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Version du 23 août 2020 à 18:08


Titre : L'éducation à l'informatique

Intervenants : Gérard Berry, Professeur au Collège de France

Lieu : Collège de France - Cours « Où va l'informatique ? » - 2019

Date : 6 février 2019

Durée : 1h 15 min

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Illustration :

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.
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Transcription en cours par gropoilu

Description

Transcription

Introduction Bonjour à tous, et bonjour aux internautes, et bonjour spécialement aux profs qui ne sont pas là aujourd'hui et qui auront pour charge d'enseigner l'informatique au lycée, puisque maintenant cela va sans doute se faire, et au collège c'est déjà fait.

J'ai ??? de renseignements sur comment ça se passe et on va parler pas mal de ça aujourd'hui.

Donc bienvenue à ce cours qui s'appelle L'éducation à l'informatique . J'ai un peu changé le titre, par rapport à l'enseignement de l'informatique, parce qu'enseignement suppose élève et le problème est un peu plus large que ça. Je parlerai surtout d'enseignement mais le problème est plus large que ça parce qu'il y a aussi l'ensemble du public à éduquer à l'informatique et en particulier l'ensemble des politiques et des tas d'autres gens. Le cours ne sera pas double cette fois-ci mais simple. Il sera suivi d'un séminiaire de Julia ??, qui est directrice de recherche à l'Inria, qui nous parlera de la maintenance automatique du noyau de Linux. Le noyau de Linux est un programme d'une grande complexité, d'une grande taille, fait par des gens très très forts et assez nombreux et la maintenance de ce noyau n'est pas une mince affaire. Julia et son équipe ont fait des progrès assez fantastiques, à base de méthodes formelles souvent, pour automatiser cette maintenance. Elle nous en parlera à 17h30.

[Transparent n°2 - xx:xx] Donc l'éducation à l'informatique, voilà l'agenda d'aujourd'hui. Pourquoi enseigner l'informatique [1] ? Je reprends le mot enseigner car dans l'éducation, je vais quand même parler beaucoup d'enseignement. Un peu d'histoire [2]. L'histoire de la France en la matière n'est pas très brillante. Il faut s'en rappeler pour ne pas refaire les mêmes erreurs mais on va les refaire à différentes occasions. Il faut parler de ces erreurs de façon extrêmement précise pour ne pas les refaire. On va parler aussi du reste du monde [3]. Je reviendrai sur ce point parce qu'en France, on parle beaucoup du reste du monde en matière de recherche mais assez rarement en matière d'enseignement. On va parler de ce qui s'est passé au primaireet au collège en 2015-2017 [4], ce qui en train de se passer en ce moment au lycée [5], et on prendra des petites questions sur les médias et la population générale [6].

Je souhaite que vous m'envoyiez des questions pas Internet, que vous soyez dans la salle ou en vidéo, parce que j'aimerais répondre à des questions dans l'avant-dernière séance du 20 février. Je vous rappelle que la dernière, la séance du 26 février, est ma leçon de clôture, ma dernière au Collège de France, et que c'est un mardi et pas un mercredi. Cela se passera dans Margueritte de Navarre au lieu de se passer ici.

[Première partie - transparent n°3 - xx:xx] Pourquoi enseigner l'informatique ? Je vais reprendre des éléments de la dernière fois, parce que je pense que les professeurs n'auront pas forcément vu le précédent cours, qui était long. Je vais reprendre ces éléments que l'on avait déjà vu, peut-être un peu différemment à la fin.

[Transparent n°4 - xx:xx] Je voudrais rappeler les bases des bases. La base de la base, c'est m'évolution des sciences et des techniques. Au XIXéme siècle, on travaillait sur matière et énergie. C'était très clair : les moteurs, la thermodynamique, etc... La révolution industrielle est issue du travail sur matière et énergie, la chimie aussi, bien entendu. A la moitié du XIXème siècle sont arrivées en grand les ondes électromagnétiques. Il y avait déjà les ondes, les vagues de Fourier, on connaissait déjà des choses. Et cela a fait le triangle du XXème siècle, qui s'est intéressé fondamentalement à ça, au rapport entre ces trois choses et à leur exploitation. Et puis à la fin du XXème siècle socialement, même si techniquement c'était au premier tiers du siècle, sont arrivés deux larrons information et algorithme qui ont complètement changé la donne. Il sont maintenant intégrés dans toutes les sciences et les techniques du XXIème siècle, mais pas dans les mentalités, ce qui va être un problème éducatif majeur dont je vais parler aujourd'hui. La raison pour laquelle cela ne s'est pas intégré facilement est que c'est très différent. L'information ne pèse rien. Quand vous savez quelque chose, vous pesez le même poids que quand vous ne savez pas. Ce n'est pas évident. D'ailleurs les gens ne sont pas habitués et disent mon fichier pèse 10 Mo. C'est une phrase qui se raccroche au XXème siècle. Pourtant l'information est vraiment sensible : vous savez que vous savez. Ca ne vous rends pas plus lourd mais vous savez que vous savez. C'est éminemment sensible. Et surtout, ça se stocke, se transporte et se duplique facilement, ce qui est la chose impossible pour la matière. Stocker des ondes n'est pas vraiment simple non plus.


[Transparent n°5 - 5:30] L'informatique et ses algorithmes conduisent à une nouvelle façon de penser et d'agir - c'était tout le cours de la fois précédente - avec des leviers d'une immense efficacité, on le voit de plus en plus. Notre pays, et l'Europe en général, ne fait pas partie des gens qui ont fabriqué et qui tirent ces leviers. L'absence d'éducation y est pour beaucoup. J'ai bien dis éducation, l'éducation des dirigeants aussi. On s'est concentré, en Europe ou en France, sur l'énergie, les ondes et la matière. On en a été très forts mais l'information, on a plus ou moins décidé d'en être absent et totalement absent dans l'éducation comme nous allons le voir.

[Transparent n°6 - 6:00] Les piliers de l'informatique, j'en ai déjà parlé, sont très importants pour l'enseignement : données, algorithmes, programmes et machines, interfaces et interactions. Et puis, en informatique, on parle autant aux objets qu'aux hommes. Quand on parle données, on pense tous que les données ont été fabriquées par des hommes, alors que la plupart des données sont fabriquées par des machines : soit des machines physiques (des moteurs, des capteurs), soit par des machines informatiques. A chaque fois que vous recevez une page Web, elle a été fabriquée, elle n'existait pas avant. Ce qui caractérise la différence, c'est que ce n'est pas une science naturelle. C'est une science de construction, un peu comme les mathématiques. Il y a des liens très forts entre infirmatique et mathématiques, mais ce n'est pas la même chose car l'informatique construit des objets alors que les mathématiques participent à la fabrication d'objet, ce qui est très différent.

[Transparent n°7 - 6:54] Je vous rappelle les clés de la pensée informatique, parce que c'est peut-être la première chose à enseigner quand on veut éduquer les gens. Premièrement, il n'y a qu'une seule notion de l'information. Il n'y a qu'une seule notion d'énergie mais elle est très multiforme, alors que l'information est la même partout. Elle se stocke de la même façon, dans les mêmes mémoires. Que l'on fasse des médias, des télécoms, de la biologie ou de la neurologie, c'est la même information. Il n'y a pas de différence du tout. Ensuite, il n'y a qu'une seule notion d'algorithme. Il n'y a pas de différence entre un algorithme en biochimie ou un algorithme en CAO [Conception Assistée par Ordinateur] ou un algorithme de tri, ce sont les mêmes choses. Enfin, il y a une machine universelle et c'est extrêmement important. Je vous ai dit la dernière fois qu'un grand centre de calcul ou une machine à laver, c'est fondamentalement la même machine. Il n'y a que les performances qui changent. En physique, il n'y a pas de machine universelle, il y a beaucoup de sorte de machines, fort intéressantes par ailleurs. Le levier de l'information est hyper-efficace. J'ai montré qu'il est souvent plus important, en particulier dans l'industrie, de posséder l'information, que de posséder la matière ou l'énergie. J'ai donné l'exemple de l’hôtellerie où les plus grandes chaînes hôtelières actuellement sont celles qui ne possèdent pas d'hôtels. Ce sont elles qui captent la valeur ajoutée. Mais la grande difficulté, que nous allons voir dans tout l'enseignement, c'est que le raisonnement et l'action sur l'information sont très différents de ce que l'on fait sur les trois sommets du tétraèdre. Comprendre l'essence de l'informatique, c'est fondamental pour tout ce qui va se passer demain. Et quelque chose de fondamental mérite d'être mis dans l'éducation. Rappelez-vous que c'est quelque chose qu'on a fait en physique. J'ai des livres de physique de 1904 dans lesquels il y avait déjà toute l'électricité, pourtant toute récente. Il y avait déjà la radio, qui venait d'arriver mais était déjà enseignée. Pour l'informatique, ça n'a jamais été le cas...

[Transparent n°8 - 9:10] La cible est le citoyen moyen, qui est déjà envahit d'informatique mais n'a aucune idée de ce que c'est et surnage dedans. Cette éducation-là n'est pas simple du tout. Nous sommes dans une époque où les gens subissent l'informatique, plus qu'ils ne la maîtrisent. Ce n'est pas simple à résoudre, personne ne sait par où prendre ce problème et d'ailleurs personne ne le prend. Pour tous ceux qui se destinent à un métier où l'informatique est centrale ont une formation par les universités, les grandes écoles, les écoles d'informatique. C'est moins un problème mais on ne commence qu'au bac. Un jeune de 18 ans qui arrive au bac a passé zéro seconde d'informatique dans sa scolarité. Pour tous les scientifiques et tous les ingénieurs, passent leurs vies sur un ordinateur mais n'ont, généralement, rien appris et ont un rendement qui n'est pas forcément bon. Si on me transformait en physicien, ce ne serait pas instantané, loin de là ! Et puis les dirigeants, les politiques, les juristes, les médecins, etc, en parlent beaucoup mais ne savent pas très bien ce que c'est. La vraie question est, en 2019, est-il raisonnable que la grande majorité des dirigeants français n'aient qu'une vision lointaine du sujet ? Remarquez que tous mes transparents aujourd'hui ont cette forme-là. Je vais un peu lire ce qu'il y a dessus. C'est pour une raison très simple : c'est pour qu'ils soient volé et réutilisés. Je le souhaite. Je les donne en source. Messieurs les professeurs, avalez-les en source et refaites-en ce que vous voulez. C'est fait pour.

[Transparent n°9 - 11:06] Il y a trois niveaux d'éducation distinctes qu'il faut considérer. Premièrement, la literatie : c'est comme savoir lire et écrire, c'est savoir se servir d'un ordinateur, d'un téléphone ou d'un appareil informatisé. Ce ne sont pas que les ordinateurs, une voiture est très largement informatisée, avec des interfaces, comme celle du GPS, qui fatiguent énormément lorsqu'il s'agit de saisir une adresse. Deuxièmement, beaucoup plus important, est la compréhension de la pensée informtique. On ne sait pas forcément ce que ça fait, on ne sait pas forcément le faire mais on comprend comment c'est fait. Pour les appareils physiques, c'est pareil. On comprend comment fonctionne un moteur même si on n'est pas capable d'en construire un. Jusqu'à maintenant, il a été considéré que pourt l'informatique, ce n'était pas la peine ; la literatie suffisait. Troisièmement, il faut une compréhension et une pratique bien plus fine pour devenir acteur de la création. Acteur en informatique, ce n'est pas rien à l'heure actuelle. c'est juste en train de devenir un des tous premiers métiers du monde. Je donne un exemple. J'étais à ??? (tassa consultancy service) en Inde en 1992, une boite d'informatique et de conseil en informatique. Il devait y avoir 2000 personnes. En 2000, ils était 65 000. J'y suis revenu en 2006, ils étaient 165 000. En 2015, ils étaient 350 000 et venaient d'ouvrir 70 000 postes, pour une seule société. 70 000 postes c'est une fois et demi la production totale d'ingénieur en France, tous sujets confondus, ce qui interroge. Voici quelque chose que je vais répéter plusieurs fois : dans le système éducatif, même s'ils sont moins nombreux qu'avant, beaucoup semblent penser qu'un peu de literatie suffit. C'est faux et c'est dangereux pour l'avenir de nos enfants et du pays. Il ne faut pas confondre les vieux et les jeunes en informatique. Pour les vieux, l'informatique est arrivée bien après eux et ils ne l'aiment pas. Pour les jeunes, elle est arrivée avant eux et c'est comme le vélo, le chat, etc... Ils y sont habitués. Il y a également des tas de vieux qui aiment l'informatique mais ce n'est pas la majorité du monde.

[Transparent n°10 - 13:30] Passons au sujet des niveaux d'éducation. Il faut comprendre que les métiers vont demander de plus en plus de compétences en informatique ou des compétences de plus en plus avancées. C'est vrai, je l'ai déjà dit, pour les chercheurs, de toutes les disciplines. L'année prochaine, enseignera ici sur la chaire Informatique et Sciences numériques Walter Fontana, qui est un chercheur en biologie computationnelle à Harvard et qui vous parlera de biologie et d'informatique de haut niveau. Les juristes et les médecins, qui se plaignent de ne jamais avoir eu de formation, sont très intéressés. La loi est : "une compétence très demandée doit être enseignée" même si en France pendant très longtemps ce n'a pas été le cas. On se disait l'enseignement c'est complètement disjoint de l'économie mais on commence à revenir sur cette position car cela ne peut pas être complètement disjoint. On verra qu'en Angleterre, il n'y a pas du tout eu le même principe.

[Transparent n°11 - 14:30] Deuxième partie : Un peu d'histoire : 1980-2014

[Transparent n°12 - 14:32] En 1980, le rapport Simon a introduit l'enseignement optionnel de la programmation au lycée sous l'imulsion de Jacques Arsac, un des pères de l'informatique française. Il a été suivi, en 1983, du fameux rapport Nivat, que j'ai retrouvé dans mes vieux documents. J'étais vice-président de ce rapport. Vous voyez sa très belle couverture fuschia, couleur que j'utiliserai dès que je arlerai d'informatique dans ce cours. Ce rapport était demandé par M. Laurent Fabius, ministre de l'industrie et de la recherche, et M. Alain Savary, ministre de l'Education nationale. Il faut savoir que Fabius a fait pas mal de choses pour l'informatique, c'est par exemple lui qui a créé l'INRIA Sophia-Antipolis, la troisème installation de l'INRIA dans laquelle j'ai passé de nombreuses années. Ce rapport a été remis juste avant qu'Alain Savary ne démissione à cause des manifestations de médecins, mais c'est une autre histoire... Ce rapport, très intéressant, n'a été suivi d'absolument aucun effet, ce qui est assez standard pour un rapport. Je vais quand même vous le lire pour vous montrer qu'en 1983 on a écrit exactement les même choses qu'en 2015. C'est un rapport tapé à la machine, avec des mots soulignés de ma main. Une version en OCR est maintenant disponible mais j'aime bien vous montrer qu'à l'époque on écrivait comme ça parce qu'en France on avait pas d'ordinateurs dans la recherche, il faut se rappeler de ça. On avait un plan calcul car la recherche n'avait pas d'ordinateurs.

« Il faut former au meilleur niveau possible les techniciens, ingénieurs, cadres administratifs, commerciaux, dirigeants, etc... Il faut reconnaître à l'informatique sont caractère et l'importance de son rôle à part entière formateur et utilitaire. Il faut cesser de prétendre que l'informatique est facile et s'apprend quand on en a besoin » C'est quelques chose que l'on entend encore. Il n'y a qu'à apprendre à coder et on a compris l'informatique, c'est quelque chose que j'entends tout le temps. Il faut apprendre à coder mais ça ne suffit pas. « Il faut au contraire accepeter de consacrer dans les cursus le temps nécessaire à l'apprentissage et au mûrissement des concepts informatiques, ce qui exige autant de temps que pour toute autre discipline. » Ca reste vrai.

[Transparent n°13 - 16:55] A la page 7, « Tout ce chapitre repose sur une idée centrale : l'informatique est maintenant - donc il y à 35 ans - une véritable discipline scientifique, qui s'appuie sur des concepts et techniques propres, et elle doit être considérée comme telle à tous les niveaux d'enseignement. C'est une discipline importante pour beaucuop d'activités professionnelles, car elle fournit des outils d'usage très général qui premettent de mieux résoudre certains problèmes et surtout d'en aborder d'autres auparavant inattaquables. » Et c'est ça qui s'est passé. C'esy ça le tournant de l'informatique : s'attaquer à des problèmes dont on ne savait même pas qu'on pouvait s'y attaquer.

[Transparent n°14 - 17:32] « Quatres niveaux : niveau de base que devrauit posséder tout technicien ou cadre amené à être en contact avec l'informatique, niveau des utilisateurs intensifs mais non informaticiens professionnels (ingénieurs, techniciens, cadres supérieurs, etc...), niveau des informaticiens professionnels, enfin niveau formation pour et par la recherche. » Les deux derniers niveaux sont arrivés assez vite en France, mais les deux premiers non et c'est ce dont je parlerai le plus.

[Transparent n°15 - 17:49] « L'informatique doit donc être enseignée aux techniciens, ingénieurs et cadres au même titre par exemple que l'usage des modèles mathématiques - c'est une phrase que l'on avait longuement mûri -, c'est-à-dire assez tôt, assez intensivement, sérieusement et avec suffisamment de temps pour la rendre concrête. » D'ailleurs quand on regarde la CAO, les systèmes comme CATIA, des choses comme ça, on apprend plutôt l'informatique avant les modèles mathématiques dont on veut se servir. Quelqu'un qui ne comprend ni l'un ni l'autre, cela ne va pas : il faut vraiment savoir combiner les deux.


[Transparent n°16 - 18:19] Le point suivan,t est sérieux. « Le problème de la formation à l'informtique en France ne se limite malheureusement pas à l'absence de moyens : la situation réelle de la formation n'est en aucun point à la hauteur des objectifs et plusieurs virages ont été manqués. - en 1983 ! alors imaginez ce que ça donne en 2019 - Presque partout l'informatique n'est pas considéré comme une discipline - c'est officiellement terminé depuis cette année pour les niveaux autres que l'Université -, mais comme une fille plus ou moins légitime des mathématiques, de l'électronique ou même de la physique. » Pour la mise en place de l'INS2I au CNRS, c'était contre ça qu'il fallait se battre : une fille illégitime de la physique qui n'avait pas de raison d'avoir de l'autonomie. « L'enseignement officiel souffre tout à la fois de manque de temps, de manque de matériel et de manque de formateurs. - c'est parfaitement vrai maintenant - Son niveau est bien en-deça des besoins : l'informatique est souvent enseignée de manière totalement utilitaire pour les besoins d'autres disciplines, sans réflexion sur sa nature. »

[Transparent n°17 - 19:21] Voilà une conception extrêmement déléthère, qui a survécu longtemps et qui malheureusement va renaître à mon avis : « L'idée longtemps soutenue par l'Education nationale d'ajouter un peu d'informatique dans chaque discipline. » Puisque l'informatique intervient partout, on va enseigner l'informatique géographique en géographie, l'informatique artistique en art, l'informatique mathématique en maths, ... Bruno Deveauchelle, dans une émission de Louise Touret sur France Culture, le dimanche 27 février, qui est peut-être un adepte de ça ou pas, a dit que cela ne pouvait pas fonctionner parce que personne ne s'approprie le sujet. Un sujet que l'on ne s'approprie pas n'existe pas. Ceci vaut pour maths, physique, chimie et biologie. C'est le signe le plus clair de la non-compréhension des évolutions du monde. Ce n'est pas du tout ce qui a été fait lorsque la pysique changeait le monde.

[Transparent n°18 - 20:25] « La situation actuelle des enseignants n'est pas brillante : le manque d'enseignants est important -à l'heure actuelle, il est proche de zéro- et on peut vraiment parler de vide à propos des techniciens et ingénieurs -ce qui est moins grave maintenant-. La charge de travail des enseignants est encore augmentée par les efforts qu'ils doivent fournir pour compenser l'inadaptation du matériel. » Cela va évidemment continuer puisqu'on équipe les lycées en tablettes alors qu'il n'est pas possible d'apprendre l'informatique sur une tablette. C'est un véritable problème : il n'y a même pas scratch sur les tablettes pour des raisons un peu idiotes mais c'est comme ça.

[Transparent n°19 - 21:00] En 1997, il y a explosion de l'Internet. Par voie de conséquence, il y a disparition de l'enseignement optionnel de l'informatique.

En 2000, on introduit le B2I (Brevet Informatique et Internet) sous l'impulsion des adaptes de la literatie. Les objectifs officiels sont s'approprier un environnement informatique de travail, adopter une attitude responsable, créer produire et exploiter des données, s'informer et se documenter et enfin communiquer et échanger. Le B2I a vécu même si personne ne savait très bien ce que cela voulait dire d'enseigner ça. Il manque l'objectif comprendre et savoir faire, exclu explicitement : il ne fallait pas comprendre et savoir faire. Le résultat est que l'informatique n'est vue que comme un outil, ce qui nous met directement dans les mains des USA et de l'Asie. Et après on se plaint des GAFA alors que c'est un choix que l'on a fait explicitement. Les GAFA ont été créés il y a fort longtemps, Google date de 1997 je crois. Ils ont toujours dit qu'ils allaient vous piquer les données. Ils ont toujours été honnête sur le sujet. Maintenant on râla parce qu'ils nous piquent nos données alors que ça fait juste vingt ans qu'ils le disent.

[Transparent n°20 - 22:40] Le 17 janvier 2008, je donnais ma première leçon inaugurale à Margueritte de Navarre, sur « pourquoi et comment le monde devient numérique ? » Par numérique, j'entendais l'ensemble des sciences qui s'appuient sur le calcul numérique, comme par exemple le traitement du signal. Ce n'est pas la même chose que ce que l'on entend maintenant par numérique. A la fin, je disais « J'ai un peu peur qu'on oriente l'enseignement vers le 20e siècle, alors que les enfants sont dans le 21e ». Il y avait dans la salle des inspecteurs généraux, membre du cabinet du Ministre, qui on proposé de discuter. Tout un groupe de chercheurs, Gilles Douray ???, Serge Abidbul ???, etc, sont allés discuter avec le Ministère et les inspecteurs généraux, qui essayaient de promouvoir l'informatique. Avec le cabinet du Ministre Xavier Darcos, il a été décidé, par eux, de faire un enseignement optionnel en seconde, tout de suite et sans profs, contre notre avis. Cette réforme a été annulée intégralement dans la nuit du 14 décembre 2008. Cel ne nous a pas empêché de continuer à travailler avec les cabinets ministériels, les inspecteurs généraux et les gens un peu compétents.

[Transparent n°21 - 24:10] En 2010 arrive une nouvelle importante avec la décision de créer un nouvel enseignmeent de spécialité ISN (Informatique et Sciences du Numérique). Dans ce cas, le Numérique n'est plus l'analyse numérique mais est devenu un nom que tout le monde depuis prend un énorme soin à ne jamais définir. Je n'ai jamais trouvé ce que c'était que le numérique. Je connais l'économie numérique, le codage numérique mais le Numérique est volontiers laissé dans le flou. De la même façon, programmation a été changé en codage, ce qui permet de ne pas comprendre de quoi il s'agit. UN groupe de travail s'est mis en place entre deux institions importantes, la SIF (Société Informatique de France) et une groupe de professeurs, l'EPI (Enseignement Public & Informatique), qui militaient depuis très longtemps et avaient été acteurs dans la réforme Arsac. Je vous donne le lien : http://www.epi.asso.fr/revue/editic/asti-itic-prog-prof_1004.htm En 2012, cet enseignement facultatif a été mis en place, pas dans toutes les académies, avec des professeurs, volontaires, qui ont reçu une formation très variable. Il est à noter qu'il y a eu une forte implication des milieux de la recherche, professeurs, chercheurs et universitaires, etc. Par contre, les professeurs qui ont enseigné ISN n'ont eu aucune reconnaissance. Pire, on ne sait même pas qui ils sont car le Ministère et les rectorats ne les ont jamais recensés. Cela a constitué tout de même une expérience très importante qui a concerné 125 000 élèves mais rapporté aux 5,6 millions d'élèves sur la période, ce n'est pas très bon. Cela fait surtout des professeurs entraînés qui vont un rôle tout à fait important maintenant.

[Transparent n°22 - 26:50] C'est pendant cette période qu'a été élaborée la façon de voir l'informatique avec ses quatre piliers [données, algorithme, programmes et machines] et comment ils se relient entre eux, avec le rôle central des algorithmes. Je pense qu'il aurait fallut tout de suite introduire les interfaces et les interactions, parce que c'est généralement le point faible des systèmes. En ingénierie, on se foit de s'intéresser aux points faibles plus qu'aux poinyts forts.

[Transparent n°23 - 27:30] Deux livres ont été édités, qui sont toujours là. Un livre fait pour les professeurs et les élèves (« informatique et sciences du numérique », manuel de spécialité en terminale) et un autre pour les professeurs (« Introduction à la science de l'informatique »). Ces deux livres, un peu trop gros par rapport à ce qui a été enseigné, avaient pour objectif de poser les choses pour ceux qui voulaient s'intruire et qui avaient une carrière de professeur, pas de chercheur. Les deux ont été coordonnées par Gilles Dorec ??? qui a toujours été actif dans le domaine.

[Transparent n°24 - 28:00] En 2013, un rapport de l'Académie des sciences fait suite à un rapport fait en Angleterre, dont je parlerai ensuite. Son titre est « L'enseignement de l'informatique en France, il est urgent de ne plus attendre ». Cela reprenait et complétait les idées de 1983. Ce qui est intéressant, pour voir la place de l'informatique dans le monde de la science française, c'est de regarder qui a participé à ce rapport : Maurice Niva, à qui je dédie cette leçon, Serge Abitbul et moi-même, qui coordonnait le rapport. Venaient s'ajouter sept professeurs d'université ou chercheurs. Il n'y avait aucun académicien d'un autre discipline, qui ont tous refusé de participer. Ce rapport a éu un certain impact, notamment parce qu'il a été repris à la radio et dans les journaux.

[Deuxième partie - transparent n°25 - 29:05] Qu'est-ce qui s'est passé ailleurs ? Dans mes remations avec l'Education nationale, j'ai rarement entendu parler de l'international, alors faisons-le nous-même.

[Transparent n°26 - 29:15] Pendant ce temps en Tunisie, système d'enseignement franaçais et de langue française... [1] En 1983, l'informatique entre dans des lycées pilotes. En 1991, il y généralisation de l'informatique dans les lycées sous forme de matière optionnelle pour toutes les sections, alors qu'en France on la supprime. En 1999, deux ans après qu'on la supprime en France, c'est toujours une matière optionelle mais avec un programme qui s'adapte aux sections, avec plus de technique, plus de science, etc. En 2005, l'enseignement de l'informatique 'est obligatoire dans les collèges et les lycées. Une section science et techniques de linformatique est crée. L'ionformatique est présente au CAPES depuis au moins 2002, il y a même une aggrégation informatique au Maroc depuis 2017. Plus de cinq mille professeurs ont été formés, vraiment formés. C'est enseigné dans toutes les classes du secondaire et je peux témoigner qu'il y a un taux important de jeunes filles. J'aimerais bien avoir des renseignements complets sur la Tunisie, si quelqu'un en a. Le rapport de l'EPI sur lequel je m'appuie date un peu.

[Transparent n°27 - 30:55] Pendant ce temps en Angleterre... En 2008, il y avait de la literatie. Une organisation assez fantastique, Computing at school a été créée par quatre chercheurs dont Simon Payton-Jones ???, un très brillant chercheur en programmation fonctionnelle, quelqu'un qui est un pilier de pople ??? et des colloques dans ce genre. Il a fait un lobbying au sens anglais du terme, c'est-à-dire d'aller voir les bonnes personnes. En France, on râle beaucoup mais en général on prend soin de ne pas aller voir les autres personnes, même si ça change maintenant. En 2009, la Royal Society et la Royal Academy of Engineerint ont rédigé un rapport « Shutdown or Restart : Te way forward for computing in UK schools » qui préconisait clairement d'abandonner clairement la literatie, que l'on peut conserver mais qui n'est pas l'objectif de l'enseignement qui est d'apprendre l'informatique. Ce rapport n'est pas tombé dans l'oubli. En août 2011, le PDG de Google, Eric Schmidt, a déclaré « I was flabbergested to learn thatb today computer science isn't even taught as standard in UK schools. Your IT curriculum focuses on teaching how toi use software, but gives no insight into how it's made. » [J'ai été consterné d'apprendre que l'informatique ne fait pas partie de l'enseignement standard dans les écoles anglaises. Vous enseignez la literatie mais ce n'est pas ce qu'il faut faire parce que cela ne donne pas la moindre idée de comment c'est fait.] Peu après, le premier ministre Gordon Brown a déclaré « I think Eric Schmidt is right... we're not even doing enough to teach the next génération of programmers. One of the things you hear from the businesses here in Tech City is "I don't just want people who are literate in technology, I want people who want to create programs", and I think that's a real wake-up call for us in terms of our education system. » [Eric Schmidt a raison, nous ne faisons pas assez pour former la prochaine génération de programmers - chez les politiciens, les mots ne sont pas toujours précis-. Quand j'écoute les gens qui travaillent à Tech City, ils me disent qu'ils n'ont rien à faire de gens qui savent se servir d'ordinateurs, ce dont ils ont besoins ce sont de gens qui savnet créer de l'informatique. C'est un véritable coup de réveil pour notre système éducatif.]

[Transparent n°28 - 33:43] Les Anglais sont pragmatiques et donc cela a été fait en 2012. Mais le ministère, se déclarant incompétent, mandate la BCS (British Computing Society) et la Royal Academy pour élaborer les programmes pour toutes les classes du primaire au lycée.