Le prix du gratuit - Emmanuel Revah - RMLL 2018

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Titre : Le prix du gratuit

Intervenant : Emmanuel Revah

Lieu : Strasbourg - Rencontres Mondiales du Logiciel Libre

Date : juillet 2018

Durée : 33 min 40

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Licence de la transcription : Verbatim

Illustration :

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Statut : Transcrit MO

Transcription

Merci d’être venus. Je ne sais pas pour vous mais les RMLL c’était vraiment cool cette semaine. Là on arrive un peu au bout et le sujet dont je veux vous parler, limite ça aurait pu être un peu en introduction parce qu’il y a plein d’ateliers à côté, les chatons, les guides d’autodéfense, etc. Ça aurait été bien après ; là ce que j’ai à présenter c’est un petit peu déprimant et c’est tout public. Il y en a un certains qui connaissent déjà bien le sujet, donc restez-la et accrochez-vous pour les autres. Si certains ont des nausées, il y a peut-être des sacs anti-vomissement sous les sièges. À voir.

En gros ce qu’on veut voir là aujourd’hui c’est l’écosystème, l’économie des services gratuits. Les services gratuits, mails, blogs, réseaux sociaux, etc., d’autres outils de communication qu’on utilise tous les jours.
J’ai une question ici : qui participe au service mail ou au blog ou autre publication, outil de communication qu’il utilise ? Que ça soit via de l’argent, des efforts techniques ou autre forme de participation ? Cool. Ça fait trois peut-être quelques-uns qui ne parlent pas bien français, mais je pense que oui.
Donc souvent beaucoup d’entre nous en tout cas au niveau de la population, pour la plupart d’entre nous c’est du mail gratuit chez Gmail, Hotmail, machin ; c’est du réseau social fourni gratuitement, etc. Donc ce qu’on veut voir aujourd’hui c’est qui fournit les services, qui les finance finalement, parce que là je ne parle pas des associations ou des services de collectifs, je parle des entreprises qui sont à but lucratif, qui gagnent beaucoup d’argent et qui sont parmi les plus grandes entreprises mondiales et quelle est la monnaie d’échange en fin de compte ; on ne leur donne pas d’argent qu’est-ce que c’est le truc ?

Qui fournit les services ?

Déjà qui fournit les services ? Ça c’est un super Internet bien décentralisé, il y a des services qui sont fournis par toi, elle, lui, moi, des entreprises, des associations, tout un tas de choses, c’est un truc super. On est tous là à participer au truc. En fait non pardon, c’est plutôt comme ça : il y a Google, il y a aussi Google et Google, il y a aussi Google, il me semble qu’il y a une autre entreprise qui s’appelle Google, et puis Amazon, Facebook, Microsoft, etc., toutes ces choses-là qu’on connaît bien qui, finalement, englobent presque tous les services gratuits sur Internet. Et je rappelle que ce ne sont pas des assos, ce sont des entreprises qui gagnent beaucoup de fric, on pourrait parler même « d’un pognon de dingue ».

Qui finance ?

Voyons qu’est-ce qui finance tout ça.
À votre avis qui est-ce qui finance tous ces services ? On va prendre un cas simple, un site web basique, le site moyen qui a un petit contenu là l’article, ça c’est le truc qu’on veut voir, qu’on veut consommer ou lire selon le langage qu’on veut employer. On se connecte sur Internet, sur le serveur où il y a le contenu, on le télécharge, on le lit, on l’affiche c’est cool.À votre avis qui finance ce service ? Personne ? La pub. C’est ça, c’est la pub. Là ça résume un peu tout le truc, je crois qu’on a fini, vous pouvez partir, non je rigole !

Des outils… gratuits !

Il y a encore un petit truc qu’on a là c’est que le contenu est financé par la publicité, donc la publicité qui va rémunérer le site web, mais il y a d’autre petites choses qu’on ne voit pas forcément, qui sont un peu moins visibles, que ça soit des trucs comme des fontes, des Analytics, des scripts JavaScript, des choses comme ça qu’on va intégrer dans le site, que le fabricateur du site ou le webmestre va pouvoir utiliser, elles aussi gratuitement.
Donc quand je fais mon site, on va dire que c’est notre site, ça c’est notre site web, on fait un site ensemble, on veut gagner du fric. Pour économiser les coûts, on va utiliser des choses comme ça qu’on va emprunter à droite, à gauche, c’est très facile, on met trois bouts de code dans notre page HTML et paf ! On a des fontes super jolies, on a des statistiques hyper performantes, on a des librairies jQuery et autres et on ne se pose pas de questions, mais c’est gratuit pour nous aussi, webmestre.

Vive les contenus tiers

Pour enrichir le site on peut aussi intégrer des cartes, c’est vachement pratique pour les gens qui veulent venir nous voir, il y a des vidéos qu’on va trouver sur YouTube, il y a des Gravatar, personne ne veut parler du Gravatar, mais Gravatar c’est quand même un truc qu’on emprunte à droite, à gauche, qui est un petit peu un problème, on va en parler un peu après. Et ça peut être plein de contenus qui viennent d’ailleurs, à droite, à gauche et c’est génial. On les met dans notre site. On n’a toujours pas payé pour notre site. On a payé pour l’article, mais toutes ces autres choses-là, on n’a toujours pas payé.

Partager pour gagner plus

Et puis pour que notre site ait des clics, pour que les publicités qu’on a mises au début puissent nous rémunérer, eh bien on veut inciter les gens à partager, donc on va mettre des petits liens de partage. C’est cool, c’est pratique. Il y a la manière facile, c’est juste je vais sur un site quelconque et je mets un bout de code et puis ça m’affiche en temps réel le nombre de partages et de retweets, etc. et ça c’est super pratique. Pour faire ça, les petits bouts de code et il y a des requêtes qui se font sur tous ces sites-là.
Donc en gros, pour afficher cette page, pour l’optimiser et ne pas payer grand-chose, on fait en sorte que le visiteur télécharge la moitié d’Internet.

Optimiser la pub

Ça c’est cool, on a de la publicité maintenant sur notre site. On a du contenu gratuit pour embellir notre page, etc., c’est génial et la publicité est là, c’est bien mais au début de l’Internet ce n’est pas très bien, ce n’est pas très rentable. D’abord ça concurrence la télé qui est encore un petit peu le moyen où il y a les publicités les plus chères, mais, à un moment donné, on se dit « tiens on peut donner un même contenu à tout le monde, mais des publicités différentes ». Pour faire ça c’est très simple, il faut des profils. Avec les profils on peut dire toi « tu as une pub comme ça et toi tu en as une autre ». Et là, la valeur de la publicité augmente, donc c’est plus intéressant.

Ceux qui fabriquent des profils, ce sont les classiques, il y en a plein d’autres, mais basiquement on a un petit compte Gmail et puis on va sur Google Maps et YouTube, etc., donc il y a des choses qui se construisent sur notre identité numérique. Facebook le fait aussi, d’ailleurs même à notre insu. Si vous n’avez pas de compte Facebook, c’est juste que vous n’êtes pas au courant que vous avez un compte Facebook. Je pense que tous les autres le font, on peut vous profiler sur votre navigateur, etc. Donc il y a plein de moyens de créer un profil sur tout le monde. Si vous regardez cet slide, des profils pour tous.

Public : Inaudible.

Emmanuel Revah : Tous ! Merci ???.

Public : Inaudible

[Rires]

Si ça peut servir à pister, ça sert à pister

Emmanuel Revah : Pardon, j’étais où Oui, là. Le truc qu’il faut se dire c’est juste si ça peut servir à pister, à priori ça sert à pister. Il n’y a pas de truc comme ça, de Gravatar et de machins comme ça bizarrement gratuits et qui donnent quand même une partie de votre information sans échange. Donc là on peut commencer à rentrer dans le monde du supermarché des données

Le supermarché des données

Le super marché des données c’est génial parce qu’on se dit Google, Facebook, ils ont nos données, ils connaissent plein de choses sur nous ce n’est pas bien, mais ce n’est rien ça, enfin ce n’est rien ! C’est une partie du problème. Ils récoltent les données des utilisateurs, hop, on a tous nos petits profils-là, c’est génial, et après, derrière, il y a des entreprises qui vont obtenir ces données, soit elles vont les acheter, soit elles vont les obtenir via un jeu quiz bizarre ou d’autres moyens. Elles peuvent très bien aller et chez Google et chez Twitter et chez l’un et chez l’autre pour récupérer plusieurs sources de données, les mettre ensemble et avec ça on a un tas de données. On peut aller voir ces entreprises-là et aussi plein d’autres entreprises pour leur demander quelle est la campagne optimale pour vendre ma paire de chaussures ou mon politicien. Donc là-dedans on a les clients de ces entreprises-là : c’est Nike, c’est Reebob, ce sont les machins comme ça. Mais c’est aussi Donald Trump, mais aussi Obama, ce ne sont pas que les méchants ou que les gentils, c’est tout le monde et ça donne beaucoup de données.

L’autre truc c’est qu’on est vraiment limités par le budget, en fait, ce qu’on veut savoir sur les gens, la limite c’est pratiquement le budget et il y a quelques personnes qui ne sont pas dans ces fils-là, mais quand même beaucoup.

Avez-vous la carte du magasin ?

J’ai une question que j’ai à poser et que je voudrais poser à ces données-là c’est est-ce que vous avez la carte du magasin parce que si vous ne l’avez pas vous loupez des soldes, des remises de 10 % etc.

Je veux parler de ça parce qu’on se dit toujours « c’est cool les cartes du magasin » mais les cartes du magasin c’est en fait tout un autre marché ; j’aurais dû diviser en deux cet slide, parce qu’il y a déjà le marché des entreprises, les mêmes que celles-là. Elles vont aller sur Internet auprès de Google et Facebook, etc., pour obtenir les données et il y a d’autres entreprises qui vont obtenir les données des cartes du magasin. Il y a même RelevanC, qui est tout en bas à gauche, c’est créé par le groupe Casino ; c’est leur agence de marketing. Ils appellent ça du handbording???, c’est le fait de prendre les données off-line, hors ligne, et de les mettre dans une base de données en ligne. Et après, éventuellement, d’aller chez Facebook et Google et de dire « mon client a tel numéro de téléphone, avec sa carte de fidélité, et j’aimerais trouver mon client chez vous ». Si vous avez un magasin et vous avez les mails de vos clients, vous pouvez aujourd’hui aller chez Facebook très simplement, leur donner votre liste de mails et ils vous diront si vos clients sont sur Facebook. Vous pouvez les ajouter ou alors vous pouvez leur dire « je veux une publicité pour eux ». Ça c’est la version light qu’on peut faire aujourd’hui si on le voulait, juste avec un compte Facebook et peut-être deux-trois euros ou quelque chose comme ça.

11’ 10

Pourquoi Temelio ?

Donc tout ça c’est génial. Moi j’aime bien ! Ce que j’aime bien dans ces entreprises, c’est qu’il y a des entreprises comme Temelio qui disent des choses sympas : les données sont anonymes, mais on peut cibler jusqu’à l’individu. Donc je ne sais pas encore comment ça marche. On parle de nom, prénom, adresse postale, e-mail, ce n’est pas son navigateur, ce n’est pas juste s’il vient avec son même tee-shirt rouge on peut le reconnaître, c’est s’il éternue quelque part il laisse quelques traces, on peut peut-être le reconnaître aussi.

Moi je n’aime pas ces gens-là. Ce n’est pas connu du grand public. C’est connu si vous avez un magasin : tu ouvres un magasin et tu veux une carte de fidélité pour tes clients, que tu sois Auchan ou Bio-coop, eh bien tu vas dans des boîtes comme ça et tu leur dis : « Faites-moi un système ». Donc ils impriment un bout de plastique avec ton logo et après toutes les données se retrouvent chez eux ; ça permet d’avoir des camemberts et des machins et après on peut leur donner un peu plus d’argent et dire « allez acheter chez Google et Facebook ».
D’ailleurs je veux revenir un peu sur ce truc-là [slide précédent, NdT]. Les entreprises qui sont d’un côté et de l’autre finalement c’est une situation temporaire. Cette boîte-là [Acxiom] a acheté LiveRamp qui est là-bas et ils vont finir tous par devenir tous la même chose parce qu’il n’y a plus de différence entre en lgine et hors-ligne ; ça c’est fini.

Il y a des entreprises qui s’appellent « Des gens sympas au boulot » [NPAW, Nice People At Work]. Peut-être que ce sont les moins pires parmi toutes les entreprises que je suis allé voir pour faire ce truc-là, mais j’adore l’ironie de leur nom. Eux sont spécialisés dans la vidéo. Ils analysent toute la réaction, toute l’interaction avec une vidéo en ligne qu’on peut avoir, toujours dans l’objectif de transformer votre action, votre consommation d’informations, en vente quelque part ailleurs.

La ferme du gratuit

Finalement le produit sur Internet, pour ces entreprises-là, dans les échanges gratuits, ce sont les données et c’est vous qui les produisez, nous, moi, et je trouve que ça ressemble un peu à ça. On est là, on est nourris, on est logés, quand on va mal il y a quelqu’un qui vient nous soigner ; on s’occupe bien de nous. Franchement Gmail, apparemment, selon plein de gens, eh bien ça marche très bien. Les Analytics Google ça marche très bien, toutes ces choses-là fonctionnent très bien. Il y a un meilleur support chez eux que n’importe où ailleurs. Le support chez eux c’est souvent le cousin, etc. En gros nous on est là et les agriculteurs ce sont Google et Facebook. Ceux qui nous consomment qui vont consommer cette chose-là on ne les connaît pas bien, ce sont des gens de l’autre côté de la barrière, on ne les voit pas. On les a vu tout à l’heure.

Tout est bon dans le data

Je ne sais pas quoi dire, mais il n’y a vraiment rien qui est laissé. Moi je n’ai pas pu tout mettre. Si vous imaginez quelque chose qu’on peut capter sur votre comportement devant un ordinateur ou dans un magasin, c’est quelque part là-dedans. Il n’y a vraiment rien qui est laissé. C’est déprimant. Des fois elles mettent toutes ces infos sur leur site, les entreprises qu’on a vues dans les premiers slides, elles disent tout, direct notre objectif : analyser et transformer en vente.
Ça c’est un exemple : savoir où vous passez votre souris, que vous cliquiez ou non. C’est où est votre souris, combien de temps ça met. Il y a plein d’autres façons de voir ce truc-là. On peut même avoir un replay, une rediffusion de la souris d’un visiteur individuel. Je peux dire « ce visiteur-là, ça m’intéresse, je ne sais pas comment il ou elle a fait », donc on peut avec ces services-là refaire le mouvement en temps réel de la personne.

Prix = Cerveau

Donc quelque part ce qu’on paye c’est un accès direct à notre cerveau ; ce sont des moyens, des manières de nous manipuler ; quand on nous connaît bien on peut nous manipuler. Des amis proches arrivent à me faire faire des choses que je n’ai pas forcément envie de faire et ils me connaissent moins bien que si j’avais un compte Gmail et si je me baladais en mode normal sur Internet. Donc ce sont les liens les uns avec les autres.

Les hésitations je ne l’ai même pas dit, mais vous savez peut-être : quand vous allez sur des trucs comme Twitter ou autre, vous commencez à écrire dans la case et puis vous dites : « Non ce n’est pas sympa d’écrire ça, je l’efface ». C’est quand même envoyé ! D’ailleurs c’est plus intéressant d’un point de vue de données de savoir ce que vous aviez envie d’écrire au premier instinct ; ça c’est plus intéressant que le truc « je réfléchis, je mets un truc plus neutre. J’avais envie de dire un truc un peu plus… » Ça c’est quand même envoyé. Ça fait partie des données qu’ils peuvent prendre.
Comme j’ai dit tout à l’heure il n’y a pas de limites à ce qu’on peut prendre.

Ce dessin, moi j’aime bien dessiner des choses comme ça, j’adore ; mais ça ce n’est pas moi, c’est le logo de Cambridge Analytica. !

http://interweb.idiocracy

Un truc c’est qu’avec tout ça transforme la manière dont fonctionne le Web. Si certains d’entre vous ont connu Internet en 2000, jusqu’à 2005 peut-être même, mais surtout autour de 2000 et avant, vous avez connu un truc beaucoup plus simple, beaucoup plus informatif, beaucoup moins intrusif et avec ces choses-là sur notre site qu’on a fait tout à l’heure, on est en compétition avec d’autres.

Histrionisme

Je parlais du concept de l’histrionisme. L’histrionisme c’est caractérisé par une recherche constante d’attention excessive. Plus on passe du temps sur un site, plus on génère de données, donc plus on génère du revenu. Le truc c’est qu’il y a 24 heures pour chacun ici et chacun ailleurs, d’ailleurs, il n’y a pas plus de temps pour quelqu’un qui est riche ou pauvre, etc. On a 24 heures dans une journée. Je ne sais pas si vous lisez l’anglais, la compétition de Netflix, selon le patron c’est « notre compétition c’est le sommeil ». Facebook n’est pas en compétition avec Google, Facebook est en compétition avec ça [la conférence et les RMLL, NdT], avec un pic-nique, avec une balade entre amis. C’est ça leur compétition, parce que si vous restez devant l’ordinateur sur leur site, vous voulez du réseau social, eh bien on va sur Facebook. Point barre. Si vous voulez acheter un truc vous allez sur Amazon. Leur compétition c’est la vie déconnectée de ces choses-là, de ces moyens de capturer des données. Même si vous ne cliquez pas sur les pubs, vous produisez des données, des comportements ; tout ça, ça s’étudie.

Dans la série de l’histrionisme, qu’est-ce qu’on a ?
On a des sites avec des scrolls à l’infini : les pages ne s’arrêtent plus, on ne veut pas que les pages s’arrêtent ; il y a du AutoPlay, de la lecture automatique pour les vidéos. Il n’y a jamais de fin de page, ça continue sans cesse. L’idée c’est de ne pas partir ; « Ne partez pas ! »
Avec ça on a des trucs types un peu, des trucs pas chers un peu, les appâts à clics et des choses qui vont attirer notre attention ou un peu voilà nous perturber dans notre flux de lecture et nous harceler avec des choses comme ça [« Abonnez-vous à notre newsletter. Entrez votre e-mail »,NdT]. Je ne sais pas si quelqu’un ici s’est déjà abonné à la newsletter. Moi j’ai tendance à fermer la page et aller prendre l’air.

Je parle de ça parce que ça change vraiment comment fonctionne et comment on diffuse et ce à quoi le Web ressemble.

Troll

On peut aussi parler du troll. Vous avez peut-être connu Internet autour de 2000, peut-être avant, il y a des trolls qui viennent là sur les forums et d’autres trucs, et ils parlent de n’importe quoi. Ils aiment bien l’attention, ils ne pensent ni bleu ou rouge, ils vont juste défendre le truc que tout le monde n’aime pas, proposer des trucs un peu hallucinants. Leur idée c’est d’accaparer l’attention et d’emmerder tout le monde.

Fausses infos

C’est génial parce le troll, parce que ça inspire ce qu’on appelle les fausses informations, les fake news. C’est génial parce que ce comportement-là, on remarque dans les trolls que ça attire vachement l’attention. Les gens sont là à répondre aux trolls, à interagir avec. On a même l’expression « ne pas nourrir les trolls » parce que c’est tentant.

Ce qui est tentant aussi c’est quand vous voyez deux pages comme ça [« La Terre est littéralement en feu » et « La Terre est plus chaude de 0,8 ° », NdT], je ne sais pas, je pense que vous connaissez la réponse, laquelle a plus de clics à votre avis ?

Public : Inaudible.

Emmanuel Revah : D’accord. C’est ça [« La Terre est littéralement en feu »]. Six fois plus selon une étude récente, six fois plus parce que le troll qui arrive et qui dit des trucs hallucinants, ça nous attire ; l’autre qui dit un truc un peu censé, on s’en fout. Et ça aussi c’est un peu à nous de combattre, mais de toute façon dans le site qu’on a fait pour gagner de l’argent, on a plus intérêt à faire le truc un petit peu « trollesque ». Le niveau peut varier, on peut juste faire un truc ça où on part d’une information réelle, on l’exagère un peu et l’information s’appauvrit. Mais ça va jusqu’aux sites de fausses informations, 100 % fausses. On ne va pas trop aller là-dedans, mais il y a un gars si vous voulez noter un nom c’est Paul Horner.

Public : Craie et tableau.

Emmanuel Revah : Craie et tableau. [Emmanuel écrit au tableau « Paul Horner », NdT]. Si vous avez du temps pour lire un peu la page Wikipédia sur ce mec-là, peut-être plus en anglais. Il a écrit un article sur son site de fausses infos comme quoi, après je ne sais après quelle tempête, Barak Obama a sorti de l’argent personnel pour aider à financer la reconstruction de la Mosquée. Fox News a vu ça et ils ont relayé l’info comme une info réelle. Voilà le pont entre ça et après la réalité et comme dirait Georges Abitbol « Monde de merde ! » Donc on paye aussi avec une information de plus en plus débile.

22’ 23

La bulle