La réforme du droit d'auteur éclairé par une conférence de Nina Paley sur ce qu'est la culture - Décryptualité du 17 juin 2018 - Transcription

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Titre : Décryptualité du 17 juin 2018 - La réforme du droit d'auteur, éclairé par une conférence de Nina Paley sur ce qu'est la culture

Intervenants : Luc - Manu - Magali

Lieu : April - Studio d'enregistrement

Date : juin 2018

Durée : 16 min

Écouter ou télécharger le podcast

Revue de presse pour la semaine 24 de l'année 2018

Licence de la transcription : Verbatim

NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Statut : Transcrit MO

Description

La réforme du droit d'auteur met en danger internet. Décryptualité s'appuie sur la conférence de Nina Paley qui décrit brillamment ce qu'est la culture, pour dénoncer l'absurdité de ce que sont devenus le droit d'auteur et le copyright et sur ce qu'ils menacent de devenir.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 24. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Luc.

Luc : Revue de presse.

Manu : Revue de presse : cinq articles principaux.

Mag : On commence par Numéro Magazine, « Portrait de l’artiste en hacker qui détourne les nouvelles technologies », par Ingrid Luquet-Gad.

Manu : Il semblerait qu’au Centre Pompidou ils sont en train de faire toute une exposition, où ils détournent, ils retournent des concepts à partir du hacker notamment. Donc il y a des choses ; il va peut-être falloir qu’on aille jeter un œil.

Mag : France Culture, « Que reste-t-il du logiciel libre ? », par Hervé Gadrette.

Manu : Ça reprend toute une interview qu’il y a eue cette semaine avec pyg, le responsable de Framasoft.

Mag : Pierre-Yves Gosset.

Manu : Exactement. Je ne l’ai pas encore écoutée, il va falloir parce que c’est plutôt intéressant d’après ce que j’ai entendu. Et c’est France Culture, donc un gros média quand même.

Mag : RFI, « Software Heritage, la grande bibliothèque du logiciel », par Dominique Desaunay.

Manu : Un grand projet qu’on soutient et qu’on apprécie. Il y a des gens très motivés à l’Inria qui ont décidé de stocker tous les logiciels et notamment les logiciels libres, parce qu’on a légalement le droit de les stocker avec leur code source, pour l’avenir.

Mag : Numerama, « Open source : qui sont les bons élèves et les cancres parmi les géants de la tech ? », par Victoria Castro.

Manu : Ça parle des géants de la tech, c’est-à-dire les GAFA. Là ils en prennent six et ils essayent de lister, de faire un classement, des plus sympathiques vis-à-vis du logiciel libre et des plus salauds.

Mag : Tu as dit GAFA, et puis tu dis six ! Alors ?

Manu : Oui. N’est-ce pas. Alors ils ont aussi mis Oracle, par exemple, dedans et Microsoft bien sûr. Donc il faudrait voir comment l’acronyme se défend dans ce cas-là.

Luc : Les GAFAMO !

Manu : Un truc dans ce genre. Un truc un peu compliqué.

Luc : Oracle ne rentre pas la catégorie des GAFAM.

Manu : Traditionnellement non. Donc là ils parlent des géants mais, effectivement, Oracle est dans le classement tout en bas.

Luc : Ils vendent du service aux entreprises et des bases de données, etc. Les GAFAM sont plutôt orientées vers le grand public et prennent leurs données. Et Oracle, je pense, se contrefout des données des utilisateurs.

Mag : Mais c’est vrai qu’on a déjà entendu parler d’Oracle qui faisait soi-disant de l’open source et qui bloquait, qui fermait ses logiciels.

Manu : Il semblerait que ce soit considéré comme un trou noir de logiciels libres, ils en utilisent plein en interne et ils en récupèrent plein, mais ils interdisent à leurs employés, semblerait-il, de contribuer au logiciel libre en tant qu’employés d’Oracle. S’ils veulent le faire, ils le font chez eux avec leurs adresse e-mail personnelles.

Mag : BFMtv, « Pourquoi les mèmes sur Internet sont en danger », par Elsa Trujillo.

Manu : Ça reparle de l’article 13 d’une directive européenne en cours d’écriture. Donc un sujet assez important et l’April est vent debout ainsi que d’autres associations parce que c’est quelque chose qui pourrait vraiment être très embêtant pour tout Internet.

Luc : On a en parlé il y a quelques semaines. Le sujet est vraiment très important et c’est là, d’ici la fin du mois de juin, dans les jours qui viennent, que ça va se voter. Donc il y a cette campagne menée par tout un tas d’associations dont l’April, des incitations à écrire aux députés, à leur téléphoner, à les harceler, en leur disant « il faut arrêter les conneries ! » On en a déjà parlé, mais on va en reparler cette semaine parce que c’est très important et c’est maintenant qu’il faut se bouger les fesses. Pour un petit résumé, ce projet de loi, là, qu’est-ce que ça va avoir comme conséquences ?

Manu : La plus essentielle c’est celle de mettre en place des filtres automatiques pour que chaque fois qu’on partage sur Internet des contenus, c’est pour ça que les mèmes sont mis en avant dans les articles et dans les médias.

Luc : Les mèmes il faudra nous expliquer ce que c’est pour qu’on comprenne.

Manu : Ce sont de contenus, mais des contenus très viraux qui vont être souvent diffusés entre chacun. C’est un peu du buzz, ce sont tous les petits trucs un petit peu marrants, les petits chatons, les trucs un peu rigolos.

Luc : Ouais. On prend une image un peu connue, on met un commentaire dessus.

Manu : On la détourne.

Luc : On prend un petit GIF animé, une petite séquence vidéo, on la détourne, etc.

Manu : Et donc tous ces mèmes sont super fun, sont super sympas, Ils sont diffusés en grande quantité. Eh bien là si on met des filtres sur Internet, des filtres automatiques, par exemple sur YouTube et d’autres, eh bien les filtres vont regarder à chaque fois qu’on partage un contenu, ils vont regarder si ça correspond à un contenu déjà existant et protégé par le droit d’auteur et ils vont, en tout cas c’est la proposition, les bloquer.

Mag : Moi j’appelle ça de la censure, quand même !

Manu : Mais c’est carrément de la censure, mais c’est de la censure qui s’appuie sur des règles, sur des lois et sur le droit d’auteur. Les ayants droit ont l’air de pousser vraiment très fort pour que toutes les plates-formes de partage de contenus mettent en place automatiquement ces filtres.

Mag : Mais techniquement c’est impossible !

Manu : Alors même si c’est impossible, ça n’empêche pas qu’ils essayent de le faire.

Luc : Le problème qu’il y a derrière c’est que c’est un traitement automatique. Donc c’est un filtre. Traditionnellement on a dans notre système juridique des institutions qui sont censées juger si c’est oui ou si c’est non, avec des humains qui sont censés faire preuve d’intelligence.

Mag : Je sens que tu vas parler de faux positifs !

Luc : Je vais parler d’abord de cette notion qu’on évoque très souvent qui est Code is Law, notion visionnaire qui avait été exprimée par Lawrence Lessig, donc un juriste, il y a de ça 20 ans je pense maintenant, à peu près, au moins.

Manu : Juriste américain.

Luc : 15-20 ans et qui là prend toute son ampleur. C’est-à-dire que peut-être le contenu en question ne méritait pas d’être filtré, mais comme c’est un robot qui l’a fait, de toutes façons ! Pff ! C’est lui qui décide. Donc du coup on est dans une situation où le filtrage est fait.

Manu : Par l’architecture. La route est bloquée, il n’y a pas même moyen d’essayer, de toutes façons l’architecture bloquerait, en tout cas c’est le but du truc, bloquerait toutes les choses qui contreviennent théoriquement.

Luc : Voilà ! Mag tu avais raison, ce sont bien les faux positifs. Donc ça c’est un vrai souci et, en plus, ça pose un autre problème c’est que s’il fallait, effectivement, à chaque fois qu’il y a contenu supposé illégal qu’on aille devant le tribunal, ce ne serait matériellement pas faisable.

Mag : Ça encombrerait les cours de justice qui sont déjà bien encombrées et donc, eh bien franchement totalement inutile !

Luc : En plus il y en a des milliards, ça coûte quand même de l’argent d’avoir un avocat, donc c’est juste pas possible.

Mag : Ça relancerait les avocats.

Luc : Oui. Alors voilà !

Manu : Ils ont besoin d’être relancés ? C’est nouveau !

Luc : Oui ! Ça les relancerait très fort !

Mag : Non ! Mais du coup, ils se retrouveraient confrontés à des sujets auxquels ils ne sont pas habitués, comme les licences, comme le droit d’auteur, peut-être que ça ne leur ferait pas de mal de poser les bonnes questions.

Manu : On sait qu’il y a des avocats qui sont un peu spécialisés là-dedans. On se rappelle, quand on parlait des brevets notamment, il y avait des gars qui, à chaque fois, mettaient en avant leurs compétences sur le sujet, c’est hyper-pointu et ils sont assez rares finalement.

Luc : Le problème c’est que tu peux pas faire un procès à chaque fois que quelqu’un envoie un mème, ou une image à la con sur Internet.

Manu : Mais si Monsieur ; c’est la loi Monsieur ! En fait c’est pour défendre les revenus de ces ayants droit, ces pauvres ayants droit.

Luc : Après il faudrait que tu aies un système. Quand tu as trop d’infractions, tu prends par exemple les infractions de la route, il y a un système avec la police, etc., mais il y a quand même des systèmes de contestation. Quand on prend un PV, on peut écrire un recommandé en disant « ah non, vous vous êtes trompés. »

Manu : Mais là tu n’es pas en train d’envisager un système complet. On peut imaginer que ces filtres automatiques ils aient un petit système pour dire « oui, mais non, vous m’avez bloqué à tort ! »

Luc : Oui.

Manu : Et qu’on puisse essayer de demander à quand même faire passer les contenus qu’on veut diffuser.

Mag : Ça me rappelle une photo qui avait été mise sur un site de réseau social, qui avait été censurée. Je vous rappelle, la photo c’était une petite fille qui levait sa jupe ou sa robe et on voyait un téton. La personne qui l’avait postée ne comprend pas pourquoi on lui a enlevé son contenu, le reposte et se fait bannir !

Luc : On lui dégage toutes ses photos, tout son compte.

Manu : Eh bien, effectivement, si le filtre est un peu vache et qu’il y a une plainte, il pourrait te bannir. Après tout ce sont des entreprises privées. Oui, c’est vrai !

Luc : Après tous les gens qui se sont fait dégager sur YouTube ou ce genre de choses, quand ils ont dit : « Hé, mais pourquoi ? », il n’y a personne en face. Pas nécessairement. Actuellement, juste maintenant au moment où on enregistre, il y a une histoire super marrante.

Manu : Ah ! De quoi il s’agit ?

Luc : Avec la fondation Blender ?

Manu : Ah ! La fondation Blender ?

Luc : On rappelle : Blender c’est un logiciel libre de 3D, logiciel fabuleux. Il faudrait qu’on fasse une émission un jour là-dessus.

Manu : Fabuleux mais compliqué !

Luc : Compliqué, mais voilà, vraiment exemplaire dans son développement.

Mag : Ils font de très belles choses Buck Bunny , Cycles.

Luc : Ils font des choses superbes. Voilà et ils ont d’autres films et leurs films sont sous licence libre également. Donc c’est vraiment le truc qui est fait pour être partagé, absolument.

Mag : Qu’on ne retrouve pas sur YouTube.

Luc : En fait ils ont leur chaîne YouTube.

Manu : Si, si, ils acceptent !

Luc : Et il s’avère que aujourd’hui il y a eu, des trucs qui ont été mis sur Twitter là-dessus par le type qui est à la tête de ce projet, eh bien quand on se connecte sur la chaîne YouTube de la fondation Blender, ils ont peut-être réparé à l’heure à laquelle on enregistre !

Mag : On leur souhaite !

Luc : Ça dit : « Ah ! Vous n’avez pas le droit de voir ce contenu dans votre pays », alors que c’est du contenu sous licence libre et que c’est l’archétype même du truc qui devrait être diffusé partout et jamais bloqué.

Mag : Mais c’est un DRM ça ! C’est un DRM qui dit « vous n’avez le droit de voir ce contenu dans ce pays-là ».

Manu : C’est une forme de… C’est un blocage.

Luc : Donc là on a la parfaite illustration que de toutes façons ils arrivent.

Manu : C’est un faux positif. C’est normal ?

Luc : C’est un faux positif, et de bonne taille en plus !

Mag : Là c’est extraordinaire ce que nous a fait YouTube : interdire une licence libre, interdire quelque chose qui est fait pour être partagé, il faut être très fort !

Manu : Mais en fait on ne peut pas garantir comme cela de base, que des contenus originaux ne vont pas être bloqués par exemple aussi, au nom d’un produit dérivé. Tu pourrais imaginer qu’il y a des gars qui dérivent quelque chose, qui sont très connus et qui vont te faire des blocages, parce que toi tu es l’original mais personne ne le sait.

=8’ 18

Luc : On ne peut pas espérer, en fait, qu’un système automatique soit subtil.