énormément d’impacts négatifs, tout simplement parce qu’elle donne énormément de pouvoirs aux acteurs qui ont œuvré à être centralisés et à être les centres de nos pratiques numériques. Ça nuit de plein de façons : quand on veut en sortir, ça devient très vite compliqué, parce que les alternatives sont moins visibles. Donc l’idée aussi à travers les services libres et les logiciels libres, c’est de recréer de la décentralisation en proposant finalement des multitudes d’acteurs, de services qui sont interopérables. Que j’utilise le service Mastodon proposé par l’association Framasoft, ou que j’utilise le service Mastodon proposé par l’association La Quadrature du Net, en fait, peu importe ! J’aurai deux hébergeurs qui proposent le même service, avec deux sites internet différents pour y accéder, mais, au final, je pourrai quand même communiquer avec l’ensemble des personnes sur ces services. La technologie côté libre réintègre aujourd’hui la possibilité de décentraliser sans perdre les intérêts de la centralisation. C’est aussi une émancipation très forte pour nous, c’est-à-dire qu’on peut désormais fonctionner dans le monde du Libre à ce niveau-là.

Dégafamiser Internet – Dégooglisons Internet

Peut-être pour conclure autour de ça, une des pistes que l’association Framasoft a proposée dès 2014, c’est de montrer qu’on pouvait « dégoogliser » ou « dégafamiser » Internet, pour éviter cette centralisation, qu’il y a une multitude d’outils qui sont disponibles et qui permettent de changer nos habitudes numériques. Pendant trois ans, Framasoft a proposé des services libres, pas forcément sur des logiciels qu’on a développés en interne, mais en utilisant des logiciels déjà existants et en les designant pour qu’ils soient accessibles en ligne au plus grand nombre. Cette initiative permet effectivement d’accéder à tout ça.

Je vais passer sur les slides qui présentent Framasoft en détail, on y reviendra peut-être dans les questions, si vous avez des questions, si c’est nécessaire, juste parce que je vois que l’heure tourne. Je vais prendre une minute pour rappeler un peu ce que fait l’association dans sa globalité.

Framasoft, c’est… des services en ligne

Framasoft propose des services en ligne, aujourd’hui une quinzaine de services qui sont des services éthiques. On pourrait questionner le terme éthique et ce qu’on entend derrière : je pourrai revenir là-dessus s’il y a des questions. Ces services sont bien sûr libres, donc basés sur du logiciel libre et ils sont en accès gratuit pour tout le monde, ce qui ne veut pas qu’ils ne coûtent pas d’argent : ça veut dire que ce n’est pas vous le produit, et que derrière il y a un modèle économique qui repose sur le don. On propose ces services libres tant qu’on a les moyens de les financer par le don. Le jour où il n’y a pas de dons, on les fermera, en tout cas il n’y a pas d’exploitation des données à travers ces services.
Je les ai détaillés plus en détail, il y en a un certain nombre. J’ai vu que quelqu’un avait posé la question : est-ce qu’on pourrait avoir les slides ? Oui, bien sûr. Il y aura déjà le replay qui les montrera, je pourrai vous fournir aussi un lien pour récupérer le fichier si ça vous intéresse puisque tout est sous licence libre.

Quand il y a des services proposés par les géants du Web pour lesquels il n’y a pas d’alternative existante, donc de logiciel libre qui permettrait de créer ce service alternatif, eh bien chez Framasoft, on fait le choix de le développer justement pour que l’alternative existe.
C’est le cas du logiciel PeerTube qui est l’alternative à YouTube,
du logiciel Mobilizon qui est l’alternative aux groupes, évènements et pages Facebook,
et du logiciel Yaforms qui est l’alternative, on va dire, à Google Forms.
Et bien sûr on participe, on contribue à d’autres logiciels libres qu’on ne développe pas, dont nous ne sommes pas les développeurs principaux. Mais quand il y a besoin de les faire évoluer, mes collègues techniciens font ça.

Framasoft, c’est… valoriser la culture libre

Un autre aspect de l’association, c’est la valorisation de la culture libre. Yves vous en parlé tout à l’heure. Ça se fait à travers différents dispositifs.
On a un blog, Framablog, sur lequel on va diffuser l’actualité du monde du Libre, ce qui permet à tous les internautes qui s’intéressent à ces questions-là de pouvoir trouver de l’information, être inspirés, changer leur façon de voir leurs pratiques numériques.
On a une maison d’édition qui s’appelle Framabook, dans laquelle on publie des livres qui sont tous placés sous licence libre et qui sont dans la version numérique en accès gratuit.
On a un groupe de traduction collaborative, avec une dizaine de bénévoles qui traduisent des textes en langue étrangère vers le français, afin de les rendre accessibles à la communauté francophone.
On a un espace en ligne qui est notre YouTube du Libre, dans lequel on va publier des vidéos en français, ou sous-titrées en français quand elles sont en langue originale, autour de la question du logiciel libre, de la culture libre, des communs, etc., ce qui nous permet de compléter, on va dire, la partie écrite du Framablog.

Framasoft, c’est… des interventions

Autre aspect : on fait énormément d’interventions chaque année, parce qu’on a besoin de transmettre ce qui nous porte. Nous sommes quand même une association d’éducation populaire. On partage nos expériences, on va à la rencontre des publics. C’est toujours très intéressant pour nous de nous rendre compte de comment l’adoption de services alternatifs peut se faire, ou pas. C’est hyper-important pour nous d’avoir du feed-back pour comprendre pourquoi c’est si compliqué de changer ses pratiques numériques, donc de mieux accompagner sur les interventions suivantes.

Framasoft, c’est… des dispositifs pédagogiques

Et puis on développe des dispositifs pédagogiques en ligne, qui permettent effectivement de transmettre aussi ces informations sous d’autres formes, soit des MOOC, des cours en ligne accessibles à tout le monde. [Résolu] est un guide et Métacartes est un jeu de cartes qui permet de se questionner, justement sur la question du numérique éthique.
On a plusieurs sites de documentation sur les outils qui permettent de connaissance de tout ça.
J’avais fait des slides d’explications, vous les aurez, j’y reviendrai.

Framasoft, c’est… de l’archipélisation

Dernier point : Framasoft est une association qui travaille énormément avec d’autres, nous ne sommes pas tout seuls dans notre coin. On a vraiment un réseau de partenaires qu’on considère comme un archipel, avec plein de petites îles qui font un grand archipel, qui est l’archipel des structures en lien avec Framasoft. On n’est pas forcément tous d’accord, parce que chacun est sur sa petite île, on ne partage pas tous les mêmes valeurs : en revanche on a plein de valeurs qui sont communes et c’est vraiment chouette.
Parmi les exemples que j’ai mis, il y a le projet de L. A. Coalition qui est un projet pour défendre les libertés associatives. Framasoft étant une association, c’est quelque chose que nous souhaitons porter, que les associations aient une liberté d’action importante. Vous voyez que là on est loin du numérique, on n’est pas du tout sur ce sujet-là.
Pytition est une initiative pour développer un logiciel, dont le nom est Pytition, qui serait justement une alternative aux services de pétitions actuels qui ne sont absolument pas du tout émancipateurs. Une pétition, contrairement, c’est quand même souvent de parvenir à une certaine libération, mais dans les faits ça ne l’est pas.
L’initiative des Contribateliers, ce sont des ateliers où on propose à toute personne qui le souhaite de venir contribuer à l’univers du Libre et ça peut prendre plein de formes différentes, pas du tout que du développement de programmes.
Et enfin l’initiative peut-être la plus connue, le Collectif Chatons. Chatons, c’est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires qui rassemble aujourd’hui 104 petites structures d’hébergement, qui proposent des services en ligne libres, éthiques et décentralisés. Je ne vais pas vous expliquer pourquoi parce que je l’ai déjà fait.
Si vous êtes en mesure de changer vos pratiques numériques, si ça vous semble hyper-important aujourd’hui de vous lancer là-dedans, je vous invite à passer par les structures qui composent ce collectif Chatons, il y en a sûrement une pas très loin de chez vous. L’idée, c’est vraiment la proximité dans le service en ligne, donc trouver un acteur à proximité de chez soi avec qui on peut aller discuter, donc remettre aussi de l’humain dans le rapport au numérique. Chez Google ou chez Facebook, vous rencontrez rarement les humains qu’il y a derrière. Là, l’idée c’est plutôt d’être sur quelque chose de plus humanisé, donc aussi qui permette de comprendre les contraintes que peuvent avoir ces petites structures, par rapport aux services proposés par les géants du Web. Ça s’adresse à tout le monde.

Et puis on a ce site qui s’appelle Entraide, qui permet d’accéder à neuf services en ligne sans inscription, qui permet, de manière très simple, sans avoir à choisir justement une structure en particulier, d’accéder aux services en ligne les plus utilisés actuellement, qui sont la visio, les pads, faire des tableurs, faire du sondage pour définir une date, etc.

Je m’arrête là parce que sinon on n’aura pas de temps pour les questions. Merci.