Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 17 mars 2020 : Différence entre versions

De April MediaWiki
(MuseScore, un logiciel libre d'édition de partitions musicales)
(Une révision intermédiaire par le même utilisateur non affichée)
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Nous espérons que tout se passera bien et je vous prie de nous excuser par avance si des problèmes techniques se produisent.
 
Nous espérons que tout se passera bien et je vous prie de nous excuser par avance si des problèmes techniques se produisent.
  
Si vous voulez réagir, poser une question pendant ce direct, participer à la discussion, n’hésitez pas à nous rejoindre sur le salon web de la radio. Pour cela vous allez sur le site causecommune.fm, vous cliquez sur « chat » et vous nous retrouvez sur le salon dédié à l’émission.<br/>
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Si vous voulez réagir, poser une question pendant ce direct, participer à la discussion, n’hésitez pas à nous rejoindre sur le salon web de la radio causecommune.fm, vous cliquez sur « chat » et vous nous retrouvez sur le salon dédié à l’émission.<br/>
 
Nous vous souhaitons une excellente écoute.
 
Nous vous souhaitons une excellente écoute.
  
 
Maintenant le programme détaillé de l’émission du jour : <br/>
 
Maintenant le programme détaillé de l’émission du jour : <br/>
nous allons commencer dans quelques secondes par vous parler de Musescore, un logiciel libre d’édition de partitions musicales avec Sylvain Kuntzmann, enseignant, compositeur, musicien et bénévole à l’April ;<br/>
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nous allons commencer dans quelques secondes par vous parler de MuseScore, un logiciel libre d’édition de partitions musicales avec Sylvain Kuntzmann, enseignant, compositeur, musicien et bénévole à l’April ;<br/>
 
d’ici une quinzaine de minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur l’achat de matériel, ordinateurs de bureau, ordinateurs portables, téléphones mobiles, avec Aurélien Couderc bénévole à l’April et Michel Memeteau, directeur d'ekimia.fr ;<br/>
 
d’ici une quinzaine de minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur l’achat de matériel, ordinateurs de bureau, ordinateurs portables, téléphones mobiles, avec Aurélien Couderc bénévole à l’April et Michel Memeteau, directeur d'ekimia.fr ;<br/>
 
en fin d’émission nous évoquerons le télétravail avec Vincent Calame dans le cadre de sa chronique « Jouons collectif » .<br/>
 
en fin d’émission nous évoquerons le télétravail avec Vincent Calame dans le cadre de sa chronique « Jouons collectif » .<br/>
À la réalisation de l’émission aujourd’hui William ???, que je salue. Bonjour William.
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À la réalisation de l’émission aujourd’hui William Asgavari, que je salue. Bonjour William.
  
 
==MuseScore, un logiciel libre d'édition de partitions musicales==
 
==MuseScore, un logiciel libre d'édition de partitions musicales==
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<b>Sylvain Kuntzmann : </b>Oui. Bonjour. Bonjour Fred. Bonjour à tous. Je vous entends bien. Merci.
 
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>Oui. Bonjour. Bonjour Fred. Bonjour à tous. Je vous entends bien. Merci.
  
<b>Frédéric Couchet : </b>J’ai fait une courte présentation, mais est-ce que tu veux compléter ta présentation personnelle.
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<b>Frédéric Couchet : </b>J’ai fait une courte petite présentation, mais est-ce que tu veux compléter ta présentation personnelle ?
  
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>Elle est assez complète. Je suis principalement professeur de musique dans un petit conservatoire, à Saint-Palais-sur-Mer, j’enseigne la formation musicale, ce qu’on appellait solfège, et la musique électroacoustique. Je compose aussi de la musique pour des orchestres, des musiciens, ou pour de l’image, des documentaires. J’anime une toute petite maison d’édition qui s’appelle Loctanphare où j’utilise essentiellement MuseScore et d’autres logiciels libres.
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<b>Sylvain Kuntzmann : </b>Elle est assez complète. Je suis principalement professeur de musique dans un petit conservatoire à Saint-Palais-sur-Mer. J’enseigne la formation musicale, ce qu’on appelait le solfège, et la musique électroacoustique. Je compose aussi de la musique pour des orchestres, des musiciens, ou pour de l’image, des documentaires. J’anime une toute petite maison d’édition qui s’appelle Loctanphare où j’utilise notamment MuseScore et d’autres logiciels libres.
  
 
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Super. Première question que j’ai envie de te poser. MuseScore c’est la notation musicale pour tout le monde, mais pourquoi écrire des partitions ?
 
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Super. Première question que j’ai envie de te poser. MuseScore c’est la notation musicale pour tout le monde, mais pourquoi écrire des partitions ?
  
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>On écrit des partitions parce que, pour faire de la musique, quand on veut acheter des partitions, souvent le prix d’une partition peut être élevé. Souvent on achète un bouquin entier alors qu’on n’a besoin que d’une partition parmi tout le recueil qui est vendu. C’est un petit peu de la vente forcée de recueil de partitions. Les derniers titres récents qu’on voudrait avoir, les derniers tubes à la mode on ne les trouve pas forcément en partition, il y a un grand délai avant d’avoir les titres qui soient disponibles en partition. On a du papier, mais on voudrait bien l’avoir aussi en PDF ou l’échanger de manière numérique.
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<b>Sylvain Kuntzmann : </b>On écrit des partitions parce que, pour faire de la musique, quand on veut acheter des partitions, souvent le prix d’une partition peut être élevé. Souvent on achète un bouquin entier alors qu’on n’a besoin que d’une partition parmi tout le recueil qui est vendu ; c’est un petit peu de la vente forcée de recueil de partitions. Les derniers titres récents qu’on voudrait avoir, les derniers tubes à la mode on ne les trouve pas forcément en partition, il y a un grand délai avant d’avoir les titres disponibles en partition. On a une version papier, mais on voudrait avoir une version PDF pour l’échanger sur Internet et les partitions existent souvent pour les instruments les plus populaires, mais, pour son instrument, parfois la partition n’est pas disponible, donc on a besoin de la réécrire avec un logiciel.<br/>
 
 
[Coupure]
 
 
 
<b>Frédéric Couchet : </b>Excusez-nous. On a eu un problème technique de diffusion entre la régie ponctuelle qui se trouve à Clamart et le diffuseur.<br/>
 
Sylvain Kuntzmann était en train de parler sur les raisons pour lesquelles écrire des partitions. À priori, le dernier mot qu’on a entendu, Sylvain, c’était quand tu parlais de numérique, c’est ce qu’on remonte sur le salon web, si tu te souviens où tu en étais et éventuellement poursuivre.
 
 
 
[Coupure]
 
 
 
<b>Frédéric Couchet : </b>On est de retour. Reprise. Ce n’est que le début. On tente une dernière fois Sylvain. On va reprendre tu expliquais, Sylvain, la raison d’écrire des partitions.
 
 
 
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>C’est ça on a besoin d’écrire des partitions avec le logiciel parce que souvent l’offre est limitée, on a un catalogue limité, ou alors on doit acheter un livre entier, c’est une vente forcée pour un seul titre qui serait dans le recueil. Les titres récents on ne les a pas forcément. On a une version papier, mais on voudrait avoir une version PDF pour l’échanger sur Internet et les partitions existent souvent pour les instruments les plus populaires, mais, pour son instrument, parfois la partition n’est pas disponible, donc on a besoin de la réécrire avec un logiciel.<br/>
 
 
Voilà les principales raisons pour lesquelles on écrit ou on réécrit la musique avec un logiciel.
 
Voilà les principales raisons pour lesquelles on écrit ou on réécrit la musique avec un logiciel.
  
 
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Super. D’où vient MuseScore ? Sa petite histoire ?
 
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Super. D’où vient MuseScore ? Sa petite histoire ?
  
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>Pour faire bref, MuseScore remonte au début des années 2000, en 2002. Werner Schweer qui est un informaticien allemand mais qui a une passion, il fait du piano, décide de créer un petit programme pour noter les morceaux de piano qu’il compose et ce programme il l’appelle Muse, m, u, s, e, et ce petit programme va ensuite se transformer en MuseScore, un éditeur de partition plus élaboré. Il y a deux autres personnes qui vont le rejoindre jusqu’en 2008, Nicolas Froment, un Français, et Thomas Bonte, un Belge, et ces trois-là vont créer le site internet musescore.org en 2008, développer toujours ce logiciel MuseScore et essayer de le porter vers le grand public.</br>
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<b>Sylvain Kuntzmann : </b>Pour faire bref, MuseScore remonte au début des années 2000, en 2002. Werner Schweer qui est un informaticien allemand mais qui a une passion, il fait du piano, décide de créer un petit programme pour noter les morceaux de piano qu’il compose et ce programme il l’appelle Muse, m, u, s, e. Ce petit programme va ensuite se transformer en MuseScore, un éditeur de partition plus élaboré. Il y a deux autres personnes qui vont le rejoindre jusqu’en 2008, Nicolas Froment, un Français, et Thomas Bonte, un Belge, et ces trois-là vont créer le site internet musescore.org en 2008, développer toujours ce logiciel MuseScore et essayer de le porter vers le grand public.</br>
En 2011 ils créent leur société, MuseScore BVBA, où les trois travaillent sur le logiciel et MuseScore continue de se développer avec une grande communauté qui se développe autour en tant que développeurs, traducteurs ou contributeurs de toute sorte. Ça devient tellement difficile à gérer à trois personnes qui cette petite société créée en 2011 est revendue à Ultimate Guitar, une grosse société basée en Russie, en 2018, pour continuer à faire avancer le logiciel.</br>
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En 2011 ils créent leur société, MuseScore BVBA, où les trois travaillent sur le logiciel et MuseScore continue de se développer avec une grande communauté qui se développe autour en tant que développeurs, traducteurs ou contributeurs de toute sorte. Ça devient tellement difficile à gérer à trois personnes que cette petite société créée en 2011 est revendue à Ultimate Guitar, une grosse société basée en Russie, en 2018, pour continuer à faire avancer le logiciel.</br>
Voilà en gros l’histoire de MuseScore qui est à peu près le logiciel d’édition musicale le plus utilisé aujourd’hui dans le monde puisqu’on a des milliers de téléchargements par jour, c’est traduit en 66 langues, il y a plus de 1000 traducteurs, presque à peu près 200 développeurs et une bonne quarantaine qui sont très actifs. Ça en fait un logiciel qui est vraiment très actif et qui évolue rapidement.  
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Voilà en gros l’histoire de MuseScore qui est à peu près le logiciel d’édition musicale le plus utilisé aujourd’hui dans le monde puisqu’on a des milliers de téléchargements par jour, c’est traduit en 66 langues, il y a plus de 1000 traducteurs, à peu près 200 développeurs et une bonne quarantaine qui sont très actifs. Ça en fait un logiciel qui est vraiment très actif et qui évolue rapidement.  
  
 
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. C’est un peu comme VLC qui est, dans son domaine, le logiciel le plus téléchargé et c’est un logiciel libre. Finalement, dans la notation musicale, le logiciel le plus utilisé est aussi un logiciel libre et c’est MuseScore.
 
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. C’est un peu comme VLC qui est, dans son domaine, le logiciel le plus téléchargé et c’est un logiciel libre. Finalement, dans la notation musicale, le logiciel le plus utilisé est aussi un logiciel libre et c’est MuseScore.
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<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Pour les personnes qui ne connaissent pas trop l’écriture de la notation musicale, des partitions, etc., quelles sont les principales fonctionnalités de MuseScore ?
 
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Pour les personnes qui ne connaissent pas trop l’écriture de la notation musicale, des partitions, etc., quelles sont les principales fonctionnalités de MuseScore ?
  
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>C’est très simple, MuseScore permet de tout faire, mais pour être précis, quand on voit une partition de musique, on voit des portées avec des notes, des rythmes, etc., eh bien MuseScore permet d’écrire ça, c’est-à-dire qu’on a une partition vierge sous les yeux, des portées comme ça sans rien et on vient poser nos notes et nos rythmes en utilisant différentes notations pour le piano, pour la guitare, la clarinette. Donc on a une partition classique entre guillemets qui s’écrit avec le logiciel.<br/>
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<b>Sylvain Kuntzmann : </b>C’est très simple, MuseScore permet de tout faire, mais, pour être précis, quand on voit une partition de musique, on voit des portées avec des notes, des rythmes, etc., eh bien MuseScore permet d’écrire ça, c’est-à-dire qu’on a une partition vierge sous les yeux, des portées comme ça sans rien et on vient poser nos notes et nos rythmes en utilisant différentes notations pour le piano, pour la guitare, la clarinette. Donc on a une partition « classique » entre guillemets qui s’écrit avec le logiciel.<br/>
On peut aussi faire des tablatures, donc pour tous ceux qui jouent des instruments à cordes, guitare notamment, la tablature c’est la façon d’écrire la musique en ayant sur les portées non pas des notes de « musique classique » entre guillemets, mais les chiffres qui correspondent aux cases que l’on pose sur les doigts. Donc on peut écrire aussi en tablature. D’ailleurs les deux sont liés : je peux écrire de manière classique et ça me le transforme en tablature ou l’inverse, je peux écrire en tablature et ça me le transforme en manière classique automatiquement.<br/>  
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On peut aussi faire des tablatures, donc pour tous ceux qui jouent des instruments à cordes, guitare notamment, la tablature c’est la façon d’écrire la musique en ayant sur les portées non pas des notes de « musique classique » entre guillemets, mais les chiffres qui correspondent aux cases que l’on pose sur les doigts, donc on peut écrire aussi en tablature. D’ailleurs les deux sont liés : je peux écrire de manière classique et ça me le transforme en tablature ou l’inverse, je peux écrire en tablature et ça me le transforme de manière classique automatiquement.<br/>  
 
Donc on peut écrire des partitions pour un seul instrument, pour un orchestre entier. C’est tout à fait complet, opérationnel. Tout ce qu’on voit comme partition sur Internet ou dans le commerce on peut le faire avec MuseScore.
 
Donc on peut écrire des partitions pour un seul instrument, pour un orchestre entier. C’est tout à fait complet, opérationnel. Tout ce qu’on voit comme partition sur Internet ou dans le commerce on peut le faire avec MuseScore.
  
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Donc c’est de la composition, de la création. Tu as dit tout à l’heure que tu as enseignes, donc je suppose que tu l’utilises beaucoup dans le cadre de l’enseignement et de l’apprentissage.
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<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Donc c’est de la composition, de la création. Tu as dit tout à l’heure que tu enseignes, donc je suppose que tu l’utilises beaucoup dans le cadre de l’enseignement et de l’apprentissage.
  
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>C’est ça. Au départ j’utilisais d’autres logiciels propriétaires pour faire mes partitions, mais quand j’étais en classe la solution la plus facile c’était d’avoir [coupure] pas de budget pour acheter de licence et surtout, ce qui m’intéressait c’était que mes élèves aient le même outil que moi, qu’ils puissent installer à la maison le même logiciel. Je me rappelle quand j’étais en fac on avait été formés sur un logiciel qui s’appelle Finale, qui coûtait très cher, on adorait aller faire nos cours, mais quand on rentrait à la maison, on n’avait pas le logiciel, il y avait une grosse frustration. Le fait d’avoir un logiciel libre, ça nous permet de faire tomber cette barrière, et mon élève, chez lui, a le même outil, donc c’est vraiment génial. C’est aussi pour ça que j’ai basculé sur MuseScore « à temps plein » entre guillemets dans mon utilisation parce que ça fait tomber ces barrières-là. Pour la pédagogie c’est vraiment super, d’autant plus dans ces temps de confinement où chacun va travailler un peu chez soi. MuseScore, en ce moment, est très utilisé par beaucoup de professeurs et d’élèves.
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<b>Sylvain Kuntzmann : </b>C’est ça. Ce qui m’intéresse surtout c’est que mes élèves aient le même outil que moi, qu’ils puissent installer à la maison le même logiciel. Je me rappelle quand j’étais en fac on avait été formés sur un logiciel qui s’appelle Finale, qui coûtait très cher, on adorait aller faire nos cours, mais quand on rentrait à la maison on n’avait pas le logiciel, il y avait une grosse frustration. Le fait d’avoir un logiciel libre, ça nous permet de faire tomber cette barrière, et mon élève, chez lui, a le même outil ; ça c’est vraiment génial. C’est aussi pour ça que j’ai basculé sur MuseScore « à temps plein » entre guillemets dans mon utilisation parce que ça fait tomber ces barrières-là. Pour la pédagogie c’est vraiment super, d’autant plus dans ces temps de confinement où chacun va travailler un peu chez soi. Je sais que MuseScore, en ce moment, est très utilisé par beaucoup de professeurs et d’élèves.
  
 
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Si on veut l’installer, c’est disponible sur toutes les plateformes, il y a également une application mobile ? Comment on fait ?
 
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Si on veut l’installer, c’est disponible sur toutes les plateformes, il y a également une application mobile ? Comment on fait ?
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<b>Frédéric Couchet : </b>On va préciser qu’une AppImage est une sorte de fichier binaire qui s’exécute tout seul.
 
<b>Frédéric Couchet : </b>On va préciser qu’une AppImage est une sorte de fichier binaire qui s’exécute tout seul.
  
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>Oui, voilà, c’est ça, un prêt à l’emploi on va dire qu’on peut installer.<br/> Pour utiliser MuseScore, on utilise l’ordinateur. On ne peut pas encore écrire et je pense que ce ne sera pas fait un jour, on n’écrit pas à partir d’une tablette ou d’un smartphone. Il y a des applications qui existent qui s’appellent MuseScore sur tablette ou smartphone, mais c’est juste pour lire les partitions, ou les entendre, les écouter, les faire défiler. Mais pour fabriquer la partition, on reste avec l’ordinateur.
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<b>Sylvain Kuntzmann : </b>Oui, voilà, c’est ça, un prêt à l’emploi on va dire qu’on peut installer.<br/>
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Pour utiliser MuseScore, on utilise l’ordinateur. On ne peut pas encore écrire et je pense que ce ne sera pas fait un jour, on n’écrit pas à partir d’une tablette ou d’un smartphone. Il y a des applications qui existent sur tablette ou smartphone, qui s’appellent MuseScore, mais c’est juste pour lire les partitions, ou les entendre, les écouter, les faire défiler. Mais pour fabriquer la partition, on reste sur l’ordinateur.
  
 
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Donc c’est disponible sur toutes les plateformes, les distributions libres GNU/Linux, les autres systèmes et applications mobiles.<br/>
 
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Donc c’est disponible sur toutes les plateformes, les distributions libres GNU/Linux, les autres systèmes et applications mobiles.<br/>
Si on veut se former est-ce que, en dehors de l’utilisation dans les conservatoires – par exemple mon fils qui fait de la musique au conservatoire l’utilise est-ce qu’il y a des formations un peu plus générales, en dehors des conservatoires ou des formations en ligne ?
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Si on veut se former, est-ce qu'en dehors de l’utilisation dans les conservatoires – par exemple mon fils qui fait de la musique l’utilise au conservatoire – il y a des formations un peu plus générales, en dehors des conservatoires ou des formations en ligne ?
  
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>Ça reste assez marginal. On peut déjà se former tout seul, en autonomie, parce qu’il y a une grande communauté qui est très active et il y a beaucoup de ressources, notamment toujours sur le site officiel où on a un forum qui est très réactif, des tutoriels, le manuel en ligne. On trouve aussi d’autres ressources sur des plateformes de vidéo, etc. Si on veut aller plus loin, on a aussi des cours en ligne, on va dire officiels, qui sont faits par AF MEDIA. AF MEDIA c’est Amandine Fressier qui est en Bretagne et qui a mis en ligne une plateforme de cours en ligne, en fait, de A à Z. Pour un abonnement qui est de 25 euros à vie, on peut accéder à tous les cours avec de la vidéo et de l’accompagnement, etc.<br/>
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<b>Sylvain Kuntzmann : </b>Ça reste assez marginal. On peut déjà se former tout seul, en autonomie, parce qu’il y a une grande communauté qui est très active et il y a beaucoup de ressources, notamment toujours sur le site officiel où on a un forum qui est très réactif, des tutoriels, le manuel en ligne. On trouve aussi d’autres ressources sur des plateformes de vidéo, etc. Si on veut aller plus loin, on a aussi des cours en ligne, on va dire officiels, qui sont faits par AF MEDIA. AF MEDIA c’est Amandine Fressier qui est en Bretagne et qui a mis en ligne une plateforme de cours, en fait, de A à Z. Pour un abonnement qui est de 25 euros à vie, on peut accéder à tous les cours avec de la vidéo et de l’accompagnement, etc.<br/>
Maintenant sur les formations en présentiel, c’est assez rare, on peut en faire soit dans des rassemblements comme le Capitole du Libre ou Pas Sage en Seine où on a parfois des conférences ou des ateliers, mais c’est assez ponctuel. Sinon on a des associations ou des écoles de musique qui proposent des fois de former leurs adhérents, donc là on peut être sollicités pour faire une formation. Parfois c’est ouvert au grand public. Sinon, les professeurs de musique, dans leur formation continue, ont maintenant accès à des stages de formation à MuseScore, mais finalement, les formations, j’allais dire en présentiel, sont encore assez rares sur le territoire.
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Maintenant, sur les formations en présentiel, c’est assez rare. On peut en faire soit dans des rassemblements comme le Capitole du Libre ou Pas Sage en Seine où on a parfois des conférences ou des ateliers, mais ça reste assez ponctuel. Sinon on a des associations ou des écoles de musique qui proposent des fois de former leurs adhérents, donc là on peut être sollicités pour venir faire une formation. Parfois c’est ouvert au grand public. Sinon les professeurs de musique, dans leur formation continue, ont maintenant accès à des stages de formation à MuseScore, mais finalement, les formations, j’allais dire en présentiel, sont encore assez rares sur le territoire.
  
<b>Frédéric Couchet : </b>OK ! D’accord. En introduction j’ai dit que tu t’occupais que la post-production des podcasts de <em>Libre à vous !</em>. Déjà merci pour ce travail intense et important.
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<b>Frédéric Couchet : </b>OK ! D’accord. En introduction j’ai dit que tu t’occupes que la post-production des podcasts de <em>Libre à vous !</em>. Déjà merci pour ce travail intense et important.
  
 
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>C’est avec plaisir.
 
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>C’est avec plaisir.
  
<b>Frédéric Couchet : </b>On a lancé un appel pour te décharger et que d’autres personnes puissent éventuellement t’aider parce que tu fais ça toutes les semaines. Est-ce qu’en quelques mots tu peux expliquer ce que représente le travail de post-production d’un podcast ?
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<b>Frédéric Couchet : </b>On a lancé un appel pour te décharger et que d’autres personnes puissent éventuellement t’aider parce que tu fais ça quand même toutes les semaines. Est-ce que, en quelques mots, tu peux expliquer ce que représente le travail de post-production d’un podcast ?
  
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>C’est finalement une autre manière d’écouter l’émission. On récupère l’enregistrement de l’émission. On récupère l’habillage de l’émission et les musiques qui sont diffusées. On va ensuite commencer par faire un nettoyage, donc on réécoute l’émission en faisant un nettoyage de tous les petits ratés de prononciation, les petits bruits de bouche, les choses comme ça, on essaye de nettoyer pour que ce soit le plus agréable possible à écouter ensuite. On replace les musiques et les jingles pour vérifier que tout est bien au même niveau. Tout ça sur une émission d’une heure et demie, il faut compter, deux heures, deux heures et demie d’écoute pour faire ça. Maintenant je n’écoute plus l’émission, je l’écoute quand je fais le montage comme ça je gagne un petit peu de temps. Voilà en gros ce que ça représente. On se met dans un logiciel multipiste quelconque, Ardour ou autre, et on édite de l’audio comme ça.
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<b>Sylvain Kuntzmann : </b>C’est finalement une autre manière d’écouter l’émission. On récupère l’enregistrement de l’émission. On récupère l’habillage de l’émission et les musiques qui sont diffusées. On va ensuite commencer par faire un nettoyage, donc on réécoute l’émission en faisant un nettoyage de tous les petits ratés de prononciation, les petits bruits de bouche, les choses comme ça, on essaye de nettoyer pour que ce soit le plus agréable possible à écouter ensuite. On replace les musiques et les jingles pour vérifier que tout est bien au même niveau. Tout ça, sur une émission d’une heure et demie, il faut compter deux heures, deux heures et demie d’écoute pour faire ça. Maintenant je n’écoute plus l’émission en direct, je l’écoute quand je fais le montage comme ça je gagne un petit peu de temps. Voilà en gros ce que ça représente. On se met dans un logiciel multipiste quelconque, Ardour ou autre, et on édite de l’audio comme ça.
  
<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Pour l’émission du jour ça va être un peu particulier pour toi, parce que tu vas te post-produire, en plus avec un démarrage délicat. En tout cas, si des personnes ont des compétences et du temps pour aider Sylvain à la post-production des podcasts de <em>Libre à vous !</em> n’hésitez pas à nous contacter.<br/>
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<b>Frédéric Couchet : </b>D’accord. Pour l’émission du jour ça va être un peu particulier pour toi, parce que tu vas t'auto post-produire, en plus avec un démarrage délicat. En tout cas, si des personnes ont des compétences et du temps pour aider Sylvain à la post-production des podcasts de <em>Libre à vous !</em> n’hésitez pas à nous contacter.<br/>
 
Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose sur MuseScore ou sur autre chose, Sylvain ?
 
Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose sur MuseScore ou sur autre chose, Sylvain ?
  
<b>Sylvain Kuntzmann : </b>Non, rien de spécial. Les références vont être ajoutées sur la page, donc les personnes pourront se référer aux différents liens qui seront insérés. N’hésitez pas à essayer ce logiciel et à aller poser des questions parce qu’il y a beaucoup de personnes qui sont d’une grande aide sur la communauté, sur les forums.
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<b>Sylvain Kuntzmann : </b>Non, rien de spécial. Les références vont être ajoutées sur la page, donc les personnes pourront se référer aux différents liens qui seront insérés. En tout cas n’hésitez pas à essayer ce logiciel et à aller poser des questions parce qu’il y a beaucoup de personnes qui sont d’une grande aide sur la communauté, sur les forums, etc.
  
 
<b>Frédéric Couchet : </b>Les deux ressources principales en ligne, c’est musescore.org pour les ressources et pour les partitions en ligne il y a musescore.com.
 
<b>Frédéric Couchet : </b>Les deux ressources principales en ligne, c’est musescore.org pour les ressources et pour les partitions en ligne il y a musescore.com.
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<b>Frédéric Couchet : </b>OK. Merci Sylvain. Je te remercie et bon courage pour le traitement du podcast du jour.<br/>
 
<b>Frédéric Couchet : </b>OK. Merci Sylvain. Je te remercie et bon courage pour le traitement du podcast du jour.<br/>
 
C’était Sylvain Kuntzmann, enseignant, compositeur, musicien, bénévole à l’April qui nous a parlé de MuseScore, la notation musicale pour tout le monde.
 
C’était Sylvain Kuntzmann, enseignant, compositeur, musicien, bénévole à l’April qui nous a parlé de MuseScore, la notation musicale pour tout le monde.
Nous allons faire une pause musicale. Nous allons écouter <em>Les Rosalies</em> par Ehma. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
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<b>Frédéric Couchet : </b>Nous allons faire une pause musicale. Nous allons écouter <em>Les Rosalies</em> par Ehma. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
  
 
<b>Pause musicale : </b><em>Les Rosalies</em> par Ehma.
 
<b>Pause musicale : </b><em>Les Rosalies</em> par Ehma.
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<b>Frédéric Couchet : </b>Nous venons d’écouter <em>Les Rosalies</em> par Ehma, disponible sous licence Art Libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
 
<b>Frédéric Couchet : </b>Nous venons d’écouter <em>Les Rosalies</em> par Ehma, disponible sous licence Art Libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
  
Vous écouter l’émission <em>Libre à vous !</em> sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.<br/>
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Vous écouter l’émission <em>Libre à vous !</em> sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.<br/>
 
On va passer au sujet suivant.
 
On va passer au sujet suivant.
  

Version du 23 mars 2020 à 09:23


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 17 mars 2020 sur radio Cause Commune

Intervenants : Sylvain Kuntzmann - Aurélien Couderc - Michel Memeteau - Vincent Calame - Frédéric Couchet - William Asgavari à la régie

Lieu : Radio Cause Commune

Date : 17 mars 2020

Durée : 1 h 30 min

Écouter ou enregistrer le podcast

Page des références utiles concernant cette émission

Licence de la transcription : Verbatim

Illustration :

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcrit MO - Corrections de Sylvain Kuntzmann par MO

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
L’achat de matériel, ordinateurs, téléphones, et le logiciel libre ce sera le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme MuseScore, un logiciel libre d’édition de partitions musicales et aussi un sujet bien dans l’ordre du jour, le télétravail.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio diffuse désormais également en DAB+ [Digital Audio Broadcasting] 24 heures sur 24, c’est la radio numérique terrestre avec notamment un meilleur son. Pour capter le DAB+ c’est gratuit, sans abonnement, il faut juste avoir un récepteur compatible avec la réception DAB+.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’April c’est april.org. Vous y trouverez une page consacrée à l’émission avec des références et également sur le site de la radio, causecommune.fm.

Nous sommes le mardi 17 mars 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Je précise tout de suite que l’émission est diffusée dans des conditions exceptionnelles suite au confinement de la population. Toutes les personnes qui participent à l’émission sont chez elles. Nous diffusons en direct depuis Saint-Denis, Paris, Breuillet en Charente-Maritime, Aubagne près de Marseille et Clamart. D’un point de vue technique, nous utilisons le module de discussion de Nextcloud, un logiciel libre d’hébergement, de partage de fichiers, d’agendas et de bien d’autres fonctionnalités dont nous avons déjà parlé dans l’émission, c’était l’émission 54 du 18 février 2020.
Nous espérons que tout se passera bien et je vous prie de nous excuser par avance si des problèmes techniques se produisent.

Si vous voulez réagir, poser une question pendant ce direct, participer à la discussion, n’hésitez pas à nous rejoindre sur le salon web de la radio causecommune.fm, vous cliquez sur « chat » et vous nous retrouvez sur le salon dédié à l’émission.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Maintenant le programme détaillé de l’émission du jour :
nous allons commencer dans quelques secondes par vous parler de MuseScore, un logiciel libre d’édition de partitions musicales avec Sylvain Kuntzmann, enseignant, compositeur, musicien et bénévole à l’April ;
d’ici une quinzaine de minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur l’achat de matériel, ordinateurs de bureau, ordinateurs portables, téléphones mobiles, avec Aurélien Couderc bénévole à l’April et Michel Memeteau, directeur d'ekimia.fr ;
en fin d’émission nous évoquerons le télétravail avec Vincent Calame dans le cadre de sa chronique « Jouons collectif » .
À la réalisation de l’émission aujourd’hui William Asgavari, que je salue. Bonjour William.

MuseScore, un logiciel libre d'édition de partitions musicales

Frédéric Couchet : Nous allons passer tout de suite au premier sujet. Nous avons le grand plaisir d’accueillir aujourd’hui Sylvain Kuntzmann qui est enseignant, compositeur, musicien, bénévole à l’April, qui va nous parler de MuseScore, un logiciel d‘édition de partitions musicales. Je précise tout de suite que Sylvain s’occupe de la post-production des podcasts de Libre à vous !, donc c‘est un grand plaisir que tu sois avec nous.
Bonjour Sylvain. Tu nous entends bien ?

Sylvain Kuntzmann : Oui. Bonjour. Bonjour Fred. Bonjour à tous. Je vous entends bien. Merci.

Frédéric Couchet : J’ai fait une courte petite présentation, mais est-ce que tu veux compléter ta présentation personnelle ?

Sylvain Kuntzmann : Elle est assez complète. Je suis principalement professeur de musique dans un petit conservatoire à Saint-Palais-sur-Mer. J’enseigne la formation musicale, ce qu’on appelait le solfège, et la musique électroacoustique. Je compose aussi de la musique pour des orchestres, des musiciens, ou pour de l’image, des documentaires. J’anime une toute petite maison d’édition qui s’appelle Loctanphare où j’utilise notamment MuseScore et d’autres logiciels libres.

Frédéric Couchet : D’accord. Super. Première question que j’ai envie de te poser. MuseScore c’est la notation musicale pour tout le monde, mais pourquoi écrire des partitions ?

Sylvain Kuntzmann : On écrit des partitions parce que, pour faire de la musique, quand on veut acheter des partitions, souvent le prix d’une partition peut être élevé. Souvent on achète un bouquin entier alors qu’on n’a besoin que d’une partition parmi tout le recueil qui est vendu ; c’est un petit peu de la vente forcée de recueil de partitions. Les derniers titres récents qu’on voudrait avoir, les derniers tubes à la mode on ne les trouve pas forcément en partition, il y a un grand délai avant d’avoir les titres disponibles en partition. On a une version papier, mais on voudrait avoir une version PDF pour l’échanger sur Internet et les partitions existent souvent pour les instruments les plus populaires, mais, pour son instrument, parfois la partition n’est pas disponible, donc on a besoin de la réécrire avec un logiciel.
Voilà les principales raisons pour lesquelles on écrit ou on réécrit la musique avec un logiciel.

Frédéric Couchet : D’accord. Super. D’où vient MuseScore ? Sa petite histoire ?

Sylvain Kuntzmann : Pour faire bref, MuseScore remonte au début des années 2000, en 2002. Werner Schweer qui est un informaticien allemand mais qui a une passion, il fait du piano, décide de créer un petit programme pour noter les morceaux de piano qu’il compose et ce programme il l’appelle Muse, m, u, s, e. Ce petit programme va ensuite se transformer en MuseScore, un éditeur de partition plus élaboré. Il y a deux autres personnes qui vont le rejoindre jusqu’en 2008, Nicolas Froment, un Français, et Thomas Bonte, un Belge, et ces trois-là vont créer le site internet musescore.org en 2008, développer toujours ce logiciel MuseScore et essayer de le porter vers le grand public.
En 2011 ils créent leur société, MuseScore BVBA, où les trois travaillent sur le logiciel et MuseScore continue de se développer avec une grande communauté qui se développe autour en tant que développeurs, traducteurs ou contributeurs de toute sorte. Ça devient tellement difficile à gérer à trois personnes que cette petite société créée en 2011 est revendue à Ultimate Guitar, une grosse société basée en Russie, en 2018, pour continuer à faire avancer le logiciel.
Voilà en gros l’histoire de MuseScore qui est à peu près le logiciel d’édition musicale le plus utilisé aujourd’hui dans le monde puisqu’on a des milliers de téléchargements par jour, c’est traduit en 66 langues, il y a plus de 1000 traducteurs, à peu près 200 développeurs et une bonne quarantaine qui sont très actifs. Ça en fait un logiciel qui est vraiment très actif et qui évolue rapidement.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est un peu comme VLC qui est, dans son domaine, le logiciel le plus téléchargé et c’est un logiciel libre. Finalement, dans la notation musicale, le logiciel le plus utilisé est aussi un logiciel libre et c’est MuseScore.

Sylvain Kuntzmann : Oui, c’est ça, tout à fait.

Frédéric Couchet : D’accord. Pour les personnes qui ne connaissent pas trop l’écriture de la notation musicale, des partitions, etc., quelles sont les principales fonctionnalités de MuseScore ?

Sylvain Kuntzmann : C’est très simple, MuseScore permet de tout faire, mais, pour être précis, quand on voit une partition de musique, on voit des portées avec des notes, des rythmes, etc., eh bien MuseScore permet d’écrire ça, c’est-à-dire qu’on a une partition vierge sous les yeux, des portées comme ça sans rien et on vient poser nos notes et nos rythmes en utilisant différentes notations pour le piano, pour la guitare, la clarinette. Donc on a une partition « classique » entre guillemets qui s’écrit avec le logiciel.
On peut aussi faire des tablatures, donc pour tous ceux qui jouent des instruments à cordes, guitare notamment, la tablature c’est la façon d’écrire la musique en ayant sur les portées non pas des notes de « musique classique » entre guillemets, mais les chiffres qui correspondent aux cases que l’on pose sur les doigts, donc on peut écrire aussi en tablature. D’ailleurs les deux sont liés : je peux écrire de manière classique et ça me le transforme en tablature ou l’inverse, je peux écrire en tablature et ça me le transforme de manière classique automatiquement.
Donc on peut écrire des partitions pour un seul instrument, pour un orchestre entier. C’est tout à fait complet, opérationnel. Tout ce qu’on voit comme partition sur Internet ou dans le commerce on peut le faire avec MuseScore.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc c’est de la composition, de la création. Tu as dit tout à l’heure que tu enseignes, donc je suppose que tu l’utilises beaucoup dans le cadre de l’enseignement et de l’apprentissage.

Sylvain Kuntzmann : C’est ça. Ce qui m’intéresse surtout c’est que mes élèves aient le même outil que moi, qu’ils puissent installer à la maison le même logiciel. Je me rappelle quand j’étais en fac on avait été formés sur un logiciel qui s’appelle Finale, qui coûtait très cher, on adorait aller faire nos cours, mais quand on rentrait à la maison on n’avait pas le logiciel, il y avait une grosse frustration. Le fait d’avoir un logiciel libre, ça nous permet de faire tomber cette barrière, et mon élève, chez lui, a le même outil ; ça c’est vraiment génial. C’est aussi pour ça que j’ai basculé sur MuseScore « à temps plein » entre guillemets dans mon utilisation parce que ça fait tomber ces barrières-là. Pour la pédagogie c’est vraiment super, d’autant plus dans ces temps de confinement où chacun va travailler un peu chez soi. Je sais que MuseScore, en ce moment, est très utilisé par beaucoup de professeurs et d’élèves.

Frédéric Couchet : D’accord. Si on veut l’installer, c’est disponible sur toutes les plateformes, il y a également une application mobile ? Comment on fait ?

Sylvain Kuntzmann : Si on veut l’installer, on va sur le site officiel qui est musescore.org. Il faut savoir que c’est multiplate-forme donc ça marche sur Linux, BSD, Windows et MacOS aussi. Pour Linux on a une AppImage qui est disponible mais aussi des paquets pour les principales distributions, Ubuntu, Gentoo, Mint, Debian, Fedora, etc.

Frédéric Couchet : On va préciser qu’une AppImage est une sorte de fichier binaire qui s’exécute tout seul.

Sylvain Kuntzmann : Oui, voilà, c’est ça, un prêt à l’emploi on va dire qu’on peut installer.
Pour utiliser MuseScore, on utilise l’ordinateur. On ne peut pas encore écrire et je pense que ce ne sera pas fait un jour, on n’écrit pas à partir d’une tablette ou d’un smartphone. Il y a des applications qui existent sur tablette ou smartphone, qui s’appellent MuseScore, mais c’est juste pour lire les partitions, ou les entendre, les écouter, les faire défiler. Mais pour fabriquer la partition, on reste sur l’ordinateur.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc c’est disponible sur toutes les plateformes, les distributions libres GNU/Linux, les autres systèmes et applications mobiles.
Si on veut se former, est-ce qu'en dehors de l’utilisation dans les conservatoires – par exemple mon fils qui fait de la musique l’utilise au conservatoire – il y a des formations un peu plus générales, en dehors des conservatoires ou des formations en ligne ?

Sylvain Kuntzmann : Ça reste assez marginal. On peut déjà se former tout seul, en autonomie, parce qu’il y a une grande communauté qui est très active et il y a beaucoup de ressources, notamment toujours sur le site officiel où on a un forum qui est très réactif, des tutoriels, le manuel en ligne. On trouve aussi d’autres ressources sur des plateformes de vidéo, etc. Si on veut aller plus loin, on a aussi des cours en ligne, on va dire officiels, qui sont faits par AF MEDIA. AF MEDIA c’est Amandine Fressier qui est en Bretagne et qui a mis en ligne une plateforme de cours, en fait, de A à Z. Pour un abonnement qui est de 25 euros à vie, on peut accéder à tous les cours avec de la vidéo et de l’accompagnement, etc.
Maintenant, sur les formations en présentiel, c’est assez rare. On peut en faire soit dans des rassemblements comme le Capitole du Libre ou Pas Sage en Seine où on a parfois des conférences ou des ateliers, mais ça reste assez ponctuel. Sinon on a des associations ou des écoles de musique qui proposent des fois de former leurs adhérents, donc là on peut être sollicités pour venir faire une formation. Parfois c’est ouvert au grand public. Sinon les professeurs de musique, dans leur formation continue, ont maintenant accès à des stages de formation à MuseScore, mais finalement, les formations, j’allais dire en présentiel, sont encore assez rares sur le territoire.

Frédéric Couchet : OK ! D’accord. En introduction j’ai dit que tu t’occupes que la post-production des podcasts de Libre à vous !. Déjà merci pour ce travail intense et important.

Sylvain Kuntzmann : C’est avec plaisir.

Frédéric Couchet : On a lancé un appel pour te décharger et que d’autres personnes puissent éventuellement t’aider parce que tu fais ça quand même toutes les semaines. Est-ce que, en quelques mots, tu peux expliquer ce que représente le travail de post-production d’un podcast ?

Sylvain Kuntzmann : C’est finalement une autre manière d’écouter l’émission. On récupère l’enregistrement de l’émission. On récupère l’habillage de l’émission et les musiques qui sont diffusées. On va ensuite commencer par faire un nettoyage, donc on réécoute l’émission en faisant un nettoyage de tous les petits ratés de prononciation, les petits bruits de bouche, les choses comme ça, on essaye de nettoyer pour que ce soit le plus agréable possible à écouter ensuite. On replace les musiques et les jingles pour vérifier que tout est bien au même niveau. Tout ça, sur une émission d’une heure et demie, il faut compter deux heures, deux heures et demie d’écoute pour faire ça. Maintenant je n’écoute plus l’émission en direct, je l’écoute quand je fais le montage comme ça je gagne un petit peu de temps. Voilà en gros ce que ça représente. On se met dans un logiciel multipiste quelconque, Ardour ou autre, et on édite de l’audio comme ça.

Frédéric Couchet : D’accord. Pour l’émission du jour ça va être un peu particulier pour toi, parce que tu vas t'auto post-produire, en plus avec un démarrage délicat. En tout cas, si des personnes ont des compétences et du temps pour aider Sylvain à la post-production des podcasts de Libre à vous ! n’hésitez pas à nous contacter.
Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose sur MuseScore ou sur autre chose, Sylvain ?

Sylvain Kuntzmann : Non, rien de spécial. Les références vont être ajoutées sur la page, donc les personnes pourront se référer aux différents liens qui seront insérés. En tout cas n’hésitez pas à essayer ce logiciel et à aller poser des questions parce qu’il y a beaucoup de personnes qui sont d’une grande aide sur la communauté, sur les forums, etc.

Frédéric Couchet : Les deux ressources principales en ligne, c’est musescore.org pour les ressources et pour les partitions en ligne il y a musescore.com.

Sylvain Kuntzmann : Oui, c’est vrai. Si on recherche une partition, même si on n’utilise pas MuseScore, le logiciel, MuseScore a une plateforme de partage de partitions, effectivement, où on a actuellement plus de 700 000 partitions. Toutes ne sont pas forcément des grandes partitions, des standards ou les derniers tubes à la mode, mais on a quand même un grand choix de partitions qu’on peut télécharger librement et échanger librement. Donc il ne faut pas hésiter à aller piocher là-dedans et à aller voir ce qui s’y passe.

Frédéric Couchet : OK. Merci Sylvain. Je te remercie et bon courage pour le traitement du podcast du jour.
C’était Sylvain Kuntzmann, enseignant, compositeur, musicien, bénévole à l’April qui nous a parlé de MuseScore, la notation musicale pour tout le monde.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale. Nous allons écouter Les Rosalies par Ehma. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Les Rosalies par Ehma.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Les Rosalies par Ehma, disponible sous licence Art Libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.

Vous écouter l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
On va passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Achat de matériel et logiciels libres : ordinateurs de bureau, ordinateurs portables, téléphones mobiles.

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui porte sur l’achat de matériel et la question du logiciel libre avec Aurélien Couderc, bénévole à l'April. Aurélien est-ce que tu nous entends ? Bonjour.

Aurélien Couderc : Bonjour. Je vous entends, oui.

Frédéric Couchet : Et Michel Memeteau, directeur d’ekimia.fr. Michel est-ce que tu nous entends également ?

Michel Memeteau : Oui. Bonjour à tous.

Frédéric Couchet : OK. Super. Nous allons parler de la question de l’acquisition d’un matériel informatique, ordinateur de bureau, ordinateur portable, téléphone mobile, en lien notamment avec le logiciel libre. En effet, la question se pose de comment se procurer du matériel informatique avec lequel on pourra utiliser des logiciels et des systèmes libres. Pourquoi la réponse n’est pas si évidente que ça ? Comment procéder en pratique? Voilà les sujets qu’on va aborder aujourd’hui. Déjà une petite présentation personnelle de chacun d’entre vous. On va commencer par Aurélien Couderc.

Aurélien Couderc : Aurélien. Je suis membre de l’April depuis un certain nombre d’années, sans doute une quinzaine maintenant. Je suis également contributeur de Debian qui est un projet pour créer un système d’exploitation entièrement basé sur des logiciels libres. Il se trouve que le sujet d’achat de matériel est quelque chose qui m’intéresse depuis un certain temps, c’est pour ça que Frédéric m’avait proposé de participer à cette émission.

Frédéric Couchet : D’accord. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Bonjour à tous. Je suis Michel Memeteau, je suis directeur d’une petite société qui s’appelle  Ekimia, qu’on a créée en 2014, mais on avait évidemment démarré quelques années plus tôt. On a démarré directement, en fait, parce que le besoin de trouver des ordinateurs préinstallés tout simplement avec Linux était vraiment présent en 2010 par exemple. Linux devenait vraiment populaire, mais on trouvait très peu de machines, voire pas du tout, dans les réseaux de distribution classique et même sur Internet. Donc on a créé cette société. On assemble des ordinateurs sur mesure. Vous choisissez sur le site web les composants. On préinstalle principalement Ubuntu/Linux, la dernière version et on fait de l’assistance évidemment pour les utilisateurs. Ça permet de démarrer sur Linux assez facilement avec une machine préinstallée.

Frédéric Couchet : D’accord. Très bien. On va juste préciser pour les personnes que nous, à l’April, on préfère utiliser le terme GNU/Linux qui renforce l’importance des libertés du projet GNU et qui est beaucoup précis. Pour les parties de discussion GNU/Linux, même si on va en reparler dans l’émission, on a déjà abordé ce sujet, je n’ai plus l’émission en tête, mais quelqu’un sur le salon web va me la rappeler, dans laquelle on avait parlé de Mageia, Ubuntu et Debian.
Première question, même si Michel a commencé à en parler, pourquoi on ne trouve pas du matériel préinstallé avec du logiciel libre, logiciels et système, notamment dans les magasins de grande distribution ou autres ? Pourquoi quand on va acheter un ordinateur on n’a pas la possibilité d’avoir une machine préinstallée avec un système libre ? Qui veut commencer ? Michel ou Aurélien.

Aurélien Couderc : Je peux dire un mot là-dessus. C’est un sujet, une problématique depuis longtemps quand on souhaite acheter du matériel directement avec du logiciel libre, c’est ce qu’on appelle la problématique de vente forcée. C’est-à-dire que pendant très longtemps il y a eu des accords notamment entre Microsoft en tant que grand éditeur de logiciels non libres et un certain nombre de vendeurs d’ordinateurs pour les obliger à vendre du Windows avec leurs ordinateurs. Aujourd’hui je ne sais pas si c’est encore toujours le cas, mais il y a eu pendant très longtemps des raisons contractuelles qui faisaient que pour un fabricant d’ordinateurs proposer même quelques ordinateurs d’une gamme avec du logiciel libre installé, ça le faisait tomber dans une case où il avait des tarifs extrêmement défavorables sur les ordinateurs fournis avec Windows de Microsoft. C’est vrai que ça a été un peu un repoussoir pendant des années dû à ce type de relations contractuelles qui sont, pour tout dire, illégales.

Frédéric Couchet : D’accord. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Je confirme effectivement ce problème-là qu’il y a eu au niveau des accords de licences entre les fabricants et Microsoft. Je n’ai pas vu ces accords-là, mais je pense avoir compris c’est que Microsoft laissait les très gros fabricants comme Asus faire des essais du côté de Linux, avoir quelques références, mais il fallait quand même qu’une majorité de la gamme soit sous Windows pour avoir, évidemment, des tarifs assez bas par machine.
Je voulais juste souligner qu’à mon avis une étape importante dont vous vous souvenez sûrement même si c’était il y a 13 ans, en 2007, quand les premiers netbooks sont sortis notamment le eee pc chez Asus, qui c’était préinstallé avec une distribution Linux très ancienne, je pense que c’est là où ça a mis une certaine pression à Microsoft et les autres constructeurs ont commencé à voir que Linux pouvait percer même si par la suite, ça n’a pas perduré du tout, ça n’a pas vraiment marché.

Aurélien Couderc : Pour rebondir là-dessus, les accords dont on a entendu parler, qui ont fuité, c’était effectivement des règles du type Microsoft qui faisait des tarifs avantageux pour les gros volumes tels que peuvent avoir les fabricants grand public d’ordinateurs. En revanche, s’ils avaient ne serait-ce qu’un ordinateur de la gamme qui était vendu sans Windows, ils repassaient au tarif officiel qui était très désavantageux. Donc effectivement, dans le cadre de ces petits netbooks qui étaient uniquement vendus avec Linux dans un premier temps, ça devenait faisable pour les éditeurs de ne pas sortir de leurs conditions contractuelles avantageuses.

Frédéric Couchet : D’accord. On va rappeler qu’il y a eu une longue bataille juridique en France et aussi en Europe pour savoir si cette vente forcée était légale ou pas. Nous faisons partie des gens, comme vous, qui pensons que pas du tout. C’est remonté jusqu’à la Cour de justice de l’Union européenne qui, malheureusement, il y a quelques années, c’était en 2016, a tranché qu’en fait cette pratique n’était pas une pratique déloyale en toutes circonstances. Donc, finalement, il était normal pour le consommateur de ne pas avoir le choix de son système quand il achète un ordinateur. En tout cas l’explication permet aux personnes qui nous écoutent de mieux comprendre pourquoi aujourd’hui il est difficile de trouver, à part dans quelques magasins spécialisés, du matériel préinstallé avec des systèmes libres. Aurélien Couderc.

Aurélien Couderc : On peut quand même compléter parce qu’il y a effectivement la partie raisons contractuelles et problématiques de licence, mais il y a aussi une partie qui est purement et simplement liée aux notions d’offre et de demande. C’est quelque chose de coûteux à mettre en place, enfin ça peut être coûteux de mettre en place et de supporter un système d’exploitation quel qu’il soit, que ce soit libre ou pas, pour un certain matériel. Donc c’est vrai qu’aussi du point de vue des fabricants, ils sont un peu pilotés par la loi de l’offre et la demande. À un moment donné tout le monde est habitué à utiliser un certain système qui est plutôt pas libre et c’est vrai que ça va avoir tendance à les orienter aussi de ce côté-là et à ne pas forcément prendre le risque d’essayer autre chose. Donc c’est là que c’est effectivement important pour un peu tout un chacun de pousser le marché dans le bon sens en essayant, quand on est intéressé d’acheter un ordinateur avec du Libre préinstallé, parce que ça envoie aussi un message aux fabricants en leur disant « oui, c’est quelque chose que les gens souhaitent pouvoir acheter », donc ça leur donne aussi l’occasion de travailler dans ce domaine-là.

Frédéric Couchet : D’accord.

Michel Memeteau : Je rejoins complètement Aurélien là-dessus. Il y a un vrai risque économique pour un gros fabricant, Asus ou Dell, à essayer de commercialiser, on parle en circuit de grande distribution, des machines préinstallées avec un autre système que le système dominant, tout simplement. Néanmoins, on voit que Dell, sur la partie offre professionnelle, pousse énormément Linux avec un certain succès sur les machines très puissantes ou même d’entrée de gamme, donc il y a un « marché » entre guillemets, il y a une demande même si elle est faible, ce sont quelques pour cents je pense, mais cette demande existe.
Après, les règles de distribution en grande surface sont, à mon avis, beaucoup trop contraignantes pour que les constructeurs prennent ce risque. J’ajouterais quand même, qu’à mon avis, le commun des consommateurs va de moins en moins vers les grandes surfaces pour acheter des produits hi-tec et va plutôt se tourner vers des magasins spécialisés.

Frédéric Couchet : D’accord. On va parler tout à l’heure effectivement des magasins spécialisés. Second point que je souhaitais aborder c’est que vous essayiez d’expliquer un petit peu. En fait, dans le cadre de toutes les émissions, on aborde souvent les logiciels libres, notamment grand public, Firefox, VLC, qui sont très simples à installer qui, pour la plupart, sont multiplate-formes, donc qui ne posent pas de difficultés. Mais quand on parle d’installer un système d’exploitation libre tout d’un coup il y a des difficultés qui surviennent. Est-ce que vous pourriez indiquer ces quelques difficultés et les expliquer ? Expliquer aux gens qui nous écoutent, aux personnes qui nous écoutent, quelles sont les difficultés auxquelles elles vont être confrontées et éventuellement comment les résoudre. Aurélien Couderc, est-ce que tu veux commencer ?

Aurélien Couderc : Moi ce que j’aime bien faire quand on parle de ce sujet-là c’est un peu comparer ce qui est comparable. Quand on parle de difficultés à installer un système libre, il faut voir que quand on achète un ordinateur avec un système non libre préinstallé, ce n’est pas du tout quelque chose que les gens ont fait eux-mêmes, ce sont des ingénieurs qui ont été payés à plein temps pendant des mois ou des années, à préparer le système tel qu’il est fourni par le vendeur d’ordinateurs pour que ça puisse fonctionner. Il faut voir que l’opération même, prendre un système d’exploitation et le mettre sur une machine, ça peut être quelque chose de relativement complexe. En l’occurrence, il se trouve que les systèmes libres qui ont besoin de rendre cette possibilité-là abordable pour le commun des mortels, ont justement beaucoup travaillé pour rendre facile l’installation du système, ce qui n’est pas du tout autant le cas pour Windows. C’est-à-dire que si on partait d’une machine vierge, sans système du tout, en général c’est beaucoup plus facile d’installer un système libre qu’un système qui est non libre. Donc c’est vrai que ça dépend de ce dont on parle. Si on parle d’un système préinstallé, évidemment il y a eu toute une entreprise, le fabricant d’ordinateurs et toute une série d’ingénieurs, qui ont travaillé à ce que ça soit fourni de cette manière-là.

Frédéric Couchet : D’accord. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Oui, complètement. Effectivement, il y a un coût derrière, on est d’accord, pour la certification de la machine et il y a un coût qui est assez masqué, en fait, pour le support même sur Windows, le support du constructeur, même si on ne le voit pas forcément. Quand un utilisateur a un problème logiciel sur Windows, eh bien il peut, des fois, appeler son constructeur, Asus, Lenovo, etc., tout cela a un coût en termes de support client. Contrairement à ce qu‘on pourrait penser, la charge de support généré par un système libre comme GNU/Linux est sûrement plus faible que celle générée par des systèmes comme Windows pour plein de raisons de complexité, etc. Donc je pense, et j’espère que beaucoup pensent la même chose, que GNU/Linux peut percer toujours dans les ordinateurs grand public.

Frédéric Couchet : D’accord. Par rapport aux problématiques, souvent quand on parle de la question de l’installation de systèmes libres, on parle : est-ce que tu as vérifié la compatibilité notamment avec la carte réseau, notamment la carte wifi, on parle de problématiques ou de questions, en tout cas, de cartes vidéo, où en est la situation aujourd’hui et quelles sont les problématiques et les solutions ?

Aurélien Couderc : Je vais rebondir. Pour avoir suivi un petit peu l’évolution de la compatibilité globale, on a vraiment énormément progressé depuis 20 ans. On peut dire qu’aujourd’hui la situation est presque idéale, c’est-à-dire que vous achetez un ordinateur très standard, 100 % du matériel fonctionnera sur Linux, notamment, il faut le dire, grâce au fabricant Intel qui participe au projet Linux, qui pousse des drivers avant même de mettre des produits sur le marché. Étant donné qu’Intel a une très grosse part de marché dans les ordinateurs portables, c’est vraiment un ??? . Le problème n’est pas tant sur l’aspect compatibilité, les périphériques, etc., à part quelques exceptions, je pense que le problème est surtout sur la démarche pour un utilisateur de réussir à finaliser son installation sur son ordinateur portable personnel. Aujourd’hui, la seule méthode qui est proposée par les distributions Linux, c’est de fabriquer une clef USB. Créer une clef USB avec un petit logiciel, démarrer sur cette clef USB, démarrer cette installation, finir une installation, etc. Jusqu’à récemment on n’avait pas de moyen pour installer GNU/Linux simplement en cliquant sur un logiciel sur Windows, etc., ce n’était pas vraiment techniquement possible. Là heureusement, depuis cette année, toutes les conditions sont réunies pour pouvoir le faire, donc techniquement on pourrait créer un logiciel Windows qui, en quelques clics, sans poser vraiment de questions, réussit à installer ??? Linux, sans avoir à utiliser de clef USB, de CD, des chose comme ça.
Je pense qu’une fois qu’on aura terminé ce genre de logiciel, on pourra vraiment voir décoller le nombre d’utilisateurs de GNU/Linux.

Frédéric Couchet : Aurélien Couderc.

Aurélien Couderc : En tout cas pour compléter, je pense que c’est une opération, si on ‘est pas habitué à la faire, qu’il est intéressant de faire avec des gens qui connaissent et qui l’ont déjà faite. Il y a des événements. Moi, étant Parisien, je connais plutôt les Premier samedi du Libre organisés par le groupe d’utilisateurs de Linux parisien, qui permettent de venir avec sa machine si on veut obtenir de l’aide pour se faire installer un système d’exploitation libre. Une partie du sujet c’est aussi de se faire accompagner pour faire les premiers pas et de ne pas se retrouver forcément tout seul face à un nouveau système qu’on ne connaît pas et qui est toujours un petit peu différent. C’est vrai que si on a eu l’occasion soit de l’utiliser avant soit de se faire un petit peu guider, ça aide aussi à pouvoir s’approprier ce nouveau système.

Frédéric Couchet : D’accord. Là on parle de système GNU/Linux ou autre d’ailleurs, les systèmes BSD [Berkeley Software Distributio] sont concernés aussi. Il y a quand même la question de savoir si on veut un système entièrement libre, c’est-à-dire qui va jusqu’aux pilotes de périphériques et notamment ce qu’on appelle les firmwares, les logiciels qui sont embarqués dans le matériel. Se pose par exemple la question de la carte wifi. ; la carte wifi est un exemple intéressant. Par exemple si on installe une distribution comme Debian, à un moment il y a une question qui est posée : est-ce qu’on veut installer le firmware qui permet d’avoir accès au wifi ou pas ? Et son répond oui, on a un firmware qui est installé mais qui est un firmware privateur. Comment vous gérez ça dans les installations dont tu viens de parler Aurélien et côté boutique Ekimia comment vous gérez cet aspect-là ?

Aurélien Couderc : Par rapport à la question de micrologiciels ou des firmwares, effectivement c’est vrai que plus on va descendre proche du matériel, plus ça peut être compliqué de garder intégralement du logiciel libre. C’est facile sur un système qui n’est pas libre d’installer VLC ou Firefox, comme vous avez mentionnés, qui sont juste des logiciels libres, c’est un petit peu plus difficile d’installer un système d’exploitation GNU/Linux complet sur une machine, c’est encore plus difficile de s’assurer que l’ensemble de tous les composants qui vont être capables de faire fonctionner chacun des éléments de votre ordinateur vont tous être libres, les fameux micrologiciels ou firmwares dont tu parlais. C’est vrai que si on veut avoir la garantie d’avoir l’intégralité des micrologiciels qui soient également libres, il faut faire un petit peu attention à ce qu’on choisit comme matériel. En général, sur un ordinateur moyen qu’on va acheter dans le commerce, tout va fonctionner normalement en installant une distribution de logiciels libres classiques, mais il y a aura ces microprogrammes qui eux, de temps en temps seront non libres. Il faut comprendre que les microprogrammes c‘est que qui permet de faire fonctionner éventuellement chacun des périphériques, qui eux-mêmes ont un fonctionnement autonomes et ont un logiciel embarqué à l’intérieur. Ces microprogrammes-là sont distribués de manière plus ou moins facile dans la plupart des distributions GNU/Linux.

Frédéric Couchet : D’accord. De ton côté Michel Memeteau, au niveau de ta boutique ?

Michel Memeteau : C’est un bon exemple, effectivement, le cas des cartes Wifi, notamment Intel. On utilise quasiment depuis dix ans uniquement des cartes wifi Intel qui nécessitent un micrologiciel, ce qu’on appelle un firmware, pour fonctionner. Par contre, toute la partie driver est libre. Côté compatibilité ça apporte un vrai plus, il faut le dire, parce que le driver fonctionne directement sans réinstaller. Le firmware, lui, arrive effectivement, non pas sous forme logiciel libre mais sous forme binaire directement par les dépôts des distributions. Je pense qu’aujourd’hui il y a aussi un problème de législation dans certains pays avec la communication radio. On a le même problème sur les téléphones Android où la partie radio, c’est-à-dire le firmware qui gère la radio, est très difficile à « libérer » entre guillemets, à publier le code source, pour des problèmes de brouillage. Donc il y a quand même certains drivers et certains firmwares libres, on pourrait citer je pense Atheros, notamment, mais aujourd’hui, il faut le reconnaître, la majorité des cartes wifi pour ordinateur portable, par exemple, sont faites principalement avec cette limitation du firmware obligatoire.

Frédéric Couchet : C’est un exemple qui est bien parce que ça nous permet de montrer, de parler un peu de la question des compromis. Parce qu’une solution pour ce cas-là, c’est une solution qu’on a à l’April et que j’ai chez moi, c’est d’avoir une carte externe USB wifi, mais effectivement c’est une contrainte, c’est une carte externe. C’est-à-dire que la carte interne n’est pas gérée par le système, on ne peut pas avoir le wifi via la carte interne, mais la carte externe le permet. Simplement il faut se balader avec une carte externe qui des fois peut se casser, il faut l’avoir dans son sac, etc., mais en tout cas il y a cette possibilité-là qui existe.

Aurélien Couderc : Quand tu parles de compromis c’est pour avoir vraiment du logiciel libre jusque y compris dans le microprogramme. C’est-à-dire que ton ordinateur pourrait fonctionner avec la carte wifi d’origine mais ça t’obligerait àinstaller un microprogramme que tu n’as pas forcément envie d’installer. C’est ça ?

Frédéric Couchet : Voilà. Quand je parle de compromis c’est un choix entre, effectivement, les usages qu’on va faire et la limite qu’on veut se poser par rapport à la partie logiciel libre. En préparant l’émission j’ai eu une question sur coreboot, vraiment la partie BIOS. Est-ce que l’un de vous pourrait faire rapidement un point de la situation au niveau du BIOS, des problématiques que ça pose et des solutions éventuellement de BIOS libre ?

Aurélien Couderc : Peut-être juste avent de parler de coreboot, je voulais compléter sur la partie carte wifi, il faut voir que les cartes wifi c’est un des derniers éléments où même dans les ordinateurs portables récents, tout fins et assez peu modifiables, on peut assez facilement la remplacer. Par exemple j’avais acheté un ordinateur Dell qui était livré avec Ubuntu et qui avait, je pense, un des modèles de plus dont parlait Michel, c’est-à-dire qu’il y a besoin, effectivement, de ces microprogrammes non libres. J’ai acheté chez un fabricant qui fournit des puces intégralement libres et j’ai remplacé ce morceau dans mon ordinateur. Il faut aussi voir que même sans se trimballer une clef USB qui va être à l’extérieur, il y a des options pour remplacer ça directement à l’intérieur de l’ordinateur.

Frédéric Couchet : Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Oui, complétement. On en discutera après, ça m’intéresse. Effectivement on avait fait cette recherche de pouvoir trouver une carte wifi avec driver libre et surtout, ce qui compte pour nous, c’est que le driver soit très stable dans le temps, parce que dans cinq ou six ans, si les gens nous appellent pour nous dire « sur la nouvelle version du noyau, mon wifi ne marche plus », on veut vraiment éviter. C’est là où Intel nous apporte effectivement un support à très long terme qui est très bon. Effectivement, la carte wifi sera heureusement toujours remplaçable dans les ordinateurs portables, même les ultrabooks de moins d’un kilo, là-dessus il n’y aura pas de problème effectivement.

Frédéric Couchet : Avant de revenir sur la question coreboot, sur le salon web il y a quelques commentaires, je vais juste en prendre un, il n’y a pas forcément besoin de réagir. mmu_man nous dit : « Ce n’est pas un compromis, c’est juste la volonté de pouvoir contrôler un matériel qu’on a acheté. » Il précise : « En ce qui me concerne je considère que les spécifications, manuels de réparations, schémas électroniques, sont des caractéristiques essentielles des produits, au sens du code de la consommation et devraient toujours être publiques. » Voilà cette précision de mmu_man sur cet aspect-là.
Juste avant la pause musicale, parce que le temps file quand même et on va faire une pause musicale, je reviens sur le BIOS, coreboot, Libreboot, qui est un petit peu dans le même domaine. Est-ce que quelqu’un veut faite un petit point de la situation ? Aurélien. Michel.

Aurélien Couderc : Oui, Aurélien. Je peux commenter un petit peu. Ce qu’on appelle le BIOS aujourd’hui ce n’est plus toujours le BIOS, mais en tout cas c’est le premier programme qui est exécuté par un ordinateur au moment où l’allume avant même que le système d’exploitation soit lancé. Il existe effectivement un remplaçant libre qui permet de faire fonctionner un certain nombre de machines, mais ce n’est pas du tout comparable aujourd’hui aux distributions de logiciels libres qui vont fonctionner sur la plupart des ordinateurs.
Pour avoir une version de coreboot qui puisse remplacer son BIOS ou son UEFI puisque c’est plutôt ça le nouveau terme, il faut que le projet ait vraiment été adapté à cet ordinateur-là en particulier. Dans les matériels grand public qu’on peut acheter en grande surface ou sur la plupart des sites web, c’est extrêmement rare que l’ordinateur soit supporté de base par coreboot. Coreboot aujourd’hui est plutôt utilisé dans des cas spécifiques où un certain fabricant qui sait qu’il va vendre de toute façon son matériel avec du logiciel libre choisit de développer la partie nécessaire dans coreboot pour pouvoir avoir aussi ce remplacement de BIOS libre. Il y a quelques vendeurs comme Système 76 qui est un vendeur américain ou Purism qui est un autre vendeur américain qui ont fait ce travail-là. Même Google, sur un certain nombre de ses Chromebooks a par exemple adapté le projet pour qu’il puisse fonctionner avec un matériel particulier. Là on parle vraiment d’un investissement conséquent à chaque nouvel appareil qu’on souhaite supporter.

Frédéric Couchet : D’accord. Michel Memeteau, tu veux compléter sur coreboot ?

Michel Memeteau : Oui. Le sujet coreboot nous intéresse beaucoup évidemment chez Ekinia, notamment depuis que Système 76 a un peu réussi à montrer qu’avec un investissement à priori conséquent – je pense qu’ils ont deux ou trois ingénieurs sur le sujet en interne – on peut réussir sur des portables très standards à remplacer complètement l’UEFI, ce qui permet, il faut le dire, des choses nouvelles. Ça permet déjà de se libérer de certaines failles d’Intel, c’est-à-dire que quand Intel a des failles dans le processeur coreboot peut permettre de contourner un peu ces failles-là et de protéger mieux l’ordinateur, enfin l’utilisateur. Ça peut permettre d’activer ce qu’on appelle des Kit Switchs, c’est-à-dire de dire « moi dans le BIOS je veux désactiver la caméra de façon à ce qu’aucun logiciel, peu importe, ne pourra l’utiliser, de façon temporaire ou définitive. » Voilà. Ça apporte vraiment un plus. Ça permet de libérer vraiment la dernière partie qui n’était pas standard.

Frédéric Couchet : D’accord. On va faire une pause musicale. Nous allons écouter Jacques par Jack à la Lanterne. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Jacques par Jack à la Lanterne.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Jacques par Jack à la Lanterne, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix de possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Frédéric Couchet le délégué général de l’April avec mes invités, Michel Memeteau et Aurélien Couderc. Nous parlons de la question de l’achat de matériel et du logiciel libre. Nous allons poursuivre.
Si vous voulez participer à cette conversation avec nous, vous pouvez rejoindre le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».
Michel, Aurélien, juste avant on parlait de coreboot, de matériel et je crois, Aurélien, que tu voulais parler rapidement de la certification Respect Your Freedom.

Aurélien Couderc :  ??? qu’on est sûr d’avoir du logiciel libre à tous les étages, il y a une certification qui fait ça pour nous, qui est faite effectivement par la Fondation pour le logiciel libre, la Free Software Foundation et qui s’appelle Respect Your Freedom en anglais, c’est-à-dire « Respectez vos libertés ». Cette initiative liste un certain nombre de matériels qui sont disponibles en ayant la garantie qu’ils soient intégralement supportés par du logiciel libre. Ça donne aussi une idée des compromis qu’il faut faire, la liste est relativement limitée, mais typiquement, si on cherche un ordinateur ou, on parlait tout à l’heure de carte wifi, qui soit intégralement supporté par du logiciel libre, on peut se rendre sur le site de la Free Software Foundation, la Fondation pour le logiciel libre et on a cette liste de matériels supportés intégralement par des logiciels libres.

Frédéric Couchet : D’accord. Le site c’est fsf.org pour Free Software Foundation c’est Respect Your Freedom, du matériel et du logiciel qui respectent nos libertés.

Aurélien Couderc : Le site c’est ryf.fsf.org, ça sera dans les liens de l’émission.

Frédéric Couchet : Exactement, on les rajoutera dans les liens de l’émission qui seront disponibles sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Là on a évoqué un petit peu en théorie, en pratique aussi. Maintenant on va se mettre dans le cas d’une personne qui nous écoute, un auditeur ou une auditrice qui se dit « tiens, je vais vouloir me procurer un matériel avec un système d’exploitation libre ou l’installer ou me faire aider », comment elle fait concrètement si elle est à Paris, si elle est à Marseille, pour trouver un matériel qui est préinstallé ou pour se le faire installer ?
On va commencer peut-être par Michel Memeteau qui justement, depuis une dizaine d’années ou plus d’une dizaine d’années, a une boutique.

Michel Memeteau : Une dizaine d’années. Oui.

Frédéric Couchet : Une dizaine d’années, donc une boutique où tu vends du matériel préinstallé. Est-ce que tu peux nous donner un petit peu les clefs pour les personnes qui souhaiteraient acheter du matériel chez toi ?

Michel Memeteau : Aujourd’hui il y a deux choses. On a beaucoup de copains qui font ça aussi en Europe, il y a why !, on a très copains avec why!, Système 76 aux États-Unis. Je crois qu’un des gros avantages des petits assembleurs comme nous, pour le consommateur « lambda » entre guillemets, c’est déjà qu’il va pouvoir choisir ses composants. Il ne va être pas être limité par le choix d’un constructeur dans une grande surface qui, par exemple, lui a mis une barrette de RAM, enfin une quantité de RAM très faible pour vraiment vendre au prix le plus bas alors que dans cinq ans il aura besoin de plus de mémoire parce que les besoins évoluent. Les petits assembleurs comme nous permettent de choisir sa taille de mémoire vive, sa taille de disque, un ou deux disques durs, etc., et effectivement de pouvoir avoir un support téléphonique après avoir reçu la machine pour poser des questions très simples comme quel éditeur vidéo me conseillez-vous ? Est-ce que mon imprimante sera supportée ? Qu’est-ce que vous me conseillez comme navigateur en termes de performance ? Quels genres d’applications ? Voilà, des réponses à des besoins basiques, très simples, qui permettent vraiment d’avoir un interlocuteur par e-mail ou par téléphone. Je pense que c’est un des gros avantages de passer par des petits artisans comme nous.

Frédéric Couchet : ekimia.fr, on va le rappeler, tu vends à la fois des ordinateurs de bureau et des ordinateurs portables ?

Michel Memeteau : On fait aussi quelques ordinateurs de bureau, mais c’est vrai que la partie principale de l’activité ce sont des ordinateurs portables. Depuis cinq ans, tout le monde achète vraiment principalement des portables. On fait aussi beaucoup de professionnels avec des ordinateurs de bureau, très compacts, qui sont souvent moins chers que les propositions de Dell, enfin des grands fabricants.

Frédéric Couchet : D’accord. En région parisienne, Aurélien Couderc, quelles sont les solutions ? Est-ce qu’on a une boutique comme Ekimia en région parisienne ?

Aurélien Couderc : Moi je n’ai pas connaissance de boutique physique en région parisienne où on trouve facilement du logiciel libre préinstallé. Il y a une certaine gamme chez le site en ligne LDLC qui fournit sans système d’exploitation, donc ça permet au moins de ne pas payer la dîme Microsoft Windows et ensuite d’installer le système de son choix. Mais c’est vrai qu’on n’entre pas directement dans le préinstallé. Après, un site que je pourrais recommander, c’est le site tout attaché linuxpréinstallé, avec des accents aigus, point com, qui est, en fait, une espèce de collection de vendeurs de matériel avec du logiciel libre installé, plutôt d’ordinateurs. Donc on trouve effectivement Ekimia parmi les premiers et il y en a un certain nombre d’autres qui sont référencés sur ce site-là, linuxpréinstallé.com. Si, pour x ou y raisons, on veut regarder du côté d’un grand vendeur, le site public de Dell français aujourd’hui, il y a un filtre « système d’exploitation », donc on peut filtrer les modèles qui sont disponibles, aujourd’hui c’est avec Ubuntu. Donc on peut aussi aller directement sur le site de Dell et choisir un ordinateur avec Ubuntu préinstallé.
Comme le disait Michel, du coup on rentre dans le genre de contrainte qu’on a avec un grand assembleur comme Dell et c’est vrai qu’on a assez peu de choix sur la personnalisation de la machine qu’on va acheter.

Frédéric Couchet : D’accord. On peut aussi préciser, ils vendent principalement en ligne, mais je crois qu’ils ont un accès boutique dans le 18e arrondissement de Paris, c’est ordinateur-occasion.com, je crois, je vérifie, qui vend du matériel recyclé avec notamment une certaine gamme Lenovo et il y en a certains qui sont préinstallés avec des systèmes libres, donc où on peut avoir, je crois, l’ordinateur nu sur lequel on va ensuite pouvoir installer un système.
Justement si quelqu’un se dit « je ne trouve pas quelque chose de préinstallé ou je vais acheter un ordinateur d’occasion dans une boutique » par exemple, est-ce qu’il y a des points de vigilance, même si on en a déjà abordés à voir avant d’acheter le matériel et ensuite si on veut se faire aider, comment on peut faire ? Quelles sont les bonnes pratiques à avoir ? Aurélien Couderc.

Aurélien Couderc : Je souscris à ce que disait Michel un peu plus tôt dans l’émission : aujourd’hui on a la chance d’avoir l’immense majorité des ordinateurs qui sont compatibles avec les distributions de logiciels libres. Je ne sais pas s’il y a un problème de vigilance particulier à avoir au niveau de l’ordinateur lui-même. Un des points qui reste problématique c’est l’imprimante, mais qui n’est pas directement lié à l’ordinateur. Aujourd’hui ça reste compliqué avec un certain nombre de marques d’imprimantes d’avoir quelque chose qui fonctionne sans trop bidouiller. Il y a HP qui, depuis assez longtemps, a des bons pilotes pour ses imprimantes, c’est un peu la solution de facilité si on veut avoir la garantie que ça marche. Pour les autres c’est vrai que ça a tendance à être un petit peu plus aléatoire.

Frédéric Couchet : D’accord. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Je pense que ça peut être toujours difficile parce qu’il y a, comment dire, certains défauts de compatibilité qu’on ne voit pas tout de suite. Par exemple un ordinateur qui se met en veille qui, une fois sur deux, va mal sortir de veille, notamment certaines fois parce que, justement, le programme UEFI a été mal programmé. On en revient un peu à coreboot qui permet de régler ce genre de problème. Donc ça peut être difficile effectivement de s’assurer qu’un ordinateur qui n’est pas certifié pour GNU/Linux va bien fonctionner.
Maintenant, comme on l’a déjà dit, 95 % des ordinateurs qui sont vendus maintenant, tout fonctionne à peu près bien. J’ai envie de dire que les cartes wifi dont on a parlé tout à l’heure, quasiment tous les constructeurs mettent du Intel, Intel a maintenant une grosse partie du marché donc ça fonctionne bien. Il reste certains problèmes avec les cartes Nvidia qui, même s’ils proposent un driver de bonne qualité, certaines fois le driver se réinstalle mal lors d’une mise à jour et on peut se retrouver avec un écran noir ce qui, quand on est débutant, est très problématique.

Frédéric Couchet : Tout à fait.

Aurélien Couderc : On peut conseiller à tout un chacun de s’adresser à, il y a quand même encore des groupes d’utilisateurs, des install-parties un petit peu partout en France et dans le monde. C’est vrai que si on a un doute, si on veut avoir l’occasion de tester un système libre avant, je pense que c’est bien aussi de se rapprocher, pas seulement de regarder sur Internet, mais d’aller voir autour de chez soi les personnes qui connaissent ces sujets-là et qui peuvent ne serait-ce que montrer comment ça fonctionne et éventuellement dédramatiser la partie installation.

Frédéric Couchet : C’est ce qu’on appelle les GULL, les groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres. Sur le site agendadulibre.org, il y a notamment une liste d’évènements, avec le confinement qui vont être tous annulés les uns et les autres, mais il y a aussi une liste d’organisations qui permet, avec un petit moteur de recherche, de trouver effectivement des gens près de chez soi pour se faire aider. Il y en a à Marseille, à Paris. Il y a aussi des évènements récurrents, par exemple il y a le Premier samedi qui se passe à la Cité des sciences et de l’industrie, on ne sait pas quand est-ce que le prochain aura lieu, sur lequel on peut trouver des gens qui vont effectivement vous aider à installer des logiciels libres et des systèmes libres sur du matériel. Aurélien.

Aurélien Couderc : Je voulais ajouter aussi, il y a quand même une force hyper-intéressante de la plupart des distributions Linux, certes il faut créer la clef USB, je pense que c’est Michel qui en parlait tout à l’heure, avec le système dessus. Ça permet d’avoir ce qu’on appelle un système live, c’est-à-dire qu’on peut démarrer son ordinateur sur la clef USB pour l’essayer, regarder que ça fonctionne, et ensuite, si on l’éteint, ça n’a rien installé de particulier, ça a juste permis de l’essayer depuis la clef USB. C’est quelque chose qui donne aussi l’occasion à un utilisateur novice ou qui ne connaît pas encore, de démarrer un système libre, de le manipuler et si ça ne lui convient pas ou qu’il n’est pas encore prêt, de simplement l’arrêter et retourner sur son système d’origine. Ça c’est quand même une option très flexible et vraiment pratique.

Frédéric Couchet : Justement, avant de poser une question à Michel, vu ce que je vois ce qui se passe sur le salon, précisons que la clef USB peut aussi être utile pour tester quand on va dans un magasin si le système correctement avec un système libre, si tout fonctionne. On arrive avec sa clef, généralement les vendeurs et les vendeuses acceptent que ça démarre sur une clef USB externe pour qu’on puisse tester.
Je vois sur le salon qu’on parle de la cohabitation avec Windows parfois. Peut-être un petit rappel sur la possibilité d’avoir un système préinstallé ensemble et d’avoir du multi-amorçage. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Dans le cas où une personne a installé, essaye d’installer Linux à côté de Windows, avec un système récent UEFI, on peut se retrouver dans un cas où Windows, par exemple, installe une mise à jour et il écrase l’ordre de démarrage ou la priorité de démarrage, ou même il empêche Ubuntu de redémarrer correctement. C’est vrai quand on fait un double boot, on peut avoir certaines surprises et je pense qu’il faut voir le double boot comme une période de transition, comme un moyen effectivement de pousser GNU/Linux chez un consommateur lambda, chez un utilisateur débutant, de façon à ce que dans un deuxième temps, si Windows n’est plus utilisé, il sera moins nocif effectivement pour ces problèmes de démarrage. Donc attention à cette cohabitation, il y a des solutions, etc., mais on peut se retrouver un petit peu embêté.

Frédéric Couchet : D’accord. Le temps file. On a parlé de matériel, on va dire de l’ancien temps, enfin pas de l’ancien temps, encore aujourd’hui ordinateur de bureau, ordinateur mobile, mais aujourd’hui de plus en plus l’informatique c’est sur un téléphone, ce qu’on peut appeler aussi les ordiphones. La question se pose aussi d’avoir des systèmes, des logiciels libres sur téléphone mobile. Dans l’émission qu’on avait consacrée aux libertés informatiques et à la téléphonie, à laquelle avait participé Aurélien Couderc, on avait parlé de F-droid qui est un magasin d’applications libres, mais au-delà, au niveau système. Est-ce qu’aujourd’hui on peut avoir des téléphones avec des systèmes libres et si on achète un téléphone comment installer ou se faire installer un système libre et avec quelles contraintes ou avec quels compromis ? Aurélien Coucerc.

Aurélien Couderc : On peut refaire peut-être le parallèle avec ce que je disais tout à l’heure sur les différents niveaux. Installer F-Droid et utiliser des applications libres, ça c’est faisable sur, je pense, l’intégralité des appareils Android, il n’y a pas vraiment de contraintes pour ça. Donc on peut commencer à utiliser des logiciels libres sur son système existant Android en téléchargeant l’application F-Droid ce qui donne accès à ce magasin d’applications-là.
Ensuite, on a un certain nombre d’options, de systèmes d’exploitation libres basés sur Android. La base d’Android même est du logiciel libre, mais aujourd’hui il y a une partie importante du système qui est ce qu’on appelle Google Play Services, c’est tout ce que gère Google Play donc les applications Google, leur installation et toute une partie du cycle de vie et ça, c’est quelque chose qui est très intrusif et qui n’est pas libre du tout. Quand on dit Android est libre c’est vrai mais pas pour toute cette partie-là et malheureusement c’est une partie un peu au cœur de la plupart des appareils qu’on achète aujourd’hui. Dire qu’Android est libre dans les appareils qu’on achète sur le marché aujourd’hui c’est concrètement pas vrai, ils ne fonctionnent pas avec uniquement la partie libre. Ce qu’on peut éventuellement faire c’est remplacer ça par un système libre, donc qui repart de la partie libre d’Android. Par exemple, il y a le système qui s’appelle LineageOS, qui supporte quelques dizaines d’appareils. On peut l’installer en remplacement du système d’origine fournit par le constructeur et qui, lui, peut être intégralement libre. Là, comme on le disait pour les ordinateurs, ça demande à avoir un petit peu de pratique. Si on ne l’a jamais fait c’est vrai que ça peut être un peu compliqué et c’est mieux de se faire assister par quelqu’un qui sait déjà faire.
Pour terminer, puisque tout à l’heure on parlait des micrologiciels, aujourd’hui je ne connais pas de système qui fonctionne sans micrologiciel propriétaire qui permette de faire fonctionner un téléphone. Concrètement on va descendre jusqu’au niveau du noyau Linux et de ce qu’on appelle habituellement l’OS, mais ensuite, réussir à faire fonctionner toutes les puces de wifi, GPS, téléphonie et tout ça, ça aujourd’hui ça n’existe pas malheureusement sur le marché avec uniquement des microprogrammes libres.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Oui, tout à fait. Ça rejoint ce qu’on disait tout à l’heure, peut-être aussi pour des problèmes de législation, tout ce qui touche à la radio, aux émissions GSM, etc., il y a toujours un firmware quelque part pour utiliser le matériel.
Je reviens sur ce qu’a dit Aurélien, super, tu as très bien résumé effectivement la situation avec LineageOS qui fait vraiment un boulot formidable. Depuis l’an dernier, je pense qu’on a vraiment passé une étape pour amener cet Android libre vers le grand public, via le projet eelo lancé par Gaël Duval l’an dernier, qui là arrive vraiment à une maturité. J’explique juste que ce qu’est eelo. eelo c’est LineageOS, OK, et comme l’a dit Aurélien, aujourd’hui 90 % des applications du Google Play Store sur Android ont besoin de certaines API, cette espèce de couche Google qui fait que Android aujourd’hui qui est dans les mains utilisateurs n’est pas un Android propre, c’est un Android, en fait, complètement vérolé par cette couche Google rajoutée. Pour expliquer un peu aux gens, cette couche Google rend Google administrateur du téléphone, c’est-à-dire que Google peut à distance faire des choses sans que les gens s’en rendent compte, c’est vraiment important cette notion, ce n’est pas juste une brique logicielle qu’on peut désinstaller facilement, c’est vraiment une brique qui est complètement incluse dans le téléphone.
Je reviens à eelo qui est donc l’addition de LineageOS, de ??? qui est un logiciel libre qui remplace la couche Google avec du logiciel libre et tout un tas de petits peaufinements, des applications préinstallées, pour que l’utilisateur lambda, effectivement, qui prend ce téléphone, il ait l’impression d’avoir un téléphone complètement fini, commercial,avec des services en ligne, etc., donc on peut vraiment concurrencer les téléphones Android Google avec cette offre donc de logiciels eelo.

Frédéric Couchet : Michel, est-ce que toi dans ton magasin tu vends des téléphones mobiles ?

Michel Memeteau : Pas pour l’instant. C’est vrai que le marché de la téléphonie mobile c’est un peu différent de l’informatique, notamment parce que les prix sont beaucoup plus bas, les marges sont beaucoup plus faibles, donc il faut vraiment prévoir des gros volumes et avoir potentiellement beaucoup de service client.
Aujourd’hui, on n’est pas encore sur la 1.0, donc sur le projet eelo. On pense que quand le projet aura atteint la 1.0 il sera assez mature potentiellement pour être préinstallé à grande échelle. eelo vend déjà des téléphones avec sa version bêta, des téléphones Galaxie Samsung notamment, mais nous on estime qu’on n’est pas encore au stade où on pourrait commercialiser des téléphones avec ce système, sachant qu’aujourd’hui c’est le seul système qui, pour nous, est vraiment vendable au grand public.

Frédéric Couchet : D’accord. On l’a dit tout à l’heure, on va le rappeler, l’importance des groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices qui peuvent accompagner les gens dans l’installation d’un système. Une solution est d’acheter un téléphone d’occasion et si le tuto pour installer LineageOS ou Replicant, un autre système libre, est trop compliqué à suivre, on va au Premier samedi du Libre ou on va à Marseille par exemple aux rencontres du CercLL qui est un groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices de la région pour se faire aider ou on demande directement à Aurélien Couderc qui très gentiment peut vous aider. C’est une remarque personnelle ! Un jour Aurélien m’a aidé à installer un système. Tu voulais rajouter quelque chose.

Aurélien Couderc : Oui, je voulais compléter. Là c’est l’état des choses aujourd’hui. Il faut voir qu’il y a plusieurs projets différents qui essayent quand même de libérer les téléphones. Aujourd’hui on est à un stade où, effectivement, comme le disait Michel, on fait de plus en plus de choses sur son téléphone, donc si on veut conserver cette liberté numérique c’est quand même important d’aller de plus en plus vers de l’informatique libre aussi dans les téléphones. Je voulais mentionner deux projets. Il y a un projet qui s’appelle PinePhone de la société Pine64, qui a pour but de créer un téléphone qui sera intégralement supporté par du logiciel libre. Ça ne sera pas avec Android. C’est vrai que d’un point de vue applications, logiciels disponibles et tout ça, ça va forcément démarrer plus doucement.
Il y a un autre projet qui est le Librem 5 de la société Purism, qui est un autre projet pour faire, à nouveau avec un système différent, un téléphone entièrement libre. Là où je rejoins Michel c’est que ces deux produits-là sont aujourd’hui à l’état de prototypes donc ce n’est pas quelque chose qu’on peut encore utiliser pour remplacer son téléphone principal.

Michel Memeteau : J’ajouterais juste que j’ai rencontré le développeur qui travaille pour Librem pour le Librem 5. Je trouve que le résultat est vraiment très convaincant, il a réussi à convertir des applications GNOME, par exemple la calculatrice, enfin des applications standards de GNOME PC, pour qu’elles s’adaptent correctement au format téléphone et que ça soit vraiment les mêmes applications avec les mèmes capacités. Le résultat est très intéressant. Maintenant, j’aurais du mal à proposer à ma mère ou à mon père d’utiliser effectivement cela. Pourquoi ? Parce qu’on est dans un monde où malheureusement maintenant même les banques demandent à ce qu’on utilise une application pour valider nos paiements par exemple sur Internet, on ne peut plus les valider par SMS, il faut les valider avec des applications. On va malheureusement rentrer de plus en plus dans cette obligation d’avoir un téléphone avec une logithèque compatible et c’est là où Android est, pour l’instant, la seule option.

Frédéric Couchet : On va juste préciser que GNU c’est un environnement libre, convivial, très utilisé dans le monde du logiciel libre.
Le temps file, Je surveille. Je préviens les auditeurs et auditrices de la bande FM qu’on va dépasser 17 heures. À partir de 17 heures on continuera sur le site internet pendant quelques minutes, sur causecommne.fm, pour permettre au dernier sujet de pouvoir avoir lieu.
Là on a parlé beaucoup du grand public, mais j’aimerais bien avoir un petit point, même si ça a été fait un petit peu en introduction, la situation dans le domaine de l’achat par les entreprises et les collectivités. Est-ce que la situation est la même ? Est-ce que les entreprises et collectivités peuvent avoir accès à des machines préinstallées ou des machines nues sur lesquelles elles vont installer du logiciel libre ? Quelle est en gros, en quelques minutes, la situation des entreprises et des collectivités ? Aurélien Couderc.

Aurélien Couderc : Pour ce que je peux savoir de mon entreprise ou les différents retours que j’ai pu avoir de collectivités, à partir du moment où on achète du matériel en grande quantité, en fait on a la capacité à négocier avec le fournisseur de matériel quel est le système qu’on veut ou qu’on ne veut pas qui soit fourni avec les ordinateurs qu’on achète. À mon sens aujourd’hui, ça n’est pas compliqué pour on va dire, à partir peut-être pas d’une PME mais une moyenne entreprise, une grande entreprise et une administration qui voudrait acheter soit des ordinateurs nus, soit des ordinateurs fournis avec du logiciel libre, à mon sens il n’y a pas de problématique aujourd’hui. De toute façon les grandes structures, que ce soit pour les systèmes libres ou non libres, elles ont des systèmes d’images qu’elles vont réinstaller avec leur personnalisation sur tous les ordinateurs qui vont rentrer dans leur périmètre. Donc je pense qu’à ce niveau-là il y a presque moins de problèmes que pour le grand public qui va acheter une seule machine et pour qui, du coup, du point de vue du fabricant, ce n’est pas intéressant de discuter de un avec un million de personnes qui vont acheter chacune un seul ordinateur.

Frédéric Couchet : Michel Memeteau, tu veux compléter ?

Michel Memeteau : Juste sur le marché entreprises que tu citais. Nous on ne s’adresse pas à des grandes entreprises, mais on a des PME de 50, 100 personnes qui vont venir vers nous parce qu’elles ont un public d’administrateurs système, de développeurs d’applications Android par exemple. Donc des secteurs d’activité où avoir un ordinateur GNU/Linux c’est un gain de temps considérable pour travailler plus vite, tout simplement. Ce sont des gens qui mettraient beaucoup plus de temps à mettre en place leur environnement de développement, de travail, sur une machine Windows. Sur MacOS c’est un peu différent. Les machines Apple sont tellement loin en termes de prix et de personnalisation du reste, que Linux a vraiment, sur PC, les moyens de percer aussi sur cet aspect-là, cet aspect public développeur.

Frédéric Couchet : D’accord. Avant-dernière question : quels sont les éléments clefs à retenir de cette émission, en moins de deux minutes si c’est faisable. Qui veut commencer ? Aurélien.

Aurélien Couderc : Si vous êtes intéressé par un système libre, essayez. Soit rencontrez les utilisateurs de logiciels libres près de chez vous, faites-vous une clef USB et essayez sur votre ordinateur. Vous pouvez lancer ces systèmes live sans les installer. Vous pouvez prendre une des grandes distributions type Ubuntu pour tester et faites-vous un avis.

Frédéric Couchet : D’accord. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : On est dans une époque où essayer et utiliser un système libre comme GNU/Linux au quotidien c’est devenu vraiment facile. On n’a plus les problèmes d’applications comme il y a dix ans, où les applications n’étaient pas compatibles, etc., Aujourd’hui un bon navigateur sous Linux fera mieux le travail qu’un système propriétaire.

Frédéric Couchet : D’accord.

Aurélien Couderc : Un point important parce que c’était un peu tout le thème de l’émission, pour y compris les passionnés ou les gens plus avancés qui se posent la question, c’est extrêmement important d’acheter un ordinateur avec du logiciel libre préinstallé parce que c’est ça qui oriente aussi le marché, la manière dont les constructeurs voient ce type de client. C‘est vrai que si on est soi-même utilisateur, connaisseur, et qu’on achète quand même un ordinateur avec Windows préinstallé, on ne travaille pas pour la cause de la généralisation du logiciel libre et on n’aide pas à ce que ce soit disponible pour le plus grand nombre.

Frédéric Couchet : D’accord. Dernière question, question bonus : quelle lecture, quel conseil éventuel de lecture, une série ou podcast, aimeriez-vous conseiller aux personnes qui nous écoutent. Ce n’est pas forcément en lien avec le logiciel libre, ou un coup de cœur récent. Aurélien Couderc.

Aurélien Couderc : Ça sera un podcast et une chaîne YouTube. C’est sur des sujets scientifiques tous les deux. Je recommanderais La Méthode scientifique, l’émission de vulgarisation scientifique de France Culture qui a des sujets sur tous les thèmes, tous les jours de la semaine, qui est vraiment d’un très bon niveau et très abordable.
L’autre, que j’aime beaucoup, ça s’appelle Zeste de Science, c’est une chaîne YouTube du CNRS qui présente des découvertes, des avancées scientifiques de manière très humoristique mais quand même très exactes, donc je recommande vivement.

Frédéric Couchet : Je connais les deux et je confirme. Michel Memeteau, est-ce que tu as des conseils de ton côté ?

Michel Memeteau : Moi, j’écoute beaucoup l’émission La Terre au carré sur France Inter à 13 heures 30 tous les jours, ce n’est pas du tout dans le monde des logiciels, c’est plus sur le changement climatique, etc., mais je pense que c’est vraiment une émission qui permet de faire la part des choses justement sur ce genre de problème.

Frédéric Couchet : Écoutez, c’est super. On mettra les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio causesommune.fm, parce qu’on a cité beaucoup de références.
Nous avons parlé de la question de l’achat du matériel et du logiciel libre avec Aurélien Couderc, bénévole à l’April, et Michel Mimeteau directeur de ekinia.fr.
Je vous remercie. Je vous souhaite de passer une bonne fin de journée.

Aurélien Couderc : Parfait. Merci à tous.

Michel Memeteau : Merci. Au revoir.

Frédéric Couchet : À bientôt.Merci à vous. On va faire une pause musicale. Nous allons écouter La vie sans toi par Ceili Moss. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : La vie sans toi par Ceili Moss.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter La vie sans toi par Ceili Moss disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix de possibles, 93.1 FM en Île-de-France, en Dab+ et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Nous allons passer au sujet suivant.

Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l’April, sur le télétravail

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre normalement avec la chronique de Vincent Calame « Jouons collectif » qui va nous parler aujourd’hui de télétravail. Est-ce que Vincent est avec nous ?

Vincent Calame : Je vous entends. Vous m’entendez ?

Frédéric Couchet : Bonjour Vincent. Avant de commencer la chronique je vais simplement préciser aux auditeurs et auditrices de la bande FM qu’à 17 heures, c’est un changement de radio. On va poursuivre sur le site web, donc retrouvez-nous dès maintenant sur le site causecommune.fm pour la fin de l’émission. Excusez-nous. Ce sont les conditions du jour liées au confinement comme je l’ai expliqué en début d’émission, en tout cas rendez-vous sur causecommune.fm dès maintenant pour la suite de l’émission notamment la chronique de Vincent Calame.
Vincent, tu as décidé de nous parler aujourd’hui de télétravail.

Vincent Calame : Oui tout à fait. Quand l’équipe de Libre à vous ! m’avait écrit jeudi dernier pour me demander le thème de ma chronique je m’étais un peu creusé la tête pour trouver un sujet et puis, faute de mieux il faut le dire, j’avais pensé à parler de la question de l’archivage des courriels. Depuis, les évènements se sont précipités et nous voilà maintenant dans la situation de confinement que vivent nos amis Italiens depuis quelque temps déjà. Et là, un des mots magiques apparu comme solution avec raison, c’est celui du télétravail. Il me semblait important de le mettre à l’honneur et c’est de lui dont je voudrais parler dans ma chronique parce que je crois que le monde associatif et militant est justement un de ceux les mieux préparés au télétravail, notamment grâce au logiciel libre.

Frédéric Couchet : En quoi ce monde associatif et militant est-il mieux préparé ?

Vincent Calame : Tout simplement parce que c’est déjà pour beaucoup la réalité du travail au quotidien. Le monde associatif et militant est un des mondes qui doit gérer la plus grande diversité de parties prenantes. Là où une entreprise va être plutôt un monde clos, avec des relations somme toute très balisées avec l’extérieur – d’un côté les clients, de l’autre côté les fournisseurs et évidemment aussi l’administration – une association doit composer avec des bénévoles, avec des salariés, d’autres organisations partenaires, des collectivités publiques, des ??? en jeu, bref ! Des personnes et des structures diverses et variées qui ont des compétences et des exigences informatiques tout aussi diverses et variées et sur lesquelles l’association n’a pas de prise.
D’ailleurs, dans une précédente chronique, j’avais souligné cette nécessité que cette communication tous azimuts avec l’extérieur pouvait être un des freins à l’adoption de logiciels libres par une association parce que c’est une contrainte forte, mais je pense que dans la situation présente ça devient une force. Notamment parce que les associations se sont très tôt saisies des outils de communication à distance. Comme elles n’ont pas les moyens de s’offrir de belles salles de vidéoconférence, de payer tous les billets des participants, elles bricolent depuis longtemps avec les moyens du bord, avec des liaisons ADSL un peu pourries comme démontré actuellement, avec des participants aux quatre coins de France et au-delà. Bref, elles sont prêtes au télétravail même dans des conditions dégradées.
Lundi matin, donc hier, je suis allé dans le bâtiment du 38 rue Saint-Sabin où je travaille, au sein de la Fondation Charles-Léopold Meyer, c’est un bâtiment qui héberge plusieurs autres structures et j’ai été agréablement surpris, toutes avaient déjà anticipé l’appel au télétravail. Les bureaux étaient vides et nous n’étions plus qu’une dernière poignée pour les derniers réglages, comme vider le frigo, et puis tout était prêt.
Au passage, du côté de la FPH, le seul point noir qu’on a eu c’était un de nos logiciels propriétaires de comptabilité, de gestion de paye et là, il se trouve que nous avions déjà une solution tout aussi propriétaire pour le comptable, pour qu’il puisse y accéder de l’extérieur.
Je pense que cette situation est possible, tous les services tournants sur des logiciels libres. J’ai notamment contacté notre partenaire en Argentine qui héberge une partie de nos services, il m’a déjà signalé une augmentation de la charge et il va se pencher sur la question des vidéoconférences qui risque de devenir très importante comme d’ailleurs témoigne l’organisation de cette émission Libre à vous !

Frédéric Couchet : Oui. D’ailleurs nous-mêmes et d’autres structures membres des CHATONS, du Collectif des Hébergeurs, Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, chatons avec un « s » point org, on a commencé à réfléchir aux outils à mettre en place pour permettre le travail collaboratif à distance, notamment ce qui est très demandé actuellement l’audioconférence et la vidéoconférence, donc bientôt sur chatons avec un « s » et aussi chapril.org. Le rôle des administrateurs système va être important dans les prochaines semaines. Vincent.

Vincent Calame : Oui. Complètement, pour rendre notre confinement le plus confortable possible, dans la mesure du possible. J’aimerais terminer sur une note un peu positive, même si ce n’est drôle pour personne, mais là pour tous les activistes que nous sommes, la France va tourner au ralenti, le travail législatif est suspendu, il y a moins de luttes urgentes à organiser. Je pense que c’est peut-être un peu le moment de faire du rangement et du classement, de se plonger dans ses archives. Je reviendrai dans la prochaine chronique sur le thème de l’archivage des courriels, c’est promis. Pourquoi pas relire son site par exemple, son site web qui est souvent un peu fouillis, qu’on n’a jamais le temps de mettre à jour, parce qu’on a toujours d’autres choses à faire. Bref ! Faire un petit travail d’introspection et de mémoire, ne serait-ce que pour donner l’exemple et aussi, je pense, lutter à notre manière contre cette accélération du monde qui est, il faut le dire, une des raisons de cette situation-là.

Frédéric Couchet : Oui. Tout à fait. On va préciser peut-être que ce télétravail actuel a, à mon sens, deux spécificités quand même par rapport au télétravail habituel. Pour beaucoup de personnes c’est le télétravail avec des enfants à la maison ce qui change quand même radicalement les choses et une deuxième chose, c’est du télétravail en période de crise, donc forcément probablement avec un impact sur le moral.

Vincent Calame : Oui. Il y aura l’impact sur le moral. Pour les enfants c’est peut-être l’occasion de comprendre ce que vous faites, ce que chacun fait. Mais je n’en ai pas, je ne connais pas la situation, c’est beaucoup plus compliqué. Bien sûr la crise va jouer sur le moral, mais on va justement avoir besoin de beaucoup de lien social à distance par Internet et là je pense que l’engagement associatif va être quelque chose de précieux pour chacun. On va, je pense, encore plus apprécier cette valeur des liens sociaux qu’on a pu tisser dans l’engagement associatif pour garder le contact et garder le moral. Et donner l’envie, une fois le confinement terminé, de continuer et de reprendre les combats que nous menons.

Frédéric Couchet : Espérons que les outils informatiques effectivement permettent de passer au mieux cette période d’un point de vue humain.
Vincent, je te remercie pour ta chronique. C’était Vinent Calame, la chronique « Jouons collectif » qui portait aujourd’hui sur la question du télétravail.
Je te souhaite une bonne fin de journée et à bientôt.

Vincent Calame : À bientôt.

Annonces

Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission. Cette émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Aurélien Couderc, Michel Mimeteau, Vincent Calame, Sylvain Kuntzmann qui travaille également à la post-production des podcasts de Libreà vous !.
Un grand merci à William ??? à la régie aujourd’hui qui nous permet la diffusion.
Merci également Olivier Grieco de nous avoir mis à disposition en toute urgence un Nextcloud de discussion, qui nous a permis d’échanger en direct.
Merci également à Christian Momon, bénévole à l’April qui va découper le podcast complet en podcasts par sujet.

Vous retrouverez sur le site de l’April, april.org, et sur le site de cause Commune, causecommune.fm, toutes les références utiles. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Toutes vos remarques et questions sont, bien entendu, les bienvenues.

Nous vous remercions d'avoir écouté l’émission. N’hésitez pas à la faire connaître, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et à faire également connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct le 24 mars 2020 dans les mêmes conditions, avec peut-être des améliorations. Notre sujet principal portera sur l’Agilité qui est un groupe de pratiques basées sur auto-organisation d’une équipe, l’ajustement permanent et manuel pour visualiser à la fois la satisfaction des équipes et des structures clientes. Comme dirait l’intervenant qui interviendra la semaine prochaine « l’importante c’est le fun » et ce thème est assez adéquation avec la situation actuelle en France.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 24 mars et d’ici là, prenez soin de vous, de vos proches et des autres.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.