Différences entre versions de « Ce que copier veut dire (2/3) »

De April MediaWiki
Aller à la navigationAller à la recherche
(Page créée avec « Catégorie:Transcriptions '''Titre :''' Ce que copier veut dire (2/3) '''Intervenant :''' Lionel Maurel '''Lieu :''' Conférence [lire+écrire] numérique - Médiat... »)
 
(Contenu remplacé par « Catégorie:Transcriptions Publié [https://www.april.org/ce-que-copier-veut-dire-copy-party-communs-domaine-public-culture-libre-23-lionel-maurel ici] »)
 
(23 versions intermédiaires par 3 utilisateurs non affichées)
Ligne 1 : Ligne 1 :
 
[[Catégorie:Transcriptions]]
 
[[Catégorie:Transcriptions]]
  
'''Titre :''' Ce que copier veut dire (2/3)
+
Publié [https://www.april.org/ce-que-copier-veut-dire-copy-party-communs-domaine-public-culture-libre-23-lionel-maurel ici]
 
 
'''Intervenant :''' Lionel Maurel
 
 
 
'''Lieu :''' Conférence [lire+écrire] numérique - Médiathèque de Rezé
 
 
 
'''Date :''' Mars 2013
 
 
 
'''Durée :'''33 min 39
 
 
 
'''Lien vers la vidéo :''' [http://scinfolex.com/2013/05/08/ce-que-copier-veut-dire-videos-de-la-conference-lireecrirenumerique/]
 
 
 
== 00' ''transcrit MO'' ==
 
 
 
'''Lionel Maurel'''
 
 
 
Et puis le numérique arrive aujourd'hui et là, on a une rupture qui est radicale et qui est beaucoup plus difficile à négocier pour le droit d'auteur parce que, quand on parle de numérique, donc cette combinaison des ordinateurs, d'Internet, on arrive à une situation où la copie devient absolument omniprésente et universelle. C'est-à-dire qu'il n'y a plus de possibilité d’accéder à une œuvre indépendamment d'une copie de cette œuvre. Quand je lis un livre, il n'y a pas de copie : le fait de regarder ce livre n’entraîne pas juridiquement de reproduction, donc le droit d'auteur ne se déclenche pas. La lecture d'un livre est un acte qui est juridiquement, si vous voulez, hors sol quoi, il n'y a pas d'atteinte possible sur cet acte.
 
Quand on est dans une pièce de théâtre il n'y a pas de copie, mais là le droit d'auteur intervient à travers une notion qui s'appelle la représentation. Mais avec la diffusion sur Internet aucun acte n'échappe à la copie. Là, ce que je suis en train de faire en ce moment, je vous fait une diffusion de ce powerpoint, mais il y a une copie qui est bien sur ce support et mon support est tout à fait saisi par le droit d'auteur. Et je ne vous cache pas que ça a été un très gros casse-tête de l’illustrer avec des images, parce qu'il faut que je trouve des images réutilisables pour faire mes supports et c'est tout un parcours du combattant de le faire. Là on est tout à fait dans un cadre où le droit d’auteur s'applique et j’essaye de ne pas trop le violer, même si, bon, tout n'est pas complètement d'équerre dans ce support. Mais voilà cette image-là j'ai le droit de vous la montrer parce qu'elle est sous licence libre.
 
 
 
Et donc cette omniprésence de la copie crée aussi une culture de la copie, une véritable culture de la copie et on retombe dans un de ces âges précédents où la création était indissociable de la copie et c'est ça qui à mon avis est le phénomène important. On a toutes ces pratiques de copie « transformative » où on copie un élément pour se le réapproprier, le modifier légèrement, l'adapter, le transformer et en faire autre chose. Et en général ça donne une sorte de sous-culture, de culture qui est assez intéressante dans ses développements, qui a un potentiel critique et caustique fort. Là vous avez des détournements de logos de Coca-Cola, les fameuses couvertures de Martine qui ont entraîné une réaction en justice de l'éditeur qui a fait supprimer, par exemple, l'éditeur automatique de couvertures de Martine qui existait. Il y en a plein d'autres qui existent encore, mais ils ont réagi. C'est là où on tombe dans la copie comme moyen d'autodéfense, aussi, parce que c'est symbolique. Quand on a des images politiques qui nous sont assénées comme ça, la réappropriation par le remix permet de les détourner et de s'échapper d'une certaine forme de matraquage ou de communication politique qui parfois peut être envahissante. Et on est, comme le dit André Gunthert, qui est une personne qui s'intéresse au statut de l'image à l'ère numérique, on est à l'ère de « l'appropriabilité » numérique de l'image et ça c'est un élément qui est très important.
 
 
 
Deuxième affaire de contrefaçon en ligne qui a été jugée, concernait, vous savez, les 100 000 milliards de poèmes de Raymond Queneau. Donc Raymond Queneau crée cette œuvre ; il y a dix sonnets à la base dont on peut intervertir les vers, les mélanger, et ça donne 100 000 milliards de poèmes potentiels. Il y a cette très belle édition chez Gallimard qui permet de faire fonctionner le principe. Et quelqu’un s'était dit je vais transposer en numérique. Il avait fait une base de données avec ces vers et quand on clique sur le bouton ça compose à la volée un des poèmes possibles dans les 100 000 milliards de poèmes. Les ayants droit de Queneau, de Raymond Queneau, ont attaqué pour contrefaçon du droit d’auteur. Et là les juges ont très vite considéré que c'était bien une œuvre, qui avait été numérisée, que ça constituait une reproduction de cette œuvre, qui constitue tant que l’œuvre est originale, nécessite une autorisation préalable de l'auteur, et ils ont considéré que c’était une contrefaçon. Et dès que, si vous voulez, du point de vue du langage, ils ont réussi à plaquer ces mots-là sur ces actes, c'est comme si on avait mis le pied dans tout le code de propriété intellectuelle et tout le code s'est transposé à Internet. Et c'est très ironique que ça ce soit fait avec les 100 0000 milliards de poèmes, parce que Raymond Queneau avait lui-même une réflexion très poussée sur qu'est-ce qu’être auteur d'une œuvre. Parce que Queneau savait très bien qu'il n’était pas auteur de tous les 100 000 milliards de poèmes. Lui a créé les dix premiers et il y a quelque chose d'automatique qui se crée et c'est presque plus le lecteur qui crée la suite des dix poèmes. Donc c'est assez ironique que ce soit cette œuvre-là qui ait au droit d'auteur français de mettre le pied sur Internet.
 
 
 
Tout ça crée une situation qui est complètement explosive pour le droit d'auteur et je vais vous donner un exemple qui vous montre à quel point c'est le cas. C'est un exemple que j'aime bien prendre. Cette photo, en fait, a été prise par un photographe américain qui s'appelle Noam Galai, qui a pris une série d'autoportraits, de lui en train de crier, comme ça, et qui les a postés sur une plate-forme qui s’appelle Flicker, plate-forme de partage de photographies, en mettant un copyright. C'est-à-dire qu'il a mis « ©All Rights Reserved », ça veut dire « aucune copie n'est possible sans mon autorisation ». Et quelques temps plus tard, il a fait ça en 2006, et un an et demi ou deux ans plus tard, il y a une de ses collègues de travail qui est venue le voir et qui lui a dit « Ah j'ai vu ta tête sur un tee-shirt. Ah, j'ai trouvé ça super, je ne savais pas que tu faisais des tee-shirts » ! Et lui a répondu : « Mais moi je ne fais pas de tee-shirts, qu'est-ce que c'est ? » Et il a commencé à regarder, et il a utilisé, vous savez, un moteur de recherche inversé d'images qui s'appelle TinEye ; il a chargé son image et il s'est rendu compte qu'en fait cette image, sans qu'il ne le sache, a eu un effet de propagation complètement explosif sur Internet. Alors pourquoi cette image-là ? On ne sait pas trop, c'est peut-être son potentiel évocateur. Mais il y a des tas de gens qui ont vu cette image et qui se la sont appropriée, à tel point que sa tête maintenant est sur des graffitis, sur le mur qui sépare Israël et la Palestine, elle est sur des jeux de cartes, elle a été sur des planches de skate, elle a été reprise des tas de fois dans la presse, elle fait des couvertures de livres, des flyers, voilà. Et donc lui, il a eu un choc, parce que déjà c’était sa création, c'est son visage, quand même, donc il y aussi une question de droit à l'image qui se pose. Il a été assez désemparé et il y a en fait des centaines de reprise de cette image et il n'y a qu'un seul éditeur qui lui a demandé une autorisation.. Donc voilà. Sa réaction, pour réagir à ce phénomène, ça a été de faire un site Internet qui s’appelle ''Scream Everywhere'' où lui il recense toutes les réutilisations et il en a fait une espèce de collection qui devient une sorte de méta-œuvre à partir de toutes les réutilisations et il explique que pour lui psychologiquement ça été important pour se réapproprier ce qui, quelque part, lui avait échappé. Il n'a pas engagé de poursuites devant les tribunaux parce de toutes façons c’était assez complexe de réagir. J’avais trouvé que c'était un cas intéressant qui vous montre à la fois la puissance de la dissémination du Web, une certaine forme de misère du droit, parce que le droit est un peu impuissant devant la puissance de dispersion des images. Et la question c'est est-ce que c'est la mort de la création ? Ça se discute parce que, évidemment, ce photographe n'a pas eu vraiment de retour financier sur son œuvre, mais il est clair qu'il a produit, de manière dérivée, des centaines et des centaines de créations à partir de la sienne. Du coup maintenant sur son site il vend des produits dérivés. Il a dit puisque c'est comme ça allons-y. Il vend des tapis de souris, il va très loin, il vend des mugs et il vend même, j'avais vu, des petits pull-overs pour chien. Il est tombé dans un truc ??? il s'est dit allons-y,si on reproduit, allons jusqu'au bout.
 
 
 
Il faut voir aussi que le numérique entraîne une chose dont on n'a pas vraiment conscience et dont on verra bien d'ailleurs tout à l'heure en faisant la Copy Party, c'est qu'il y a des tas d'actes qui sont parfaitement légaux dans l'environnement physique qui deviennent illégaux quand ils se transposent en numérique.
 
 
 
Je ne sais pas si vous cette pratique qui s'appelle le ''bookcrossing''. J'ai un livre, je l'achète et on ne se rend pas compte le nombre de libertés, très simples qui sont attachées à la possession de ce livre. C'est-à-dire que je ne peux pas le copier, parce que là je tombe sous le coup du droit d'auteur, mais je peux le donner, le prêter, je peux même le revendre ; ça c'est absolument légal, le droit d'auteur ne contrôle pas ce type d'acte. Ça s'appelle la théorie de l’épuisement des droits qui fait qu'un fois qu'il y a eu une première vente, il y a un certain nombre d'actions qui deviennent possibles sans restriction et donc ça permet aussi des formes d'échanges qui s'appellent le ''bookcrossing'' : j'abandonne mon livre à un endroit pour qu'un inconnu puisse un jour s'en saisir. Ça s'est organisé ; on trouve ce phénomène qui se développe beaucoup aux États-Unis et au Canada, ça s'appelle les '' Little Free Library''. Les gens, devant chez eux, plantent une petite cabane en bois, sur un poteau, dans laquelle ils entreposent leurs livres et le principe c'est que vous pouvez venir vous servir à condition de remettre des livres de temps en temps. Il y a a une forme de règle du jeu qui s'est installée et dans certaines villes au Canada, notamment à Toronto, je l'ai vu aussi à Montréal, ça devient un phénomène qui n'est pas complètement anodin en termes de circulation des ouvrages.
 
 
 
Vous prenez ces mêmes gestes, vous les transposez dans le numérique, qu'est-ce que ça devient ? Le fait de se créer une petite boite et de charger des fichiers de livres numériques pour que des gens viennent les partager, ça s'appelle du ''peer too peer'' et c'est exactement le genre de choses pour lesquelles ''The Pirate Bay'' est tombé en Suède. Donc ça devient, typiquement, ce qui est le plus stigmatisé et le plus illégal. Et vous avez des pratiques maintenant numériques qui consistent, par exemple, à ficher des clefs dans les murs, ça s'appelle des ''Dead Drops'', pour laisser des fichiers, et éventuellement que des gens viennent s'y connecter pour les récupérer. Ça, si vous y mettez des fichiers protégés, c'est violemment illégal.
 
 
 
De la même manière que vous avez cet objet qui s'appelle une pirate box, qui est en fait une petite boite qui crée son propre réseau wi-fi autour d'elle et avec laquelle vous pouvez vous connecter avec un téléphone portable, un ordinateur, ça aussi c’est déconnecté d'Internet, c'est complètement invisible pour l'HADOPI, et ça vous permet de faire des échanges de fichiers, et si vous y mettez des ouvrages, mais du point de vue du geste c'est le même que de donner un livre si vous voulez. L'acte de donner qu'il soit en physique ou en numérique, il change complètement de signification juridique.
 
 
 
==11' 58==
 
 
 
La solution qui a été envisagée
 

Version actuelle datée du 26 septembre 2016 à 06:48


Publié ici