Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 9 mars 2021 : Différence entre versions

De April MediaWiki
(Le système d’information géographique libre QGIS)
(Le système d’information géographique libre QGIS)
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On pressent qu’en fait le déploiement est bien plus grand que ce qu’on connaît. On a des exemples qu’on trouve un peu au hasard des rencontres et des indices qu’on trouve sur le Net.
 
On pressent qu’en fait le déploiement est bien plus grand que ce qu’on connaît. On a des exemples qu’on trouve un peu au hasard des rencontres et des indices qu’on trouve sur le Net.
  
<b>Jean-Christophe Becquet : </b>Si je peux compléter, ce qui est intéressant avec QGIS, c’est ça, c’est vraiment lié à son caractère libre. Non seulement on le retrouve dans des très grandes structures, déployé à grande échelle, comme la Gendarmerie ou le ministère de l’Environnement, mais on le retrouve aussi dans des toutes petites structures. Moi, je travaille plutôt avec des petites collectivités, en zone rurale. Dans une mairie dans laquelle il n’y a pas de géomaticien, il n’y a pas de service dédié au système d’information géographique, on peut se trouver à avoir un QGIS installé pour visualiser le cadastre, pour gérer un plan pour des travaux ou pour des demandes d’urbanisme. C’est aussi un logiciel qui se prête très bien à une très grande diversité d’utilisations.<br/>
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<b>Jean-Christophe Becquet : </b>Si je peux compléter, ce qui est intéressant avec QGIS, et ça, c’est vraiment lié à son caractère libre. Non seulement on le retrouve dans des très grandes structures, déployé à grande échelle, comme la Gendarmerie ou le ministère de l’Environnement, mais on le retrouve aussi dans des toutes petites structures. Moi, je travaille plutôt avec des petites collectivités, en zone rurale. Dans une mairie dans laquelle il n’y a pas de géomaticien, il n’y a pas de service dédié au système d’information géographique, on peut se trouver à avoir un QGIS installé pour visualiser le cadastre, pour gérer un plan pour des travaux ou pour des demandes d’urbanisme. C’est aussi un logiciel qui se prête très bien à une très grande diversité d’utilisations.<br/>
 
Je vous propose, avant de parler un petit plus en détail de la communauté, QGIS et du rôle joué par l’OSGeo-FR et comment ça fonctionne, comment tout ça s’organise, de prendre une petite pause musicale et je laisse la parole à Fred pour présenter le choix de la programmation.  
 
Je vous propose, avant de parler un petit plus en détail de la communauté, QGIS et du rôle joué par l’OSGeo-FR et comment ça fonctionne, comment tout ça s’organise, de prendre une petite pause musicale et je laisse la parole à Fred pour présenter le choix de la programmation.  
  

Version du 11 mars 2021 à 16:10


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 9 mars 2021 sur radio Cause Commune

Intervenant·e·s : Marie-Odile Morandi - Régis Haubourg - Vincent Picavet - Jean-Christophe Becquet - Isabella Vanni - Frédéric Couchet - Patrick Creusot à la régie

Lieu : Radio Cause Commune

Date : 9 mars 2021

Durée : 1 h 30 min

Podcast provisoire

Page des références utiles concernant cette émission

Licence de la transcription : Verbatim

Illustration :

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Le système d’information géographique libre QGIS sera le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme la chronique de Marie-Odile Morandi qui portera sur l’utilisation des logiciels libres par la Gendarmerie nationale Également la chronique d’Isabella Vanni qui présentera un nouveau projet de sensibilisation, La Boussole du Libre. Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April .

Le site web de l’April est april.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours ou nous poser toute question.

Nous sommes mardi 9 mars 2021, nous diffusons en direct mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui Patrick. Bonjour.

Patrick Creusot : Bonjour Fred. Bonjour à ceux qui écoutent et bonne émission.

Frédéric Couchet : Merci Patrick.
Pour participer à notre conversation rendez-vous sur le salon web de la radio, sur causecommune.fm, bouton « chat » salon #libreavous.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April, portant sur le sujet « Les logiciels libres à la Gendarmerie nationale »

Frédéric Couchet : Nous allons commencer par la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi qui aujourd’hui portera sur l’utilisation des logiciels libres par la Gendarmerie nationale.
Bonjour Marie-Odile.

Marie-Odile Morandi : Bonjour Frédéric

Frédéric Couchet : Nous técoutons.

Marie-Odile Morandi : Récemment a été transcrite une vidéo intitulée « Le logiciel libre dans l’environnement de la Gendarmerie nationale » mettant en scène le chef d’escadron Arnaud Le Grignou, qui est en charge de l’environnement numérique de travail au sein de la direction générale de la Gendarmerie nationale française. Une manifestation annuelle canadienne concernant les logiciels et ressources numériques libres pour l'enseignement supérieur n’ayant pu se dérouler en 2020, les organisateurs ont publié des vidéos dont celle-ci. D’autre part, le lieutenant-colonel Stéphane Dumond chef de bureau du Service des technologies et des systèmes d’information de la Sécurité intérieure avait été reçu dans l’émission Libre à vous ! du 3 septembre 2019. Il avait aussi participé à une table ronde intitulée « Le libre, clé de voûte de votre système d’information » en septembre 2014. J’ai donc souhaité, dans la chronique d’aujourd’hui, revenir sur la migration de la Gendarmerie nationale vers le logiciel libre et sur son évolution. C’est en effet l'exemple le plus connu et le plus significatif d'une migration réussie vers le Libre. Vous retrouverez les liens vers ces transcriptions sur la page consacrée à l’émission d’aujourd’hui sur le site de l’April.

Cette démarche de migration vers le logiciel libre a pris une quinzaine d’années et a commencé au début des années 2000 par une centralisation sur le site parisien de la partie serveurs avec un système d’exploitation libre Debian GNU/Linux, et tous les logiciels installés sur ces serveurs en logiciel libre, les bases de données, les serveurs d’applications. Il a fallu ensuite s’intéresser aux 80 000 postes de travail à disposition des gendarmes. Quand on se penche sur les propos du lieutenant-colonel Dumond on se rend compte que cette migration vers le logiciel libre s’est faite de façon subtile et fine. Pour lui, une des clefs du succès de la migration vers le logiciel libre ce n’est pas l’OS, le système d’exploitation, mais ce sont les applications ; il faut d’abord raisonner applications.

La démarche a débuté avec le client de messagerie Mozilla Thunderbird. Cela a permis d’offrir un nouveau service utile à l’ensemble des gendarmes qui, auparavant, n’avaient pas de messagerie. Ce fut ensuite le tour du navigateur web, Mozilla Firefox, avec là encore une nouveauté fonctionnelle, tout simplement l’accès à Internet. Cela a permis d’installer des applications légères sur les postes de travail, le navigateur permettant de se connecter aux serveurs d’applications déjà en libre et d’avoir accès à ces applications. Le navigateur Firefox est ainsi devenu une brique stratégique du dispositif. Pour la bureautique c’était Open Office qui était installé et, comme lecteur multimédia, VLC.

Est venue ensuite l’étape supplémentaire, migrer vers un système d’exploitation libre et la méthode utilisée a vraiment été bien menée. Localement, sur chaque brigade, un PC sous une distribution Linux/Ubuntu a été installé, qui, comme dit le lieutenant-colonel Dumond, a servi d’approche et d’accroche auprès des personnels. La machine choisie est belle, puissante, avec un grand écran, bref !, une machine attractive. Le choix de l’OS s’est porté vers la distribution Linux Ubuntu qui a été adaptée, a subi un habillage pour ressembler le plus possible à l’OS Microsoft Windows utilisé auparavant, pour être le plus en phase avec ce dont les gendarmes avaient l’habitude d’utiliser : même fond d’écran, même rendu visuel, même emplacement de la barre des tâches. Cette distribution adaptée a pris le nom de Gentbuntu. Toutes les applications ont été révisées afin de susciter le moins possible de perturbations auprès des utilisateurs par rapport à la situation précédente. Bien entendu, puisque qu’on a à faire à du logiciel libre, on a accès au code source, on peut le modifier pour l’adapter à ses propres besoins et là, les besoins avaient pour objectif une cause bien précise, l’appropriation de Linux/Ubuntu par l’ensemble des personnels. Cette appropriation s’est ainsi faite en très peu de temps. Sauf rares exceptions, aucune formation ne s’est avérée nécessaire. Tout s’est fait naturellement, dans la continuité, tout au long des années de cette migration.

À noter aussi que pour réaliser toute cette migration, il n’a pas été fait appel à des prestataires, puisque les compétences avaient été internalisées. Cela a été réalisé uniquement avec des personnels, des services internes.

L’idée de migration vers un environnement informatique libre des postes de travail des gendarmes avait fait suite à plusieurs prises de conscience et a permis de répondre aux enjeux d’indépendance, de sécurité et d’industrialisation, vu le nombre considérable de postes concernés.

Un premier argument concerne la contrainte budgétaire : à l’époque, le passage à l’échelle avec des solutions propriétaires aurait conduit à une explosion des coûts. Avec ces solutions, pour continuer à évoluer, pour chaque mise à jour, il faut toujours payer. Le choix du logiciel libre permet la maîtrise et la réduction des coûts. Jusque-là, la moindre évolution d’un format ou d’un standard défini par les entreprises essentiellement américaines perturbait considérablement la communication entre les systèmes des différents acteurs étatiques. Le logiciel libre offre un certain nombre de standards et de normes qui permettent l’intéropérabilité, facteur essentiel de communication et de pérennité des fichiers : on pourra lire ces fichiers quel que soit le logiciel avec lequel ils ont été créés et cela même bien des années après. Donc volonté d’indépendance marquée vis-à-vis des éditeurs qui peuvent imposer leurs choix techniques et commerciaux, volonté de ne plus être tributaire de leurs décisions unilatérales. Dans cette stratégie de souveraineté, la maîtrise technique de l’ensemble des briques logicielles libres qui constituent le système d’information et l’internalisation des savoir-faire sont nécessaires pour rester maître de son informatique et de son avenir.

En 2020, le logiciel libre est devenu la norme nous indique le chef d’escadron Le Grignou. À peu près 97 % des 1200 serveurs fonctionnent en Debian 9 et 92 % des 85 000 postes de travail fonctionnent sur une base Ubuntu 18.04. Les gendarmes utilisent intégralement VLC pour la lecture des fichiers multimédias, LibreOffice pour les applications bureautiques et Thunderbird pour la messagerie et l’agenda. Certes, quelques logiciels propriétaires subsistent pour des besoins très spécifiques.

L’achat de matériel, plusieurs dizaines de milliers de PC chaque année, est centralisé via des marchés publics qui permettent d’imposer ce que l’on souhaite : ces PC doivent être compatibles avec l’OS Linux/Ubuntu dans sa dernière version, permettre le recours aux logiciels libres, le respect des normes et standards, l’interopérabilité avec l’ensemble des systèmes d’information. Cerise sur le gâteau, ils sont achetés sans système d’exploitation. Certains outils logiciels sont développés, maintenus et améliorés en interne et doivent répondre à des critères stricts de qualité ainsi qu’aux exigences de sécurité et d’industrialisation. Ces développements faits par des gendarmes, donc payés sur des deniers publics, sont reversés à la communauté. La Gendarmerie est un contributeur important du Libre. C’est une façon de pérenniser les logiciels Utilisés.

Le chef d’escadron Le Grignou nous fait part du projet de lancer le développement d’un poste nomade, plusieurs dizaines de milliers de postes, basé essentiellement sur des solutions libres. Les exigences de sécurité en font certes un projet très complexe mais qui apportera une réelle plus-value.

Si je puis me permettre, en conclusion, on peut affirmer que la stratégie de conduite de ce changement a été remarquable. Cette migration s’est déroulée de façon très progressive. Chaque installation d’un logiciel libre s’est accompagnée soit de l’amélioration d’une fonctionnalité existante, soit de la mise à disposition des gendarmes d’une nouvelle fonctionnalité, d’un nouveau service. Cela a permis d’emporter l’adhésion du maximum d’utilisateurs, a facilité l’acceptation du changement sans générer de mécontentement.

Dans une entité, le soutien de la hiérarchie est fondamental. Cela a été le cas et les plus hauts responsables ne peuvent que se féliciter face à la réussite de cette migration vers le logiciel libre de l’ensemble du parc informatique de la Gendarmerie nationale qui, ainsi, n’est plus dépendante de solutions propriétaires, a acquis une certaine souveraineté numérique. Un parfait exemple à suivre !

Frédéric Couchet : Merci Marie-Odile. Pour en savoir plus sur cet exemple, vous retrouverez les transcriptions sur le site librealire.org, il y a plus de 800 transcriptions disponibles autour des libertés numériques dont une grande partie ont été réalisées par la merveilleuse Marie-Odile.
C’était la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture de Marie-Odile Morandi.
Marie-Odile, je te souhaite de passer une belle fin de journée et puis au mois prochain.

Marie-Odile Morandi : Entendu. Merci à vous. Bonne continuation.

Frédéric Couchet : Merci à toi.
Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Aujourd’hui, c’est ma collègue Isabella Vanni qui a choisi les pauses musicales, qui a en grande partie préparé cette émission. Pour cette première pause musicale nous allons écouter 2012 par Kellee Maize. On se retrouve dans trois minutes 30. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : 2012 par Kellee Maize.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter 2012 par Kellee Maize, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By. Vous retrouverez les références sur causecommune.fm et sur april.org.

Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France, partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Le système d’information géographique libre QGIS

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui va porter sur le système d’information géographique libre QGIS avec nos invités, Régis Haubourg et Vincent Picavet. La discussion va être animée par Jean-Christophe Becquet, vice-président de l’April, auquel je passe la parole en espérant que tous les trois soient sur le pont téléphonique. C’est à vous.

Jean-Christophe Becquet : Bonjour à tous. Bonjour à toutes. Je suis Jean-Christophe Becquet, le vice-président de l’April et je suis ravi d’animer cette émission avec Régis Haubourg président de l’OSGeo-FR et Vincent Picavet, gérant d'Oslandia.
Je vais leur passer la parole tout de suite pour les inviter à se présenter, à nous en dire un peu plus sur leurs structures respectives. On commence par toi, Régis, si tu veux bien.

Régis Haubourg : Avec plaisir. Bonjour à tous. Régis Haubourg, je suis géomaticien, un métier qu’on a toujours beaucoup de mal à expliquer à l’extérieur. Je gère des données géographiques depuis assez longtemps, venant de métiers de l’agronomie et, de fil en aiguille, en tombant dans le jeu de l’open source dans mes différents métiers, je suis arrivé à contribuer au sein d’une grande famille qui s’appelle l’OSGeo qui est une fondation mondiale qui rassemble tous les promoteurs du logiciel libre géomatiques et open source évidemment. Je suis actuellement président de l’association francophone qui promeut ces actions dans laquelle le groupe QGIS des utilisateurs français, est hébergé. On essaie de faire des actions de promotion et de soutien de ce projet, du financement.

Jean-Christophe Becquet : Et par ailleurs, actuellement tu travailles dans une collectivité en tant que géomaticien. C’est ça ?

Régis Haubourg : Dans mon parcours j’ai commencé par un établissement public de l’État dans lequel j’ai conduit des migrations de bases de données et de systèmes d’information géographiques vers du Libre pendant assez longtemps. J’ai passé quatre très belles années en société de service en logiciel libre que peut vous présenter par la suite Vincent Picavet. Là, je suis retourné à mes amours de proximité avec les utilisateurs pour continuer sur ce beau projet, en métropole.

Jean-Christophe Becquet : Merci Régis.
Vincent Picavet, tu es le gérant d'Oslandia, une entreprise spécialisée dans la géomatique libre. Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus ?

Vincent Picavet : Bonjour tout le monde. Effectivement, je dirige Oslandia depuis maintenant plus de dix ans. Pour la petite histoire j’ai commencé l’open source avec Debian Slink, ça ne rajeunit personne, c’est quand même un peu vieux. Et puis, au fur et à mesure de mes différentes expériences, j’en suis arrivé à me spécialiser dans les systèmes d’information géographique et plus spécialement autour de PostGIS initialement et j’ai créé Oslandia il y a maintenant un peu plus de dix ans que je dirige toujours. Dans "Oslandia", pour la petite histoire le "OS" c'est Open Source, "land" c’est le pays, le territoire et on fait donc des systèmes d’information géographique open source. Aujourd’hui on se positionne en tant qu’éditeur QGIS et pure player open source. On est vraiment dans le développement de cette solution-là et de toute la gamme de services autour de ce projet.

Jean-Christophe Becquet : OK. Merci à tous les deux.
On a parlé de géomaticien et de QGIS. Pour commencer, j’ai envie de vous demander : qu’est-ce que QGIS et à quoi sert ce logiciel ? Régis.

Régis Haubourg : QGIS est un logiciel qui contient « G, I, S » dans le nom, c’est un Geografic Information System. Pour le « Q », je laisserai la parole à Vincent pour expliquer l’origine informatique, c’est plus son domaine.
C’est un système qui est extrêmement transversal, qui permet d’observer le monde, c’est pour ça que je suis tombé en passion de ces outils-là, venant du monde de l’agronomie, l’agriculture, parce que j’en avais besoin juste pour comprendre les territoires, comprendre les écoulements d’eau, comprendre comment fonctionne l’agriculture sur un territoire, l’interaction avec la ville. On manipule des données pour spatialiser des forêts, des routes, etc., les caractériser. En fait, ce sont des bases de données, on les représente dans l’espace et sur un écran en les projetant, en prenant en compte toutes les questions compliquées de géodésie, de rotondité de la terre, on les analyse et puis ça peut finir par de la cartographie orientée papier, de la cartographie orientée numérique sur des serveurs web pour faire des cartes interactives.
Au milieu de tout ça, QGIS est un peu le couteau suisse qui vraiment s’impose, qui permet de faire du travail bureautique essentiellement au départ et qui, maintenant, s’étend vers le Web, qui sait lire la majorité des formats des données et de bases qu’on peut manipuler, donc des données vectorielles (des points, des lignes, des polygones), des images, ça peut être des nuages de points, etc.
On retrouve des usages de ce type d’outil dans tous les domaines. J’ai parlé d’agriculture, d’environnement ; on peut parler d’urbanisme, de cadastre, de réseaux d’eau. Il y en a qui s’amusent à cartographier Mars avec ce type d’outil ou le scalp des cheveux chez certains fabricants de shampoings si j’ai bien compris. C’est incroyable.

Jean-Christophe Becquet : Ah oui ! En fait QGIS va beaucoup plus loin que juste dessiner des cartes.
Vincent, tu souhaites ajouter quelque chose ?

Vincent Picavet : C’est vrai que c’est un usage qui est, en général, très majoritairement professionnel. Aujourd’hui on s’adresse vraiment à des gens qui utilisent cet outil dans leur métier et le métier peut être très varié. Comme disait Régis, les deux anecdotes d’utilisation vraiment les plus atypiques que j’ai vues de QGIS c’est une grande entreprise, que je ne citerai pas, qui a réalisé des cartographies de la peau humaine pour analyser l’effet des cosmétiques. C’est intéressant, on ne s’y attendait pas. J’ai également rencontré, complètement par hasard, un utilisateur qui faisait de la cartographie de la pensée de Deleuze sur QGIS. Là on est complètement dans des choses très conceptuelles, mais qu’on peut rattacher, quelque part, au territoire. On voit qu’on est vraiment sur un outil qui a spectre d’utilisation qui est très large et pour des domaines super variés. C’est aussi ce qui fait beaucoup l’intérêt des systèmes d’information géographique et de nos métiers.

Jean-Christophe Becquet : Une question d’un auditeur. Je la pose maintenant parce que je pense que c’est vraiment lié à ce que vous venez de raconter : est-ce que QGIS a un lien avec OpenStreetMap ? Régis.

Régis Haubourg : QGIS est un client OpenStreetMap. À la différence de beaucoup d’autres clients, on peut télécharger les données OpenStreetMap et les analyser en local, ce n’est pas une appli web, une fois que vous l’avez chez vous vous faites un peu ce que vous voulez. Il y a des extensions QGIS qui sont très spécialisées à venir consommer les données OpenStreetMap. En revanche, ce n’est pas encore un outil pour éditer les données OpenStreetMap, tout simplement parce que les modèles de données qu’on utilise en systèmes d’information géographique sont assez différentes des primitives qu’on trouve dans les bases OpenStreetMap. Dans un système d’information géographique on hérite du monde des bases de données, donc avec des tables, des champs, des enregistrements et puis des objets géographiques qui sont une caractéristique comme une autre pour présenter ces objets-là sur une carte. Dans OpenStreetMap il y a des primitives d’une structure un peu différente, donc le passage de l’un à l’autre n’est pas si simple.

Jean-Christophe Becquet : Merci.
J’ai envie de vous demander maintenant, on va faire un petit peu d’histoire, Vincent, est-ce que tu peux nous raconter comment a démarré le projet QGIS et, du coup, nous expliquer le « Q » de QGIS ?

Vincent Picavet : Le projet QGIS démarre dans les années 2000 à peu près. C’est Gary Sherman qui est un résident d’Alaska, perdu au fin fond des montagnes, qui a l’initiative de développer un outil qui va lui permettre de visualiser les données qui sont intégrées dans PostGIS. PostGIS c’est l’extension qui permet de traiter de la donnée cartographique à l’intérieur de la base de données que vous connaissez certainement, qui est PostgreSQL. On pouvait stocker ces données, on pouvait les analyser dans la base de données, mais on ne pouvait pas vraiment les visualiser. Gary Sherman s’est dit je vais développer un visualisateur de ces données PostGIS, qui pourra se connecter sur la base et m’afficher la cartographie de ce qu’il y a à l’intérieur. Il l’a fait sur une base en utilisant QT qui est le framework C++ qui permet de faire de l’interfaçage graphique. Donc le « Q » de QGIS vient de « QT ». Pour la petite histoire, dans les classes C++ – Gary Sherman ne contribue plus vraiment maintenant au projet – mais toutes les classes C++ de QGIS commence par « Qgs ». En général, on pense que ça veut dire QGIS, qu’il manque le « I ». En fait, ça veut dire « QT Gary Sherman », ce sont ses initiales qui traînent encore dans tout le code. Donc il y a l’ombre de Gary Sherman qui plane là-dessus, qui est toujours présente. Donc le « Q » de QGIS vient de QT.
C’est développé en C++, c’est un outil qui est multiplate-forme. Initialement, quand les premières versions sont sorties, tous les logiciels SIG open source étaient plutôt orientés Java. Il y avait OpenJump, il y avait gvSIG qui étaient des choses assez lourdes avec des interfaces un peu à l’ancienne. Au fur et à mesure QGIS a évolué pour avoir de nouvelles fonctionnalités, pour avoir des nouvelles capacités de visualisation, de traitement de données et, au fur et à mesure, a commencé à grossir. Au départ on a eu une première vague de contributeurs qui étaient plutôt des bénévoles, on va retrouver des gens comme Tim Sutton, Paolo Cavallini, Sandro Santilli, qui sont maintenant des gens assez connus dans la communauté QGIS. Ce projet qui, dans les années 2006 à peu près, était encore un peu balbutiant, pas trop de fonctionnalités, a vu, au fur et à mesure, son écosystème grandir, a vu aussi un marché de services associés qui arrivait avec des sociétés qui ont commencé à apparaître, Sourcepole, OPENGIS, Oslandia c’est 2009, Camptocamp, Kartoza, Lutra Consulting, un certain nombre de boîtes se sont montées dans le monde, ont commencé à proposer du service autour de QGIS et tout ça a fait grossir l’écosystème de façon assez forte et on a vu des nouveaux contributeurs arriver au fur et à mesure par l’intermédiaire du Google Summer of Code, par l’intermédiaire d’autres initiatives. Puis il y a un peu eu un tournant dans le développement de QGIS qui a été le fait qu’on puisse développer des plugins sur QGIS. QGIS est aussi une plateforme de développement, on peut l’étendre avec des plugins en Python. Ça a fait exploser le nombre d’utilisateurs et de contributeurs de l’écosystème, pas forcément directement de la solution QGIS, mais de l’écosystème, en fournissant des solutions, des outils, pour régler tout un nombre de problèmes très spécifiques, très génériques parfois, avec une liberté qui était très forte dans la capacité à prendre cette base informatique pour en faire ce qu’on voulait.
Donc, au fur et à mesure, ça a donné un projet qui a gagné une dynamique très forte et qui, aujourd’hui, est encore en accélération avec une augmentation du nombre d’utilisateurs mais aussi du nombre de développeurs et du nombre des prestations qui sont aussi autour, tout l’écosystème économique qui s’y trouve.

Jean-Christophe Becquet : Merci Vincent.
Juste pour préciser pour nos auditeurs qui ne sont pas familiers avec le domaine du développement de logiciels, un framework est en fait un ensemble de composants logiciels sur lequel on s’appuie pour développer et ça permet de bénéficier d’un certain nombre de fonctions génériques pour ne pas, à chaque fois, réinventer la roue. C’est-à-dire que plusieurs logiciels partagent, par exemple, la fonctionnalité « ouvrir une boîte de dialogue pour accéder à l’arborescence des fichiers sur le disque dur », le framework va offrir cette fonctionnalité et ça va éviter aux développeurs de devoir tout réécrire à chaque fois. Donc le framework QT, QT en français, est un des grands frameworks libres sur lequel on peut s’appuyer pour développer des logiciels.
Donc on parle d’un logiciel qui a aujourd’hui une vingtaine d’années. Tu as dit que ce logiciel est effectivement aujourd’hui très dynamique, avec un grand nombre de plugins, d’extensions, qui viennent compléter les fonctionnalités du logiciel. En fait, aujourd’hui QGIS est un peu plus qu’un logiciel, c’est un logiciel mais c’est aussi tout un écosystème de développeurs, d’utilisateurs. Régis.

Régis Haubourg : Oui. Je reviens un peu sur ce qu’a dit Vincent, la phase de transition. J’ai débarqué dans le projet QGIS à cette époque-là, en tant qu’acheteur public qui devait faire évoluer un système d’information géographique pour s’appuyer sur des bases de données solides. On avait choisi PostgreSQL à cette époque-là. QGIS était encore très immature, c’était un outil qu’on utilisait sans le donner aux utilisateurs. À ce moment-là on s’est dit « tiens on va essayer de voir si on peut financer des petites évolutions pour que ça devienne un outil dans un coin qui nous permette de facilement visualiser les données ». Et on s’est rendu compte qu’avec cette communauté de développement extrêmement accueillante, dynamique et réactive, on a pu, en l’espace de moins d’un an, en quelques financements, combler les manques fonctionnels qu’on avait par rapport aux outils en place, les outils propriétaires en place. En fait, cette dynamique s’est accélérée d’elle-même parce que chaque euro financé qu’on injectait, on voyait que ça déclenchait des financements à l’autre bout du monde sur des thématiques similaires. On est rentré dans une boucle vertueuse extrêmement vite. C’est cet aspect-là, plus que l’aspect informatique, qui m’a fait tomber amoureux du projet, à la fois l’accueil, l’ouverture de cette communauté et l’efficience de l’argent qu’on injectait dedans. On recevait beaucoup plus que ce qu’on mettait dedans.
Sur la communauté QGIS, il y a effectivement une explosion du nombre d’utilisateurs, dont on n’a absolument aucune idée du chiffre, car on ne collecte pas de statistiques et on ne veut pas le faire. Du coup, ça aboutit souvent à ces indicateurs. On essaye d’estimer combien de personnes utilisent QGIS avec les nombres de visites de pages, de téléchargements. On est sur quelques millions, mais on sous-estime très largement le nombre d’utilisateurs réels. En entreprise, il peut y avoir un téléchargement qui va déployer 2000 postes. On parlait tout à l’heure de la Gendarmerie. La Gendarmerie a déployé QGIS sur sa distribution Genbuntu, également sur ses postes Windows, et ça dessert potentiellement 9000 postes [90 000 ???], je ne sais pas combien d’utilisateurs. Voilà, une grosse vitalité de l’écosystème.

Jean-Christophe Becquet : Oui. Vincent.

Vincent Picavet : Sur la dynamique, j’ai aussi une anecdote. Je crois que c’était en 2006, j’étais à l’OSGeo-FR à cette époque-là, un peu à la place de Régis et le ministère de l’Environnement vient nous voir en disant « QGIS nous intéresse, on voudrait bien s’y mettre, c’est potentiellement une solution pour le ministère. On cherche des informations. On voudrait faire une étude dessus. On vous tient au courant ». Ils reviennent six mois après et ils nous disent « on a étudié le logiciel, c’est super, mais il y a ça, ça, ça, et ça qui ne marche pas. » Ils nous avaient fait une belle liste, ils avaient interrogé tous leurs utilisateurs, ils avaient fait des tests. Ils avaient fait une grosse liste, ils avaient dit « ça, ça manque, aujourd’hui ça nous empêche de passer le logiciel comme étant quelque chose qui est recommandé ». En fait, le temps qu’ils fassent les tests, la liste était complètement obsolète. Tout ce qu’ils avaient donné, toutes les problématiques qu’ils avaient rencontrées étaient déjà corrigées. Ça donne une idée de la dynamique du projet. On va en reparler, ça donne aussi des indications sur comment on fait pour s’intégrer correctement dans un projet open source avec une nécessité d’interaction forte entre les utilisateurs, les développeurs, le projet et son écosystème en tant que tel.

Jean-Christophe Becquet : Il y a Nordine sur le chat de l’émission qui nous dit : « Je confirme. Au ministère de l’Environnement on a laissé tomber MapInfo, le concurrent privateur de QGIS, à la faveur de QGIS ». Il parle de 90 000 postes [potentiels pour la Gendarmerie, 5 à 10 000 postes pour le ministère de l’Écologie, NdT].
Du coup j’ai envie de vous demander, maintenant, si vous avez des exemples de déploiement de QGIS à grande échelle dans des structures que ce soit public ou privé. Régis

Régis Haubourg : Oui. On n’en manque pas. Il y a un certain nombre d’exemples que j’ai vécus moi-même, par exemple la Gendarmerie. J’ai suivi le projet de déploiement et surtout de configuration de QGIS pour qu’il réponde facilement aux utilisateurs. Déployer c’est une chose, mais comme tout outil un peu complexe, un peu professionnel, il y a des boutons partout et on ne sait pas forcément quoi en faire. L’essentiel de l’enjeu c’est de bien l’adapter pour que ça s’utilise simplement.
J’ai moi-même participé au déploiement au ministère de l’Environnement, j’étais dans un établissement associé et j’ai cofinancé avec le ministère de l’Environnement, à cette époque-là, avec les deniers de mon employeur. Ça représente plus que 90 000 personnes puisqu’il y a tous les établissements associés, il y en a une bonne partie qui a basculé aussi.
On a vu de très grands comptes du domaine privé arriver, maintenant, tu me diras, il y a cinq peut-être ça a commencé à arriver et puis prendre vraiment leur essor depuis trois ans. Il y en a qui en ont parlé publiquement, comme Orange, qui a refondu toute son infrastructure géomatique sur des briques libres. On a d’autres dont je ne peux pas trop parler.
On a surtout des exemples en Suisse où il y a un mouvement massif. On va dire qu’une grande partie des financements de QGIS viennent de Suisse où il y a énormément de cantons, de communes, de grandes structures publiques et privées qui ont basculé.
On a des opérateurs que parfois on ne soupçonne pas, qu’on voit arriver simplement parce qu’ils se mettent à publier des plugins, des extensions, du coup on se dit « tiens ils utilisent QGIS ». C’est notamment le cas du gouvernement fédéral américain côté armée, côté NSA. Il y a des choses qu’on apprend nous-mêmes de l’extérieur puisque rien de les oblige à dire ce qu’ils font. Ils prennent la licence, ils en font ce qu’ils veulent.
On pressent qu’en fait le déploiement est bien plus grand que ce qu’on connaît. On a des exemples qu’on trouve un peu au hasard des rencontres et des indices qu’on trouve sur le Net.

Jean-Christophe Becquet : Si je peux compléter, ce qui est intéressant avec QGIS, et ça, c’est vraiment lié à son caractère libre. Non seulement on le retrouve dans des très grandes structures, déployé à grande échelle, comme la Gendarmerie ou le ministère de l’Environnement, mais on le retrouve aussi dans des toutes petites structures. Moi, je travaille plutôt avec des petites collectivités, en zone rurale. Dans une mairie dans laquelle il n’y a pas de géomaticien, il n’y a pas de service dédié au système d’information géographique, on peut se trouver à avoir un QGIS installé pour visualiser le cadastre, pour gérer un plan pour des travaux ou pour des demandes d’urbanisme. C’est aussi un logiciel qui se prête très bien à une très grande diversité d’utilisations.
Je vous propose, avant de parler un petit plus en détail de la communauté, QGIS et du rôle joué par l’OSGeo-FR et comment ça fonctionne, comment tout ça s’organise, de prendre une petite pause musicale et je laisse la parole à Fred pour présenter le choix de la programmation.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe.
Nous allons écouter Follow me par Vendredi. On se retrouve dans trois minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Follow me par Vendredi (feat Paps).

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Deuxième partie

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Follow me par Vendredi, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur april.org et sur causecommune.fm.

Vous écoutez toujours Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France, partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous parlons, au cours de cette émission, du système d’information géographique libre QGIS. Je vais repasser la parole à nos invités Régis Haubourg, Vincent Picavet et Jean-Christophe Becquet.
Je rappelle que si vous souhaitez participer à notre conversation c’est sur le salon web dédié à l’émission, sur le site causecommune.fm, bouton « chat », salon #libreavous.
Jean-Christophe, c’est à toi.

Jean-Christophe Becquet : Merci Fred.
Pour faire écho à la discussion qui se déroule effectivement sur le chat, un auditeur posait la question de la licence utilisée par QGIS et Vincent répond que QGIS est sous licence GPL v2, ainsi que ses plugins.
Je propose maintenant qu’on poursuive notre conversation autour de QGIS en parlant de la structure de la communauté. Je vais peut-être passer la parole à Régis pour qu’il nous explique un petit peu le rôle joué par l’OSGeo-FR et comment fonctionne la communauté QGIS.

Régis Haubourg : Le rôle de l’OSGeo-FR est relativement modeste. On ne fait que relayer des actions de l’OSGeo international qui fédère tous les outils géomatiques. Il faut bien voir que QGIS s’appuie sur des briques communes à beaucoup d’autres logiciels, on va utiliser des librairies d’accès aux données, de conversion des formats de données, des librairies de reprojection, on va s’appuyer sur des bases de données comme PostgreSQL pour tirer la pleine puissance de QGIS et puis il y a QGIS par-dessus qui s’appuie sur les épaules des géants, qui s’appuie sur les épaules de QT également. Là-dedans la structuration de l’OSGeo va appuyer tous ces projets.
QGIS, en soi, est devenu tellement dynamique qu’il a créé sa propre structure assez récemment, il y a deux ans et demi, qui s’appelle QGIS.ORG qui est une association, qui s’est hébergée sur du droit suisse parce que c’est l’endroit où c’était le moins compliqué pour faire de l’administratif qui, jusqu’à présent, n’existait pas. On avait un projet qui est passé de l’informel au semi-formel, pour l’instant il y a un petit bureau de six personnes dans un comité de pilotage qu’on appelle le "Project Steering Committee". Il y a des budgets relativement faibles pour QGIS.org en fait, parce que quasiment l’intégralité des moyens et des ressources passe directement des utilisateurs vers les développeurs qui veulent faire évoluer le logiciel. C’est le modèle économique qui est à Oslandia. Donc, pour fluidifier tout ça, pour maintenir les sites web, maintenir les serveurs, faire toutes les tâches qui sont très difficiles à financer, on a l’association QGIS.ORG qui a un budget qui est en nette et forte croissance, mais qui dépend essentiellement de dons, de sponsoring, maintenant d’adhésions de collectivités, d’entreprises, etc., qui ont la capacité de le faire. Donc on a un budget d’environ 200 000, 220 000 euros qui monte de 15 à 20 % par an, qui reste mini, c’est d’une frugalité et d’une efficience terrible.
Là-dedans l’OSGeo-FR et le groupe QGIS francophone essayent de valoriser les actions QGIS.ORG, donc relayer au niveau francophone tout ce qui se discute sur les listes internationales, relayer les initiatives de choix d’allocation de budgets. On a une structure démocratique où, quand il y a des fonds à allouer pour des innovations, pour consolider la documentation, pour des tâches de fond, par exemple pour faire des versions pour Mac, eh bien il y a des votes démocratiques et les groupes d’utilisateurs de chaque pays ont des droits de vote. Donc l’OSGeo-FR relaye tout ça, essaye de prendre l’attache des utilisateurs et de créer un réseau d’utilisateurs, également d’entraide autour de tout cela.
En France, on a déjà des réseaux d’entraide qui existent par ailleurs, donc l'OSGeo-fr n’est pas trop positionnés là-dessus, on est plus positionnés sur l’organisation d’évènements comme les journées QGIS utilisateurs qui ont lieu tous les ans depuis huit ans, à Montpellier jusqu’à présent, cette année à distance. On va probablement partir sur une logique de tour de France et se rapprocher des régions, plutôt appuyés par Rhône-Alpes-Auvergne ces temps-ci, mais on va tourner.
Que dire de plus ! J’étais encore ce midi en réunion visio avec le groupe QGIS-FR. Il y a quand même pas mal de gens qui ont envie de donner la main, envie de faire des groupes locaux. Voilà comment ça fonctionne.

Jean-Christophe Becquet : Motivation, dynamisme. Ton témoignage fait rêver.
Peut-être, avant de passer la parole à Vincent pour parler des aspects au-delà du logiciel dans la communauté QGIS, une réponse rapide à une question qui a été posée par un auditeur : quelle différence entre QGIS et JOSM ?
JOSM est un des principaux éditeurs pour contribuer à la base de données libre OpenStreetMap. C’est vraiment un éditeur dédié à la contribution OpenStreetMap qui fonctionne aussi avec un système de plugins, qui est aussi un logiciel libre, mais qui est vraiment spécialisé sur la contribution OpenStreetMap. QGIS est un logiciel dont les fonctionnalités sont beaucoup plus larges et étendues. Dans QGIS, on peut consommer des données ou des fonds cartographiques OpenStreetMap, entre autres, mais ça fait plein d’autres choses encore, comme on l’a expliqué un petit peu en début d’émission.
Vincent, le Libre que ce n’est pas que du logiciel et c’est un aspect important et parfois complexe dans la communauté QGIS. Est-ce que tu peux nous en dire deux mots ?

Vincent Picavet : Effectivement, c’est toujours un sujet pour le logiciel libre, au-delà de QGIS à proprement parler. On a souvent des communautés qui sont centrées sur les développeurs parce que ce sont souvent eux qui sont à l’origine des projets. Il y a d’ailleurs quelque chose qui est assez significatif. Il y a des rendez-vous de la communauté des développeurs QGIS chaque année, hors période Covid, et historiquement c’était des "developer's meeting", c’était vraiment le rendez-vous des développeurs. On a changé le nom pour faire des community meetings pour être beaucoup plus inclusifs parce qu’un logiciel tel que QGIS c’est très loin d’être uniquement du code. Il y a des aspects qui sont également très importants mais qui sont souvent, de façon très ingrate, un peu invisibilisés. On parle évidemment de la documentation. La documentation de QGIS est assez complète, il y a beaucoup de choses dedans. La contribution à la documentation est quelque chose qui est assez difficile parce que ça évolue en permanence, il faut suivre les évolutions techniques justement des développements. Le système technique de documentation n’est pas forcément super évident, parce que non seulement il faut documenter, mais il faut ensuite également traduire la documentation. Donc ce sont des choses qui demandent une certaine technicité, ça passe par du Markdown, du Sphinx, du Git, des pull-requests, etc., des tests unitaires de documentation. Il y a beaucoup de choses qui sont nécessaires. Le ticket d’entrée pour documenter QGIS est assez élevé, donc c’est difficile de trouver des rédacteurs ; il faut évidemment être à l’aise en anglais et il faut connaître le logiciel assez bien.
Donc la documentation est un gros aspect de QGIS. C’est quelque chose qui est difficile aussi parce qu’on a du mal à trouver des gens qui se dédient à ça. C’est moins reconnu que le travail de développeur, on essaie de faire des efforts mais force est de constater que c’est plus difficile pour les documentaires que pour les développeurs de prendre leur place.
La documentation n’est pas le seul aspect, au-delà du code, qui est important pour un projet tel que QGIS, il y a un aspect infrastructure qui est important aussi. Qu’est-ce qui se passe quand vous développez une nouvelle fonctionnalité ? Vous allez ajouter votre code dans le logiciel et, à partir de ce moment-là, on va reconstruire le logiciel, on va faire tourner tous les tests unitaires de façon automatique, on va construire des paquets de distributions d’installeurs et tout ça ce sont des choses qui demandent énormément de temps, qui sont difficiles également, qui sont peu visibles, mais surtout qui ne sont pas financées. Financer de la fonctionnalité, c’est assez facile, des clients vont venir en disant « j’aimerais bien que QGIS fasse ce bouton-là en bleu plutôt qu’en vert – en général c’est plus complexe mais ça peut ressembler ça. On va dire « OK, je vous développe ça, ça va coûter tant. — Très bien. — Voilà, je vous l’ai développé. » Vous avez votre changement de couleur, vous êtes content, tout le monde est content. Par contre, leur dire « vous allez payer quelques milliers d’euros pour que les serveurs tournent pour pouvoir faire un build automatique à chaque fois qu’il y a quelqu’un qui va committer, déjà ils ne comprennent plus rien, ils ne voient pas l’intérêt immédiat pour eux. Ça va, certes, augmenter la qualité du logiciel, mais il n’y a pas une boucle de rétroaction qui soit suffisamment efficace et visible pour que ça draine du financement.

Jean-Christophe Becquet : Est-ce que tu peux juste nous dire que c’est qu’un build automatique quand quelqu’un a committé ?

Vincent Picavet : Quand on prend le code source, on va rajouter des lignes au code source et, une fois qu’on a rajouté ces lignes au code source pour faire une nouvelle fonctionnalité, il faut reconstruire le logiciel. On prend le code source et on va faire ce qu’on appelle un binaire, un installeur. Pour les gens qui ont l’habitude d’être sous Windows, c’est quand on clique sur suivant, suivant, sans lire ce qui est écrit, ça c’est l’installeur. On a à peu près les mêmes techniques sur les systèmes libres tels que Linux ou d’autres. Ce build, cet installeur-là, il faut qu’il soit construit. Aujourd’hui, la construction est automatique à chaque fois qu’on va prendre un nouveau code source, à chaque fois que quelqu’un va faire une modification, on va construire une nouvelle version de ce logiciel pour pouvoir le mettre à disposition. C’est ce qu’on appelle le packaging, c’est faire la boîte autour du logiciel avec l’installeur.
Ce sont des tâches qui sont assez difficiles à faire, qui demandent une grosse technicité, qui ne sont pas forcément très rigolotes et qu’on a aussi souvent du mal à financer.

Jean-Christophe Becquet : À nouveau pour apporter un témoignage de l’extérieur et par un utilisateur non spécialiste de la géomatique, sur les deux aspects que tu viens de développer, la documentation de QGIS est effectivement parfaitement traduite en français et elle est d’une qualité remarquable, y compris pour la mettre entre les mains d’utilisateurs dont ce n’est pas le métier premier d’être géomaticien. Sur le côté distribution du logiciel, QGIS, bien sûr, est multiplate-forme, tu l’as évoqué, il fonctionne sur la plupart des systèmes d’exploitation les plus courants et il est livré sous une forme facile à installer : sous Windows ça va être un exécutable pour installer le logiciel ; dans les distributions GNU/Linux, ça va être des paquets intégrés à la distribution. C’est effectivement un travail invisible, n’empêche qu’il est réalisé de manière très qualitative et très accessible.
Tu l’as dit, ce travail de documentation, d’infrastructure, de packaging du logiciel, ne se fait pas sans difficultés. Dans la communauté ça se passe bien ? On arrive quand même à recruter des gens pour faire ce travail ? C’est compliqué.

Vincent Picavet : Oui et non. Ce n’est pas toujours facile. Il faut voir déjà que QGIS n’est pas tout seul. Il va se baser sur un grand nombre de bibliothèques logicielles qui vont effectuer des tâches sous-jacentes, par exemple PROJ qui va faire tout ce qui est version des systèmes de projection ; GDAL qui va faire toute la gestion des formats de fichiers, des formats d’accès à la donnée. Ce sont des communautés qui sont très liées à QGIS mais qui sont aussi indépendantes.
Au-delà du code de QGIS il y a aussi tout le code de l’écosystème de OSGeo qui est intéressant et qui est important pour QGIS.
Ensuite, pour répondre à ta question sur les difficultés rencontrées, oui, clairement, il y en. On est passé d’un logiciel qui était un logiciel de hobbyistes, utilisé dans un coin avec très peu de fonctionnalités, à quelque chose qui est utilisé par des millions de personnes, avec énormément de fonctionnalités et une dimension qui est largement plus grande que ce qu’elle était avant. Donc avec l’évolution du logiciel, il faut une évolution du fonctionnement de la communauté.
Régis a parlé un peu de l’organisation de la communauté, la création de QGIS.ORG. C’est vrai aussi dans le contenu du logiciel, c’est-à-dire qu’on va avoir besoin de plus de qualité, donc de plus de process technique dans l’évolution du logiciel. On va avoir besoin de plus d’automatisation, je parlais du packaging, de l’infrastructure et ça, parfois, ça crée des oppositions dans la communauté parce que ça complexifie le travail des développeurs, ça ralentit aussi l’évolution du logiciel, par exemple. Il y a des gens que tout ça dérange parce qu’ils n’ont pas envie d’évoluer, ils sont bien dans leur situation confortable de développeur, dans leur cadre, et ils n’ont pas forcément envie que ça évolue. Heureusement ou malheureusement, je ne sais pas, de toute façon c’est un état de fait, le logiciel et la communauté évoluent, l’écosystème évolue, donc il faut s’adapter. Ça, ça peut provoquer parfois des tensions dans la communauté avec des visions qui sont différentes, des gens qui veulent aller plus vite, des gens qui veulent aller moins vite, et ce n’est pas forcément facile, ça demande de la discussion, des rencontres de préférence en live pour pouvoir échanger autour d’un verre. C’est quelque chose qui est important.
La plus grande difficulté aujourd’hui du projet c’est aussi la résilience, c’est-à-dire qu’il faut que le projet ne dépende pas d’une personne, de quelques personnes. On voit assez régulièrement, dans le logiciel libre en général et dans l’écosystème QGIS en particulier, ce qu’on appelle la fatigue du mainteneur qui sont des gens sur qui la responsabilité du projet finit par reposer et qui, au bout d’un moment, font un burn-out parce qu’ils ont trop de responsabilités, trop de pression, trop de travail. C’est ce qu’on appelle aussi le "bus factor". Si votre projet ne dépend que d’une personne ou de deux personnes, il y a danger pour la résilience. Il faut travailler ça en permanence et il faut le travailler dans sa dimension humaine, dans l’aspect des rapports sociaux, dans l’aspect de la considération de la personne et du travail qui est réalisé. Ce sont des choses qui sont difficiles à faire dans une communauté, d’autant plus dans des communautés qui sont des communautés techniques de développeurs.

Jean-Christophe Becquet : En tout cas, ce que tu dis rejoint vraiment les témoignages que j’avais eus dans la première émission que j’avais animée sur le logiciel libre Geotrek, un logiciel libre pour la gestion des itinéraires de randonnée, avec les parcs des Écrins et des Cévennes. Les intervenants nous expliquaient effectivement l’importance de ce contact humain au sein de leurs communautés, la difficulté à financer ce qui ne se voit pas comme les changements de version dans le framework sur lequel on s’appuie pour développer et la solitude de l’animateur de la communauté. Ce sont des choses que je retrouve.
Régis, tu voulais ajouter quelque chose.

Régis Haubourg : Oui. J’insiste là-dessus. On est passé en moins de dix ans d’un logiciel où les gens venaient coder pour se faire plaisir à un logiciel qui s’est professionnalisé, avec énormément de demandes. La plupart des bénévoles ont fini par se mettre à travailler à leur compte là-dessus par plaisir mais aussi parce que la demande était là. Ça ne cesse d’augmenter et maintenant on voit de nouvelles catégories d’acteurs arriver alors même qu’on a encore des bénévoles. Je rends par exemple hommage à Harrissou Sant-anna qui est français, qui fait un travail monumental de coordination et de documentation, en bénévole. À côté, on a des très grands acteurs comme SAP qui arrivent et qui veulent influencer l’avenir de QGIS, des très gros dont on ne peut pas trop dire le nom, dont on sait qu’ils tirent énormément parti de cet outil-là, ils le déploient chez eux. Notre enjeu, actuellement, et ce n’est pas vrai que pour QGIS, c’est vrai pour toutes une partie les librairies sous-jacentes, c’est de tirer une partie des revenus qu’ils tirent de ces logiciels-là pour les faire vivre. La pression sur les développeurs est aussi liée au niveau de pression et d’exigence qu’ont ces très grands acteurs sur les développeurs. Les gens qui sont dans ces entreprises-là, par exemple IBM dernièrement, n’ont pas conscience du modèle économique open source et c’est impossible de discuter avec leur hiérarchie.
On a des grandes structures qui ont une prise de conscience par le haut, comme Orange, de la stratégie open source et il y en a d’autres qui arrivent juste un peu opportunistes. Il y a enjeu à éviter que ça mette trop de pression sur tout le monde, mais quand même à accepter cette croissance-là pour faire que le projet soit plus résilient.

Jean-Christophe Becquet : J’ai envie de dire que l’opportunisme n’est pas forcément gênant quand il se cantonne à utiliser le logiciel sans contribuer. Mais lorsqu’on cherche à influencer l’évolution du logiciel, à exiger certaines orientations ou l’ajout de certaines fonctionnalités, si on ne participe pas effectivement à l’effort, ça pose rapidement des problèmes.
Tu as parlé de gros acteurs privés comme Orange ou IBM. Il y a aussi un rôle important des acteurs publics. Est-ce que l’un de vous souhaite aborder la question de QGIS et des marchés publics ?

Régis Haubourg : Avec plaisir.

Jean-Christophe Becquet : Aller, c’est pour toi Régis.

Régis Haubourg : C’est toujours un plaisir les marchés publics !
C’est un peu un des sujets par lequel j’aborde le plus le projet QGIS. Je ne suis ni développeur, ni très impliqué dans la documentation et traduction. Par contre, ce qui m’intéresse c’est trouver un écosystème économique viable, y compris pour les acteurs publics, et ça passe forcément par les marchés publics.
Il faut bien comprendre qu’on n’intervient pas de la même manière sur un logiciel libre que sur un logiciel privateur. On n’achète pas une boîte toute prête. On intervient et on prend la main sur sa destinée quand on vient intervenir sur un logiciel libre, sur QGIS par exemple.
Du coup, il faut qu’on ait des marchés qui s’adaptent à la communauté qui la font vivre, parce qu’on ne va pas lui imposer les choses qu’elle ne veut pas. Il faut être capable, dans ces marchés-là, de prévoir de quoi discuter en amont, de prendre en compte le transversal. Il faut prévoir de quoi assumer les tâches difficilement finançables dont parlait Vincent.
J’ai toujours passé mes marchés avec de la documentation incluse et, au moins, la traduction française associée, des tests unitaires. J’avoue qu’à l’époque je ne comprenais pas les notions de packaging, de faire les installeurs sous Windows, sous Mac, etc. ; maintenant, avec la maturité et le recul, j’inclurai ces systèmes-là parce que ce sont des tâches cachées qu’il faut financer.
En fait, on a des solutions dans les marchés publics. Souvent, on a une peur d’attaquer l’achat des services en mode traditionnel sur des objets qu’on comprend mal, mais on a tous les outils qu’il faut, avec des marchés-cadres qui permettent de passer des petits marchés, rapides, itératifs, agiles, avec pas trop de lourdeur administrative. J’ai par exemple fait des accords-cadres, inspirés d’ailleurs de ceux de l’Institut géographique national, qui a un grand savoir-faire dans l’intervention sur le logiciel libre depuis des années, et on avait trouvé une façon de faire intervenir chacun des spécialistes du domaine, dans son cœur de métier. C’est aussi ça derrière. On n’a pas une grosse société, on a une galaxie de gens avec leurs domaines spécialisés. Donc si on veut intervenir sur les librairies GDAL et PROJ, on a la chance en France d’avoir le lead développeur qui est d’une efficacité extrême, Even Rouault. Si on veut faire du QGIS qui est tellement large, de la 3D, on ne va pas aller chercher la même personne que si on veut faire du QGIS pour faire faire des applications métiers. On va essayer de s’associer pas que à du service d’achat, on va aussi essayer de mettre du support.
Je me suis rendu compte qu’il faut quelques années pour rentrer dans la culture d’un projet libre, comprendre ses codes, suivre les discussions, savoir à quel moment aller proposer quelque chose. Parfois on est trop avance, on a raison trop tôt et ça ne convient à personne. Il faut apprendre à prendre ce temps, ce rythme. Les rencontres avec les développeurs sont absolument importantes et, à mon sens, faire en sorte que si on a un financeur de QGIS, il faut pouvoir y aller et laisser la chance à quelques participants d’y aller et venir faire diffuser cette culture au sein des services publics ou collectivités.

Jean-Christophe Becquet : En tout cas, j’ai du coup l’impression que tu nous expliques que les outils juridiques pour faire des marchés qui fonctionnent avec le logiciel libre existent. Le problème c’est de maîtriser de manière fine ces outils, d’adopter la bonne méthode et de connaître de l’intérieur le fonctionnement des communautés.
Vincent tu voulais ajouter quelque chose.

Vincent Picavet : Mon point de vue de prestataire et éditeur de logiciel libre. Là-dessus, effectivement on a les outils juridiques. Par contre ils sont rarement utilisés. Même si les équipes techniques, les équipes métiers ont bien exprimé leurs besoins fonctionnels, sont bien conscientes du logiciel, ont bien la compréhension de l’écosystème, des besoins, etc., parfois et la plupart du temps ça coince au niveau des achats et des services des marchés, qui eux, vont faire des marchés qui sont tout ce qu’il y a de plus classique, comme s’ils achetaient du logiciel privateur. Dans ce cas-là on ne s‘y retrouve pas, parce qu’on va se retrouver dans une situation où ça va être basé sur le prix majoritairement. Si on commence à faire la course au prix, nous en tant que société de service en logiciel libre, OK, on va pouvoir faire le développement qui est demandé, par contre on ne pourra jamais financer la documentation, on ne pourra jamais financer l’infrastructure et on ne pourra jamais faire avancer le projet avec une qualité suffisante. Donc on va rajouter des fonctionnalités, on va augmenter la dette technique. À terme, ce n’est pas bon pour le client qui a commandé, pour l’organisme public, et ce n’est pas non parce que ce n’est pas soutenable et ce n’est pas bon pour le projet QGIS non plus.
Il faut effectivement continuer à convaincre notamment les services de marché qu’ils ont les outils et qu’il faut qu’ils les utilisent pour aller dans le sens du projet.
On essaie de faire des choses du type vendre de la maintenance informatique qui est quelque chose qui est compris des marchés, qu’on ne trouve pas dans la même case, qui, pour le coup, ouvre des capacités plus importantes de financement de tout ce qui est difficile à financer par ailleurs, donc tout ce qui n’est pas nouvelles fonctionnalités par exemple.

Jean-Christophe Becquet : Merci Vincent.
On approche de la fin. Je propose à chacun de prendre deux minutes maximum pour conclure, si vous avez envie d’ajouter quelque chose, d’insister sur un point qui vous tient particulièrement à cœur. Régis s’il te plaît.

Régis Haubourg : Ce que je retiens de QGIS c’est que c’est avant tout une communauté extrêmement accueillante. Si vous pouvez accueillir un évènement, participer à un évènement, allez-y, vous allez voir à quel point c’est dynamique et efficace.
Ensuite n’ayez pas peur de venir contribuer directement via vos marchés, c’est la zone d’inconfort des géomaticiens. On sait faire de la technique, on n’ose pas faire des marchés publics. Les solutions existent pour y aller.
Dès que vous rencontrez un problème faites-le remonter, venez discuter avec la communauté QGIS-Fr, avec les prestataires ou directement en anglais, si vous êtes à l’aise, avec les développeurs sources. C’est le circuit court. Le Libre est le bio de l’informatique, vous pouvez discuter en direct avec le développeur, c’est une chance phénoménale, donc saisissez-là et n’oubliez pas de prendre le temps d’apprendre un écosystème, ne plaquez pas les réflexes précédents, y compris pour les marchés publics et privés.

Jean-Christophe Becquet : Le Libre c’est le circuit court de l’informatique. Ça restera !
Vincent à toi, quelques mots de fin.

Vincent Picavet : J’espère qu’on a donné envie aux gens de découvrir un peu ce qu’est le SIG et QGIS en particulier. C’est un domaine qui est très sympa parce que ça va amener à toucher à des métiers totalement divers. Il y a des petites images, il y a des cartes, il y a quand même un côté très attractif de ce domaine-là. N’hésitez pas à plonger là-dedans. En plus, il y a du boulot on est toujours en recherche de nouveaux développeurs dans le projet QGIS, et pas que des développeurs, aussi des documenteurs, des gens qui font de l’infrastructure. On a besoin de forces vives. La dynamique du projet est là, la bienveillance est là aussi dans la communauté en général.
Pour conquérir le monde et finir de remplacer ESRI et AutoCAD un peu partout on a besoin de forces vives, donc rejoignez la force. !

Jean-Christophe Becquet : Régis Haubourg, Vincent Picavet, un immense merci d’avoir accepté l’invitation à participer à cette émission. Merci pour votre temps, merci pour votre passion, merci pour votre énergie. Je ne peux que confirmer ce qui vient d’être dit : QGIS est un projet extrêmement ouvert, extrêmement abordable. Même si vous n’êtes pas géomaticien, même si vous n’êtes pas développeur, vous pouvez faire des choses avec QGIS. C’est même un logiciel que je qualifierai de ludique. Avec tout ce qui se passe en ce moment autour de l’open data, QGIS est un couteau suisse qui permet d’ouvrir les fichiers libérés par les collectivités, pour les visualiser, pour les traiter et je pense que tout ça laisse entrevoir de perspectives énormes.
Merci encore à tous les deux et je rends l’antenne.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe.
Nous avons donc parlé du système d’information géographique libre QGIS. Le site web est qgis.org et vous retrouverez toutes les références citées dans l’émission sur causecommune.fm et sur april.org.
Un grand merci à Régis Haubourg et Vincent Picavet. Un énorme merci à Jean-Christophe pour avoir préparé et animé ce sujet long.
Je vous souhaite une belle fin de journée et que la force soit avec vous. Je vous fais coucou parce qu’on a les webcams de notre côté. Bonne fin de journée.

On va passer une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter C'est du propre par Patates Rats. On se retrouve dans moins trois minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : C'est du propre par Patates Rats.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Patrick c’était de la bonne. Là, franchement !
Nous venons d’écouter C'est du propre par Patates Rats, disponible sous licence Art Libre. Vous retrouverez les références des musiques diffusées aujourd’hui sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, cause commune.fm. Je remercie ma collègue Isabella Vanni qui a fait le choix des pauses musicales du jour.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Le Libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, avec une présentation du nouveau projet du groupe Sensibilisation, La Boussole du Libre , un outil pour orienter les personnes souhaitant reprendre le contrôle de leur informatique

Frédéric Couchet : Parler d’actions de type sensibilisation menées par l’April ou par d’autres structures, annoncer des évènements libristes à venir avec éventuellement des interviews de personnes qui organisent ces évènements, c’est la chronique « Le libre fait sa comm’ » de ma collègue Isabella Vanni, qui coordinatrice vie associative et responsable projets à l’April. Ce mardi Isabella, avec Christian Momon

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