Contributopia - Pierre-Yves Gosset

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Titre : « Contributopia », Dégoogliser ne suffit pas.

Intervenant : Pierre-Yves Gosset

Lieu : Capitole du Libre - Toulouse

Date : novembre 2017

Durée : 1 h 54 min

Visualiser la conférence

Licence de la transcription : Verbatim

Statut : Transcrit MO

Description

En octobre 2014, l'association Framasoft lançait un pari un peu fou : « Et si on dégooglisait Internet ? ». Ce (modeste) plan de libération du monde visait, en 3 ans à :

  • sensibiliser le public sur la question de la centralisation des données, des atteintes à la vie privée, et des dominations des « GAFAM » (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ;
  • démontrer que le logiciel libre est une réponse concrète à ces dangers ;
  • essaimer la démarche, afin de créer une résilience, et de faire en sorte que Framasoft ne soit pas le « Google du libre ».

Trois ans plus tard, l'objectif est atteint :

  • plusieurs centaines de conférences, ateliers, stands, etc auront été tenus par des membres de l'association ;
  • 32 services libres, éthiques, alternatifs et solidaires sont disponibles pour tou⋅te⋅s ;
  • la récente naissance du collectif CHATONS ouvre une potentielle dynamique pour les années à venir.

En octobre 2017, Framasoft souhaite se lancer dans une nouvelle campagne : « Contributopia ». Ses objectifs :

  • outiller les personnes souhaitant œuvrer à une société plus libre et plus juste ;
  • favoriser les contributions de tous types aux logiciels libres et aux communs, notamment par les moldu⋅e⋅s du code ;
  • faciliter l'accompagnement des publics dans le choix, la prise en main, et l'usage des outils libres.

Pour cela, une douzaine de projets sont annoncés sur les années à venir visant, chacun à leur manière, à rapprocher les enjeux du libre et des communs de ceux de l'éducation populaire et de l'économie sociale et solidaire. La conférence s'attachera à présenter le bilan de la campagne Dégooglisons, et les raisons qui nous amènent à penser que « dégoogliser ne suffit pas ».

Transcription

Bonjour à toutes et à tous. Je m’appelle Pierre-Yves Gosset, je suis directeur et délégué général de l’association Framasoft et je vous annonce tout de suite que je ne vais pas vous retenir une heure, je vais sans doute vous retenir un petit peu plus, j’ai 114 ou 115 slides. N’ayez pas peur, il y en a qui vont aller très vite. Du coup, si vous voulez partir parce que vous voulez aller voir une autre conf, je ne me vexerai pas. Promis.

L’idée aujourd’hui c’était de vous parler de la feuille de route qu’on vient d’annoncer, qui s’appelle « Contributopia ». Mais pour vous raconter pourquoi est-ce qu’on fait cette feuille de route, comment est-ce qu’on en est arrivés là, je suis obligé de remonter un petit peu dans le temps, voire beaucoup dans le temps.

Au commencement était Internet, c’était simple, ce n’était pas trop compliqué. Assez vite c’est parti en vrille. Là vous avez une représentation d’un petit bout du réseau Internet. Ça a plutôt bien marché ; les marchands sont arrivés, comme souvent, ce qui n’est pas nécessairement voire pas du tout une difficulté, mais on a quand même eu, du coup, beaucoup d’entreprises qui sont arrivées, ce qui fait qu’aujourd’hui le Web… Ça a intérêt à fonctionner, ah là, là, si mes gifs animés ne fonctionnent pas, je vais être triste et malheureux. Je vais donc hop ! hop ! Je vais passer en un seul écran, parce que sinon ça ne va pas être cool. J’aurais dû vérifier ça avant évidemment. On fera une petite coupe au montage de la vidéo. Hop ! Je vais lui dire même image sur tous les écrans, on applique. Eh oui, ça présente des choses avant ! Et la magie de Debian fait que, nécessairement, ça devrait fonctionner.

Donc au commencement était Internet, c’est parti en vrille, les marchands sont arrivés. Et là j’espère qu’on va avoir droit… Ah non ! Je n’ai pas le droit de ne pas avoir mes vidéos de chatons. Re-referme. Une autre façon. Il y a toujours une solution avec le Libre, des fois elle est juste un peu casse-pieds ! Vous allez voir, on va y arriver.

Public : Inaudible.

Pierre-Yves : OK. J’efface donc le dossier « Séminaire aux Bahamas ». Promis ! Voilà, je sens que ça va marcher vu le temps que ça prend à charger. Voilà ! Merci le Libre.

[Applaudissements]

Donc voilà un petit peu à quoi me fait penser Internet aujourd’hui. C’est un peu difficile quand même de s’en sortir dans toutes ces publicités, tous ces acteurs qui sont là et qui vous disent qu’il faut réussir à passer. Bon ! La publicité en tant que telle, après tout on pourrait dire « oui, et alors ! En quoi c’est un problème ? »

Du coup, dans ce déroulé de « Contributopia », il faut qu’on vous explique un petit peu ce que nous on a appris ces dernières années, c’est qu’un petit nombre d’acteurs exerçait une tripe domination. Pour bien comprendre quelle est cette triple domination, je vais vous demander de lever la main si vous avez un smartphone, iPhone ou Android. OK, 90 %. Qui a une boîte Gmail ? 60 %, peut-être 70 % ; on sent qu’on est dans un truc quand même libriste un petit peu. Je pourrais continuer. Qui a un compte Facebook ? Je savais que ça allait légèrement baisser petit à petit.

Ce qui est clair c’est donc qu’il y a un petit nombre d’acteurs qui domine Internet aujourd’hui, malheureusement. Là vous avez une carte tout à fait fictive et tout à fait propriétaire d’une représentation des services de Google. Donc vous avez Google, vous avez Google Groupes, Google Agenda, Google Calendar, etc. La personne qui a fait cette carte représentait, en fait, Internet sur six continents, à savoir Google, Apple, Facebook au nord, Microsoft à l’est, Amazon au nord-est et le continent du darknet, des internets digitaux, auto-radicalisés, du porn, etc., qui bien séparé mais qui existe. C’était une représentation relativement amusante ; le problème c’est que techniquement ces acteurs sont extrêmement puissants. Ça c’est ce qui se passe chaque minute sur Internet : il y a 6 millions de Snapchat qui sont envoyés, 6 millions de Snap qui sont envoyés par minute. Des millions de photos qui sont échangées sur quelques acteurs uniquement. Donc j’ai fait le choix, j’ai visé Facebook, donc désolé, chaque jour 1,3 milliard de personnes se connectent sur Facebook. Là ,du coup, les informaticiennes et les informaticiens dans la salle doivent se dire 1,3 milliards ça commence à faire beaucoup de connexions, il faut quand même une sacrée infra. Et un autre chiffre 2000 millions de photos sont mises en ligne tous les jours sur Facebook. Donc là aussi, l’admin sys de Facebook n’est pas tout seul pour gérer ça !

Évidemment ces entreprises ont une domination technique qui va bien au-delà aujourd’hui de simples sites web ; notamment on pourrait parler des voitures connectées, des montres connectées, des frigos connectés ; tout ça, aujourd’hui, fait partie de la domination technique de ces entreprises.

Et alors ! Domination économique.

C’est quelque chose qu’on a beaucoup travaillé ces dernières années. On explique aux gens et souvent ils n’ont pas forcément conscience que les cinq plus grosses capitalisations boursières mondiales aujourd’hui sont Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft. Ça n’est plus Walmart qui est le Carrefour américain et un des plus gros employeurs de la planète ; ça n’est pas General Electric ; ça ne sont plus les big pétroliers ; ça ne sont plus les big Pharma. Ce sont vraiment cinq entreprises du numérique qui contrôlent une énorme partie du pognon qui circule aujourd’hui dans les pays, notamment aux États-Unis.

Je vais commencer par tout en bas, si vous n’arrivez pas à lire. Apple, Microsoft et Google détiennent à elles trois, en gros, un quart du cash des entreprises américaines. Donc là j’ai les chiffres, j’ai repris les chiffres officiels tels que marqués sur Wikipédia des cinq principales entreprises, des GAFAM, et donc moi le chiffre que je trouve particulièrement intéressant c’est la partie capitaux propres. Capitaux propres, pour ceux qui ne font pas d’économie, c’est en gros leur trésorerie, ça veut dire ce qu’elles ont sur leur compte en banque. Ça veut dire ce qu’elles peuvent retirer quand elles vont au distributeur. Concrètement ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Apple, en 2015, avait 119 milliards de dollars sur son compte en banque. Pour donner une idée 119 milliards de dollars, c’est à peu près le PIB du Maroc. Mine de rien ça calme un petit peu. J’ai comparé à Carrefour. Ils ont à peu près autant d’employés que le groupe Carrefour ; le groupe Carrefour fait 1 milliard de bénéfices, les GAFAM en font 100 milliards.

Ce qu’on ne sait pas forcément c’est que ces entreprises investissent et quand nous on parle de colonisation d’Internet par les GAFAM, les gens nous disent « colonisation c’est un mot fort, des gens qui sont morts ». Effectivement c’est un terme qui a une véritable puissance évocatrice, mais ce qui nous nous intéresse c’est la façon dont petit à petit elles grignotent des parts du Web et comment est-ce qu’elles arrivent dans s’implémenter dans Internet.

Ce que vous ne savez peut-être pas c’est que Google est actionnaire d’Uber ; ou que Amazon à travers Jeff Bezos et son fond de capital risque est actionnaire Airbnb. Donc vous avez peut-être l’impression qu’il y a des milliers et des milliers de boîtes, mais celles que l’on connaît, celles dont vous avez installé les applications sur votre smartphone, elles ont probablement, dans leurs capitaux, des fonds qui appartiennent à Google, Facebook, Amazon ou Microsoft. Il y encore plein de gens que ne savent pas que WhatsApp appartient à 100 % à Facebook. Ils se disent « moi je n’utilise pas Facebook, j’utilise WhatsApp ». Perdu ! Même chose, même combat !

Vous avez à droite la liste des 185 dernières acquisitions et je parle bien des acquisitions à 100 % par Google. Vous allez voir la page Wikipédia, acquisitions de Google enfin d’Alphabet, c’est assez impressionnant.

Autre point : 26 milliards 200 millions, c’est le prix qu’a payé Microsoft en échanges d’actions. Ils n’ont même pas été retirer l’argent au distributeur. Ils ont juste échangé une partie de leurs actions contre l’entreprise Linkedin. 26 milliards, encore une fois, c’est un chiffre qui est complètement faramineux et qui prouve bien que même si une entreprise marche bien, concrètement Linkedin marche plutôt bien, c’est quand même un énorme problème de se dire qu’elles peuvent racheter n’importe quelle entreprise sur la planète. Et donc quand on dit qu’il y a une vraie diversité des acteurs, quand on dit qu’il faut pousser des start-ups, nous ça nous fait un petit peu mal au cœur et pas qu’au cœur parce que, du coup, ça veut dire qu’elles peuvent racheter toute entreprise qui commencerait à bien se porter « ah c’est intéressant, je l’achète, je fais un chèque de 26 milliards de dollars ». Si c’est une start-up avec 10 personnes vous imaginez bien que les gens vont prendre le milliard ou les deux milliards et partir aux Bahamas avec.

Oui, et alors ? On en vient à un troisième type de domination qui pour nous est encore plus important et encore plus caché, et sur lequel je vais revenir encore plus dans le détail tout à l’heure, c’est la domination culturelle.

La domination culturelle, c’est le fait que petit à petit ces entreprises, sans qu’on s’en rende nécessairement compte, et sans qu’elles le fassent avec une visée nécessairement volontaire, consciente – je veux dire il n’y a pas un mec chez Facebook qui se dit tous les soirs « ah ! ah ! comment je vais pouvoir changer les relations entre les gens et redéfinir la définition d’amis ». ce n’est pas vrai ; ce n’est pas Minux et Cortex non plus, mais il y a quelque part des gens qui sont en train d’influencer la façon dont on interagit avec nos amis. C’est-à-dire que si vous avez des amis qui sont sur Facebook et d’autres qui ne sont pas sur Facebook et que vous vous avez un compte Facebook, vous allez avoir plus tendance à garder des relations avec vos amis qui sont sur Facebook. Ça paraît tout bête dit comme ça, mais ça veut dire qu’ils sont en train d’influencer la façon dont on interagit entre êtres humains. On peut résister à ça, mais franchement c’est difficile.

Deuxième chose, ils ont aussi une forte influence sur les aspects design. Donc là j’ai pris des interfaces type Material Design d’Apple ; concrètement ils sont en train de normaliser la société, la façon dont on interagit avec des objets, la façon dont on fait du design. Donc aujourd’hui, quand vous êtes designer, c’est beaucoup plus simple de dire on va reprendre les codes du Material Design par exemple de Google, ou ceux d’Apple, parce que ce sont des choses que les gens connaissent et comprennent. C’est vrai, sauf qu’on n’a pas qu’une culture sur la planète. Et pourquoi est-ce qu’il faudrait faire à Dakar une application type téléphone mobile de la même façon qu’elle est faite à San Francisco ?

11’ 50 

Troisième chose. Ils influencent notre morale. Vous avez ici un tableau qui est pourtant mondialement connu, qui s’appelle L’Origine du monde de Gustave Courbet qui ne date pas d’aujourd’hui. Facebook l’a censuré parce que les algorithmes de Facebook ont cru que c’était une photo et donc pour eux, comme ils ne veulent pas de sexe ou de pornographie sur Facebook – c’est leur choix, c’est tout à fait respectable –, mais, du coup, les images sont supprimées. Ça veut dire qu’il y a des erreurs. Ça veut dire que du coup, inconsciemment, on ne va plus aller mettre des images de ce type sur Facebook, alors que c’est un tableau de maître français, ce n’est pas rien, quand même, Gustave Courbet et ça veut dire que potentiellement ces entreprises sont en train d’influencer et de diffuser leur morale au niveau planétaire.

Le problème, comme je le disais avec le tableau de Courbet, c’est que ces entreprises sont situées dans un tout petit territoire du monde ; j’aurais dû refaire un zoom de zoom de zoom, parce que Google, Facebook et Apple sont dans un carré qui fait un petit peu plus d’une centaine de kilomètres sur une centaine kilomètres autour de San Francisco et que Amazon et Microsoft, l’un et l’autre ont leur siège social qui est situé à Seattle.

Ça veut dire que ce sont les gens qui sont dans ces deux villes qui décident pour le reste du monde de comment est-ce qu’on va interagir avec nos amis, comment est-ce qu’on va concevoir des interfaces, comment est-ce qu’on va devoir gérer la morale, etc.

Et donc une partie de ce qu’on porte aujourd’hui comme message c’est de dire que sur cette domination culturelle, Internet par les GAFAM, c’est un petit peu comme le cinéma par Hollywood : il est porteur, il véhicule des valeurs sociales et morales qui sont diffusées sur la planète, sauf que c’est Hollywood puisssance10. Hollywood nous vendait un modèle à l’American way of life avec un mari, une femme, deux enfants, une voiture, voire deux voitures tant qu’à faire parce qu’il fallait faire tourner l’économie américaine, et puis voilà, les congés ; l’image est assez parlante. Et du coup, on est quand même un certain nombre aujourd’hui à penser qu’Internet est en train de véhiculer quelque chose de beaucoup plus fort. Ils sont en train de réussir à faire ce qu’on appelle le village mondial, mais ce sont uniquement cinq entreprises étasuniennes avec des dirigeants qui sont des hommes, blancs, souvent protestants, qui décident petit à petit de comment est-ce qu’on doit diffuser de l’information et quel est le modèle de vie qu’on devrait avoir.

Vous êtes vraiment un public difficile !

Je vais vous parler là d’une autre découverte, enfin quelque chose qui a évolué ces dernières années et nous on essaye de faire de la sensibilisation autour de la notion de capitalisme de surveillance. Capitalisme de surveillance ça fait un petit peu peur comme mot, mais vous allez voir que je vais dérouler en quoi ça consiste et potentiellement vous allez assez vite comprendre ce que c’est.

Premier point, capitalisme de surveillance, ce qu’on appelle les dérives publicitaires. Donc comment est-ce que les GAFAM utilisent la publicité comme un levier, tous les jours, pour nous pister. Là je suis allé sur le site du Parisien il y a quelques semaines ; l’article en Une c’était l’attaque au couteau à Marseille ; 92 traceurs sur le site du Parisien. 92 ! 92 petits logiciels qui vont pister est-ce que je suis déjà venu ; potentiellement ils vont recouper des informations personnelles sur mon âge, mon sexe, est-ce que je reste longtemps sur la page, d’où est-ce que je viens, sur quelle page je vais aller, etc.

Évidemment si vous avez un bloqueur de pubs, vous allez me dire « moi je m’en fiche, les traceurs je ne les vois pas ! » Sauf que du coup, potentiellement si vous mettez un bloqueur de pubs, peut-être que Le Parisien n’aura plus de modèle économique. Nous, personnellement, avoir un modèle économique non éthique on estime que c’est leur problème et que c’est à eux de le régler ; mais aujourd’hui ils vivent de ça. Donc ils vont vous dire, ils vont essayer de vous culpabiliser en vous mettant des gros panneaux « merci de ne pas activer votre bloqueur de publicité ». Ce qui est quand même assez faux, parce que ce n’est pas de la publicité comme quand on ouvre un journal et qu’il ne sait pas qui vous êtes ? On est bien d’accord que ces traceurs vous suivent réellement et précisément.

Petit point important parce que ça tout le monde ne le sait pas, les petits boutons Facebook, Twitter, etc., qu’on voit tout en bas, même si on a l’impression qu’ils sont sur le site web, en fait ils sont techniquement liés à Facebook ; ça veut dire que lorsque j’affiche cette page, Facebook, alors que c’est bien le site du Parisien et que à priori, aux dernières nouvelles, Facebook n’est pas actionnaire du Parisien, Facebook sait que j’ai lu cet article, combien de temps je suis resté, quel était le titre de cet article. Donc petit à petit Facebook acquiert de l’information sur moi.

fait mainJe vais aller assez vite sur cette slide qui est très laide en plus, c’est du fait main. Le principe du capitalisme de surveillance est assez simple, les utilisateurs c’est nous. On génère des données à travers un certain nombre de choses qui génèrent du trafic, pas qui génèrent du trafic, mais petit à petit plus on fait de trafic plus ils peuvent valoriser ces données-là au travers de la publicité. Et il y a un autre point. Évidemment aujourd’hui il y a ce qu’on appelle des data brokers, c’est-à-dire des gens qui récupèrent les données, qui en font un traitement, qui les revendent. Ils revendent, en fait, vos profils publicitaires, à des annonceurs qui veulent vous vendre une paire de chaussures, une voiture, un voyage aux Bahamas, etc. On est très Bahamas aujourd’hui ! Je reviendrai dessus plus tard. Évidemment, malheureusement, ça ne leur suffit pas.

J’en viens à la question de la dérive de la surveillance. Là c’est un vieux schéma mais très académique, de 2011, qui regroupe un certain nombre de types de données personnelles qui existent pour un individu. Vous avez les données type universitaire, enfin votre parcours scolaire. Vous avez les nom, prénom, adresse. Vous avez le type d’outils que vous avez chez vous, par exemple un téléphone portable ou pas. Vous avez les données démographiques, l’adresse, l’âge, le sexe, éventuellement la religion, etc. Les relations avec vos amis, votre famille, les communications, les données financières, les données de santé, etc. Je vais revenir sur ce schéma tout à l’heure.

Évidemment, ces entreprises il faut qu’elles puissent vous tracer sur un maximum de plans pour récolter de l’information. Un outil assez simple qui a été un des premiers qu’elles ont pu mettre en place pour ça, c’est par exemple le navigateur. Donc Google Chrome récolte de l’information sur votre navigation et envoie ces informations à Google. Si vous avez un compte Google, c’est encore pire : ils peuvent récolter vraiment vos déplacements, enfin où est-ce que vous vous connectez ; le navigateur peut envoyer ce type d’informations.

Un des premiers mouchards et des plus importants c’est le téléphone auquel aujourd’hui viennent s’ajouter les montres que ça soit l’Apple Watch ou les montres type Android. Ça ne se développe pas trop pour l’instant en France. Vous avez vu des pubs peut-être pour l’Apple Pay où le papa et sa petite fille passent devant une boulangerie, mais le papa n’a pas de pièces dans sa poche ! C’est trop triste ! Mais heureusement il a son téléphone dans la poche et du coup il peut payer à sa petite fille un croissant, une chocolatine vu qu’on est à Toulouse ! Je ne vais pas dire pain au chocolat ! Merci ! J’ai fait gaffe ! Yes ! ???

[Applaudissements]

Donc c’est quelque chose. Aujourd’hui 60 % des paiements à Mac Donald aux États-Unis sont faits par le téléphone directement. C’est-à-dire il y a une puce NFC comme vous avez probablement une puce NFC dans votre Carte Bleue, qui peut être détruite ou désactivée d’ailleurs, et qui permet, du coup, de payer votre burger directement sans avoir de monnaie sur vous. Évidemment ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Google va savoir que vous êtes dans tel Mac Donald, que vous avez mangé tel burger, que c’est la quatrième fois que vous venez cette semaine et donc, potentiellement, il va pouvoir vous classer dans certaines catégories.

Ça va plus loin aussi, puisque, évidemment que ça soit Google ou d’autres sociétés s’intéressent beaucoup à la question de la voiture autonome. La voiture autonome c’est potentiellement bien, il y a aura peut-être moins d’accidents, donc potentiellement des morts en moins ; c’est évidemment une très bonne chose. L’inconvénient c’est que ce n’est pas un nouveau modèle classique. Ils vont vouloir évidemment gagner de l’argent sur la partie logicielle qu’il y a dedans et donc votre voiture vous préviendra probablement en vous disant « tu sais que tu as une réduction sur les carottes à Carrefour dans 500 mètres, est-ce que tu veux qu’on s’arrête ? » C’est complètement intégré dans cette vision-là.

La question des robots, je la traite ici ; on pourra revenir dessus plus tard. Là vous avez des robots qui ont été développés au départ par une boîte qui s’appelle au départ Boston Dynamics. Boston Dynamics a été rachetée par Google. Le problème c’est qu’ils ont fait des vidéos montrant ce sur quoi travaillait Boston Dynamics. Au départ ce sont des robots qui étaient prévus plutôt pour l’armée. Ils continuent d’ailleurs à développer des robots pour l’armée, mais du coup Google, quand il a vu la réaction vis-à-vis de ces robots du grand public a dit : « Il vaut peut-être mieux revendre la boîte sinon on va se faire pourrir la vie. Ça rappelle un peu trop Terminator ». Et donc ça commence à bien marcher : pour ceux qui suivent un peu le robot qui est en bas la semaine dernière a réussi à effectuer un saut périlleux arrière, ce qui est quand même extrêmement compliqué pour un robot sans se casser la figure.

Il y a des outils qui sont beaucoup plus pernicieux. Vous avez le Google Wifi. Google Wifi c’est un petit appareil que vous posez chez vous et qui va permettre d’avoir le Wifi, si vous êtes dans une grande maison dans laquelle le Wifi ne passe pas bien, ça marche très bien. Vous posez votre Wifi et c’est Google qui va répercuter. Évidemment, Google récolte des données.

Vous avez les caméras Nest. Nest est une filiale de Alphabet. Alphabet c’est la maison-mère de Google. Je n’ai pas précisé mais Google, aujourd’hui, n’est qu’une petite boîte qui pèse quand même 500 milliards de dollars, mais qui appartient à une maison-mère qui s’appelle Alphabet qui elle fait de la Recherche et Développement, qui fait de la recherche sur l’ADN, etc. Donc ils ont une filiale à 100 %, qui appartient à Alphabet, qui s’appelle Nest et qui permet de filmer en temps réel par exemple qui sont les personnes qui rentrent chez vous ; qu’on peut coupler à un thermostat pour que ça monte la température quand vous quittez le boulot ou quand vous avez quitté votre maison, Ça marche assez bien. Je trouvais cette photo intéressante parce qu’elle est mise à côté des parfums ! Ça ce sont les types d’appareils qu’on voit de plus en plus. Vous avez à gauche Amazon Echo ; donc quand vous dites « Alexa, quel est le titre de – je ne sais – de musique des années 50 que je préfère, je l’ai oublié, est-ce que tu peux me le jouer ? », ça va aller chercher la bonne musique chez Amazon Play, hop ! et vous la jouer automatiquement.

Et le Google Home, derrière, fait exactement la même chose. On a déjà vu pas mal de dérives du Google Home qui est sorti il n’y a pourtant pas très longtemps mais qui, en fait, se déclenchait tout seul même quand on ne lui posait pas la question. Là il faut dire « OK Google » ; le Google Home se « réveille » entre guillemets et il est capable de « répondre » entre guillemets à vos questions ou d’activer des choses chez vous. Ça veut dire que cet outil doit écouter en permanence si vous dites « OK Google » ou pas. Je ne dis que les informations sont systématiquement envoyées, mais demain elles pourraient l’être.

Exemple qui fait un peu flipper, qui est un cas réel, la Barbie qui est capable évidemment d’écouter les paroles de l’enfant, de les envoyer à un service en ligne qui va répondre, qui va donner une réponse contextuelle. Du coup, à l’enfant ça ne va pas répondre « oh oui il fait beau aujourd’hui » systématiquement, ça va donner une réponse contextuelle. Sauf qu’il a été démontré quelques semaines après la sortie de cette Barbie qu’il était possible d’écouter en permanence ce qui se passait dans la chambre et évidemment ça fait un peu flipper. Pourquoi est-ce qu’il se passerait des trucs ? Non, tout va bien se passer, c’est normal.

Le dernier truc que nous on voit arriver, ce sont les Google Glass qui avaient été écartées parce que ça faisait trop flipper les gens à San Francisco, là où les Google Glass avaient d’abord été testées, mais elles sont en train de revenir en mode, c’est la Google Glass Enterprise Edition. Là ce n’est plus du tout la même chose, même si c’est exactement la même chose. Vous êtes chirurgien, ça peut vous afficher de l’info, etc. Et évidemment c’est un très bon modèle parce que, en passant d’abord par l’entreprise, ça va être finalement le grand public qui va récupérer ça et qui, en plus, va être ravi d’aller payer pour aller choper, pour pouvoir acheter ces nouvelles Google Glass.

25’ 10

Donc si je reprends ce schéma que je vous montrais tout à l’heure, je vais commencer par les activités : vous avez déjà tout ce qui est votre activité notamment en ligne, donc Chrome, Windows, iOS, les Google Car, etc., tout ça déjà récupère votre activité. Les données académiques Linkedin ou Google Education les récupèrent. Les comptes Google, ça va à peu près tout, de votre montre, de votre e-mail, etc. ; souvent ce sont eux qui gèrent votre mail. Vos intérêts sont récupérés par Facebook, Google Plus, Amazon. Je vais continuer un peu plus vite. Globalement on a à peu près fait le tour de tous les types de données personnelles qu’ils pouvaient choper. Il en reste à peu près deux mais qui vont assez vite arriver.

Il y a les données financières. Ils sont tous en train d’essayer de monter des systèmes de banque en ligne. Comme ça ce sera beaucoup plus simple, ils sauront tout ce que vous dépensez, tout ce que vous achetez. Ils vont probablement vous proposer un service de banque 100 % gratuit ; pas bête ! De toutes façons, ils ont 100 milliards de dollars sur le compte en banque, ça ne va pas leur coûter trop cher.

Les données de santé, ça commence, il y a déjà des projets qui commencent à arriver pour lesquels Google va suivre votre santé. D’ailleurs on a tendance à dire, même Google le dit, quand vous êtes malade, la première personne à le savoir ce n’est pas votre conjoint ou votre conjointe, c’est Google. Parce que si vous avez mal au coude vous dites « mal au coude ». Et du coup, Google sait que potentiellement vous avez un problème de santé. Donc il va pouvoir stocker cette information et la réutiliser plus tard.

Et les données gouvernementales, j’ai cru que ça n’arriverait pas, mais si ! C’est en train d’arriver aussi. Je vais en reparler dans une minute, tout à l’heure.

Donc finalement les GAFAM ont réussi en quelques années à se placer en tant qu’intermédiaires sur la production de données, sur la distribution des données, sur la diffusion des données et sur les contributions puisque c’est nous qui leur fournissons nos propres données et qui les diffusons derrière. Très malin ! Ça pose quand même un certain nombre d’autres problèmes derrière. Évidemment les révélations d’Edward Snowden, en juillet 2013, démontrent une chose dont on se doutait ou qu’on savait dans les milieux hacktivistes et du logiciel libre, mais on n’avait pas de preuves. Ce qu’apporte Edward Snowden c’est, au travers d’un programme de surveillance qui s’appelle PRISM, il démontre qu’il y a une véritable collusion entre des services de renseignement étasuniens essentiellement et des États. Concrètement il démontre que plutôt que d’aller se casser la tête à aller surveiller chaque personne individuellement comme en France on pouvait le faire, on n’était même pas trop mauvais à ça avec les Renseignements généraux de leur temps, eh bien c’est beaucoup plus simple d’aller taper à neuf portes ; ces neuf portes sont Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Cisco, Yahoo et il m’en manque toujours une ou deux, c’est un peu comme les sept nains, mais bon, peu importe vous avez compris le principe. Déjà on retrouve les GAFAM dedans.

Ce que démontre PRISM c’est que, finalement, en allant toquer à la porte de Google on a beaucoup plus d’informations qu’en faisant de la surveillance à l’ancienne auprès des gens.

Deuxième dérive type démocratique, c’est que ça fait rêver les hommes et femmes politiques. Les gens de pouvoir ont envie d’avoir ce pouvoir qu’ont les GAFAM et, du coup, ils ont une tendance depuis maintenant quelques années à vouloir entourer, mettre des barrières autour des citoyens de façon à suivre au mieux quelles peuvent être leurs activités. L’idée, évidemment, qu’ils vont avoir derrière la tête c’est de dire et c’est comme ça qu’ils nous le font passer, ils disent « oui mais c’est pour mieux lutter contre le terrorisme ». Sauf que, et les militants de La Quadrature du Net vous l’expliqueront beaucoup mieux que moi, on voit bien que ces projets de lois et ces lois ne sont pas là uniquement pour le terrorisme ; elles visent des champs d’application beaucoup plus larges qui peuvent être tout ce qui va porter atteinte aux intérêts majeurs scientifiques et économiques de la France. Sauf que est-ce que, je ne sais pas, le foie gras c’est un intérêt majeur économique ou scientifique de la France ? On peut dire que c’est un intérêt majeur économique et donc il faut défendre le foie gras. Donc quelqu’un qui voudrait promouvoir le foie gras en France et qui viendrait de l’étranger, on pourrait le mettre sous surveillance pour ça.

Les cas évidemment les plus courants que l’on voit, ce sont les surveillances d’activistes. À peine la loi était-elle votée en France que les militants de la COP 21 étaient mis sous surveillance et on a pu les empêcher d’aller militer en leur disant « non vous, vous portez atteinte… », en gros vous foutez le bordel et nous on ne veut pas de bordel en France, donc restez chez vous.

Je continue sur des dérives démocratiques parce que ne pas payer d’impôts est une dérive démocratique selon moi. Le fait qu’ils payent très, très peu d’impôts et là les Panama Papers, je vous encourage à lire, il y a eu pas mal d’articles du coup sur les Panama Papers. Il y en avait un que je trouvais très intéressant : des journalistes se sont rendus au Conseil d’administration de Facebook qui visait à valider le montant, la capitalisation boursière, comment est-ce qu’ils allaient répartir tout ça, etc. ; ça se passait aux Bahamas, ce n’était pas fait exprès. Et il y avait deux juristes juniors qui étaient là et qui ont été très surpris de voir débarquer des dizaines de journalistes. Il montrait bien que, en fait, Facebook, son principal intérêt c’est de défiscaliser, de payer le moins d’impôts possibles et pour ça, évidemment, il y a des mécanismes assez complexes où l’argent va transiter par l’Irlande qui, elle-même, va reverser de l’argent à une société aux Bahamas qui, elle-même, va le renvoyer en Irlande. Et comme ça, petit à petit, ces entreprises vont payer de moins en moins d’impôts.

Et c’est un vrai problème démocratique parce que ça veut dire que l’argent qui est fait par Google en France ne contribue pas à améliorer les routes, les écoles et à faciliter la vie des différents citoyennes et citoyens.

On voit un autre dérive démocratique, c’est la puissance des lobbies. Donc là, en plus, les chiffres datent un peu, mais ça continue à augmenter doucement mais sûrement. Un des plus gros lobbyistes du numérique c’est Google, avec 16 millions de dollars dépensés, là c’est en 2013 aux États-Unis. Ça ce sont les chiffres officiels, c’est-à-dire qu’aux États-Unis ils sont relativement transparents sur ces choses-là, c’est l’argent qui a été dépensé pour pousser une loi en allant rencontrer des sénateurs américains par exemple, et donc ces chiffes-là sont notés et déclarés par Google. Et ça, ça n’est que la partie émergée de l’iceberg. 16 millions de dollars, autant vous dire que le budget de La Quadrature du Net, 320 000 euros qui sont demandés dans la campagne actuelle, à côté c’est un peu du pipi de chat !

Leur lobbying à eux dépasse le montant d’entreprises y compris type tabac. Je crois qu’il y a les ventes d’armes qui sont quand même au-dessus aux États-Unis, parce il ne faut pas déconner ! Mais autrement voilà, dans le numérique, clairement, on voit bien qu’ils dépensent de plus en plus d’argent.

Autre dérive démocratique, je vous présente le site de l’Élysée. Je ne déconne pas, vous pouvez aller sur le site elysee.fr, vous ne voyez peut-être pas parce que c’est trop clair, en haut à droite, vous avez des petits boutons Facebook, Twitter, etc., qui envoient de l’information à Facebook, Twitter, etc. Vous avez juste au-dessus la flèche rouge, là, plus en haut à droite, qui vous dit « en poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies ou autres traceurs pour réaliser des statistiques de visites. » <em<What the fuck. Ils ne savent pas foutre un Piwik, un logiciel libre, pour suivre les statistiques du site de l’Élysée ? Ils sont obligés de passer par des sites tiers type Google Analytics ? Franchement ! Pour avoir travaillé un peu dans le milieu, les informaticiens dans le milieu des ministères, etc., ils sont bons quoi ! On leur a dit : « Ce n’est pas grave ! Ne t’embête pas avec ça, utilise donc Google Analytics ! » Et puis ça ne vous a pas échappé, vous ne pouvez pas naviguer sur le site de l’Élysée tant que vous n’avez pas liké la République française, 393 000 amis sur Facebook, ou tant que vous n’avez pas dit « fermer ». Perso, c’est le genre de truc ça nous fait vraiment flipper.

Autres points sur lesquels on est aussi en mode YOLO. Un article du Guardian, donc ‘est assez récent, ça fait quelques semaines que c’est officiel, ça faisait longtemps qu’ils en parlaient : Google va gérer tout un quartier de Toronto qui s’appelle Quayside je crois et, du coup, ils vont pouvoir faire un petit peu ce qu’ils veulent. Donc la gestion de la ville, ce qui est au départ politique, politis, la vie de la cité, comment est-ce qu’on vit ensemble, du coup va être déléguée à une entreprise étasunienne ! Vive les Smart Cities ! All your base are belong to us.

Autre dérive démocratique. Pour bien la comprendre il faut qu’on fasse une petite parenthèse par ce qu’est l’économie de l’attention. Les interfaces et là, du coup, je sais qu’il y en a dans la salle, je m’adresse notamment aux designers et « designeuses », l’économie de l’attention c’est quoi ? C’est concevoir une interface pour capter l’attention de l’utilisateur. Si vous regardez l’interface de Facebook, c’est assez pensé par rapport au bandit manchot, c’est-à-dire vous avez des nouvelles notifications donc vous avez envie de savoir quelles sont ces nouvelles notifications. Vous avez la possibilité, comme dans le bandit manchot on va tirer pour faire tourner les chiffres, vous allez slider vers le bas pour remettre à jour les informations : qui m’a envoyé une nouvelle news, etc., alors que ça pourrait s’afficher, techniquement on sait faire pour que ça s’affiche au fur et à mesure. Mais c’est le fait de slider, vous allez avoir une action qui va déclencher du plaisir et donc vous avez votre petite hormone de dopamine qui arrive et qui déclenche du plaisir exactement comme sur un bandit manchot.

Ça c’est ce qu’on appelle l’architecture de la persuasion qui a été théorisée il y a des dizaines d’années, ça fait partie des bases du marketing. L’architecture de la persuasion, vous avez là un magasin quelconque à droite, donc les couleurs, l’éclairage, la disposition des lieux est faite pour que vous alliez, je sais que c’est dans un magasin c’est assez clair, par exemple les produits de base type, je ne sais, lait, farine œufs, sont loin, ne sont pas du tout à l’entrée du magasin. Pourquoi ? Parce qu’il faut vous faire traverser tout le magasin ! Donc le principe de l’architecture de la persuasion c’est un petit peu ça. C’est comment est-ce qu’on va capter votre attention, on va travailler votre intérêt, on va essayer de provoquer du désir, que vous en ayez ou pas au départ, mais il faut essayer de le pousser au maximum, le tout pour que vous achetiez.

Quand c’est un magasin qui reçoit 300 personnes par jour, ça marche, c’est le coup du les Tic Tac et les chewing-gums sont près de la caisse, eh bien voilà, de temps en temps vous craquez, vous achetez. Mais quand vous avez 1,3 milliard de personnes qui viennent tous les jours là-dessus, forcément ça a une capacité d’action et une capacité d’influence qui est hypervaste.

Un excellent exemple de ça, c’est le coup des fake news, fake adds, du coup dont il est beaucoup en débat en ce moment aux États-Unis. Donc la Russie aurait, je mets du conditionnel, je crois que ce n’est pas encore tranché, aurait acheté pour 100 000 dollars de publicité sur Facebook qui aurait permis de diffuser 3 000 types de publicités différentes, qui ont été extrêmement ciblées. Or, ce que montrent des études très sérieuses c’est que quand on rajoute de l’information, par exemple sur Facebook, ça influence les gens. Donc la publicité ça marche. Si ça ne marchait pas il n’y aurait pas de publicité. La publicité, qu’on le veuille ou non, on se dit moi je suis plus fort que la pub mais non ! La publicité ça marche. Donc le fait de mettre des pubs a pu orienter un certain nombre de votes aux États-Unis sur le vote notamment de Trump-Clinton. Or ce vote s’est joué quand même à peu près à 100 000 voix. Et donc toute la question c’est est-ce que en dépensant 100 000 dollars ce qui est peanuts, vraiment peanuts, est-ce que en dépensant 100 000 dollars la Russie n’aurait pas pu influencer l’élection de la première puissance économique mondiale ?

Je vous ai calmés ! Ça fait peur ! Oui, je sais, je suis spécialiste pour casser l’ambiance !

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L’autre point qui me paraît important, je l’ai appelé « hanounisation », j’aurais pu trouver d’autres acteurs pour moi du comment est-ce qu’on va travailler le temps de cerveau disponible des gens et comment est-ce qu’on va leur expliquer que tu rentres du boulot, tu es fatigué, ton employeur est un con, parce que ton collègue est chiant. Voilà ! Tu rentres chez toi, tu as juste envie de te poser devant la télé, de regarder Cyril Hanouna, el tout de préférence en ayant des objets que tu auras achetés dans le magasin d’à côté et dont tu n’avais pas spécialement besoin. Et c’est assez important parce qu’en fait on a beaucoup cette image de big brother de 1984 de George Orwell, avec une société qui serait extrêmement de surveillance, oppressive, répressive, et qui nous gérerait pas la peur.

Notre point de vue c’est que ce n’est peut-être pas ça qu’on doit le plus craindre, ça veut pas dire qu’on ne doit pas le craindre, mais ce n’est peut-être pas le principal souci aujourd’hui, c’est que les GAFAM ne sont pas des États, même s’ils sont aussi puissants que certains États, voire plus puissants que certains États, mais c’est plutôt qu’ils nous ont sur le divertissement. Et donc là je vous encourage à lire Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Les deux auteurs, en plus, se connaissaient et échangeaient pas mal et qui dit en gros, je vais le résumer très court : « du pain et des jeux ». Quand on a du pain et des jeux, c’est très bien, le peuple ne se soulève plus. Pourquoi est-ce que j’irais me rebeller contre la loi travail alors que je suis fatigué et que, finalement, ce dont nous parle BFMTV c’est d’une joggeuse assassinée, ce qui est évidemment catastrophique, je ne dis pas. Mais on est dans quelque chose qui va occuper l’espace médiatique et on ne s’occupe plus, finalement, des questions sociales qui nous posent évidemment souci.

Et donc le dernier petit tweet d’Emmanuel Macron en réponse à Mélenchon qui machin, tout ça occupe de l’espace, tout ça fait que vous avez l’impression de vous intéresser aux questions politiques, mais en fait tout ça n’est que du divertissement, tout ça n’est qu’un écran de fumée pour vous éviter de vous engager.

Pendant des années on a expliqué est-ce que Google c’est le Terminator. Je vais un petit peu pitcher quelques films pour ceux qui ne connaîtraient pas bien.

Terminator on est en 1992, une société californienne qui s’appelle Cyberdyne invente une super puce. Cette super puce permet de faire tourner une intelligence artificielle. Cette intelligence s’appelle SkyNet. SkyNet est implémentée dans des robots comme ceux que je vous ai montrés tout à l’heure. Au départ les robots sont au service de l’être humain. Et puis évidemment au bout d’un moment ça part en vrille ; les robots se disent « c’est chiant quand même de cadrer les êtres humains, autant tous les zigouiller ; ce sera beaucoup plus simple et on pourra vivre heureux et en paix en bons robots que l’on est. » Évidemment Google n’est pas SkyNet. Mais, par contre, ce qui est intéressant, c’est que Google a le potentiel pour devenir SkyNet ou pour créer SkyNet. Ce ne sera pas en 2028, enfin je n’espère pas, la singularité n’est pas pour demain.

Autre pitch de film, Bienvenue à Gattaca, qui parle de l’eugénisme. Donc là aussi, c’est assez peu su, il y a une filiale à 100 % de Google qui s’appelle Calico, Californian Life Company ; Calico, son boulot, c’est d’essayer de tuer la mort. Ils ont une filiale transhumaniste dans Google. Transhumanisme c’est une vision qui dit que la biologie limite l’être humain et qu’il faut améliorer l’être humain parce qu’on est limité et qu’on ne vivra jamais plus de 150 ans, donc il faut faire appel à la technologie pour vivre mieux, pour vivre plus longtemps, etc. ce qui est un point de vue. J’essaye de ne pas avoir de jugement. Enfin j’ai un point sur le transhumanisme que vous pouvez sentir en creux j’imagine dans mon discours, mais c’est quand mème assez catastrophique, et donc ils travaillent. Google est un des principaux investisseurs sur les questions de l’ADN, enfin Alphabet est un des principaux investisseurs sur les questions d l’ADN à travers Calico et sa filiale santé dont j’ai oublié… Pardon ?

Public : Verily.

Pierre-Yves : Verily, avec l’accent ça marche mieux, Verily. Donc ce sont deux filiales de Google qui travaillent sur les questions de l’ADN, de la santé, etc. Donc bienvenue à Bienvenue à Gattaca, le pitch c’est un type qui est né sans avoir subi un tri de ses gènes et souhaite partir dans l’espace, va prendre la place d’un autre type qui lui a été issu d’une sélection extrêmement rigoureuse des gènes donc il est fort, il est beau, il est jeune, c’est Jude Law, que même moi je trouve quand même canon, quoi ! Et du coup voilà, c’est la question de est-ce que, à un moment donné, ces entreprises seraient en capacité de nous proposer de faire le tri dans nos gènes au départ sur certains gènes, ce qui se pratique déjà aujourd’hui, mais peut-être plus tard sur d’autres gènes et en disant, si on arrivait, si demain vous êtes parent et on vous disait « oui mais là votre enfant a possiblement 30 % de risque d’avoir d’avoir une malformation cardiaque, est-ce que vous ne voulez pas qu’on choisisse les gènes qui vont bien pour réduire ce risque-là ? » Quel parent ira dire non ? Et tout le principe de Bienvenue à Gattaca est basé là-dessus. Je vous encourage à le voir très bon film, vieux, mais qui marche encore très bien.

Minority Report, avec Tom Cruise que, par contre, je ne trouve pas beau du tout. Minority Report c’est basé sur le fait de pouvoir détecter des évènements avant qu’ils n’arrivent, chose que, potentiellement, peut nous promettre l’intelligence artificielle, de détecter les grands mouvements avant qu’on s’en rende compte. Google, par exemple, a un outil qui s’appelle Google Flu, donc Google c’est, pardon ! C’est la grippe, merci, je ne trouvais plus le nom en français, donc qui permet de détecter. En fait, quand les gens tapent « symptômes de la grippe » dans Google, Google l’enregistre et à partir de ça, uniquement des recherches sur le mot-clef grippe, va créer une carte qui est presque aussi fidèle que le système qui s’appelle Sentinelles je crois chez nous, qui permet de suivre l’évolution de la grippe auprès des médecins, parce que chaque médecin qui détecte un cas de grippe doit le rentrer dans un fichier qui s’appelle Sentinelles. Donc on a ici quelque chose qui est assez intéressant c’est potentiellement est-ce que la masse des données qu’on fournit aux GAFAM ne permet pas de deviner des évènements ou, en tout cas, de les voir venir avant qu’ils n’adviennent.

Matrix, je passe. C’est un grand classique. Évidemment c’est est-ce que, du coup, l’intelligence artificielle n’asservirait pas les êtres humains. Dans Matrix, finalement, on a inversé le rôle, ce ne sont plus les machines qui sont au service de l’homme, ce sont les hommes qui sont au service des machines et qui fournissent la bio-électricité nécessaire à faire tourner les machines. Ce n’est pas pour moi, du tout, le meilleur exemple.

On commence à entrer là dans des exemples qui sont assez probables. Si vous ne l’avez pas vu je vous conseille le film Her, très bon, où un être humain tombe amoureux d’une intelligence artificielle. Et après tout, aujourd’hui on en est qu’au tout début, Siri, voilà, il y a des gens qui échangent avec Siri et qui ont l’impression que Siri est leur ami. Peut-être que dans dix ans, dans vingt ans, on pourrait tomber amoureux d’une intelligence artificielle.

WALL-E. Le pitch de WALL-E-E est assez simple, c’est un peu le rêve d’Elon Musk, c’est dans 700 ans la Terre est devenue un immense dépotoir, les humains ne peuvent plus y vivre et ils se cassent. En gros, le plan B, c’est on va coloniser Mars, on va coloniser l’espace, de toutes façons la planète Terre on s’en fout. Ce qui est quand même une vision ! Si vous écoutez Elon Musk qui est le PDG de Tesla, de SpaceXe, de The Boring Company et d’autres sociétés, son truc c’est de dire « mais la Terre ça commence un petit peu à sentir mauvais, autant partir coloniser Mars ». Est-ce qu’on ne ferait pas mieux d’investir pour essayer de sauver notre planète plutôt que d’aller essayer de coloniser d’autres planètes. Donc évidemment dans WALL-E, c’est le petit robot qui est chargé de nettoyer la planète Terre pendant que les humains sont… Évidemment vous repensez à l’« hanounisation » de la société, ils ne pensent à rien !

Je ne l’ai pas mis là, mais j’aurais dû, il y a une excellente série anglaise qui s’appelle <emBlack Mirror, trois saisons, je vous conseille vraiment de regarder les quatre saisons maintenant, bientôt, et je vous conseille vraiment de la regarder. Chaque épisode décrit une dystopie, c’est-à-dire un tournant négatif possible de la société, notamment vis-à-vis des écrans et c’est hyper intéressant ; c’est parfois très dur, notamment quand on connaît les questions qui sont derrière ; ça fait un peu flipper tellement ça peut être réaliste.

Pour moi le film le plus probable, c’est Idiocracy. Idiocracy, le principe est assez simple, c’est on a un type qui dans les années 2000 est mis en hibernation ; il se réveille 500 ans plus tard et c’est la merde ! C’est la merde parce que les humains ont oublié comment prendre soin de leur planète, de leur agriculture, de leur cerveau, de leur culture. Et donc c’est une société, alors là complètement de la débilisation et ça me permet de caser un mot savant qu’on appelle la déprolétarisation. La prolétarisation c’est le fait de se faire enlever ses savoirs ; ce n’est pas le fait d’être pauvre. Être prolétaire ce n’est pas être pauvre, c’est le fait de ne pas avoir suffisamment de savoirs pour pouvoir les exprimer correctement. Ce qui intéressant c’est comment on peut éviter, comment est-ce qu’on peut déprolétariser les êtres humains de façon à ce qu’on ne devienne pas cette société débile, où il y a un type qui est un catcheur qui devient président des États-Unis. Là aussi je vous encourage à le voir, c’est rigolo.

Donc évidemment on est mal barrés ! Il est mignon. Oui, je sais je mets du chaton pour vous attendrir, il n’en fallait pas beaucoup. Vous êtes un public facile en fait. Évidemment on se détend !

Là je vais parler un petit peu des solutions qu’a mises en place Framasoft et je vais en arriver enfin à « Contributopia ».

On s’était dit quand on a vu notamment les révélations d’Edward Snowden, on s’est dit on n’est pas contents, mais on ne savait pas trop quoi faire. Donc on a comparé : Google 90 milliards de chiffre d’affaires, 20 milliards de bénéfices, 72 000 employés. Là je ne prends que Google ; je ne vous refais pas le tableau avec les cinq GAFAM.

Le dernier chiffre officiel que j’ai trouvé et je vous encourage éventuellement à chercher parce que si vous avez l’info ça m’intéresse énormément, c’était 2 millions de serveurs en 2008. J’ai une petite extrapolation, j’arrive à 10 millions en 2017, mais, à mon avis, la courbe est exponentielle, ils doivent avoir plusieurs, aujourd’hui, centaines de millions de serveurs.

Google est un des principaux constructeurs informatiques aujourd’hui, ils produisent leurs propres machines.

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Framasof est une association qui se porte plutôt bien, il ne faut pas pleurer, je vous inviterai quand même à faire des dons à la fin, il ne faut pas rigoler !

317 000 euros de recettes, essentiellement des dons, les 12 % en fait c’est parce qu’on avait des emplois aidés encore en 2016 et que du coup, l’État quelque part nous subventionne en aidant ; emplois aidés qui ont disparu évidemment. 57 000 euros de bénéfice parce que, justement, on est arrivé plutôt à bien gérer notre argent, le vôtre au passage. Huit salariés, 35 membres. Donc petite association et une cinquantaine de serveurs, enfin 29 serveurs physiques qui permettent de gérer une cinquantaine de machines et qui elles-mêmes hébergent une centaine de sites web différents.

Pour donner encore une fois une image, 90 milliards c’est le PIB de la Croatie, ça représente 15 000 kilomètres d’autoroutes. Les 317 000 euros de recette de Framasoft représentent un deux-pièces dans Paris 10e ou 51 mètres d’autoroute. Autant vous dire qu’on relie à peine ce bâtiment-là à l’autre ; on ne fait pas 15 0000 bornes.

On est donc 350 817 fois plus petit que Google. Nous sommes le petit point. Vous êtes ici et on s’est dit on va quand même y aller.

Donc on a lancé en octobre 2014 une campagne qui s’appelle « Dégooglisons Internet » qui avait trois objectifs :

  • sensibiliser le public au logiciel libre et aux solutions libres en lui expliquant que c’était une solution ;
  • démontrer en mettant des solutions parce que quand on disait aux gens « n’utilise pas Google Docs, tu peux utiliser un truc ça s’appelle Etherpad et tu vas voir c’est super, c’est trop bien ! — OK comment je fais ? — Tu te loues un serveur dédié et puis tu vas faire dessus « apt-get install nodejs » et puis derrière tu vas taper un « node install Etherpad » et je ne vous cache pas que c’est beaucoup plus compliqué que ça ; ça se saurait si ça marchait de façon aussi simple. Forcément, dès que j’ai dit « loue-toi un serveur dédié », j’ai déjà perdu 99,99999 % du public auquel on s’adresse ;
  • et la troisième chose c’est qu’on s’était dit il faudra de toutes façons essaimer puisqu’on ne veut pas devenir le Google du Libre. On ne savait pas si ça allait marcher, mais on s’est dit si nous on n’avait plus d’argent il faut que d’autres puissent prendre le relais.

Donc très rapidement normalement on passe beaucoup de temps à expliquer ces histoires de sensibilisation, de démonstration. Je vais aller très vite.

Aujourd’hui on fait environ une centaine d’interventions par an, comme je suis en train de le faire aujourd’hui ici, conférences, ateliers, projections-débats, etc. On a à peu près quasiment une à deux invitations par jour aujourd’hui pour participer ; je vous rappelle qu’on est 35 membres donc on ne peut pas réponse à toutes les demandes, on est désolés, mais on espère justement que l’essaimage fonctionnera assez bien pour que vous, même si vous n’êtes pas membre de Framasoft, vous puissiez aller parler et sensibiliser le public à ces questions. Niveau médias on a fait à peu près tout ce qui était possible et imaginable côté presse ; un petit peu côté télé, mais on n’aime pas trop ça parce que pour nous ça entretient ce capitalisme de surveillance parce que les chaînes vivent de la publicité.

On a quand même réussi à faire passer l’idée que les GAFAM étaient potentiellement toxiques. Alors ce n’est pas nous tout seuls, je précise, mais on a participé à faire prendre conscience de ça. Aujourd’hui vous lisez le titre du Monde d’il y a quelques jours sur les Panama Papers, c’était justement sur Facebook et sa défiscalisation. Si vous achetez un Usbek & Rica qui est un magazine trimestriel c’est « Faut-il démanteler Google et comment ? », etc. Et donc tous ces gens-là se rendent bien compte de la puissance extrêmement forte de ces acteurs.

Ici vous avez mon collègue Pouhiou qui était au FOSDEM, qui est un évènement très technique, mais où, du coup, c’était chouette de pouvoir parler de notre initiative vis-à-vis d’un public qui est non francophone, puisqu’on est très français.

Ça c’est fait.

Les résultats de la partie démonstration, c’est fait aussi. On a aujourd’hui 32 alternatives fonctionnelles qui s ont des alternatives aux services de Google, Facebook, etc. Fonctionnelles ça ne veut pas dire que ça soit à niveau, mais au moins c’est fonctionnel.

On a entre 200 et 400 000 personnes par mois qui viennent utiliser nos services. Et donc là, ce qui est chouette, c’est qu’on a réussi à montrer que le logiciel libre était une solution. Donc du coup, l’image que j’ai ici c’est un calendrier public partagé par une députée française qui s’appelle Paula Forteza, qui est du groupe La République En Marche et qui publie, par exemple son agenda sur un logiciel libre qui s’appelle NextCloud. Ce qui nous nous fait plaisir particulièrement c’est que le fait de pouvoir rendre cet agenda public c’est une contribution financée par Framasoft, pas pour elle en particulier. C’est qu’on avait quelqu’un et on a toujours quelqu’un dans l’asso qu’on avait missionné pour rajouter à NextCoud la possibilité de rendre les agendas publics. Il était stagiaire à l’époque, on l’a fait travailler deux mois sur ce sujet-là. Il a publié le code. Aujourd’hui son code se retrouve dans les dix millions d’installations, enfin pour les dix millions d’utilisateurs minimum identifiés sur NextCloud et Owncloud. Donc ça prouve bien qu’avec un tout petit peu d’argent, en gros 1200-1500 euros puisque nos stagiaires sont payés malheureusement au tarif stagiaire, ce qui est intéressant c’est de voir qu’avec très peu d’argent mais quelqu’un de motivé, on peut avoir une réelle influence et un réel changement sur le monde.

Donc on avait commencé ; voilà le résultat, un petit peu, de nos actions de ces dernières années. On avait identifié une trentaine de services qui étaient issus du capitalisme de surveillance et qui prenaient, exploitaient vos données. Et on a fini du coup quasiment de dégoogliser la carte. À ça on rajoute maintenant Google Slides et bientôt YouTube et Blogger c’est fait aussi avec Framasite, et donc on a plutôt réussi.

Il y a un échec, Gmail. Pendant longtemps les gens nous ont dit « ça vient quand Framamail ? » On a expliqué il y a quelques semaines que ça ne viendrait pas. Le coût est trop cher. Si on veut gérer du mail pour 1000 personnes on sait faire, pour 5000 personnes on sait faire, pour 10 000 personnes ça devient casse-pieds, pour 100 000 personnes on ne sait plus faire ! Donc on ne proposera pas d’alternative à Gmail. Et on s’en est assez vite rendu compte et du coup on s’est dit il faut trouver une autre solution. Et cette autre solution ce sont ce qu’on appelle les CHATONS qui veut dire Collectif des Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires, merci Henri pour l’acronyme quand même c’est plutôt chouette ! Et ce collectif vise à essayer d’essaimer notre démarche. Or il y avait déjà des CHATONS avant l’heure, des gens qui proposaient des services au public, je pense à Lautre.net qui fait ça depuis très longtemps, à Ouvaton, à sudouest.org, mais l’idée c’est de se regrouper dans un collectif de façon à, en suivant une charte, à la fois une charte technique mais aussi une charte éthique, de proposer des services au plus près, un petit sur le principe des AMAP. Vous voyez ce qu’est une AMAP, Association pour le maintien d’une agriculture paysanne où au lieu de fournir des carottes et des patates eh bien nous on essaye de favoriser l’émergence notamment d’associations, mais ça peut être des entreprises aussi, qui fournissent du service localement.

Donc CHATONS est toujours en développement. Ça a un an. Aujourd’hui on a une cinquantaine de structures dans ce collectif et ça augmente à peu près de dix, quinze pour l’instant tous les mois. Donc super ! Parce qu’on est trop forts. Vous noterez la deuxième allusion à Arnold Schwarzenegge, que je ne trouve pas beau d’ailleurs !

Là j’en viens aux difficultés qu’on a pu identifier.

Premier problème on va se dire le Libre a gagné. Ça c’est quelque chose qu’on entend aujourd’hui. J’ai cru l’entendre hier « le Libre a gagné », non ! L’open source a gagné. Pour moi c’est faux. Pourquoi ? Vous avez à gauche ce qu’on appelle le logiciel propriétaire ou logiciel privateur qui est constitué de code propriétaire et de ce qu’on appelle des enclosures. Les enclosures sont des barrières que l’on va mettre en place autour de projets pour filtrer qui peut l’utiliser, quand, comment, etc. Qui peuvent être des barrières de prix, qui peuvent être des formats qui sont fermés donc qui empêchent l’interopérabilité c’est-à-dire la capacité de deux logiciels de fonctionner ensemble, etc. ; la propriété intellectuelle est un type d’enclosure aussi. Et donc vous aviez le logiciel privateur. D’un autre côté vous aviez le logiciel libre, donc j’en reviens à ma définition pour ceux qui étaient là hier où je définis les logiciels libres comme étant de l’open sourcec’est-à-dire des logiciels avec des qualités techniques, fonctionnelles et autres et des qualités éthiques et sociales. Et pour nous, évidemment, quand on défend le logiciel libre, on défend normalement les deux, les qualités techniques mais aussi les qualités sociales.

Or le capitalisme de surveillance a eu cet effet qu’on n’avait pas forcément anticipé c’est qu’effectivement le capitalisme de surveillance pour marcher, pour être hyper-réactif parce qu’il faut réagir tout le temps, a beaucoup investi dans l’open source Aujourd’hui, un des principaux contributeurs à l’open source en termes de lignes de code, c’est Microsoft. Ça fait quand même flipper ! Aujourd’hui React, il me semble, est fait par Facebook ; Angular est fait par Google au départ, et donc on se retrouve avec des projets qui sont des contributions à l’open source mais qui ne font pas du tout augmenter les valeurs éthiques et sociales. Donc petit à petit, moi j’ai l’impression qu’on voit disparaître ce qu’on appelle le logiciel libre au profit de l’open source qui lui marche bien.

D’un autre côté vous avez le code propriétaire qui lui voit potentiellement sa base se réduire, mais par contre les enclosures qui elles continuent.

Donc est-ce qu’on a vraiment gagné ? Là je vais citer un pote qui s’appelle Lunar et qui me disait : « Est-ce que si on retrouve du Linux dans un drone qui balance des bombes sur des bébés en Irak, est-ce qu’on a gagné ? » Mais c’est une vraie question parce qu’il y en a qui vont vous dire oui et je peux entendre ce oui ; évidemment je ne suis pas d’accord avec eux ! Moi je ne suis pas devenu militant du logiciel libre pour ça ! Ce qui m’intéressait c’était comment est-ce qu’on peut changer la société ; comment est-ce qu’on peut faire en sorte qu’elle corresponde plus à certains idéaux et non pas qu’on parte sur « il faut du Linux partout ». Non ! Moi ça ne m’arrange pas forcément si on ne fait pas passer un message derrière. Donc le premier problème c’était celui-là.

Le deuxième problème. Les lumières se rallument, merci. Le deuxième problème c’est qu’on commence à dire en plus « oui mais le logiciel libre c’est simple, je vais t’expliquer ». Non ! Toujours pas !

Voici le premier dessin, en gros, que vous trouvez si vous allez sur la page Wikipédia France/logiciel libre. C’est ce graphique-là. Je ne dis pas qu’il est faux ; il est très juste. Mais merde ! Comment est-ce que vous voulez qu’on envoie des gens sur la page, on leur explique « non mais intéresse-toi à la question du logiciel libre, tu vas voir c’est super ! » et, en fait, ils se retrouvent avec ça ! Je me mets à leur place. On manque totalement d’empathie avec les gens à qui on veut faire découvrir le logiciel libre !

Pour ceux qui penseraient que sur la version anglaise c’est mieux vous avez ici la page free_licence de Wikipédia. Et puis en plus il n’y a pas de légende, on ne sait pas ce que décrit le vert, ce que décrit le rouge. Vous avez des petits trucs, c’est ???, c’est entouré parce que ça se rapproche de la BSD [Berkeley Software Distribution]. Non je ne suis pas d’accord ! Super ! Trop bien !

Troisième problème. On dit : « Oui mais avec le libre c’est pareil. Ne t’inquiète pas, tu vas voir que c’est aussi bien que le logiciel propriétaire. » Faux ! Voilà une page d’accueil d’un projet, d’un logiciel qui s’appelle Discord qui permet, pour ceux qui connaissent TeamSpeak aussi, c’est un logiciel qui permet notamment au départ aux gamers de discuter entre eux. Et puis cet outil a été approprié, il y a plein de groupes aujourd’hui sociaux qui montent des projets, y compris très chouettes, qui utilisent Discord. Sauf que Discord n’est pas du tout libre.

Voilà la page de son équivalent libre, enfin d’une alternative, pas équivalente, mais d’une alternative libre qui s’appelle Mumble. Vous avez un site sur un outil qui s’appelle MediaWiki, qui est un super outil, sauf que c’est dégueulasse, c’est plein de texte. Moi, encore une fois, si j’envoie quelqu’un sur le site Discord et si je l’envoie sur la page Mumble, je m’excuse s’il y a des gens qui travaillent sur Mumble, mais en plus, vraiment sincèrement je ne leur en veux pas. Par contre il faut être conscient de ce que ça peut provoquer comme réaction chez ceux qu’on vise c’est-à-dire des utilisateurs. La personne qui voit ça, elle doit se dire attend c’est quoi la différence entre Windows et Windows x64. Moi je sais, mais l’utilisateur qu’est-ce qu’il en sait ?

Voilà les deux interfaces des utilisateurs. À gauche Discord, alors qu’on peut trouver bordélique, machin, etc., mais au moins qui est propre, et à droite un bon vieux GTK 3, pour ceux qui voient ce que c’est, de Mumble avec une ergonomie ! Pour tous ceux qui utilisent Mumble au quotidien, en termes d’ergonomie c’est très compliqué. Il faut chercher où est-ce qu’on va aller cliquer pour activer telle ou telle chose et pourtant je pense que les développeurs ont vraiment passé du temps dessus. Et c’est quand même un peu dommage !

Donc on arrive voilà à des problématiques de design de ce type-là. Je ne sais pas qui conçoit ça. Il y en a qui peuvent aimer ! Mais quand même !

1 h 03’ 14

Quatrième problème qu’on a identifié,