Différences entre versions de « Interview de Jean-Baptiste Kempf - Actualité avec Éric Bothorel et Benoît Grunemwald - Smart Tech »

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Une réaction là-dessus, Monsieur Bothorel.
 
Une réaction là-dessus, Monsieur Bothorel.
  
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<b>Éric Bothorel : </b>Je crois qu’il était temps. L’écosystème attendait une clarification de la doctrine autour du <em>cloud</em> souverain. C’est désormais chose faite. Il l’attendait parce que les écritures précédentes n’étaient pas satisfaisantes, à la fois du côté des prestataires mais aussi des clients. Elles reposaient pour ceux qui s’en souviennent, sur une circulaire autour des trésors et, du coup, du mouvement des trésors nationaux. Je pense que là il y a une prise en compte des réalités qui sont celles à la fois des lois extraterritoriales qu’avaient promulguées les États-Unis et la façon de s’en protéger. L’ensemble des intervenants qui ont présenté cette stratégie est revenu très largement dessus lundi matin pour expliquer à la fois la conjugaison d’une ambition technique et à la fois d’une ambition juridique, sécurisante pour ceux qui contractualiseraient avec ces offres.<br/>
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Et puis une stratégie pour l’État. Je crois que c’est Amélie de Montchalin qui parlait d’un <em>cloud</em> au centre, un côté très volontariste, au-delà des deux <em>clouds</em> internes, j’allais dire, du ministère de l’Intérieur et du ministère de l’Économie, qui est vraiment de muter dans ce mouvement de numérisation de l’action publique et surtout de muter vers des offres <em>clouds</em>, considérant que c’est à la fois gage d’agilité et de sécurité. C’est une feuille de route qui est plutôt bienvenue et bien accueillie par l’écosystème.
  
<b>Éric Bothorel : </b>Je crois qu’il était temps
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<b>Delphine Sabattier : </b>On a vu passer à l’antenne des logos de clouds qui ne sont pas du tout des <em>clouds</em> français. Là, l’objectif c’est vraiment de créer une indépendance de la France en matière de <em>cloud</em>. Je vais demander votre avis à tous les deux, est-ce que les conditions sont réunies avec ce plan pour une véritable indépendance ?
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<b>Benoît Grunemwald : </b>Oui. Avoir un cloud français c’est avoir sa propre souveraineté.
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<b>Delphine Sabattier : </b>On a des acteurs comme 3DS OUTSCALE, on a des acteurs comme OVH, mais est-ce que ça suffit ? Parce que pour l’instant on a l’impression qu’on n’a pas encore les épaules assez larges pour être tout à fait indépendants.
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<b>Benoît Grunemwald : </b>Il faut distinguer le <em>cloud</em> pour les professionnels et le <em>cloud</em> pour les particuliers ; la largeur du marché n’est pas du tout la même. Donc il faut des acteurs qui ont à la fois les reins et l’ambition d’aller sur des marchés qui sont différents et complémentaires.
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<b>Delphine Sabattier : </b>Éric Bothorel, les conditions sont-elles réunies pour une véritable indépendance de la France en matière de <em>cloud</em>, même je dirais de l’Europe, parce que même au niveau du <em>cloud</em> européen, aujourd’hui on utilise des technologies qui ne sont pas des technologies européennes.
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<b>Éric Bothorel : </b>Tout à fait. Cette logique de <em>licensing</em>, de licence octroyée par les grands champions américains aux entreprises françaises permet de conjuguer cette chose. Par le passé certains avaient finalement imaginé que la meilleure des façons de traiter ce sujet c’était de faire une ligne Maginot, or la ligne Maginot a déjà montré ses limites dans un conflit conventionnel. Je pense qu’à l’ère du numérique ça ne marche pas. L’idée qu’on met des <em>datacenters</em> en France, avec des serveurs français, sous opération française et surtout en bannissant les opérateurs américains, ne peut pas fonctionner. En fait, le mariage du meilleur des technologies à la fois françaises mais sans bannir les derniers recours possibles – ce qui serait, finalement, rétrograde au possible – de mon point de vue c’est une très bonne approche et elle est totalement pragmatique. Je ne peux, au-delà du travail de Odrive, OUTSCALE, OVH qui ont déjà effectivement ce label, qu’encourager l’écosystème à venir dans ce programme et enrichir l’offre de sorte que nous puissions avoir demain des offres nombreuses qui permettent à la fois aux administrations, aux entreprises privées, d’héberger sur un <em>cloud</em> de confiance.
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<b>Delphine Sabattier : </b>Vous avez postulé pour ce label chez ESET ?
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<b>Benoît Grunemwald : </b>Nous on a un <em>cloud</em> en tant que société européenne ça nous intéresse fortement. On participe à Gaïa-X. Tout ce qui va nous permettre de prouver à nos clients que leurs données sont stockées en sécurité, en Europe et en respectant la réglementation européenne,  nous intéresse.
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<b>Delphine Sabattier : </b>Ça va vous aider aussi. OK super, merci beaucoup ça tous les deux c’est la fin de ce debrief. Merci Éric Bothorel député des Côtes-d’Armor la République en marche. Merci Benoît Grunemwald, expert cybersécurité chez ESET.<br/>
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Juste après la pause on se retrouve pour la grande interview de Jean-Baptiste.Kempf.
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<b>Delphine Sabattier : </b>Jean-Baptiste Kempf

Version du 24 août 2021 à 10:28


Titre : Grande interview de Jean-Baptiste Kempf - Actualité avec Éric Bothorel et Benoît Grunemwald

Intervenant·e·s : Benoît Grunemwald - Éric Bothorel - Jean-Baptiste Kempf - Delphine Sabattier

Lieu : Smart Tech - B Smart

Date : 21 mai 2021

Durée : 35 min 55 [La dernière partie n'est pas transcrite]

Page de présentation du podcast

Licence de la transcription : Verbatim

Illustration :

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Delphine Sabattier : Bonjour et bienvenue à tous dans votre édition du vendredi de Smart Tech. C’est l’occasion notamment, vous le savez, de découvrir un peu mieux une personnalité du secteur, une personnalité qui par ses créations, ses actions, ses réflexions aussi, change nos usages donc un peu notre vie.
Aujourd’hui le logiciel dont fut le premier contributeur à sa naissance est mon invité, est pratiquement utilisé par tout le monde. Je pense que beaucoup d’entre vous ont dû taper ses trois lettres pour le télécharger vous êtes sans doute même capables de reconnaître son logo. Peut-être que moins de personnes savent qu’il s’agit d’une création française et encore moins que le projet a pris naissance entre les murs de Centrale Paris, sous les doigts d’un étudiant particulièrement doué. C’est lui que je reçois aujourd’hui. On est à une vingtaine d’années après le début de la naissance de VLC, donc ce sera la grande interview de Jean-Baptiste Kempf dans quelques instants.
Mais avant on va débriefer de quelques actualités qui ont fait réagir mes commentateurs du jour. Il s’agit de Benoît Grunemwald qui est installé en plateau, expert cybersécurité, et du député Éric Bothorel qui nous écoute en visio. En fin d’émission, nous retrouverons notre rendrez-vous sur l’espace qui est dédiée aujourd’hui à un nouveau télescope, on le dit formidable pour cartographier l’univers.
C’est parti. D’abord le débrief.

À la une du débrief cette semaine, on va parler d’une panique dans la cyber, on va parler aussi de redevance et du cloud avec mes débriefeurs qui sont Benoît Grunemwald, expert cybersécurité chez ESET France & Afrique francophone, c'est un auditeur de protection de cybersécurité. Également avec Éric Bothorel, député des Côtes-d’Armor la République en marche, très impliqué sur les questions de choix technologiques et de choix de société numérique. Il est auteur de plusieurs rapports majeurs dans ce domaine, dont un qu’on a encore cité au débrief la semaine dernière d’ailleurs, Éric Bothorel.
Bonjour à tous les deux. Merci d’être présents. On va démarrer avec l’actualité autour de la cybersécurité. C'est un rançongiciel qui a encore une fois semé la panique, qui s’appelle Colonial. Il a semé la panique dans un grand réseau d’oléoduc aux États-Unis. Il a été conçu, on le sait maintenant, par un groupe de criminels, Darkside. Qu’est-ce vous pouvez nous dire, déjà, sur cette attaque ?

Benoît Grunemwald : Ce qu’il est important de noter c’est que ce groupe de cybercriminels, Darkside, est un éditeur de logiciels, malveillants certes, mais de logiciels.

Delphine Sabattier : Déjà juste ça, quand même, c’est-à-dire qu’on sait qu’on a des éditeurs presque officiels aujourd’hui qui produisent des logiciels malveillants.

Benoît Grunemwald : Complètement.

Delphine Sabattier : Et on ne fait rien.

Benoît Grunemwald : C’est assez compliqué de les trouver. Le plus fou c’est qu’ils communiquent, qu’ils ont un blog, qu’ils communiquent régulièrement à la fois sur leurs attaques mais également leurs actions et on pourrait y revenir après parce qu’ils ont annoncé qu’ils allaient se retirer des affaires suite à cette attaque.

Delphine Sabattier : Qu’est-ce qui s’est passé pendant cette attaque ? Pourquoi ça a semé la panique ? C’est vrai qu’un oléoduc ce n’est quand même pas anodin !

Benoît Grunemwald : Oui. Surtout que c'est le plus gros oléoduc qui fournit l’Est des États-Unis.

Delphine Sabattier : Il y a la Californie qui a tremblé.

Benoît Grunemwald : Qui était concernée. Une machine principale qui servait notamment à compter le volume envoyé à chacun des clients a été attaquée et 100 gigas de données ont été exfiltrées. À partir de ce moment-là, pour des raisons de sécurité, l’oléoduc a complètement été arrêté.

Delphine Sabattier : On sait quelles étaient les motivations de Darkside?

Benoît Grunemwald : C’est là où justement on distingue le rôle de « l’éditeur », entre guillemets, et des acteurs à qui ils ont vendu en affiliation le rançongiciel et on a bien vu, on sent qu’ils se sont un peu sentis dépassés par cette attaque, notamment parce le président des États-Unis s’est saisi de l’affaire, les plus hautes autorités se sont également saisies de l’affaire et elles sont allées jusqu’à aller retrouver un des serveurs des attaquants pour récupérer les données et essayer de repartir, de faire repartir.

Delphine Sabattier : C’est pour ça que cette affaire est très intéressante parce que ça montre que quand il y a une mobilisation au niveau de l’État on est capable d’agir, peut-être même de faire reculer certains attaquants.

Benoît Grunemwald : On fait reculer des attaquants tous les jours. Nous, on le fait en tant que société privée, mais on le fait également en coopération avec les forces de l’ordre et au niveau international. Il est clair que cette affaire-là a une ampleur qui a effectivement mobilisé les plus hautes instances. Pour autant, il est fort possible que les cybercriminels se sont rendu compte que l’attaque était peut-être au-dessus des prétentions qu’ils avaient et peut-être qu’ils avaient une mauvaise configuration qui a fait qu’on a réussi à les retrouver plus facilement que d’autres.

Delphine Sabattier : Vous voulez dire un mot là-dessus, Monsieur Bothorel, sur cette attaque qui fait paniquer tout le monde. Là ce sont les rançongiciels qui ne nous lâchent plus depuis le début de l’année ?

Éric Bothorel : Oui. Sur B Smart vous avez l’habitude d’aborder ce sujet, je vous en remercie parce que, finalement, ça fait partie de la vulgarisation, de la sensibilisation de ceux qui sont sous l’emprise de cette menace. Ce qui est intéressant, je voulais réagir, finalement, au côté assez institutionnel de ces entreprises cybercriminelles, plus ou moins en voie d’institutionnalisation. Il ne faut pas oublier que dans certains cas de figure elles sont capables de faire des propositions avec des remises, du discount. On est à 100 000 lieux du truc super clandestin, totalement obscur, etc., on imagine le criminel à capuche, etc.. Ce sont de véritables entreprises qui s’organisent parfois pour mener ces attaques.
Simplement pour faire un lien, puisque vous m’en donnez l’occasion, avec l’actualité législative du moment qui s’intéresse beaucoup au numérique et à l’environnement. J’ai rappelé, lors de l’examen du texte en commission des affaires économiques que, pour ce me concerne, il n’y aurait rien de pire que de sacrifier, pour des enjeux environnementaux, les enjeux de cybersécurité. Typiquement, par exemple, sur le champ des choses qui permettent de limiter le nombre de vulnérabilités qui vous mettent sous le feu de diverses pratiques dont les ransomwares, il y a la nécessité de faire ses mises à jour. Il y a un grand débat autour du développement durable, du numérique et de l’environnement, mais je ne peux que repasser le message ce matin, puisque vous m’en donnez l’occasion, d’inciter, d’inviter toutes les entreprises qui ont des systèmes d’information évidemment de bien faire leurs mises à jour, de ne pas renoncer à ces mises à jour.

Delphine Sabattier : Benoît vous ne direz pas le contraire. Ce sont aussi les clefs de la sécurité aujourd’hui.

Benoît Grunemwald : Bien évidemment. Au contraire. Le groupe d’attaquants est assez récent puisqu’il date d’août 2020 et la menace qui aurait été utilisée a été découverte par certains éditeurs depuis octobre 2020. Donc il est fort possible que le système impacté n’était pas à jour.

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Delphine Sabattier : On enchaîne avec un sujet pour vous. Je disais que l’actualité avait fait réagir mes commentateurs. Éric Bothorel vous avez régi, à la commission, à la rémunération pour la copie privée qui souhaite acter une taxe à destination des smartphones reconditionnés.

Éric Bothorel : Oui. Cette taxe n’est pas tout à fait nouvelle. Elle repose sur quelque chose qui sont des anciennes pratiques. C’était le temps où certains allaient graver sur leurs cédéroms ou dévédéroms des copies de films, Jurassic Park ou des œuvres musicales, ??? pour aller sur des terrains, pour ne pas quitter ma zone de confiance. Les pratiques ont considérablement changé, la consommation des offres culturelles, notamment musicales ou filmographiques : aujourd’hui on est sur une logique de flux plus que de stock. On consomme par du streaming, etc.
Pour autant cette redevance touche aujourd’hui tous les supports électroniques qui sont susceptibles de stocker de la musique et Copie France, qui est en charge de la mise on œuvre de cette redevance, s’est dit que compte-tenu de l’émergence de ce marché qui est celui des terminaux reconditionnés, alors qu’aujourd’hui ils ne sont pas frappés par cette redevance, qu’il serait question de le faire. Pour le coup, ma réaction est plutôt celle de la protection d’un secteur qui est en émergence, avec un niveau de prix et de rentabilité qui est quand même relativement faible et surtout autant on pourrait discuter des heures sur la légitimité de ce modèle de redevance copie privée, autant, pour moi, il n’est pas question d’aller frapper deux fois un bien alors qu’il a acquitté de cette redevance quand il était dans un état neuf pour reconditionner de l’occasion. Ça profite à ceux qui peuvent acquérir des téléphones portables dans des conditions tarifaires qui sont quand même plus avantageuses.

Delphine Sabattier : Est-ce que c’est bien pour l’environnement ? Effectivement c’est quand même filière émergente, c’est-à-dire qu’aujourd’hui les smartphones reconditionnés ce n’est quand même pas le gros du marché. On est plutôt contents que ça progresse, on a plutôt envie d’encourager cette filière quand on parle impact environnemental.

Éric Bothorel : Oui. Et aller mettre une taxe qui peut aller jusqu’à 16 euros c’est, de mon point de vue, totalement dissuasif. En tout cas ça me paraît un peu exotique d’imager qu’on veuille encourager l’émergence d’une filière en commençant par la taxer.
Je comprends la problématique du champ culturel qui est notamment frappé par la pandémie, qui cherche des ressources, des recettes, etc. Il faut juste rappeler que la redevance copie privée a ramené, l’année dernière, de l’ordre de 250 ou 270 millions d’euros et que le marché a déjà commencé à lutter vers le reconditionné. En définitive on n’est pas sur une perte de recettes puisqu’elle a continué à être dynamique. Donc moi je me battrai jusqu’au bout sur le fait que cette redevance ne vienne pas frapper un terrain. Encore une fois sur le principe de « je paye plusieurs fois alors que j’ai déjà acquitté une fois, sachant que le produit était neuf ». C’est l’histoire de la poule et de l’œuf. Le produit reconditionné a été neuf au départ.
Après il y a un autre débat que je veux bien entendre, c’est celui des produits qui sont importés. Il est bien évident qu’il faut qu’on ait une règle. Si, à l’origine, le produit reconditionné était un produit neuf qui s’est acquitté de cette redevance alors, en ce qui me concerne, je suis opposé à une nouvelle redevance. S’il ne l’a jamais acquittée, je crois que les Allemands le font, on peut évidemment imaginer que ce produit soit taxé au moins une fois dans sa vie. Mais ça s’arrête là.

Delphine Sabattier : Ce serait une petite concession. Allez-y. Je voulais faire régir aussi Benoît Grunemwald. Je vous redonnerai la parole après.
Ce n’est pas moi qui ai coupé le député Bothorel. Ça vous permet de réagir Benoît.

Benoît Grunemwald : Quand on reconditionne son smartphone il faut aussi penser aux données qui sont dessus, aux éléments que l’on risque de transmettre à celui qui va le racheter. Bien penser à l’effacer, à supprimer ses comptes et à faire en sorte que lorsqu’on le transmet on ne transmette pas ses données et on sait qu’on a énormément de données dedans.

Delphine Sabattier : C’est vrai qu’avec le reconditionné il va falloir aussi adopter de nouvelles bonnes pratiques. Vous avez raison de le rappeler.
Est-ce que le député Bothorel est revenu parmi nous ?

Éric Bothorel : Il est revenu.

Delphine Sabattier : Super. Vous vouliez dire ?

Éric Bothorel : Je voulais dire qu’il faudrait quand même s’interroger sur la façon dont les choses fonctionnent. On est en train de parler du reconditionné, mais imaginez quelqu’un qui a cancer, qui fait une IRM aujourd’hui, s’il demande le support de son IRM sur un cédérom, il va devoir s’acquitter d’une taxe de 90 centimes sur le cédérom. Je doute qu’il aille copier Wonder Woman 1984 à la suite sur le cédérom qui contient une partie de sa vie. Je pense que les choses ont changé et il convient désormais de s’interroger de la façon dont cette taxe est aujourd’hui perçue.

Delphine Sabattier : OK. La suite ce sera le 25 mai, si j’ai bien suivi, à l’Assemblée nationale.

Éric Bothorel : Premier épisode, série 1 à l’Assemblée nationale, commission du développement durable avant la séance au mois de juin.

Delphine Sabattier : Nous suivrons ça aussi avec vous dans Smart Tech.
Autre actu, il va falloir qu’on aille vite parce qu’on n’a plus beaucoup de temps, c’est la nouvelle directive DSP2 qui touche à l’authentification au moment du paiement en ligne ou sur mobile. Ça a changé, ça a un peu bougé depuis le 15 mai. Qu’est-ce qui s’est passé ? On est dans un environnement plus sécurisé maintenant ?

Benoît Grunemwald : Oui, parce qu’on va baisser le niveau à partir duquel on va demander une authentification sur son smartphone ou par un moyen physique et ça va permettre de s’assurer non pas qu’on identifie celui qui fait la transaction mais bien qu’on l’authentifie, c’est-à-dire qu’on vérifie deux facteurs, login /mot de passe plus son identité.

Delphine Sabattier : Est-ce que ça suffira vraiment pour sécuriser de manière certaine nos transactions ?

Benoît Grunemwald : Il est impossible de sécuriser de manière certaine nos transactions.

Delphine Sabattier : J’étais sûre que vous alliez me dire ça.

Benoît Grunemwald : On sait que les cybercriminels sont très inventifs, donc ils vont eux-mêmes continuer à évoluer. Par contre, cela apporte un niveau de confiance dans les transactions qui est bien supérieur.

Delphine Sabattier : Il y a quelque chose qui me questionne, j’ai cru comprendre que normalement ce serait la fin de la validation par SMS des achats parce que le SMS est jugé pas suffisamment détaché du smartphone, donc ce n’est pas un troisième facteur d’authentification et puis j‘ai entendu dire que finalement si, ça pourrait encore perdurer, en tout cas ce week.end j’ai pu faire une validation par SMS.

Benoît Grunemwald : Pour tous ceux qui n’ont pas de smartphone assez récent avec l’authentification par empreinte digitale qui, elle, apporte un niveau de sécurité suffisant, eh bien on peut encore valider par SMS.

Delphine Sabattier : C’est ça, il faut que je change de smartphone alors. Merci.
Dernier sujet que je souhaitais aborder, c’est le gouvernement qui a annoncé sa stratégie nationale pour le cloud, c’est Amélie de Montchalin, la ministre de la Transformation et de la Fonction publique qui a présenté lundi la nécessité d’un cloud souverain français. Il y a trois parties avec notamment un label de confiance.
Une réaction là-dessus, Monsieur Bothorel.

Éric Bothorel : Je crois qu’il était temps. L’écosystème attendait une clarification de la doctrine autour du cloud souverain. C’est désormais chose faite. Il l’attendait parce que les écritures précédentes n’étaient pas satisfaisantes, à la fois du côté des prestataires mais aussi des clients. Elles reposaient pour ceux qui s’en souviennent, sur une circulaire autour des trésors et, du coup, du mouvement des trésors nationaux. Je pense que là il y a une prise en compte des réalités qui sont celles à la fois des lois extraterritoriales qu’avaient promulguées les États-Unis et la façon de s’en protéger. L’ensemble des intervenants qui ont présenté cette stratégie est revenu très largement dessus lundi matin pour expliquer à la fois la conjugaison d’une ambition technique et à la fois d’une ambition juridique, sécurisante pour ceux qui contractualiseraient avec ces offres.
Et puis une stratégie pour l’État. Je crois que c’est Amélie de Montchalin qui parlait d’un cloud au centre, un côté très volontariste, au-delà des deux clouds internes, j’allais dire, du ministère de l’Intérieur et du ministère de l’Économie, qui est vraiment de muter dans ce mouvement de numérisation de l’action publique et surtout de muter vers des offres clouds, considérant que c’est à la fois gage d’agilité et de sécurité. C’est une feuille de route qui est plutôt bienvenue et bien accueillie par l’écosystème.

Delphine Sabattier : On a vu passer à l’antenne des logos de clouds qui ne sont pas du tout des clouds français. Là, l’objectif c’est vraiment de créer une indépendance de la France en matière de cloud. Je vais demander votre avis à tous les deux, est-ce que les conditions sont réunies avec ce plan pour une véritable indépendance ?

Benoît Grunemwald : Oui. Avoir un cloud français c’est avoir sa propre souveraineté.

Delphine Sabattier : On a des acteurs comme 3DS OUTSCALE, on a des acteurs comme OVH, mais est-ce que ça suffit ? Parce que pour l’instant on a l’impression qu’on n’a pas encore les épaules assez larges pour être tout à fait indépendants.

Benoît Grunemwald : Il faut distinguer le cloud pour les professionnels et le cloud pour les particuliers ; la largeur du marché n’est pas du tout la même. Donc il faut des acteurs qui ont à la fois les reins et l’ambition d’aller sur des marchés qui sont différents et complémentaires.

Delphine Sabattier : Éric Bothorel, les conditions sont-elles réunies pour une véritable indépendance de la France en matière de cloud, même je dirais de l’Europe, parce que même au niveau du cloud européen, aujourd’hui on utilise des technologies qui ne sont pas des technologies européennes.

Éric Bothorel : Tout à fait. Cette logique de licensing, de licence octroyée par les grands champions américains aux entreprises françaises permet de conjuguer cette chose. Par le passé certains avaient finalement imaginé que la meilleure des façons de traiter ce sujet c’était de faire une ligne Maginot, or la ligne Maginot a déjà montré ses limites dans un conflit conventionnel. Je pense qu’à l’ère du numérique ça ne marche pas. L’idée qu’on met des datacenters en France, avec des serveurs français, sous opération française et surtout en bannissant les opérateurs américains, ne peut pas fonctionner. En fait, le mariage du meilleur des technologies à la fois françaises mais sans bannir les derniers recours possibles – ce qui serait, finalement, rétrograde au possible – de mon point de vue c’est une très bonne approche et elle est totalement pragmatique. Je ne peux, au-delà du travail de Odrive, OUTSCALE, OVH qui ont déjà effectivement ce label, qu’encourager l’écosystème à venir dans ce programme et enrichir l’offre de sorte que nous puissions avoir demain des offres nombreuses qui permettent à la fois aux administrations, aux entreprises privées, d’héberger sur un cloud de confiance.

Delphine Sabattier : Vous avez postulé pour ce label chez ESET ?

Benoît Grunemwald : Nous on a un cloud en tant que société européenne ça nous intéresse fortement. On participe à Gaïa-X. Tout ce qui va nous permettre de prouver à nos clients que leurs données sont stockées en sécurité, en Europe et en respectant la réglementation européenne, nous intéresse.

Delphine Sabattier : Ça va vous aider aussi. OK super, merci beaucoup ça tous les deux c’est la fin de ce debrief. Merci Éric Bothorel député des Côtes-d’Armor la République en marche. Merci Benoît Grunemwald, expert cybersécurité chez ESET.
Juste après la pause on se retrouve pour la grande interview de Jean-Baptiste.Kempf.

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Delphine Sabattier : Jean-Baptiste Kempf