Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 12 janvier 2021

De April MediaWiki
Révision datée du 14 janvier 2021 à 21:49 par Apitux (discussion | contributions) (Chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l’April, sur la bande dessinée libre Pepper&Carrot de David Revoy)


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 12 janvier 2021 sur radio Cause Commune

Intervenant·e·s : Jean-Christophe Becquet- Marie-Jo Kopp Castinel - Jean-Michel Boulet - Isabelle carrère - Freco - Frédéric Couchet- Étienne Gonnu et Adrien Bourmault à la régie

Lieu : Radio Cause Commune

Date : 12 janvier 2021

Durée : 1 h 30 min

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Page des références utiles concernant cette émission

Licence de la transcription : Verbatim

Illustration :

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Logiciel libre et formation professionnelle, retour d’expérience et actualité de deux centres de formation, c’est le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme la bande dessinée libre Pepper&Carrot, Poivre et Carotte, et aussi les systèmes d’exploitation libres pour téléphone mobile. Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus sur cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’April c’est april.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec les liens et les références utiles et également les moyens de nous contacter.

Nous sommes mardi 12 janvier 2021, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu, accompagné de Adrien Bourmault, bénévole à l’April. Bonjour les gars.

Étienne Gonnu : Salut.

Adrien Bourmault : Hello.

Frédéric Couchet : Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site causecommune.fm, cliquez sur « chat » et rendez-vous sur le salon dédié à l’émission.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l’April, sur la bande dessinée libre Pepper&Carrot de David Revoy

Frédéric Couchet : Texte, image, vidéo ou base de données, sélectionnée pour son intérêt artistique, pédagogique, insolite, utile. Jean-Christophe nous présente une ressource sous une licence libre. Les auteurs et autrices de ces pépites ont choisi de mettre l’accent sur les libertés à accorder à leur public, parfois avec la complicité du chroniqueur. C’est la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l’April. Bonjour Jean-Christophe.

Jean-Christophe Becquet : Bonjour Fred. Bonjour à tous. Bonjour à toutes. Pour commencer, je voudrais souhaiter à tous les fans de Libre à vous ! sur la radio Cause Commune une belle année 2021 avec moins de virus et plus de retrouvailles, de sorties et d’ouverture.

Place maintenant à notre pépite du jour. Je voudrais vous parler aujourd’hui de Pepper&Carrot.
Pepper&Carrot est une bande-dessinée libre sous licence libre Creative Commons. On la doit à David Revoy.
Pepper&Carrot raconte les aventures d'une jeune sorcière espiègle, Pepper, et de son chat Carrot. L'action se déroule dans un monde de potions et de magie. D'autres personnages aux noms épicés viennent donner à ces histoires toute leur saveur : on rencontre Cayenne, Thym, Cumin, Saffran ou Coriandre.

Comme évoqué ici pour d'autres pépites, la liberté offerte par la licence libre de produire des versions dérivées permet à des contributeurs volontaires de traduire les dialogues. Pepper&Carrot est donc désormais disponible dans une cinquantaine de langues. « Les traductions, les fan-arts, l'impression, les films, les jeux vidéos et le repartage sur le Net sont encouragés. Je veux donner aux autres le droit d'utiliser, de changer et même de commercialiser leurs projets utilisant Pepper&Carrot », déclare David.

David met à disposition toutes les sources de son travail et la préparation des prochains épisodes donne lieu à un dialogue permanent avec ses contributeurs. L'ensemble du processus se déroule sur Framagit, une forge hébergée par l'association Framasoft. Une forge est un environnement de travail en ligne qui permet de partager des fichiers, de proposer des modifications, de discuter des évolutions. C’est un outil souvent utilisé par les développeurs de logiciels libres. L'April vient d'ailleurs tout juste d'ouvrir une forge libre et éthique pour tous ceux qui voudraient héberger des projets libres.

David Revoy travaille exclusivement avec des logiciels libres. Son environnement de travail se compose d'un système GNU/Linux avec des logiciels de graphisme comme Krita et Inkscape. C'est un parti pris et un engagement fort. Il explique dans un article en anglais – je traduis : « Certains disent que je n'utilise que des logiciels libres parce que je suis un artiste pauvre. C'est faux, j'utilise des logiciels libres par choix personnel ».

David contribue aussi plus largement au Libre. Sur son site, il partage des outils pour les graphistes comme des brosses ou des textures, des tutoriels. On lui doit également la mascotte de PeerTube, un logiciel développé par Framasoft qui permet à chacun d'installer sa plateforme de partage de vidéos, libre et décentralisée. Encore un beau succès du logiciel libre qui a vu sa version 3 sortir en début d’année.
David a aussi partagé GNUess, une interprétation de la mascotte du projet GNU dessinée pendant la conférence en ligne LibrePlanet 2020. Il était encore directeur artistique de Sintel, un film d'animation de la Fondation Blender dont j'avais parlé dans ma chronique « Pépites libres » de juin 2019.

Le mode de distribution des livres David Revoy est lui aussi original. Les histoires sont disponibles gratuitement au format PDF sur le site peppercarrot.com, avec deux « p », deux « r ». On peut commander des exemplaires imprimés. David partage en totale transparence le modèle économique de l'impression à la demande. Il annonce gagner 1,50 euro par exemplaire vendu, soit 9 % du montant total payé par le client. Ce financement est abondé par un appel au mécénat. Par ailleurs, la maison d'édition Glénat commercialise des albums au format papier. Plutôt que de verser des droits d'auteur à David Revoy, elle participe à sa campagne de financement. Ar-Gripi, un autre éditeur, a publié le premier tome de Pepper&Carrot en breton.

Initié en 2014, Pepper&Carrot compte aujourd'hui 33 épisodes. L'objectif de l'auteur était de montrer que la réalisation d'une bande-dessinée libre est possible en changeant le mode de production habituel. « Libre ne signifie pas « au rabais ou à l'arrache ». Au contraire ! », défend David. Avec 1200 livres vendus, soutenu par autant de mécènes, on peut dire qu’aujourd’hui il a réussi !

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe pour cette belle chronique de rentrée 2021.
Tout à l’heure tu parlais de la forge qui est un outil qui permet d’héberger du code source ou de la documentation. Je vais préciser que l’April, effectivement, propose depuis récemment une forge. C’est sur le site chapril.org, où vous trouverez d’ailleurs 12 autres services. Vous trouverez un service de microblogging décentralisé, vous pouvez aussi de faire de la VOIP. Je salue d’ailleurs l’un des bénévoles du Chapril qui est en régie aujourd’hui, Adrien. N’hésitez pas aller sur charpril.org pour découvrir la forge.
Tu parlais de la contribution de David Revoy notamment à la mascotte GNUess de la Fondation pour le logiciel libre. David a également contribué avec un super poster pour les 35 ans de la Fondation pour le logiciel libre, poster qui représente une sorte de récif de corail. Vous pouvez aller sur fsf.org, Free Software Foundation, commander ce tee-shirt et ce poster, je crois qu’il en reste encore.
Dernière précision. Tu viens de parler de PeerTube qui est un outil d’hébergement de vidéos décentralisé. Effectivement, la version 3 de PeerTube permet maintenant de faire des directs. Nous testons en ce moment un direct de la vidéo. Donc les personnes qui voudraient voir un petit peu les coulisses de la radio, vous allez sur le site de la radio, causecommune.fm, bouton « chat » et vous nous rejoignez sur le salon web de la radio. On partagera avec vous le lien. Vous verrez un petit peu les images et les coulisses de l’émission grâce à ce PeerTube. Aujourd’hui c’est actuellement en test.
Est-ce que tu souhaites quelque chose Jean-Christophe

Jean-Christophe Becquet : Juste dire aux auditeurs qui auraient effectivement accès à une connexion Internet tout de suite que PeerTube dont tu viens de parler fonctionne, je vous vois en studio, ça fonctionne parfaitement.
J’ai mis tous les liens pour les créations artistiques de David, le PeerTube, la forge de l’April, dans les références sur la page consacrée à l’émission, sur le site april.org.
Je vous souhaite une bonne fin d’émission.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe. Je vais juste rappeler le site de David Revoy, davidrevoy.com, sur lequel vous pouvez trouver toutes les créations de David. Merci Jean-Christophe et à bientôt.

On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Aujourd’hui notre programmateur musical Éric Fraudain, du site auboutdufil.com, nous fait découvrir un artiste qu’on connaît déjà dans l’émission, Jahzzar, de son nom Javier Suarez. La musique est avant tout, pour lui, un moyen de recréer un souvenir ou une ambiance. Cet artiste est originaire de Gijón et depuis cette ville centrale de la Costa Verde en Espagne, il n’hésite pas à voyager pour découvrir les capitales européennes. Nous écouterons d’ailleurs tout à l’heure Boulevard St Germain composé peu après sa visite de Paris.
Pourquoi connaît-on Jahzzar ? Tout simplement parce que la virgule musicale que vous entendez à la fin de l’émission, juste avant les annonces finales, est basée sur un extrait d’une musique de Jahzzar. Récemment vous avez eu l’occasion d’écouter Waiting Room qui est notre musique d’attente en cas de problème technique. On espère que vous n’aurez pas l’occasion de la réécouter.
Pour le moment nous allons écouter Please listen carefully par Jahzzar. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Please listen carefully par Jahzzar.

Voix off :

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Please listen carefully par Jahzzar, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, sur le site de la radio causecommune.fm et l’artiste a son site sur le site bandcamp.com. Beaucoup de sites, mais vous allez sur april.org ou causecommune.fm et vous aurez les références.

Vous écoutez toujours Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+, en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Le logiciel libre et la formation professionnelle, retour d’expérience et actualité de deux centres de formation avec Marie-Jo Kopp Castinel d’OpenGo et Jean-Michel Boulet de 2i2L

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur le logiciel libre et la formation professionnelle, retour d’expérience et actualité de deux centres de formation avec Marie-Jo Kopp Castinel d’OpenGo et Jean-Michel Boulet de 2i2L.
On va vérifier que Marie-Jo et Jean-Michel sont au téléphone. Bonjour Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Bonjour Fred. Bonne année à tout le monde.

Frédéric Couchet : Merci. Bonne année à toi également. Bonjour Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Bonjour. Bonjour à tout le monde. Bonne année.

Frédéric Couchet : En espérant qu’elle soit meilleure que la précédente.
Nous allons donc parler aujourd’hui, comme je le disais en introduction, de logiciel libre et de formation professionnelle. On va commencer par une petite présentation individuelle, une présentation de chacun de vous. On va commencer par Marie-Jo

Marie-Jo Kopp Castinel : Marie-Jo. Je suis responsable du centre de formation OpenGo, spécialisé en migration vers le logiciel libre et vers LibreOffice en particulier, depuis une quinzaine d’années ; OpenGo fait également d’autres formations. Engagée dans Open office puis LibreOffice, dans l’association La Mouette, dans l’association PLOSS-RA, dont nous reparlerons, et formatrice de métier.

Frédéric Couchet : Merci Marie-Jo. À ton tour Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Jean-Michel Boulet. Je suis formateur avant tout, formateur en enquêtes statistiques, traitement, analyse et représentation de données, c’est le plus clair de mon temps. Par ailleurs, comme Marie-Jo, je suis responsable de formation et gérant de l’organisme de formation 2i2L depuis 2006. On est super spécialisés sur des niches métier, on fait du métier et c’est pour ça que, généralement, on communique en disant qu’on assure de la formation en mode ingénierie sur des niveaux qu’on apprécie de transmettre et sur des logiciels libres uniquement, uniquement sur des logiciels libres. C’est la licence du logiciel qui nous fait rentrer la formation dans le catalogue.

Frédéric Couchet : D’accord. On va évidemment parler de tout ça en détail.
Première question avant d’aborder, justement, la partie ingénierie, logiciel libre, bureautique, premier sujet : pourquoi finalement est-il si important de former les gens en informatique ? Moi qui pensais, qui croyais que l’informatique c’est très simple, utilisable par toute personne. L’importance de former les gens. On va commencer par Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : On constate, et Jean-Michel complétera avec d’autres aspects, que les gens ont un niveau informatique, donc le poste utilisateur, on ne va pas parler d’outils métier mais d’outils bureautiques et autres, assez mauvais, on va dire, au 21e siècle, particulièrement mauvais, parce qu’on ne forme pas les gens, parce qu’il y a des sociétés qui font des logiciels avec des gros boutons qui disent que c’est facile, alors que ce n’est pas vrai. Il faut un mode d’emploi. C’est comme si vous dites à quelqu’un « voilà les clefs de la voiture, tu vas conduire ». Non, il y a un mode d’emploi pour un traitement de texte, pour un tableur, pour tout outil. C’est donc essentiel de former les gens, on en demande de plus en plus aux gens, ils sont de plus en plus sous pression, donc il faut qu’ils arrivent à gagner du temps, à ne pas perdre de temps sur des outils qu’ils ne savent pas utiliser. Et là je laisse compléter Jean-Michel sur d’autres aspects.

Jean-Michel Boulet : Je ne sais pas quels autres aspects. Il faut monter les gens en compétence, on commence à le comprendre, sur les aspects métier et logiciel. Pour les logiciels c’est ce qui nous concerne mais ce n’est pas du tout ce qu’on vend. On vend de la formation métier, de la méthode et puis des pratiques métier, parce que ce sont des spécialistes métiers qui interviennent, donc c’est d’abord ça.
Le logiciel vient dans un deuxième temps, c’est-à-dire qu’il faut le prendre en main et l’idée c’est d’assurer des gains de temps, de monter les gens en compétence et gagner de l’argent ; du temps et de l’argent.

Marie-Jo Kopp Castinel : En tout cas de ne pas en perdre par l’improductivité des gens dans l’outil de bureautique, l’outil numérique en général, il n’y a pas que la bureautique.

Frédéric Couchet : Oui, effectivement. On va parler un petit peu de bureautique et aussi d’ingénierie parce que, justement, vous êtes très complémentaires par rapport à ça. Il y a un exemple qui me vient en tête, je ne vais pas citer le document mais un document qui vient d’être publié très récemment dont la table des matières en PDF n’est pas cliquable, table des matières qui, visiblement, a été faite à la main, j’ai suivi ça. C’est quand même hallucinant, effectivement aujourd’hui, en 2021, que sur un outil de bureautique des gens fassent une table des matières à la main. C’est clairement un manque de formation ! C’est ça ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Oui, c’est encore plus flagrant quand ce sont des assistant·e·s. Encore, quand ce sont des gens qui sont dans d’autres métiers pour lesquels c’est juste un outil, bon !, ils n’ont pas été formés, c’est un manque de formation ! Mais pour des gens dont c’est le métier de produire du document bureautique, c’est en effet absolument incroyable de voir la méconnaissance totale des formats, la méconnaissance totale des techniques pour faire des documents corrects. Je l’ai vécu par rapport aux attestations notamment pour le Covid, c’est même un non-respect de l’individu à qui on transmet un document comme ça. Je trouve que ça va même loin dans l’image d’une entreprise ; je parlerai du privé. Une entreprise privée qui fournit un document bureautique d’une qualité médiocre casse son image de marque. Je trouve ça grave de ne pas avoir un document PDF avec une table des matières cliquable.

Frédéric Couchet : Oui, ça m’a un peu étonné. On ne va pas citer le document, il vient d’être publié.
Est-ce que c’est important, c’est encore renforcé, enfin je suppose, dans le cas des outils collaboratifs ; là on va vient de parler d’un document de bureautique. Depuis quelques années les outils collaboratifs se développent de plus en plus, donc je suppose que le besoin de formation est encore plus important et qu’il n’est pas uniquement technique dans ce cadre-là. Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Il n’est pas uniquement technique, j’ai envie de dire. Il l’est, bien sûr, parce qu’il y a de la méthode. Quand il y a de la méthode, il y a du métier, il y a un peu de technique. Mais, en effet, ça ne l’est plus parce qu’aujourd’hui tous les gens ont des mobiles, tous les gens utilisent Internet et tout le monde a bien compris où est-ce qu’il fallait cliquer, c’est à peu près tout le temps la même chose qui revient.<br/A Avant de parler de monter les gens en compétence, on a peut-être un manque de communication et de connaissance des outils, de tout ce qu’il faut, des choix. Les possibilités de faire des choix ça commence par là, j’ai envie de dire. Si on parle de formation professionnelle, on est obligé d’aborder les prérequis et c’est le premier point sur lequel il faut pointer, c’est la connaissance avant la montée en compétence ; les choix qui sont faits.
Je ne sais pas si je réponds bien à ta question.

Frédéric Couchet : Est-ce que tu peux préciser, s’il te plaît ?

Jean-Michel Boulet : En fait, on est là un petit peu aussi parler des retours logiciel libre dans la formation professionnelle. J’ai envie de dire, d’un côté, heureusement que la connaissance n’est pas nécessaire, mais, en même temps, elle est intéressante. C’est-à-dire que quand nous intervenons sur des formations, les stagiaires ne savent pas forcément qu’ils sont sur une application particulière avec une licence particulière.

Frédéric Couchet : Tu veux dire une information sur la partie licence logiciel libre.

Jean-Michel Boulet : Non, pas sur la partie licence. Sur la partie logicielle, c’est-à-dire les choix qui sont faits au niveau des outils.
Je vais prendre un autre exemple. Si on prend l’actualité avec le tout le confinement, tout le monde s’est retrouvé sur un super outil de visioconférence d’une entreprise californienne dont je tairai le nom et il y a eu beaucoup de communication dessus. Donc, du fait de la communication sur les radios, sur la télévision, enfin j’imagine parce que je n’ai pas la télévision comme ça, comme il y a eu beaucoup de communication partout, tout le monde s’est retrouvé dessus. Donc il y a eu des demandes de formation par rapport à ça, l’utilisation, des choses comme ça. Mais, en ce qui concerne le logiciel libre en tout cas, on a d’abord eu une première étape à prendre en considération c’est la connaissance et le choix dans les outils.

Frédéric Couchet : En l’occurrence, je suppose que tu parlais de Zoom, effectivement pendant le confinement. En plus, pendant le confinement, les gens ont clairement été laissés seuls à se débrouiller. Je connais bien le monde de l’enseignement pour côtoyer pas mal de profs plus ou moins indirectement et, effectivement, nombre d’outils privateurs ont été utilisés ! En fait, ils ont retrouvé ce qu’ils connaissaient, en tout cas, peut-être, ce dont la presse parlait, etc., et ils se sont mis sur des trucs ! Donc c’est ce manque de connaissance d’alternatives. Donc quand tu demandais une demande de formation autour de Zoom, qu’est-ce que tu faisais ? Tu leur expliquais qu’il y avait des alternatives et tu les formais là-dessus ?

Jean-Michel Boulet : Oui en effet. L’orientation de 2i2L est clairement vers le logiciel libre, donc c’est d’abord la licence qui compte.
Après, évidemment, si on aborde ce point-là, on a d’autres inconvénients sur les logiciels. On ne refuse pas, clairement, de former sur un logiciel.

Frédéric Couchet : Ce sont des choix.

Jean-Michel Boulet : Si, en même temps, on refuse de former sur certains logiciels pour des raisons qui sont, là en l’occurrence, toute la partie RGPD, protection des données, la transparence du logiciel et ces choses-là.
Oui, on va plutôt avoir une démarche de réorienter les gens vers d’autres applications, en l’occurrence BigBlueButton et ça a bien fonctionné. Plein d’instances ont été installées, on a accompagné les gens là-dessus, sur Moodle et toutes ces choses-là. Il y a eu cette réaction.
Avant de prendre ces décisions de formation, il y a eu un long travail de transmission de connaissance.

Frédéric Couchet : D’accord. On va détailler tout à l’heure les logiciels dont tu cites les noms, dans la partie travail collaboratif, je ne le fais pas tout de suite.
Par contre, sur le salon web de la radio – je rappelle que les auditeurs et auditrices peuvent participer en se connectant sur le site web causecommune.fm, bouton « chat » et nous rejoindre sur le salon –, Jean-Christophe qui intervenait juste avant vous en chronique dit qu’il y a déjà un manque de conscience de la nécessité de se former de la part de la plupart des utilisateurs et utilisatrices, mais surtout des employeurs qu’ils soient publics ou privés. Est-ce que tu partages ce point de vue, Marie-Jo ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Non seulement je le partage, mais je fais je fais beaucoup de formation de formateurs, je ne fais pas que de la bureautique et c’est ce qu’on appelle l’incompétence inconsciente. La première phase de l’apprentissage, il faut bien le comprendre, c’est l’incompétence inconsciente. J’arrive en formation, déjà il faut que j’y aille. Vous savez c’est toujours une question de référentiel, la plupart pensent « je suis bon à côté de mon collègue ! ». C’est un référentiel. J’avais des pompiers que je salue, qui sont super, qui me disent « on n’est pas bons ». Je dis « si, vous étés bons à côté d’autres gens ! ». Les gens se sentent soit très mauvais soit très bons en fonction de leurs collègues, comme disait Coluche. Bref !
Donc la première chose de l’apprentissage c’est « je ne sais pas que je ne sais, donc je n’ai pas besoin d’être formé puisque je fais du tableur tous les jours ». Mais, en fait, ils ne savent rien faire, ils bidouillent avec le tableur tous les jours parce qu’ils n’ont jamais été formés. Ils arrivent en formation et, pour aller plus loin sur le sujet, il y a les quatre phases d’apprentissage : l’incompétence inconsciente, je ne sais pas que je ne sais pas, et puis, pendant la formation, il y a la phase d’incompétence consciente. Là je réalise que je ne sais pas et c’est là qu’on a les phases les plus compliquées à gérer en tant que formateur, avec des gens qui peuvent avoir des réactions assez compliquées parce qu’ils se retrouvent en situation d’échec. Donc oui les gens ne savent pas qu’ils ne savent pas, ne réalisent pas à quel point ils ne savent pas utiliser les outils. Moi je le vis avec mon téléphone portable, je n’aime pas le téléphone portable, je fais appel à mes gamins qui sont assez grands parce que je ne sais pas utiliser mon téléphone portable. Les gens ne réalisent pas à quel point ils utilisent mal. On a parlé de traitement de texte, mais on pourrait peut-être plus parler de messagerie aujourd’hui, on a le même problème. On ne forme pas les gens aux messageries, alors que les gens passent leur vie à envoyer des mails, ils ne savent pas faire un filtre, ils ne savent pas classer leurs mails, ils ne savent pas « répondre à tous. » Les gens qui ne savent pas répondre à tous, ça m’horripile !, mais c’est parce qu’ils n’ont jamais été formés, ni pris conscience de ça.

Frédéric Couchet : Et je suppose aussi que les pseudo-algorithmes des boîtes mails privatrices type Google, Yahoo et compagnie, qui pré-filtrent automatiquement les mails. C’est-à-dire qu’ils envoient les pseudos spams dans un onglet, je ne sais plus comment il s’appelle, sur Gmail je crois que c’est « Promotions » et je crois que, finalement, tout le reste arrive dans la boîte principale et effectivement les gens ne trient pas parce qu’ils n’ont pas appris, tout simplement.

Marie-Jo Kopp Castinel : Quand quelqu’un dit « je ne veux pas d’une nouvelle boite », je dis dans le milieu associatif, tu connais bien ce monde-là, « je n’ai pas envie d’avoir une adresse parce que je vais encore avoir des mails », eh bien tu fais un filtre, tu ranges tes mails. Encore faut-il savoir utiliser l’outil messagerie. En ce moment c’est criant la perte de temps occasionnée dans les entreprises et les collectivités par cette non-formation, en fait.
Et surtout des gens qui pètent les plombs parce qu’ils sont en surcharge de travail alors que, peut-être, on pourrait être plus tranquille en étant plus efficace, enfin oui, ils pourraient être plus tranquilles pour faire leur travail. Du coup, ils retrouveraient facilement les cinq heures qui leur manquent par semaine.
La formation est un investissement. J’ai vécu aussi ça, un endroit où le gars dit « je ne viens pas ce matin, je n’ai pas le temps — Pourquoi n’avez-vous pas le temps ? — Je n’aurai pas le temps jusqu’au mois de juin. – Venez et vous verrez que la demi-journée qu’on va passer ensemble va vous faire gagner quatre-cinq heures par semaine. » Il m’a dit « je viens juste ce matin ». Résultat il est venu le matin il m’a dit « OK, j’ai compris que je ne connaissais pas, je vais rester toute la journée ». En plus, non seulement je ne sais pas que je ne sais pas, mais, en plus, les gens se disent « je n’ai pas le temps » Si ! J’ai le temps d’investir une journée pour gagner plusieurs heures par semaine, que ce soit sur de la bureautique pure ou sur de l’application plus métier, plus orientée métier comme le fait Jean-Michel, sur des logiciels plus orientés métier.

Frédéric Couchet : D’accord. Vas-y Jean-Michel si tu veux compéter.

Jean-Michel Boulet : Compléter et prendre le contre-pied, en fait, parce que je ne vis pas ça. C’est-à-dire que dans les demandes qu’on a je suis plutôt avec des spécialistes métiers qui ont, justement, pointé le fait qu’ils ont un manque de maîtrise sur certains points et ils ont une demande précise. Pour nous ça commence par, ça en fait. Ça commence par une prise de connaissance des attentes, des besoins très précis pour découper une formation sur mesure. Pratiquement toutes les formations qu’on a c’est que le besoin est pointé et les stagiaires sont là parce qu’ils savent qu’ils ont besoin d’apprendre pour continuer à travailler.

Marie-Jo Kopp Castinel : On en revient au public. En préparant cette émission, on s’en est bien rendu compte avec Jean-Michel. On n’a pas les mêmes préoccupations parce que ce n’est pas du tout le même axe de formation, en effet. Quand vous formez des gens en leur disant « on change d’outil bureautique, on forme sur un nouvel outil », il n’y a pas d’aboutissement, d’objectif précis, en fait, il faut juste qu’ils retrouvent leurs petits. En effet Jean-Michel, quand tu fais du QGIS ou des choses comme ça, c’est clair que le gars sait pourquoi il doit être formé.

Frédéric Couchet : Ça va justement être l’occasion de préciser pour les personnes. Je vais laisser chacun et chacune expliquer son métier de formation, son cœur de métier. Je vais préciser que QGIS est un outil, un système de gestion d’informations géographiques dont on parlera sans doute prochainement dans Libre à vous !.
OpenGo je rappelle le site web, opengo.fr, quels types de formation donnes-tu Marie-Jo ?

Marie-Jo Kopp Castinel : On est vraiment spécialiste bureautique, donc accompagnement beaucoup dans les collectivités, parfois grosses associations ou entreprises privées, mais principalement collectivités ; c’est aujourd’hui l’activité principale. Ce sont vraiment des projets. Un projet de migration ce n’est pas que de la formation : il y a la formation, il y a la reprise documentaire, il y a la conduite du changement, il y a la communication, ça c’est le projet complet. C’est vrai que dans ce cadre-là de formation, les gens n’ont pas envie d’être en formation, ils n’ont pas envie qu’on leur enlève leur outil. C’est une partie de l’activité qui est très importante, c’est quand même la spécialité.
OpenGo fait aussi de la formation en infographie, fait aussi des formations. On n’a pas le même vocabulaire avec Jean-Michel, lui parle de formation ingénierie, moi je parle de formation action, c’est-à-dire que j’ai aussi de clients où on va. Dernièrement, j’ai formé un responsable et une directrice financière sur du tableur, sur Calc, mais ce n’était pas dans le but de faire du Calc, c‘était dans le but de monter les budgets, les comparatifs, donc là aussi on est dans de l’ingénierie. C’est vrai qu’on va faire ça aussi.
Donc c’est plus souvent, en effet, de la formation. Il y a toujours un programme spécifique puisqu’on ne fait que de l’intra et du spécifique aussi.
J’en reviens à l’outil. La bureautique ce n’est pas toujours dans un but précis, c’est dans un but d’apprentissage du logiciel. Là, par contre, j’étais à Annecy ce matin, je reviens d’Annecy. J’accompagne les pompiers sur un projet avec Draw, LibreOffice Draw, là on sait exactement ce qu’on doit faire. C’est passionnant parce qu’on doit justement arriver à la finalité de l’outil métier qu’on est en train de créer avec l’outil Draw, mais c’est assez rare. Dans les migrations, et c’est vraiment une grosse différence avec Jean-Michel, on a des publics où là, en effet, il n’y a pas une finalité, il faut apprendre le nouvel outil, mais après on ne sait pas ce que les gens vont en faire, selon leurs usages.

Frédéric Couchet : D’accord. Ça c’est OpenGo, Marie-Jo.
Toi, Jean-Michel, de 2i2l.fr, tu fais de l’ingénierie. J’aimerais bien que tu nous expliques ce qu’est l’ingénierie, notamment pour les auditrices et auditeurs qui nous écoutent.

Jean-Michel Boulet : C’est historique. Je suis un formateur en enquêtes statistiques, statistiques, analyse de données, depuis 20 ans. Dans mon travail je suis plutôt avec des chefs de projet ou avec des services qui ont des besoins de répondre à des questions.
En fait je suis parti là-dessus dans le début des années 2000 et aujourd’hui j’ai agrégé un ensemble de spécialistes autour de moi. Comme ce ne sont que des spécialistes, eh bien on en vient à faire des formations pour des spécialistes métiers, des chefs de projet, des ingénieurs, etc., sur des projets.
Pour vous donner quelques exemples, vous parliez de QJIS juste avant. QJIS est une application pour faire de la cartographie 2D, donc pour faire des cartes et qu’est-ce qu’on fait avec des cartes ? On fait beaucoup de choses. Par exemple avec QJIS on peut faire de la construction de cartes dynamiques pour la gestion de PLU, les plans locaux d’urbanisme. Toutes les collectivités, en France, ont besoin d’utiliser des logiciels comme ça pour faire les projets sur leur territoire. QJIS sert à ça et, aujourd’hui, on arrive à faire avec QJIS des choses que ne permettent pas de faire d’autres logiciels propriétaires, en particulier des aspects dynamiques, comme ça, de construction de cartes.
D’autres exemples que je pourrais donner en cartographie, en cartographie 3D, trois dimensions : il y a un outil logiciel libre qui s’appelle ??? qui permet de faire des projections des terres submergées par les eaux dans les bassins versants. Vous avez de l’eau qui s’écoule le long d’une rivière et vous avez, avec ???, la possibilité de modéliser en 3D toute la prise d’eau sur tout le territoire. Donc ça permet d’avoir des projections avec l’élévation du niveau de la mer, des choses comme ça.
On peut faire de la formation-intervention sur OpenStreetMap, sur la maîtrise des contributions à OpenStreetMap, sur la réalisation de cartes spécifiques pour le vélo avec des calculs d’itinéraire. Là, en fait, on va avoir des besoins où le formateur n’intervient pas uniquement avec des connaissances du logiciel, mais il intervient aussi avec de la méthodologie métier, des compétences métier qui sont assez élevées en fait. Pratiquement tous les formateurs, c’est du bac + 5 au niveau des interventions.
Je peux vous donner d’autres exemples. On peut faire des formations, je peux vous en donner qui font sourire parce qu’elles sont rares, mais on peut faire du FFmpeg par exemple sur des flux vidéos sur la déformation de carlingue des avions dans les espaces de soufflerie.

Frédéric Couchet : FFmpeg, c’est un outil, c’est une boîte à outils on va dire magique pour traiter effectivement de la vidéo, de l’audio, on l’utilise d’ailleurs beaucoup à l’April. C’est vraiment quelque chose de pointu, de haut niveau. Je suppose que tu fais aussi des formations de développement dans le cadre de ce que tu appelles ingénierie, de la création d’applications ?

Jean-Michel Boulet : Oui, évidemment, il y a des choses plus classiques. On fait aussi simplement de la bureautique parce que c’est toujours intéressant d’aborder, de rencontrer. On a des clients qui le nous demandent par rapport à des formations spécialisées et on en vient à faire des choses plus génériques.
Tout ce qui est générique, on fait du développement. Oui, on fait du développement, principalement du Python ; en ce moment c’est plutôt ça.

Frédéric Couchet : Justement j’ai une question. Tu viens de parler de clientèle. Comment trouvez-vous vos clients ? J’ai l’impression que votre public cible est assez différent. Marie-Jo, comment trouves-tu tes clients ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Je voudrais juste rajouter, parce que j’ai parlé de LibreOffice, c’est un peu réducteur. Tout à l’heure tu as parlé des outils collaboratifs, bien sûr arrive maintenant en formation me concernant tout ce qui est la partie NexCloud, outil collaboratif. Là on n’est que dans du spécifique parce qu’à chaque entité en NextCloud on retrouve OnlyOffice derrière ou Collabora Office, ça dépend, mais il y a beaucoup d’ OnlyOffice derrière. C’est juste pour élargir sur le monde du poste de travail. Moi je suis vraiment basée poste de travail.

Frédéric Couchet : Avant que tu répondes à la question, on va juste préciser que NextCloud est un environnement de travail collaboratif qui intègre agenda, qui intègre de la bureautique, enfin plein de choses. Vraiment quelque chose qui est un gros développement et il y a des administrations importantes qui migrent, il y a même des structures privées et autres. Je crois, de mémoire, si je me trompe Adrien me corrigera, qu’il y a une instance NexCloud proposée par le Chapril. Si vous voulez partager des photos dans votre famille ou un agenda avec votre famille, vous pouvez aller sur chapril.org.
Je reviens à ma question, Marie-Jo, comment trouves-tu ta clientèle ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Concernant les collectivités, je ne la trouve pas, je réponds à des appels d’offre. C’est un gros travail, surtout quand on est une TPE, c’est toujours le vrai problème qu’on a sur PLOSS- RA avec toutes les entreprises, d’où le combat qu’on a, on en reparlera tout à l’heure, que les appels d’offre ne soient pas complètement pipés parce que c’est un énorme travail que de répondre à appel d’offre, même, entre guillemets, un « petit appel d’offre simple », la bureautique c’est assez simple, c’est quatre-cinq jours de boulot pour répondre à un appel d’offre. Les collectivités ce ne sont que des appels d’offre. Après, ça peut être des devis, des appels à projet avec des devis. Sinon, j’ai créé ma première société en 1996 et, en gros, j’ai la chance de ne pas avoir perdu de clients. Donc à force, par réseau, par connaissance et puis justement, on peut en parler maintenant, par le monde libriste en fait. Je pense que le monde libriste est un peu petit et on se connaît les uns les autres. Une fois j’ai formé des gens grâce à l’April, ils m’avaient trouvé sur le site de l’April.
Donc ça va être du réseau, du bouche-à-oreille et des appels d’offre.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vais juste préciser avant de passer la parole à Jean-Michel sur le même sujet, que tu as cité PLOSS-RA, on va dire que PLOSS-RA c’est le regroupement d’entreprises libristes de la région Rhône-Alpes, tout simplement

Marie-Jo Kopp Castinel : Auvergne-Rhône-Alpes.

Frédéric Couchet : Auvergne-Rhône-Alpes, excuse-moi, ça a changé il y a quelques années, donc Auvergne-Rhône- Alpes.
Même question Jean-Michel, comment trouves-tu ta clientèle et quels types de clients as-tu ?

Jean-Michel Boulet : Puisque vous parlez du PlOSS-RA, je vais vous parler d’Alliance Libre.

Marie-Jo Kopp Castinel : Alliance Libre c’est du côté de Nantes.

Jean-Michel Boulet : C’est le cluster des Pays de la Loire et de Bretagne qui rassemble les entreprises ; les entreprises adhérentes d’Alliance Libre sont des entreprises qui font du Libre, l’idée c’est bien ça, c’est de nous mettre en réseau : ça rassemble historiquement Cap Libre qui était à Rennes. Donc on fait Pays de la Loire, Bretagne. On fait en sorte de se connaître. Alliance Libre ce sont 36 numéros SIRET, sociétés, 350 salariés, ça varie, à peu près 350 personnes qui travaillent sur le Libre.
Je continue à répondre toujours dans l’idée de comment je trouve mes contrats. Forcément, bien sûr, c’est le réseau du Libre.
À Nantes, au périphérique sud de Nantes, on est dans un bâtiment où il y a pratiquement 50 personnes dans un bâtiment où on fait tous du Libre, c’est le siège social de l’association Alliance Libre. Donc tous les jours, dans les deux salles de formation, on est parmi des libristes.
Ça c’est une première chose, comment on trouve des contrats.
J’ai envie de dire aussi aujourd’hui que ce n’est pas l’entrée principale. Il n’y a pas longtemps j’ai fait des calculs par rapport à l’année 2020, vu qu’elle n’a pas été terrible, j’ai plus de la moitié de mes contrats qui sont des anciens clients. On fonctionne depuis 2006, donc heureusement là, cette année, plus de la moitié sont des anciens clients.
En fait il y a l’aspect réseau libriste, l’aspect on a un peu de bouteille donc on a des clients et, pour une minorité, le site web. Ce n’est pas énorme, ce n’est pas le principal. J’ai envie de dire avant ça, c’est vraiment du réseau en dehors du Libre, c’est tout le réseau qu’on fait en dehors du Libre puisque j’ai parlé du Libre avant.
Donc j’ai envie de dire le Libre, les anciens clients, du réseau et puis un petit peu le site web, mais pas trop. J’ai envie de rajouter, j’avais envie de dire rien des réseaux sociaux, mais, en même temps, je n’y suis pas du tout !

Frédéric Couchet : Effectivement !
Avant la pause musicale, je vais préciser que PLOSS-RA, Auvergne-Rhône-Alpes et Alliance Libre Pays de la Loire et Bretagne sont membres d’un réseau plus important encore qui est le Conseil National du Logiciel Libre, cnll.fr.
On va faire une petite pause musicale avant de poursuivre notre discussion. Nous allons rester avec Jahzzar. On va écouter Ashes par Jahzzar. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Ashes par Jahzzar.

Voix off :

Deuxième partie

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Ashes par Jahzzar, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA. Vous trouverez une présentation de l’artiste sur le site auboutdufil.com et le site de l’artiste est sur soundcloud.com.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France, partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
N’hésitez pas à participer à notre discussion en vous rendant sur le salon web de la radio, site causecommune.fm, bouton « chat » et vous nous rejoignez sur le salon #libreavous.

Nous parlons actuellement avec Jean-Michel Boulet de la société 2i2l.fr et Marie-Jo Kopp Castinel de la société opengo.fr de formation professionnelle et de logiciel libre. On va poursuivre la discussion.
On parlait juste avant la pause de la clientèle de Jean-Michel et de Marie-Jo. J’ai aussi envie de vous demander comment vous travaillez. Est-ce que vous travaillez seul, avec des partenaires, des sous-traitants ? On va commencer par Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Je travaille avec des prestataires libristes, on va insister là-dessus, mais pour former au logiciel libre il faut avoir des libristes convaincus, sinon ça ne peut pas bien se passer.
Donc je travaille avec plusieurs personnes qui sont souvent auto-entrepreneurs, quand il y a des gros projets où il faut qu’on soit plusieurs formateurs notamment simultanés ; le Covid a un petit peu bloqué le truc. Donc me concernant, je travaille avec des sous-traitants qui sont en général auto-entrepreneurs.

Frédéric Couchet : D’accord. Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Même chose, bien sûr. J’ai envie de préciser que 2i2L, au-delà d’être un centre de formation, c’est aussi un agrégateur de compétences. En fait, je travaille des gens avec lesquels je fais en sorte que ça devienne un réseau. C’est-à-dire que les formateurs connaissent une partie métier, ils sont passionnés par leur métier, ils ont une préférence pour le logiciel libre et ils ont une bonne connaissance du monde du logiciel libre. C’est ce qu’on appelle les libristes.
Au-delà de ça, beaucoup travaillent ailleurs. Ce sont soit des maîtres de conférences par exemple à la fac, des chefs de projet sur des sociétés, des indépendants, des salariés d’entreprises spécialisées. Je reviens sur la question d’avant, les contrats par rapport à ce qu’ils font, par rapport à ce qu’ils savent que l’on peut faire sur 2i2L. Donc on travaille avec ces gens.
Tout à l’heure on parlait d’Alliance Libre, mais ce ne sont pas forcément que des gens d’Alliance Libre. J’ai parlé de maîtres de conférences à la fac. L’idée c’est vraiment d’avoir des spécialistes, d’avoir des spécialistes métiers dans des domaines, capables de défendre un logiciel. Voilà les gens avec lesquels on travaille. C’est plutôt de cette façon-là qu’on se retrouve, sur une passion, sur un logiciel, sur un métier.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc de l’expertise libriste passionnée. Est-ce qu’il y a en a suffisamment en France pour couvrir les besoins de vos clients, Marie-Jo ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Très clairement non. Dernièrement j’ai fait un appel sur un réseau, je n’utilise qu’un réseau social, au moins un par rapport à Jean-Michel, et c’est très compliqué de trouver des compétences.
Je reviens à la bureautique qui est quand même ma spécialité. J’avais déjà eu le cas, j’avais embauché en 2014, donc j’avais des salariés pour le coup, c’était très compliqué et j’avais fini par passer par les réseaux de communautés du Libre en disant « si vous connaissez LibreOffice, moi je vous formerai à la pédagogie, je sais faire il n’y a pas de souci ». Donc il y a un vrai problème qui provient de l’école, on en revient à l’enseignement, ça fait aussi partie des combats du PLOOS d’essayer d’agir au niveau de l’école, l’Éducation nationale, etc., on connaît toutes les histoires, enfin nous les connaissons, peut-être pas tous les auditeurs. C’est assez scandaleux de fermer, de formater les jeunes. Ils sortent de leurs études, si c’est scientifique c’est bon, ils connaissent le logiciel libre, mais dès qu’on est dans d’autres études, ils sont tombés tout petits dans un truc et on les a formatés, donc il n’y a pas de compétences. Même dans les écoles ensuite, dans le secondaire, les gens ne sont pas nécessairement formés sur des choses comme ça. Donc c’est un vrai souci de recruter et on essaye de beaucoup agir au niveau association. À Lyon, on organise le Campus du Libre avec l’INSA [Institut National des sciences appliquées] pour justement se tourner vers les étudiants, pour que les étudiants connaissent et se mettent dans le Libre.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que tu as le même sentiment, le même constat, Jean-Michel ?

Jean-Michel Boulet : Je suis d’accord avec Marie-Jo, mais je n’ai pas le même vécu par rapport à ça. C’est-à-dire que 2i2L ne cherche pas à recruter des formateurs. Bien sûr, on est ouvert à intégrer des formateurs, mais si je vous explique comment je fonctionne, c’est différent.
Pour nous, l’idée, en fait, c’est de se faire plaisir dans la formation. Il y a d’autres critères pour avoir une bonne formation, tu poseras peut-être la question après, mais se faire plaisir c’est pour moi un des points principaux. Je n’ai pas envie de rechercher un formateur pour assurer une formation. L’idée c’est plutôt le contraire. C’est-à-dire que j’intègre dans le catalogue de 2i2L des gens que je rencontre ou qui me sont en lien par cooptation, par réseau et qui viennent me dire « moi je fais ça, j’utilise ce logiciel professionnellement, c’est une bombe, j’ai envie d’en parler, on n’en parle pas assez, il n’y a pas de formation sur le Web, je te propose une formation ». Et là je dis banco, on y va, on va se faire plaisir. On va faire une formation.
C’est pour ça que tout à l’heure je vous parlais de Ffmpeg, c’est improbable mais pourquoi pas !, et on en fait. Je peux vous donner autre chose, par exemple Emacs ; ça va faire rire les gens, on a fait des formations Emacs.

Frédéric Couchet : Explique en une phrase ce qu’est Emacs.

Jean-Michel Boulet : Non, je ne peux pas. À part le café, Emacs fait à peu près tout !

Frédéric Couchet : À l’origine Emacs est un éditeur de texte qui existe depuis une trentaine d’années. Aujourd’hui c’est quasiment un environnement de travail où on peut tout faire. Par exemple je lis mes courriels sur Emacs, je fais de la messagerie instantanée sur Emacs. Effectivement, c’est ultra-technique.
On va essayer d’avancer parce qu’en fait que le temps file.
Tout à l’heure, en introduction, on a parlé de l’importance de la formation. J’ai une question : quels sont les points clés, les deux-trois points clés ou bonnes pratiques pour une formation réussie, quel que soit le type de formation ? Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Le point clé, là encore je reviens à mes formations de formateurs, 95 % de la réussite d’une formation se situe avant l’entrée dans la salle. C’est-à-dire avoir préparé les objectifs, avoir identifié les publics, avoir préparé des exercices en lien, quand même, avec l’endroit où on va : si on forme des comptables, on ne va pas mettre les mêmes chose qui si on forme une secrétaire, etc., parce que ce ne sont pas les mêmes usages de la bureautique, ils ne manipulent pas les mêmes données. Donc pour moi c’est vraiment la préparation et c’est peut-être là où on voit les organismes de formation entre guillemets « sérieux ». Une fois je l’ai vécu, quand on me dit « j’ai besoin que vous veniez former un groupe de personnes – c’était sur Word à l’époque – tel jour et tel jour pendant deux heures », je ne peux pas répondre à cette question. C’est d’abord : quels sont les objectifs, quels sont les niveaux ? J’envoie beaucoup de questionnaires d’audit de niveau sur des fonctions avancés pour m’assurer d’avoir les mêmes objectifs à atteindre et la notion de groupe homogène ou hétérogène. Je vais laisser Jean-Michel compléter là-dessus parce qu’il le vit aussi.

Jean-Michel Boulet : Oui. Les trois points c’est en effet de la procédure et on va en parler après avec Qualiopi, je pense. Les procédures sont très importantes. Il faut savoir à quel objectif on va répondre. C’est un point important. Moi je ne le vis pas, c’est plus Marie-Jo qui voit ça. Mais, d’une manière générale, je ne suis pas en lien avec un service formation qui me demande une formation. Je suis en lien avec un chef de projet, un expert métier qui ne dit « on a besoin de ça ». Donc nous, on n’a pas trop de problèmes par rapport à ça. On arrive à fixer les attentes assez vite.
C’est vrai que quand on passe par un service formation, quand on a une personne administrative en face de soi qui nous dit « on a besoin d’un devis pour telle formation », je dis la même chose que Marie-Jo. On peut envoyer un devis, c’est bien, mais si on ne connaît pas les stagiaires, si on ne sait pas s’ils utilisent déjà l’application ou s’ils sont en cours de migration, on ne peut pas proposer quelque chose dans ces cas-là.

Frédéric Couchet : Donc vraiment l’importance de la préparation en amont avec un audit, un questionnaire.

Jean-Michel Boulet : Oui. Préparation en amont et feed-back en fin de formation. C’est-à-dire qu’on a aussi besoin d’avoir un retour si on s’est planté ou pas. On s’en rend compte assez vite, il n’y a pas de problème. Je ne suis pas toujours devant les stagiaires, mais en tout cas pour l’organisme de formation, quand ce sont d’autres formateurs qui interviennent, on a des procédures de questionnaires, on a deux-trois types de questionnaires qui font que, par le retour, on sait si on a bien répondu aux attentes.

Frédéric Couchet : D’accord.
Je vois sur le salon web une question de Marie-Odile qui demande ce que vous pensez de Pix. Est-ce que ça vous sert pour faire le point ? Pix, p, i, x. Est-ce que tu veux dire ce que c’est, par ce que je ne suis pas sûr de savoir ce que c’est ?

Jean-Michel Boulet : Je ne sais pas si Marie-Jo veut le dire parce que c’est plus son domaine.

Marie-Jo Kopp Castinel : Je ne connais pas.

Jean-Michel Boulet : Tu ne connais pas ! Pix, c’est une structuration un peu différente de ce qu’on appelait le C2i.

Frédéric Couchet : Certificat informatique et internet à l’époque.

Jean-Michel Boulet : Il y avait le B2i au collège

Frédéric Couchet : Brevet Informatique et Internet.

Jean-Michel Boulet : Voilà en gros, puis lycée et à la fac il y avait le C2i, Certificat informatique et internet. 2I2L vient un peu de là parce que j’ai fait du C2i, informatique et Internet et après logiciel libre.
Le Pix c’est ça, c’est une structuration de points clefs à maîtriser, donc, en fait, c’est un découpage de connaissances à avoir, de compétences à acquérir, qui sont formalisées sur un site internet qui s’appelle pix.fr.

Frédéric Couchet : D’accord.

Marie-Jo Kopp Castinel : Je peux rebondir là-dessus. J’ai l’occasion de rendre hommage à un grand monsieur qui nous a quittés, qui s’appelait Jean-Yves Royer. Par contre il m’avait bien expliqué le C2i, parce que lui s’est aussi battu toute une vie pour que dans ces trucs-là on ne parle pas que de Word et d’Excel. Ça fait plusieurs années que je n’ai pas suivi. Je ne sais pas si ça a beaucoup évolué. Il faudrait demander à la personne, Marie-Odile, parce que c’est le problème de ces compétences où là encore, pour tester les gens, eh bien on leur met un Word et un Excel dans les pattes. Ils n’ont pas le choix alors qu’ils devraient avoir le choix de l’outil qu’ils utilisent. Je ne sais pas si ça a avancé, si elle peut nous répondre.

Frédéric Couchet : En tout cas, elle nous écoute et je crois que ça pas beaucoup avancé vu les émissions qu’on a faites récemment sur l’éducation plusieurs fois. On va en refaire, évidemment.
Tu voulais ajouter quelque chose sur cette partie Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Juste dire, je reviens toujours à ça, c’est que Pix est très généraliste, ça va plus concerner les personnes avant leur entrée dans la vie active. Parce que quand on est dans la vie active, quand les personnes ont un poste de travail là, du coup, elles ont besoin de formation professionnelle qui réponde à leur demande quotidienne de compétences et c’est différent.

Frédéric Couchet : D’accord.
On vit évidemment une période particulière et vous êtes bien placés aussi pour le savoir parce que souvent, quand on pense formation, on pense à présentiel, c’est-à-dire une salle de formation avec un formateur ou une formatrice. Ces derniers mois ont dû chambouler un petit peu vos formations. Tout à l’heure on a parlé d’outils de visioconférence comme BigBlueButton. J’ai envie de vous demander aujourd’hui comment vous avez vécu cette période ? Est-ce qu’il y a eu des choses positives, négatives ? Les formations en présentiel, le mix, avantages, inconvénients ? Voilà. Comment avez-vous vécu cette période et comment comptez-vous vous organiser, comment vous vous préparez pour la période qui vient qui continuer parce que, aujourd’hui, rien n’est réglé au niveau de la pandémie ? La formation en présentiel versus formation à distance ? Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Le premier confinement ça a été la catastrophe puisque tout s’est arrêté, annulé, on va dire du mois d’avril pratiquement au mois de septembre. Basculer de présentiel à distanciel ça ne se fait pas comme ça, donc j’ai revu complètement le découpage des formations. Ça a été un travail énorme. J’ai aussi fait le choix de la solution BigBlueButton qui est une solution de classe virtuelle exceptionnelle à mon sens.
Aujourd’hui je dirais que le gros du projet, qui me prend le plus de temps, est en place. Pour le plus de la formation en distanciel, je pensais que ce n’était pas possible de faire du savoir-faire numérique en distanciel. Si, et ça je sais que Jean-Michel complétera. Il y a des choses très bien qui sont liées au distanciel. Le souci majeur, pour moi, qui reste par rapport au distanciel, c’est qu’il faut que ça marche, c’est-à-dire qu’il faut que les apprenants aient l’ordinateur, la caméra, le micro et le bon logiciel. Ces apprenants, quand ils ne sont pas au bureau ils sont chez eux. Si on savait que tout le monde se reconnecte tel jour et on qu’avance ensemble, pour moi ce serait vraiment une solution. Alors elle ne convient pas à des débutants en informatique, il faut quand même que les gens aient une certaine autonomie, mais elle a des points très positifs. Et puis, pour le formateur, en effet c’est plus cool en effet de ne pas se déplacer.
Après, moi j’ai besoin de contact, je suis une grande kinesthésique, j’ai besoin de voir les gens, de les toucher. J’ai repris depuis une semaine en présentiel avec le plus grand des bonheurs, mais je reconnais que le distanciel a certains atouts. Je sais que Jean-Michel va le dire aussi, je lui laisse raconter cette période.

Frédéric Couchet : Dans la préparation, je crois, Jean-Michel, que tu as dit : « Je me suis fait plaisir ». Est-ce que tu peux nous expliquer ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Moi aussi j’ai fini par me faire plaisir !

Frédéric Couchet : Toi aussi ! D’accord. Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Oui, en fait clairement. Ça a été une obligation qui a vite été transformée en plaisir.
Déjà on a tous les outils. Comme Marie-Jo, comme tout le monde en France, avril-mai ça a été le black-out, voilà, terminé ! Du coup il fallait réagir assez vite. Donc la réaction a été de prendre en main les outils nécessaires pour faire les formations à distance.
On a une chance incroyable dans le Libre, je le savais avant, mais il fallait ce moment-là pour y rentrer, c’est qu’on a tous les outils qui vont bien et il n’a pas fallu longtemps, fin avril j’avais tous mes outils, que ce soit Chamilo, Moodle, Open edX qu’on a testé pour la formation à distance, mais aussitôt on est passé sur BigBlueButton évidemment, Etherpad que j’utilisais avant. On a utilisé des pratiques différentes, des usages, Collabora, OnlyOffice dans NextCloud, LimeSurvey pour les formulaires et les procédures en ligne. On a tous les outils. Donc déjà ça.
Ensuite, là où ça a été un plaisir en effet, ça a été de pouvoir monter des procédures pédagogiques, d’apprendre à transmettre du savoir d’une autre façon. Comme on maîtrise tous ces outils-là, du coup on a placé les bons outils aux bons endroits, où on avait besoin de les avoir. On a monté, en fait, ce qui était nécessaire. Depuis les premières formations au mois de mai, je n’ai pratiquement fait que de la distance, que de la formation à distance.
Ce qui a changé aussi c’est que toutes les formations qu’on faisait puisqu’on se déplaçait sur toute la France, même au-delà, eh bien quand on se déplace pour une formation de deux, trois, quatre jours, du coup on essaye de condenser la formation, mais là ce n’est plus pareil. Avec la formation à distance on a découpé en matinées. C’est-à-dire que maintenant toutes les formations c’est une demi-journée. Donc plein de matinées, toutes les matinées sont prises pour faire des formations. Pour les stagiaires ça devient plus flexible aussi. Du coup, dans la même journée, ils peuvent être en formation le matin et travailler à leur bureau l’après-midi. En l’occurrence ce n’était pas le bureau, c’était chez eux.
D’une manière générale la formation à distance a apporté, pour nous, de nouveaux usages avec de nouveaux outils et un plaisir de travailler sur un temps découpé.

Frédéric Couchet : J’ai justement une question sur ces nouveaux usages, mais juste avant est-ce que la formation à distance est plus fatigante pour le formateur ou la formatrice et même question pour les personnes qui suivent la formation par rapport à une formation purement présentielle ? Je ne sais pas qui veut répondre à la question. Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Très clairement, en présentiel, je suis épuisée, lessivée, à la fin de la formation ; mes stagiaires aussi, il n’y a pas de souci. En distanciel, ce sont les stagiaires qui me disent que c’est épuisant. Épuisant parce qu’ils sont à fond. Quand il y a un groupe, il y en a toujours un qui est en retard, qui va poser une question, les autres peuvent se reposer. En distanciel c’est chacun de son côté, c’est très compliqué aussi. Quand ils étaient à deux, c’était quand même plus simple pour eux ; il n’y a pas cette entraide qu’on a dans une salle de formation où les gens s’entraident. Là ils sont très seuls. Ce sont de bons utilisateurs qui me disaient « c’était super, mais je suis épuisé ». Je pense que c’est beaucoup plus reposant pour le formateur à mon avis. Peut-être aussi qu’en présentiel j’ai une certaine dynamique qui fait que je me vide complètement, mais pour moi c’est beaucoup plus reposant et c’est aussi le côté positif.

Jean-Michel Boulet : Je suis d’accord. C’est ça. C’est plus reposant pour le formateur. C’est peut-être plus de tension pour les stagiaires et c’est pour ça qu’on a découpé les formations en demi-journées. Pour moi une journée de formation c’est trop lourd.

Frédéric Couchet : D’accord.

Marie-Jo Kopp Castinel : Il y en a qui ont apprécié pour certains sujets, en respectant des pauses comme en présentiel, je fais 15 minutes de pause par demi-journée, que ce soit distanciel ou présentiel, en respectant les pauses, je n’ai pas vu le temps passer. C’est là où j’ai fini par me faire plaisir, je m’étais dit une journée ça va être monstrueux, c’est ce que disaient les gens « passer une journée derrière son ordinateur ça va être monstrueux ». En fait comme ils pratiquent, on est quand même sur de la pratique dans nos outils numériques, du coup ça passe très vite. Mais je pense que c’est lourd et qu’il vaut mieux, en effet, privilégier des demi-journées plutôt qu’une journée entière, ça se fait aussi, mais tu as raison.

Frédéric Couchet : D’accord. Je précise juste qu’il nous reste une petite dizaine de minutes. Avant de poser une nouvelle question, je vais juste préciser que vous pouvez découvrir les outils qu’on a cités, notamment en tout cas, sur le site du Collectif CHATONS avec un « S », chatons.org, qui est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, notamment BigBlueButton qui est un outil de visioconférence et de classe virtuelle.
J’avais justement une question Marie-Jo. Pendant la préparation, si je me souviens bien, tu m’as expliqué que cet outil de classe virtuelle qui propose de la vidéo, de partage d’écran, propose aussi une zone de chat et tu m’as dit que des gens qui ne s’exprimeraient pas en présentiel s’étaient exprimés sur la zone de chat. Est-ce que tu peux faire ce retour d’expérience ?

Marie-Jo Kopp Castinel : En plus, toujours pareil, Jean-Michel, dans des groupes on peut avoir des problèmes de hiérarchie, on peut avoir des problèmes de grands timides ou de grandes gueules. Eh bien des gens qui n’auraient pas ouvert la bouche dans un groupe, c’est le rôle du formateur de les suivre, vont facilement poser une question sur le chat, commenter quelque chose. Et puis il y a aussi le chat privé, il y a ceux qui vous écrivent. C’est compliqué à suivre le chat public et le chat privé qui consiste, je l’explique en deux mots : on a un outil de chat. Quand on écrit tout le monde voit ce qu’on écrit, mais on peut aussi écrire sur BigBlueButton en privé à quelqu’un, c’est-à-dire qu’à la personne. Moi j’avais des personnes qui me posaient des questions en chat privé, elles ne les posaient pas au groupe. C’est une gymnastique que de suivre les deux ! Du coup, des gens qui n’auraient certainement jamais dit autant de choses en présentiel, ont pu s’exprimer en distanciel, poser des questions.

Frédéric Couchet : Ça permet à des gens, comme tu viens de le dire, de s’exprimer alors qu’en fait ils ne l’auraient sans doute pas fait en présentiel. Ça fait finalement partie de ces apports positifs, quelque part, du distanciel.

Marie-Jo Kopp Castinel : Oui. De s’exprimer soit pour poser une question, soit quelqu’un qui serait peut-être plus avancé qui, en même temps, fait des tests, il est en même temps sur Internet, il vérifie, il fait des questions parallèles, il n’aurait pas bloqué une formation pour parler d’un sujet annexe. Alors que là on peut le faire.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que tu veux rajouter quelque chose, Jean-Michel, avant qu’on passe au dernier point ?

Jean-Michel Boulet : Non. On a des beaux outils et quand on utilise bien c’est parfait, c’est nickel. On profite !

Frédéric Couchet : Donc on a les outils, il faut monter en compétences, nouvelles possibilités pédagogiques.
On va aborder le dernier point. Tout à l’heure tu as parlé d’un mot, Qualiopi, qui a d’ailleurs fait réagir sur le salon un certain Dimitri, je ne sais pas si c’est le Dimitri qui fait de la formation et que je connais.

Jean-Michel Boulet : Si, je pense que c’est lui.

Frédéric Couchet : C’est lui ? Donc Dimitri Robert. On le salue.

Jean-Michel Boulet : On va parler de lui.

Frédéric Couchet : D’accord. Le dernier point c’est la problématique du financement de la formation professionnelle en France. Comme c’est un sujet qui est un petit peu particulier, un terrain glissant on va dire, peut-être, Jean-Michel, que tu pourrais commencer par expliquer ce qu’est Qualiopi, ce que tu voulais dire là-dessus.

Jean-Michel Boulet : Oui. Je vais reprendre un petit texte pour expliquer, mais c’est tout simple. En fait, Qualiopi c’est la future certification obligatoire pour les organismes de formation à partir du 1er janvier 2022. C’est une certification pour organismes de formation. Ça été pondu par la loi du 5 septembre 2018 et il faut le mettre en place au 1er janvier 2022.
Pourquoi est-on obligé d’être certifié ? Il faut savoir que quand on fait de la formation professionnelle, il y a des fonds qui interviennent. Il y a des fonds. Il y a un pourcentage du bulletin de salaire de chaque Français qui va à la formation professionnelle, qui est collecté avant c’était par les OPCA [Organisme paritaire collecteur agréé], maintenant ce sont les OPCO [Opérateurs de compétences]. Ce pourcentage sert à abonder, à permettre de monter des formations professionnelles.
Pour pouvoir profiter de ces fonds, il va falloir, à partir du 1er janvier 2022, être certifié Qualiopi. Voilà.
Ça permettra aussi d’avoir des formations auprès d’organismes publics parce que même les collectivités et l’État devront faire appel, savoir si on est certifié Qualiopi ou pas pour pouvoir assurer la formation.
Être certifié Qualiopi permettra aussi de savoir si l’organisme de formation a inscrit des parcours de formation au répertoire spécifique ou au Répertoire national de certification professionnelle, c’est-à-dire, en gros, là où on retrouve l’ensemble des formations.
En gros, Qualiopi c’est quoi ? C’est une continuité du Datadock. Datadock c’est un autre gros mot. Datadock c’était en 2017 ; maintenant on a Qualiopi. C’est une demande de structuration forte des organismes de formation.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est une bonne chose ?

Jean-Michel Boulet : C’est de l’administratif, c’est du pur administratif avec 32 indicateurs et 7 critères. Du coup, en fait c’est ce que je disais tout l’heure, c’est-à-dire la possibilité de prendre en amont les attentes exactes des stagiaires, d’avoir un feed-back en fin pour savoir s’il y a eu une bonne progression, d’avoir des échanges constructifs au-delà du temps de formation. C’est-à-dire qu’il y a tout un travail administratif.
C’est de la procédure et c’est de la procédure qui n’est pas finie, ce n’est pas près de s’arrêter parce qu’on est dans une démarche d’amélioration continue.

Frédéric Couchet : OK ! Marie-Jo, là-dessus tu veux réagir ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Je vais réagir un peu sous un autre angle. Datadock ce n’est un gros mot, c’était une certification qualité qui nous a permis à tous, justement, de remettre en place les bonnes procédures. Le but de Datadock c’était d’éliminer les petits organismes de formation, mais ils se sont accrochés et ils se sont certifiés pour la bonne raison que c’était du temps et on l’a fait.
Là où ce Qualiopi est absolument scandaleux c’est que c’est une certification qui coûte au minimum 5 000 euros. Donc là, en fait, il faut payer pour être certifié, il ne faut pas être meilleur que les autres, il faut payer.
J’en reviens au logiciel libre. 90 % des entreprises du Libre sont des TPE. Ça veut dire que demain si une entreprise veut se faire financier sa formation administration Linux, elle n’aura pas le choix de son prestataire si celui-ci n’a pas sorti 5 000 euros la première année plus 3 000 euros tous les deux ans pour avoir sa certification Qualiopi. Le but c’est toujours d’éliminer les petits organismes de formation et, dans le logiciel libre, ce sont des petits organismes de formation. Voilà ma vision de Qualiopi. On en reparlera, Jean-Michel, mais, quand une collectivité fait un appel d’offres, elle n’a rien à faire de Qualiopi ! C’est obligatoirement par appel d’offre, ils n’ont pas droit de faire de la formation sans appel d’offre.

Jean-Michel Boulet : Oui. Il y a autre chose à prendre en compte dans ce cas-là, c’est qu’on n’est pas obligé d’être certifié Qualiopi pour survivre en tant que centre de formation parce que, de toute façon, c’est à peine un quart des formations qui passe par les OPCO.

Frédéric Couchet : OPCO, Opérateurs de compétence. On a cité beaucoup de mots clefs.

Jean-Michel Boulet : Je voudrais dire une dernière chose à propos de Dimitri qui est sen ligne. Il y a un projet de Dimitri de développement d’une application pour répondre à la demande de structuration Qualiopi  et Dimitri en fait un logiciel libre en AGPL. J’ai mis le lien sur le site de l’April.

Frédéric Couchet : D’accord. On mettra la référence. Dimitri Robert. L’AGPL est une licence libre, notamment dédiée pour les services, les sites web, etc.
Je suis désolé, mais les intervenants suivants viennent de rentrer, en tout cas ils attendent sagement derrière la vitre.
Il reste deux minutes à chacun et chacune si vous avez un message à faire passer, un résumé, une actualité ou un besoin. On va commencer par Jean-Michel, mais vraiment deux minutes maximum.

Jean-Michel Boulet : L’actualité c’est toujours d’améliorer le catalogue et d’avoir des spécialistes qui sont capables de défendre des logiciels libres qu’ils apprécient. Donc trouver des personnes qui se font plaisir dans la formation pour monter les formations, en avoir plus.
L’idée c’est aussi de bien faire penser à tout le monde que s’il y a des migrations vers le logiciel libre, ce n’est pas moins cher que du logiciel propriétaire. Généralement, on dit qu’il faut le pointer l’argent des licences vers la formation professionnelle ; c’est un point qu’on ne dit pas assez : arrêter de payer des licences de logiciels, c’est utiliser l’argent sur des budgets de formation professionnelle parce qu’il faut accompagner les migrations ; c’est le changement.
Et puis dire aussi que quand vous travaillez avec des spécialistes qui sont dans le Libre ce sont généralement des gens qui sont intégrés dans les communautés et que les formations professionnelles c’est aussi un moyen de voir quels sont les problèmes qui sont posés par l’application, voire les bugs et les choses comme ça et généralement les formateurs ont un rôle de faire remonter ces bugs et ces améliorations de logiciels, d’ergonomie et de choses comme ça.
Donc faire appel aux spécialistes du logiciel libre en particulier c’est s’assurer, d’un côté, que la personne connaît le logiciel, le métier, le monde du Libre, mais aussi, en arrière plan, qu’elle peut participer à l’amélioration de l’application.

Frédéric Couchet : Super Jean-Michel. Pareil, dernier mot de conclusion Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Il a dit pas mal de choses donc c’est tout bon.
En conclusion j’espère que monsieur Covid va nous laisser continuer à travailler, que le présentiel va quand même continuer. Dire n’arrêtez pas tout parce qu’on peut prendre des mesures ; on prend des mesures : on est moins dans les salles, on met des masques, etc. Formez-vous, bien sûr avec des gens qui connaissent et qui sont passionnés par l’outil parce que sinon ça se passera mal. Il y a des migrations qui se passent mal parce qu’on a pris les mauvais intervenants et ça se passe mal à la fin.
En espérant que cette année soit moins perturbée que 2020.

Frédéric Couchet : C’est tout ce qu’on peut espérer. En tout cas je conseille les personnes qui cherchent des intervenants et intervenantes de qualité professionnelle et libristes de faire appel à Marie-Jo Kopp Castinel de la société opengo.fr et Jean-Michel Boulet 2i2l.fr.
Je vous remercie tous les deux et je vous souhaite de passer une bonne fin de journée et à bientôt.

Marie-Jo Kopp Castinel : Merci beaucoup.

Jean-Michel Boulet : Merci. Fred. À bientôt. Au revoir

Marie-Jo Kopp Castinel : À bientôt. Au revoir.

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule sonore]

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre notre écoute de Jahzzar avec un morceau qu’il a écrit suite à sa visite de Paris il y a quelques mois ou années, je ne sais pas. Le titre s’appelle Boulevard St Germain. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Boulevard St Germain par Jahzzar.

Voix off :

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Boulevard St Germain par Jahzzar, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA. Cet artiste, comme je vous le disais, a fait un certain nombre de titres sous licence libre suite à sa visite de capitales ou peut-être de villes européennes. Vous les retrouverez sur le site de l’artiste, sur sa page soundcloud.com, et vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio causecommune.fm.

Vous écoutez toujours Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur causecommune.fm.

On va passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Que libérer d'autre que du logiciel » avec Antanak sur les systèmes d'exploitation libres pour téléphone mobile

Frédéric Couchet : « Que libérer d'autre que du logiciel », c’est la chronique d’Antanak. Des personnes actives de l’association Antanak se proposent de partager des situations très concrètes et/ou des pensées, mises en acte et en pratique au sein du collectif — reconditionnement, baisse des déchets, l’entraide sur les logiciels libres, l’appropriation du numérique par tous et toutes.
Aujourd’hui Isabelle et Freco vont continuer sur le thème des précédentes chroniques les systèmes d’exploitation libres pour téléphone. Je ne sais pas qui commence.

Freco : Bonjour.

Isabelle Carrère : Bonjour. C’est François, Fredo, qui va poursuivre son exposé là-dessus puisqu’on n’avait déjà pas mal avancé, François, sur ces sujets.

Freco : Oui. Donc 13 octobre et le 10 novembre derniers, on avait commencé par l’importance de la protection des données personnelles de son téléphone en utilisant notamment des logiciels libres. On avait évoqué jusque-là les systèmes libres basés sur Android. L’intérêt principal est de permettre d’avoir une compatibilité avec les applications Android.
Aujourd’hui donc, on va changer, on va parler uniquement des systèmes entièrement GNU/ Linux, qui ne sont donc pas basés sur le projet open source d’Android, mais bel et bien sur les différentes distributions GNU/Linux .

Isabelle Carrère : OK. Du coup, avec eux, on peut retrouver directement ce qu’on a sur PC, pareil sur un téléphone ?

Freco : Suivant les systèmes, oui, c’est possible techniquement. Après, les logiciels pour PC sont développés sur un écran d’ordinateur, bien plus grand que celui d’un smartphone, donc si vous pouvez concrètement installer des applications pour PC, les utiliser ne sera pas forcément possible.

Isabelle Carrère : Ça permet quand même de garder ses repères sur son téléphone de la même manière que sur un PC, comme pour les mises à jour ?

Freco : Cela dépend encore des versions. Typiquement, pour garder les mêmes réflexes que sur PC, il faudra choisir, par exemple, la version pour téléphone de Debian, qui est la mère de la majorité des distributions grand public.

Isabelle Carrère : Et ce système est disponible pour quels appareils ?

Freco : Ce système est encore tout frais et il vient de sortir pré-installé sur un téléphone entièrement libre, le Librem 5 de la société Purism, qui a adapté ce système en le nommant Pure OS, système qui a d’ailleurs pu recevoir le tampon de Richard Stallman comme étant validé 100 % libre.

Isabelle Carrère : Ah, si Richard Stallman a validé ! Le pape du logiciel libre depuis 1984 !
Est-ce que l’on peut l’avoir sur d’autres appareils ?

Freco : Pour l’instant, celui-là vient d’apparaître en version communautaire sous le nom de Mobian, installable sur le PinePhone, un autre appareil spécifique GNU/Linux. Ici, la démarche du PinePhone est différente de celle du Librem 5. La société Pine64 propose ici un téléphone peu cher, avec du matériel libre, et laisse le travail à chaque communauté de préparer un système pour cet appareil, ce qui permet de booster le développement des distributions.

Isabelle Carrère : Est-ce que tu penses qu’on peut le conseiller d’ores et déjà à Antanak pour le grand public ?

Freco : Alors là, cet appareil est au départ conçu pour les développeurs des communautés GNU/Linux qui peuvent, d’ailleurs, démarrer directement un système depuis une carte micro-SD externe. Vous pouvez ainsi tester facilement une distribution parmi la vingtaine de disponibles, sans écraser votre système !

Isabelle Carrère : OK. Ça fait penser au démarrage d’un PC à partir d’une clef USB, par exemple ?

Freco : Oui, c’est exactement ça, c’est exactement l’équivalent mais sur un téléphone.

D’accord. Tu dis 20 distributions ? Elles ne sont pas complètement toutes utilisables de la même manière.

Freco : Oui, forcément, certaines sont à des stades de développement assez précoces, où on peut juste démarrer l’interface graphique, sans forcément avoir les fonctions basiques d’un téléphone comme les SMS ou les appels.

Isabelle Carrère : OK. Il faut bien commencer par le début ! Je suppose que certaines autres distributions sont plus avancées. Est-ce qu’il en existe qui ont déjà prouvé qu’elles étaient utilisables au quotidien ?

Freco : Oui. Celle qu’on peut utiliser clairement c’est Ubuntu Touch qui se démarque du lot.

Isabelle Carrère : Ah bon ! Ubuntu Touch ? Je croyais que son développement a été abandonné ?

Freco : C’est l’entreprise Canonical, qui est derrière Ubuntu, qui a arrêté son développement en 2017, mais la communauté a repris aussitôt la relève.

Isabelle Carrère : OK ! Ubuntu, à Antanak on avait été embêté par ça, est-ce qu’ils proposent toujours par défaut des liens comme avec Amazon comme sur PC ?

Freco : Là du coup, vu que c’est maintenant 100 % supporté par la communauté, il n’y a pas de risques d’intrusions commerciales comme celle-là, par défaut, ainsi que dans le magasin d’application.

Isabelle Carrère : OK, là c’est communautaire. Et ils entretiennent à jour juste le système ou est-ce qu’ils le font vraiment évoluer ?

Freco : La différence, maintenant, c’est que de nombreux développeurs bénévoles remplacent un petit groupe de développeurs à plein temps et l’orientation choisie est clairement de collaborer avec les autres communautés afin d’avancer plus vite.

Isabelle Carrère : Et le développement d’Ubuntu Touch avance bien ?

Freco : Oui ! Même s’il y a encore plein de chose à faire, après avoir migré le système dans la version stable d’Ubuntu de 2016, ils ont déjà bien avancé la migration vers la version stable de 2020 qui se fera cette année.

Isabelle Carrère : Tu veux dire qu’ils vont se baser sur la version LTS, long-term support de 2020, la 20.04 ?

Freco : Oui ! C’est ça.

Isabelle Carrère : OK.

Freco : Cela permet de bénéficier directement des mises à jour d’Ubuntu. Elles sont ensuite proposées sous la forme de packs disponibles tous les deux mois environ pour le téléphone. Avec la dernière mise à jour, par exemple, ils ont amélioré nettement les performances du navigateur web et ils rajoutent régulièrement des améliorations de l’interface, en rajoutant quelques fonctionnalités.

Isabelle Carrère : OK. Est-ce que c’est aussi technique à installer que Lineage ?

Freco : Alors là, non, pas du tout. C’est même plus facile à installer qu’une distribution sur un PC. L’installation est totalement guidée et automatique. Et, avec leur dernière version, il n’y a même plus rien à faire sur le téléphone, il n’y a même pas besoin de faire des combinaisons de touches. C’est vraiment accessible à tous. Ubuntu Touch fonctionne très bien avec une vingtaine d’appareils, sachant qu’une autre vingtaine est en cours de maturation. La liste est disponible dans le premier lien du pad indiqué dans les commentaires de l’émission.

Isabelle Carrère : OK. Du coup ça donne envie ! Est-ce qu’il est complètement libre ? Est-ce que tous les composants sont fonctionnels comme le wifi, le GPS, le Bluetooth ?

Freco : Sur les téléphones, il est difficile d’avoir uniquement des pilotes libres disponibles sur du matériel propriétaire. Pour permettre de pouvoir profiter pleinement des fonctionnalités du téléphone, il a donc été choisi d’utiliser certains pilotes non libres d’Android, mais de les cloisonner afin qu’ils ne puissent rien faire d’autre que ce qu’on leur demande.

Isabelle Carrère : Et ça marche bien ?

Freco : Oui ! Tout est fonctionnel ! Après, il peut y avoir encore des progrès à faire sur certains points, comme la gestion du GPS.

Isabelle Carrère : Concrètement, au quotidien, cela donne quoi ? On peut donc le conseiller à tout le monde ?

Freco : Vu qu’on n’est plus sur une base Android, il faut bien avoir en tête qu’aucune application Android n’est compatible nativement. Après, en général, on peut retrouver un équivalent ainsi que toutes les applications classiques pour un usage quotidien. Il faut prendre ce qu’il y a de disponible et être flexible sur ses habitudes. Par exemple WhatsApp impose l’utilisation de son application propriétaire pour utiliser son service. Impossible donc d’avoir une application libre compatible WhatsApp.

Isabelle Carrère : En même temps, si on fait la démarche d’aller sur GNU/Linux c’est pour sortir des GAFAM, et surtout, tu as vu, WhatsApp vient d’annoncer qu’ils communiqueront leurs données à Facebook à partir du 8 février.

Freco : Ah bon ? Je croyais qu’ils le faisaient déjà ! Du coup, c’est vraiment l’occasion de franchir le cap et de sortir des GAFAM !
Il faut savoir que des geeks ont quand même réussi à la faire tourner cette application sur Ubuntu Touch en simulant un environnement Android, mais cette bidouille n’est pas encore totalement au point pour la conseiller au grand public. Dans ce cas, pour avoir les mêmes fonctionnalités, il faut se reporter sur une application équivalente, comme Signal ou Telegram qui marchent très bien pour les messages écrits, et dernièrement aussi pour les envois de messages vocaux. Par contre, les appels directs ne sont pas encore fonctionnels. Dans ce cas-là, il faudra se tourner vers LinPhone, la seule application qui permet aujourd’hui de passer des coups de fil par Internet, donc le protocole VoIP.

Isabelle Carrère : Du coup, tu dirais qu’il y a un profil type de l’utilisateur d’Ubuntu Touch ?

Freco : J’ai été surpris au stand de la dernière Ubuntu Party à Paris, où les utilisateurs d’Ubuntu Touch que j’ai rencontrés sont plutôt de l’ancienne génération, sensibles à la protection des données personnelles, et qu’ils considèrent le smartphone comme un téléphone ++ plutôt qu’un unique appareil qui remplace totalement un ordinateur. Il faut savoir qu’il y a même des grand-mères qui l’utilisent au quotidien.

Isabelle Carrère : Et des grands-pères ?

Freco : Oui ! Forcément, il y a aussi de nombreux geeks comme moi qui sont plutôt hyper-enthousiastes de montrer qu’il est possible d’utiliser au quotidien GNU/Linux sur son téléphone.

Isabelle Carrère : Donc tu en es satisfait, ça répond à tous les besoins que tu as ?

Freco : Oui. Moi je ne représente pas l’utilisateur classique, j’ai franchi le pas du smartphone il y a seulement deux ans et directement avec Ubuntu, donc je n’ai eu donc aucune habitude sur Android. Donc oui, je suis comblé par ce système fiable au quotidien, qui s’améliore avec le temps, qui rajoute de nouvelles fonctionnalités avec le temps. Tout cela compatible avec d’anciens téléphones disponibles entre seulement 50 et 100 euros. Donc c’est vraiment top pour lutter contre l’obsolescence logicielle et l’espionnage des données !

Isabelle Carrère : OK ! Et toi qui n’es pas un grand-père, franchement, tu n’as jamais eu envie d’utiliser d’autres applis ?

Freco : À vrai dire si, il y a quand même une application qui m’est utile, c’est Cesium qui permet de payer en monnaie libre Ğ1.

Isabelle Carrère : Du coup comment fais-tu ? Tu as un autre téléphone pour ça ?

Freco : Non. Il y a une solution parce qu’avoir un deuxième téléphone ce n’est pas marrant. Il est possible d’installer plusieurs systèmes sur le même téléphone, j’ai donc un multiboot au démarrage, c’est-à-dire qu’au démarrage je peux choisir Ubuntu Touch par défaut ou bien Lineage sans Google, que j’utilise juste pour utiliser Cesium, donc pour la monnaie libre, ou pour faire des démonstrations.

Isabelle Carrère : OK !Multiboot, on le fait sur les PC à Antanak, alors là, sur un téléphone, un truc de geek quoi ! Comme quoi c’est vraiment de plus en plus proche d’un ordinateur.

Freco : C’est ça. C’est pour montrer qu’on peut vraiment s’approprier le matériel

Isabelle Carrère : Ton appli Cesium pour payer en monnaie libre, c’est encore une monnaie alternative basée sur l’euro ?

Freco : Non ! Ça n’a rien à voir, c’est une cryptomonnaie, que l’on utilise sans dépenser un seul euro, sans banque, conçue par et pour les humains afin de répartir de façon équitable la création de monnaie, plutôt que confier ce privilège exclusivement aux seules banques.

Isabelle Carrère : Hou, la ! C’est un autre un vaste programme !

Freco : Si vous vous demandez ce qu’on peut libérer d’autres que les logiciels, je vous réponds, la monnaie !

Frédéric Couchet : Merci Freco et Isabelle. La libération de la monnaie sera sans doute un sujet un jour.
Donc Antanak, je rappelle que le site web est antanak.com, avec un « k », en plus ce sont nos voisins et voisines au 18 rue Bernard Dimey, n’hésitez pas à les contacter. Et Isabelle anime une autre émission de radio sur Cause Comme Un coin quelque part, sur l’habitat ; n’hésitez pas à écouter sur causecommune.fm.

Isabelle Carrère : Merci Fred.

Freco : Merci.

Frédéric Couchet : Merci à vous. Bonne fin de journée. Vous restez évidemment avec moi pour les annonces de fin. Nous allons passer aux annonces de fin.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Ce petit jingle que vous venez d’entendre c’est toujours Jahzzar.

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