Collectif CHATONS - Pierre-Yves Gosset : Différence entre versions

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<b>Vincent Deroussent :</b> Pendant cette session. On va revenir justement sur cette session et ce collectif, le  collectif CHATONS, qui appelle finalement à une campagne de Dégooglisation d’Internet. Est-ce que c’est possible ? En combien de temps on peut se sevrer ?
 
<b>Vincent Deroussent :</b> Pendant cette session. On va revenir justement sur cette session et ce collectif, le  collectif CHATONS, qui appelle finalement à une campagne de Dégooglisation d’Internet. Est-ce que c’est possible ? En combien de temps on peut se sevrer ?
  
<b>Pierre-Yves Gosset :</b> Alors, c’est possible ? Oui. Comment est-ce qu’on s’y prend et combien de temps ça prend ? Ça dépend à quel point on est dépendant, évidemment. En fait, ce qui s’est passé c’est qu’en octobre 2014, Framasoft qui est une association, a lancé une campagne qui s’appelle Dégooglisons Internet, qui visait à sensibiliser le grand public aux problèmes de la concentration des gros acteurs sur Internet, c’est-à-dire ce qu’on appelle les GAFAM – Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft – par rapport à la façon qu’ils ont aujourd’hui d’avoir une triple domination sur les citoyens, à la fois une domination technique qu’on comprend assez bien, ce sont eux qui gèrent vos mails, ce sont eux qui gèrent votre téléphone, bientôt ce sont eux qui vont gérer votre voiture. Il y a une domination aussi, on va dire, plutôt économique qui est que, aujourd’hui, les GAFAM sont les cinq plus grosses capitalisations boursières mondiales. Et il y a aussi une domination culturelle qui nous, nous inquiète assez fortement, qui est le fait que Facebook est en train de redéfinir comment est-ce qu’on interagit avec nos amis, qui est en train de dire que Google est devenue la boîte mail et donc le courrier électronique, le moyen de communication mondial détenu par chaque personne, chaque internaute, en tout cas. Et donc, pour lutter contre ça, on a décidé de sensibiliser le grand public à ces questions, notamment en montrant que le logiciel libre était la solution – pour nous, il semble que ça soit la seule – en mettant en place, en fait, des alternatives aux produits de Google. C’est-à-dire on a mis en place des alternatives, par exemple, à Google Doc, à Trello, à Doodle, à Facebook, etc. Et donc, quand on est arrivés à tout ça, on s’est dit c’est bien beau, nous on l’a fait, mais comment est-ce qu’on fait pour que le grand public en profite ? On s’est dit on ne peut pas nous, Framasoft qui est une petite association, porter tout ça sur nos épaules. Et on a donc décidé d’initier, d’impulser un nouveau collectif qui s’appelle CHATONS, qui veut dire Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Et cet acronyme est important, puisque ça veut dire qu’on essaye de regrouper des gens qui ont des valeurs, qui ne font évidemment que du logiciel libre ou <em>open source</em>, mais qui, surtout, défendent une certaine façon de faire de l’hébergement, notamment en n’exploitant pas les données et la vie privée des utilisateurs.
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<b>Pierre-Yves Gosset :</b> Alors, c’est possible ? Oui. Comment est-ce qu’on s’y prend et combien de temps ça prend ? Ça dépend à quel point on est dépendant, évidemment. En fait, ce qui s’est passé c’est qu’en octobre 2014, Framasoft qui est une association, a lancé une campagne qui s’appelle Dégooglisons Internet, qui visait à sensibiliser le grand public aux problèmes de la concentration des gros acteurs sur Internet, c’est-à-dire ce qu’on appelle les GAFAM – Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft – par rapport à la façon qu’ils ont aujourd’hui d’avoir une triple domination sur les citoyens, à la fois une domination technique qu’on comprend assez bien, ce sont eux qui gèrent vos mails, ce sont eux qui gèrent votre téléphone, bientôt ce sont eux qui vont gérer votre voiture. Il y a une domination aussi, on va dire, plutôt économique qui est que, aujourd’hui, les GAFAM sont les cinq plus grosses capitalisations boursières mondiales. Et il y a aussi une domination culturelle qui nous, nous inquiète assez fortement, qui est le fait que Facebook est en train de redéfinir comment est-ce qu’on interagit avec nos amis, qui est en train de dire que Google est devenue la boîte mail et donc le courrier électronique, le moyen de communication mondial détenu par chaque personne, chaque internaute, en tout cas. Et donc, pour lutter contre ça, on a décidé de sensibiliser le grand public à ces questions, notamment en montrant que le logiciel libre était la solution – pour nous, il semble que ça soit la seule – en mettant en place, en fait, des alternatives aux produits de Google. C’est-à-dire on a mis en place des alternatives, par exemple, à Google Doc, à Trello, à Doodle, à Facebook, etc. Et donc, quand on est arrivé à tout ça, on s’est dit c’est bien beau, nous on l’a fait, mais comment est-ce qu’on fait pour que le grand public en profite ? On s’est dit on ne peut pas nous, Framasoft qui est une petite association, porter tout ça sur nos épaules. Et on a donc décidé d’initier, d’impulser un nouveau collectif qui s’appelle CHATONS, qui veut dire Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Et cet acronyme est important, puisque ça veut dire qu’on essaye de regrouper des gens qui ont des valeurs, qui ne font évidemment que du logiciel libre ou <em>open source</em>, mais qui, surtout, défendent une certaine façon de faire de l’hébergement, notamment en n’exploitant pas les données et la vie privée des utilisateurs.
  
 
<b>Vincent Deroussent :</b> Alors, docteur j’ai un souci je suis journaliste. Comme tous les journalistes, finalement, je vais aller sur un reportage, je vais préparer un sujet, je vais faire une recherche sur Internet et bon, souvent, à la rédaction, je suis lié à un logiciel. C’est quand même dur, finalement, pour des gens qui sont dans un système professionnel très marqué de sortir de ce cercle-là. Qu’est-ce qui est possible ? Quelles sont les alternatives possibles ?
 
<b>Vincent Deroussent :</b> Alors, docteur j’ai un souci je suis journaliste. Comme tous les journalistes, finalement, je vais aller sur un reportage, je vais préparer un sujet, je vais faire une recherche sur Internet et bon, souvent, à la rédaction, je suis lié à un logiciel. C’est quand même dur, finalement, pour des gens qui sont dans un système professionnel très marqué de sortir de ce cercle-là. Qu’est-ce qui est possible ? Quelles sont les alternatives possibles ?
  
<b>Pierre-Yves Gosset :</b> Il faut y aller par étapes. On a tendance à dire que c’est presque une drogue. Aujourd’hui, on est accro à son téléphone portable, on est accro à son mail, on est accro à son compte Twitter, et donc, ce qu’il faut faire, c’est y aller par étapes. Tout quitter d’un coup, franchement, c’est compliqué. À titre personnel, moi quand j’ai quitté Gmail pour retourner sur du Thunderbird, ça m’a pris presque six mois pour me rhabituer, retrouver des habitudes, etc. L’idée c’est vraiment d’y aller plutôt par étapes et de se dire bon, OK. Aujourd’hui plutôt que d’ouvrir un Google Doc pour noter ma liste de courses avec mes colocataires, eh bien qu’est-ce que je vais faire ? Je vais plutôt utiliser un Framapad. Au moins les données seront non surveillées, non exploitées et elles seront automatiquement effacées au bout d’un certain temps. Si c’est pour décider de la date à laquelle je vais aller au cinéma avec des amis, eh bien je vais plutôt utiliser Framadate, plutôt que Doodle, etc. Et petit à petit, le fait de remplacer ces outils-là, ça interroge aussi les autres citoyens de pourquoi est-ce que j’utiliserais cet autre outil plutôt que Doodle, par exemple. Pourquoi Framadate plutôt que Doodle ? Et là, du coup, sur chaque site, on explique que nous on n’exploite pas les données personnelles, qu’on respecte votre vie privée, qu’on utilise si possible le chiffrement et que voilà ! Et que, au moins, ça ne participe pas à nourrir la bête, ou les bêtes que sont devenues les GAFAM aujourd’hui.
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<b>Pierre-Yves Gosset :</b> Il faut y aller par étapes. On a tendance à dire que c’est presque une drogue. Aujourd’hui, on est accro à son téléphone portable, on est accro à son mail, on est accro à son compte Twitter, et donc, ce qu’il faut faire, c’est y aller par étapes. Tout quitter d’un coup, franchement, c’est assez compliqué. À titre personnel, moi quand j’ai quitté Gmail pour retourner sur du Thunderbird, ça m’a pris presque six mois pour me rhabituer, retrouver des habitudes, etc. L’idée c’est vraiment d’y aller plutôt par étape et de se dire bon, OK. Aujourd’hui plutôt que d’ouvrir un Google Doc pour noter ma liste de courses avec mes colocataires, eh bien qu’est-ce que je vais faire ? Je vais plutôt utiliser un Framapad. Au moins les données seront non surveillées, non exploitées et elles seront automatiquement effacées au bout d’un certain temps. Si c’est pour décider de la date à laquelle je vais aller au cinéma avec des amis, eh bien je vais plutôt utiliser Framadate, plutôt que Doodle, etc. Et petit à petit, le fait de remplacer ces outils-là, ça interroge aussi les autres citoyens de pourquoi est-ce que j’utiliserais cet autre outil plutôt que Doodle, par exemple. Pourquoi Framadate plutôt que Doodle ? Et là, du coup, sur chaque site, on explique que nous on n’exploite pas les données personnelles, qu’on respecte votre vie privée, qu’on utilise si possible le chiffrement et que voilà ! Et que, au moins, ça ne participe pas à nourrir la bête, ou les bêtes que sont devenues les GAFAM aujourd’hui.
  
 
<b>Vincent Deroussent :</b> Très bien. Framasoft donc présent au Paris Open Source Summit.
 
<b>Vincent Deroussent :</b> Très bien. Framasoft donc présent au Paris Open Source Summit.
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<b>Vincent Deroussent :</b> Et, j’ai envie de dire, qu’est-ce que vous venez rechercher ici de nouveaux partenaires, de nouveaux acteurs ?
 
<b>Vincent Deroussent :</b> Et, j’ai envie de dire, qu’est-ce que vous venez rechercher ici de nouveaux partenaires, de nouveaux acteurs ?
  
<b>Pierre-Yves Gosset :</b> Pas forcément. Nous aujourd’hui on est financés, on a un modèle de financement qui est un peu atypique, on est financés uniquement par le don et c’est un choix volontaire des dirigeants de l’association qui est de dire bon, si on veut être indépendants, il faut un modèle de financement qui nous convienne et qui nous permette d’être autonomes et qui permette d’émanciper, finalement, la question de la gouvernance de l’association et de ses projets. Aujourd’hui, finalement, ce qu’on vient chercher c’est plutôt, d’abord, à sensibiliser le public des entreprises qui n’est pas forcément au courant de notre initiative Dégooglisons Internet, mais on vient aussi, finalement, pour les rencontrer et leur dire qu’ils peuvent devenir aussi des CHATONS. C’est-à-dire qu’il y a clairement du business à faire sur de l’hébergement sans exploitation de données personnelles, tout simplement parce que là où vous allez gagner de l’argent ce n’est pas en exploitant les données des gens qui vont venir être hébergés chez vous. Là où vous aller gagner de l’argent, c’est plutôt parce que vous allez leur proposer un service qui leur convient, qui est basé sur du logiciel libre. Vous n’exploitez pas leurs données, mais par contre vous pouvez leur dire : « Eh bien voilà, moi je vais gérer votre mail de telle façon, ça va peut-être vous coûter plus cher que chez Google, mais au moins vous êtes sûr que les entreprises américaines n’auront pas accès à vos contrats, à vos devis, à vos factures, etc. » Donc c’est un petit peu, aussi, sensibiliser les entreprises à ce système-là et si possible, pour nous, de rencontrer des entreprises qui auraient envie de participer à ce collectif, pour lesquelles elles sont tout à fait les bienvenues.
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<b>Pierre-Yves Gosset :</b> Pas forcément. Nous aujourd’hui on est financé, on a un modèle de financement qui est un peu atypique, on est financé uniquement par le don et c’est un choix volontaire des dirigeants de l’association qui est de dire bon, si on veut être indépendants, il faut un modèle de financement qui nous convienne et qui nous permette d’être autonomes et qui permette d’émanciper, finalement, la question de la gouvernance de l’association et de ses projets. Aujourd’hui, finalement, ce qu’on vient chercher c’est plutôt, d’abord, à sensibiliser le public des entreprises qui n’est pas forcément au courant de notre initiative Dégooglisons Internet, mais on vient aussi, finalement, pour les rencontrer et leur dire qu’ils peuvent devenir aussi des CHATONS. C’est-à-dire qu’il y a clairement du business à faire sur de l’hébergement sans exploitation de données personnelles, tout simplement parce que là où vous allez gagner de l’argent ce n’est pas en exploitant les données des gens qui vont venir être hébergés chez vous. Là où vous aller gagner de l’argent, c’est plutôt parce que vous allez leur proposer un service qui leur convient, qui est basé sur du logiciel libre. Vous n’exploitez pas leurs données, mais par contre vous pouvez leur dire : « Eh bien voilà, moi je vais gérer votre mail de telle façon, ça va peut-être vous coûter plus cher que chez Google, mais au moins vous êtes sûr que les entreprises américaines n’auront pas accès à vos contrats, à vos devis, à vos factures, etc. » Donc c’est un petit peu, aussi, sensibiliser les entreprises à ce système-là et si possible, pour nous, de rencontrer des entreprises qui auraient envie de participer à ce collectif, pour lesquelles elles sont tout à fait les bienvenues.
  
 
<b>Vincent Deroussent :</b> Devenez des CHATONS.
 
<b>Vincent Deroussent :</b> Devenez des CHATONS.
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<b>Pierre-Yves Gosset :</b> Exactement. Miaou !
 
<b>Pierre-Yves Gosset :</b> Exactement. Miaou !
  
<b>Vincent Deroussent :</b> Merci à vous Pierre-Yves Gosset. Je rappelle que vous êtes délégué général donc de l’association Framasoft. Et allez sur Framasoft découvrir la suite logicielle.
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<b>Vincent Deroussent :</b> Merci à vous Pierre-Yves Gosset. Je rappelle que vous êtes Délégué Général donc de l’Association Framasoft. Et allez sur Framasoft découvrir la suite logicielle.
  
 
<b>Pierre-Yves Gosset :</b> Les trente services.
 
<b>Pierre-Yves Gosset :</b> Les trente services.

Version du 14 décembre 2016 à 21:45

Titre : Un collectif, "CHATONS", pour dégoogliser internet

Intervenants : Pierre-Yves Gosset, délégué général donc de l’association Framasoft - Vincent Deroussent, journaliste

Lieu : Paris Open Source Summit

Date : Novembre 2016

Durée : 7 min 02

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Licence de la transcription : Verbatim

Statut : Transcrit MO

Transcription

Vincent Deroussent : Pouvons-nous nous passer de Google ? C’est la question posée lors des sessions présentées par Pierre-Yves Gosset, délégué général de Framasoft. Bonjour.

Pierre-Yves Gosset : Bonjour.

Vincent Deroussent : Posée lors des plénières du Paris Open Source Summit, une session baptisée session CHATONS. Rassurez-nous, aucun mal n’est pratiqué sur...

Pierre-Yves Gosset : Aucun animal n’a été blessé !

Vincent Deroussent : Pendant cette session. On va revenir justement sur cette session et ce collectif, le collectif CHATONS, qui appelle finalement à une campagne de Dégooglisation d’Internet. Est-ce que c’est possible ? En combien de temps on peut se sevrer ?

Pierre-Yves Gosset : Alors, c’est possible ? Oui. Comment est-ce qu’on s’y prend et combien de temps ça prend ? Ça dépend à quel point on est dépendant, évidemment. En fait, ce qui s’est passé c’est qu’en octobre 2014, Framasoft qui est une association, a lancé une campagne qui s’appelle Dégooglisons Internet, qui visait à sensibiliser le grand public aux problèmes de la concentration des gros acteurs sur Internet, c’est-à-dire ce qu’on appelle les GAFAM – Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft – par rapport à la façon qu’ils ont aujourd’hui d’avoir une triple domination sur les citoyens, à la fois une domination technique qu’on comprend assez bien, ce sont eux qui gèrent vos mails, ce sont eux qui gèrent votre téléphone, bientôt ce sont eux qui vont gérer votre voiture. Il y a une domination aussi, on va dire, plutôt économique qui est que, aujourd’hui, les GAFAM sont les cinq plus grosses capitalisations boursières mondiales. Et il y a aussi une domination culturelle qui nous, nous inquiète assez fortement, qui est le fait que Facebook est en train de redéfinir comment est-ce qu’on interagit avec nos amis, qui est en train de dire que Google est devenue la boîte mail et donc le courrier électronique, le moyen de communication mondial détenu par chaque personne, chaque internaute, en tout cas. Et donc, pour lutter contre ça, on a décidé de sensibiliser le grand public à ces questions, notamment en montrant que le logiciel libre était la solution – pour nous, il semble que ça soit la seule – en mettant en place, en fait, des alternatives aux produits de Google. C’est-à-dire on a mis en place des alternatives, par exemple, à Google Doc, à Trello, à Doodle, à Facebook, etc. Et donc, quand on est arrivé à tout ça, on s’est dit c’est bien beau, nous on l’a fait, mais comment est-ce qu’on fait pour que le grand public en profite ? On s’est dit on ne peut pas nous, Framasoft qui est une petite association, porter tout ça sur nos épaules. Et on a donc décidé d’initier, d’impulser un nouveau collectif qui s’appelle CHATONS, qui veut dire Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Et cet acronyme est important, puisque ça veut dire qu’on essaye de regrouper des gens qui ont des valeurs, qui ne font évidemment que du logiciel libre ou open source, mais qui, surtout, défendent une certaine façon de faire de l’hébergement, notamment en n’exploitant pas les données et la vie privée des utilisateurs.

Vincent Deroussent : Alors, docteur j’ai un souci je suis journaliste. Comme tous les journalistes, finalement, je vais aller sur un reportage, je vais préparer un sujet, je vais faire une recherche sur Internet et bon, souvent, à la rédaction, je suis lié à un logiciel. C’est quand même dur, finalement, pour des gens qui sont dans un système professionnel très marqué de sortir de ce cercle-là. Qu’est-ce qui est possible ? Quelles sont les alternatives possibles ?

Pierre-Yves Gosset : Il faut y aller par étapes. On a tendance à dire que c’est presque une drogue. Aujourd’hui, on est accro à son téléphone portable, on est accro à son mail, on est accro à son compte Twitter, et donc, ce qu’il faut faire, c’est y aller par étapes. Tout quitter d’un coup, franchement, c’est assez compliqué. À titre personnel, moi quand j’ai quitté Gmail pour retourner sur du Thunderbird, ça m’a pris presque six mois pour me rhabituer, retrouver des habitudes, etc. L’idée c’est vraiment d’y aller plutôt par étape et de se dire bon, OK. Aujourd’hui plutôt que d’ouvrir un Google Doc pour noter ma liste de courses avec mes colocataires, eh bien qu’est-ce que je vais faire ? Je vais plutôt utiliser un Framapad. Au moins les données seront non surveillées, non exploitées et elles seront automatiquement effacées au bout d’un certain temps. Si c’est pour décider de la date à laquelle je vais aller au cinéma avec des amis, eh bien je vais plutôt utiliser Framadate, plutôt que Doodle, etc. Et petit à petit, le fait de remplacer ces outils-là, ça interroge aussi les autres citoyens de pourquoi est-ce que j’utiliserais cet autre outil plutôt que Doodle, par exemple. Pourquoi Framadate plutôt que Doodle ? Et là, du coup, sur chaque site, on explique que nous on n’exploite pas les données personnelles, qu’on respecte votre vie privée, qu’on utilise si possible le chiffrement et que voilà ! Et que, au moins, ça ne participe pas à nourrir la bête, ou les bêtes que sont devenues les GAFAM aujourd’hui.

Vincent Deroussent : Très bien. Framasoft donc présent au Paris Open Source Summit.

Pierre-Yves Gosset :Oui, comme l’an passé.

Vincent Deroussent : Comme l’an passé et fidèle au poste.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait.

Vincent Deroussent : Et, j’ai envie de dire, qu’est-ce que vous venez rechercher ici de nouveaux partenaires, de nouveaux acteurs ?

Pierre-Yves Gosset : Pas forcément. Nous aujourd’hui on est financé, on a un modèle de financement qui est un peu atypique, on est financé uniquement par le don et c’est un choix volontaire des dirigeants de l’association qui est de dire bon, si on veut être indépendants, il faut un modèle de financement qui nous convienne et qui nous permette d’être autonomes et qui permette d’émanciper, finalement, la question de la gouvernance de l’association et de ses projets. Aujourd’hui, finalement, ce qu’on vient chercher c’est plutôt, d’abord, à sensibiliser le public des entreprises qui n’est pas forcément au courant de notre initiative Dégooglisons Internet, mais on vient aussi, finalement, pour les rencontrer et leur dire qu’ils peuvent devenir aussi des CHATONS. C’est-à-dire qu’il y a clairement du business à faire sur de l’hébergement sans exploitation de données personnelles, tout simplement parce que là où vous allez gagner de l’argent ce n’est pas en exploitant les données des gens qui vont venir être hébergés chez vous. Là où vous aller gagner de l’argent, c’est plutôt parce que vous allez leur proposer un service qui leur convient, qui est basé sur du logiciel libre. Vous n’exploitez pas leurs données, mais par contre vous pouvez leur dire : « Eh bien voilà, moi je vais gérer votre mail de telle façon, ça va peut-être vous coûter plus cher que chez Google, mais au moins vous êtes sûr que les entreprises américaines n’auront pas accès à vos contrats, à vos devis, à vos factures, etc. » Donc c’est un petit peu, aussi, sensibiliser les entreprises à ce système-là et si possible, pour nous, de rencontrer des entreprises qui auraient envie de participer à ce collectif, pour lesquelles elles sont tout à fait les bienvenues.

Vincent Deroussent : Devenez des CHATONS.

Pierre-Yves Gosset : Exactement. Miaou !

Vincent Deroussent : Merci à vous Pierre-Yves Gosset. Je rappelle que vous êtes Délégué Général donc de l’Association Framasoft. Et allez sur Framasoft découvrir la suite logicielle.

Pierre-Yves Gosset : Les trente services.

Vincent Deroussent : L’ensemble des services proposés, la communauté, voilà ! Un ensemble de services proposés. Merci à vous.

Pierre-Yves Gosset : Merci.