Education à l informatique

De April MediaWiki
Aller à la navigationAller à la recherche


Titre : L'éducation à l'informatique

Intervenant : Gérard Berry, professeur au Collège de France- Chaire Algorithmes, machines et langages

Lieu : Collège de France - Cours « Où va l'informatique ? »

Date : 6 février 2019

Durée : 1 h 15 min

Écouter ou enregistrer le podcast

Diaporama support de la présentation

Licence de la transcription : Verbatim

Illustration :

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription en cours par gropoilu - relecture en cours MO

Transcription

Gérard Berry Bonjour à tous, et bonjour aux internautes. Bonjour spécialement aux profs qui ne sont pas là aujourd’hui et qui auront pour charge d’enseigner l’informatique au lycée, puisque maintenant cela va sans doute se faire, et au collège c’est déjà fait. J’ai eu des renseignements sur comment ça se passe et on va parler pas mal de ça aujourd’hui.

Donc bienvenue à ce cours qui s’appelle « L’éducation à l’informatique ». J’ai un peu changé le titre, par rapport à « L’enseignement de l’informatique », parce que l’enseignement suppose élève et le problème est un peu plus large que ça. Je parlerai surtout d’enseignement, mais le problème est plus large que ça parce qu’il y a aussi l’ensemble du public à éduquer à l’informatique et en particulier l’ensemble des politiques et des tas d’autres gens, j’en ai parlé la dernière fois. Le cours ne sera pas double cette fois-ci mais simple. Il sera suivi d’un séminaire de Julia Lawall, qui est directrice de recherche à l’Inria, qui nous parlera de la maintenance automatique du noyau de Linux. Le noyau de Linux est un programme d’une grande complexité, d’une grande taille, fait par des gens très très forts et assez nombreux et la maintenance automatique de ce noyau n’est pas une mince affaire. Julia et son équipe ont fait des progrès assez fantastiques, à base de méthodes formelles souvent, pour automatiser cette maintenance qui est tout à fait difficile. Elle nous en parlera à 17 h 30.

Donc l’éducation à l’informatique, voilà l’agenda d’aujourd’hui :

  • Pourquoi enseigner l’informatique ? Je reprends le mot enseigner car dans l’éducation, je vais quand même parler beaucoup d’enseignement.
  • Un peu d’histoire. L’histoire de la France en la matière n’est pas très brillante. Il faut s’en rappeler pour ne pas refaire les mêmes erreurs, mais on va les refaire à différentes occasions. Il faut parler de ces erreurs de façon extrêmement précise pour être capable de ne pas les refaire.
  • On va parler aussi du reste du monde. Je reviendrai sur ce point parce qu’en France, on parle extrêmement rarement du reste du monde, beaucoup en matière de recherche mais en matière d’enseignement presque jamais.
  • On va parler de ce qui s’est passé au primaire et au collège en 2015-2017,
  • ce qui en train de se passer en ce moment au lycée,
  • et on prendra des petites questions sur les médias et la population générale.

Je souhaite que vous m’envoyiez des questions pas Internet, que vous soyez dans la salle ou en vidéo, parce que j’aimerais répondre à des questions dans l’avant-dernière séance, la séance du 20 février. Je vous rappelle que la dernière, la séance du 26 février, est ma leçon de clôture, ma dernière au Collège de France, et que c’est un mardi et pas un mercredi. Cela se passera dans <Marguerite de Navarre au lieu de se passer ici.

Pourquoi enseigner l’informatique ?

Commençons par pourquoi enseigner l’informatique. Je vais reprendre des éléments de la dernière fois, « Où va l’informatique ? », parce que je pense, par exemple, que les professeurs n’auront pas forcément vu le précédent cours, surtout qu’il était long. Je vais reprendre ces éléments qui sont à peu près les mêmes que ceux que l’on avait déjà vu, peut-être un peu différemment à la fin.
Je voudrais rappeler les bases des bases. La base de la base, c’est l’évolution des sciences et des techniques. Au XIXe siècle, on travaillait sur matière et énergie. C’était très clair : les moteurs, la thermodynamique, etc. ; la révolution industrielle est issue du travail sur la matière et l’énergie, la chimie aussi, bien entendu. À la moitié du XIXe siècle sont arrivées en grand les ondes électromagnétiques. Il y avait déjà les ondes, les vagues de Fourier, on savait déjà des choses, mais l’électromagnétique est arrivée au XIXe et cela a fait le « triangle du XXe siècle », qui s’est intéressé fondamentalement à ça, au rapport entre ces trois choses et à leur exploitation. Et puis, à la fin du XXe siècle, socialement, techniquement au premier tiers du siècle mais socialement à la fin, sont arrivés deux larrons qui sont l’information et l’algorithme qui ont complètement changé la donne. Ils sont maintenant autant intégrés dans toutes les sciences et les techniques du XXIe siècle, mais pas dans les mentalités, ce qui va être un problème éducatif majeur dont je vais parler aujourd’hui. Pas dans les mentalités !
Il y a une raison pour laquelle cela ne s’est pas intégré facilement est que c’est très différent. L’information ne pèse pas. Quand vous savez quelque chose, vous pesez le même poids que quand vous ne savez pas. Ce n’est pas évident. D’ailleurs les gens ne sont pas habitués et disent « mon fichier pèse 10 mégaoctets » C’est une phrase qui se raccroche au XXe siècle. Pourtant l’information est vraiment sensible : vous savez que vous savez. Ça ne vous rend pas plus lourd, mais vous savez que vous savez. C’est éminemment sensible. Et surtout, ça se stocke et ça se transporte et se duplique facilement, ce qui est la chose impossible pour la matière. Stocker des ondes n’est pas vraiment simple non plus.

L’informatique et ses algorithmes conduisent à une nouvelle façon de penser et d’agir – c’était tout le cours de la fois précédente – avec des leviers d’une immense efficacité, on le voit de plus en plus. Notre pays, et l’Europe en général, ne fait pas partie des gens qui ont fabriqué et qui tirent ces leviers. L’absence d’éducation y est pour beaucoup. J’ai bien dit éducation, éducation des dirigeants aussi. On s’est concentré, en Europe et en France, sur l’énergie, les ondes et la matière. On a été très forts mais l’information, on a plus ou moins décidé d’en être absent et totalement absent dans l’éducation comme vous allez le voir.

Les piliers de l’informatique, j’en ai déjà parlé, sont très importants pour l’enseignement : données, algorithmes, programmes et machines, interfaces et interactions. Et puis, en informatique, on parle autant aux objets qu’aux hommes. Quand on parle données aux gens, chez les journalistes c’est très caractéristique, on pense tous que les données ont été fabriquées par les hommes. La réponse est non. La plupart des données sont fabriquées par des machines, soit des machines physiques, n’importe quoi, des moteurs, des capteurs, soit par des machines informatiques. À chaque fois que vous recevez une page web, elle a été fabriquée, elle n’existait pas avant. Ce qui caractérise la différence, c’est que ce n’est pas une science naturelle. C’est une science de construction, un peu comme les mathématiques. Il y a des liens très forts entre mathématiques et informatique, mais ce n’est pas la même chose parce que l’informatique construit des objets alors que les mathématiques participent à la construction d’objets, ce qui est très différent.

Je vous rappelle les clés de la pensée informatique, parce que c’est peut-être la première chose qu’il faut enseigner quand on veut éduquer les gens. Premièrement, il n’y a qu’une seule notion de l’information. Il n’y a qu’une seule notion d’énergie, mais elle est quand même très multiforme, l’énergie d’une flamme, etc., mais l’information est la même partout. C’est vraiment la même ! Elle se stocke pareil, dans les mêmes mémoires. Que l’on fasse des médias, des télécoms, de la biologie ou de la neurologie, c’est la même information. Il n’y a pas de différence du tout.
Il n’y a qu’une seule notion d’algorithme. Il n’y a pas de différence entre un algorithme en biochimie, un algorithme en CAO [Conception Assistée par Ordinateur] ou un algorithme de tri, ce sont les mêmes choses.
Il y a une machine universelle et c’est très important, j’en ai beaucoup parlé la dernière fois, il y a cette machine universelle. J’ai dit qu’un grand centre de calcul ou une machine à laver, c’est fondamentalement la même machine, ce sont juste les performances qui changent. En physique, il n’y a pas de machine universelle, il y a beaucoup de sorte de machines, fort intéressantes par ailleurs.
Le levier de l’information est hyper-efficace. J’ai montré qu’il est souvent plus important, en particulier dans l’industrie, de posséder l’information, que de posséder la matière ou l’énergie, au moins aussi important. J’ai donné l’exemple de l’hôtellerie : les plus grandes chaînes hôtelières à l’heure actuelle sont celles qui n’ont pas d’hôtels ; celles qui captent la valeur ajoutée sont celles qui n’ont pas d’hôtels, les autres travaillent.
La grande difficulté dans tout l’enseignement, on va le voir, c’est que le raisonnement et l’action sur l’information sont très différents de ce que l’on fait sur les trois sommets du tétraèdre. Comprendre l’essence de l’informatique, c’est fondamental pour tout ce qui va se passer demain. Eh oui, quand quelque chose est fondamental, c‘est peut-être bien de le mettre dans l’éducation. Rappelez-vous que c’est quelque chose qu’on a fait en physique. J’ai des livres de physique de 1904 - juste avant 1925 d’ailleurs, où ils disent que, en gros, que la physique est terminée à part quelques petits problèmes comme le corps noir ou des choses comme ça – dans lesquels il y avait déjà toute l’électricité, pourtant l’électricité était toute récente. Il y avait déjà la radio qui venait d’arriver, mais c’était enseigné ! Tout de suite ! Pour l’informatique, ça n’a jamais été le cas… Changeons maintenant.

La cible c’est quoi ? La cible c’est le « citoyen moyen », qui est déjà envahi d’informatique mais qui n’a aucune idée de ce que c’est, qui surnage là-dedans. Cette éducation-là n’est pas simple du tout. Nous sommes dans une époque où les gens subissent l’informatique beaucoup plus qu’ils ne la maîtrisent et c’est quelque chose de vraiment difficile. Ce n’est pas simple à résoudre, personne ne sait par où prendre ce problème et d’ailleurs, pour cette raison, personne ne le prend.
Il y a tous ceux qui se destinent à un métier où l’informatique est absolument centrale et là pour le coup, la formation existe par les universités, les grandes écoles, les écoles d’informatique. C’est moins le problème, sauf qu’on ne commence qu’au bac. Un jeune, à la fin de l’adolescence, de 18 ans qui arrive au bac a en gros, à l’heure actuelle, passé zéro seconde d’informatique dans sa scolarité. Zéro seconde, on ne peut pas faire beaucoup moins, même en essayant. Et puis il y a tous les scientifiques et tous les ingénieurs. Mes copains scientifiques passent leur vie sur un ordinateur mais, en général, ils n’ont rien appris donc ils ont un rendement qui n’est pas forcément bon, comme si on me transformait en physicien, ce ne serait pas instantané, loin de là ! Et puis les dirigeants, les politiques, les juristes, les médecins, etc., en parlent beaucoup maintenant mais ne savent pas très bien ce que c’est. On va le voir aujourd’hui.
Il faut se poser une vraie question : en 2019, est-il raisonnable que la grande majorité des dirigeants français n’aient qu’une vision lointaine du sujet ?
Vous remarquerez aujourd’hui que tous mes transparents ont un peu cette forme-là. Je vais un peu lire ce qu’il y a dessus pour une raison très simple, c’est pour qu’ils soient volés et réutilisés. On ne fait pas ça souvent, mais là je souhaite que mes transparents soient volés et réutilisés ; ils sont faits pour, je les donne en source. En particulier Messieurs les professeurs, avalez-les en source et refaites-en ce que vous voulez. C’est fait pour.

Les niveaux d’éducation

Il y a trois niveaux d’éducation distincts qu’il faut considérer. La littératie, c’est comme savoir lire et écrire, c’est savoir se servir d’un ordinateur, d’un téléphone ou d’un appareil informatisé. Ce ne sont pas que les ordinateurs, une voiture c’est très largement informatisé, avec des fois des interfaces ! Vous regardez un GPS, arriver à taper le nom d’une ville c’est quelque chose qui fatigue énormément et en conduisant c’est impossible ou alors on va droit à l’accident.

Deuxièmement, beaucoup plus important, c’est la compréhension de la pensée informatique. On ne sait pas forcément ce que ça fait, on ne sait pas forcément le faire, mais on comprend comment c’est fait. Pour les appareils physiques, c’est pareil. On comprend un peu comment est fait un moteur, ça s’enseigne, on comprend comment c’est fait, mais on ne sait pas fabriquer un moteur. Jusqu’à maintenant, il était considéré que pour l’informatique, ce n’était pas la peine ; la littératie suffisait.

Il faut une compréhension et une pratique bien plus fines pour devenir acteur de la création. Acteur de la création en informatique, ce n’est pas rien à l’heure actuelle, c’est juste en train de devenir un des tous premiers métiers du monde. Je donne un exemple. J’étais à Tata Consultancy Services en Inde en 1992, une boite d’informatique et de conseil en informatique. Il devait y avoir 2000 personnes. En 2000, ils étaient 65 000. J’y suis revenu en 2006, ils étaient 145 000. En 2015, ils étaient 350 000 et ils venaient d’ouvrir 70 000 postes. Je parle d’une seule société. 70 000 postes c’est une fois et demie la production totale d’ingénieurs en France, tous sujets confondus. Il faut quand même se poser des petites questions !

Voici quelque chose que je vais répéter plusieurs fois : dans le système éducatif, beaucoup semblent encore penser qu’un peu de littératie suffit ; ils sont moins nombreux qu’avant, mais il y en a. C’est faux et c’est dangereux pour l’avenir de nos enfants et du pays. Il ne faut pas confondre les vieux et les jeunes en informatique. Pour les vieux c’est un objet, je l’ai dit la dernière fois : l’informatique est un objet qui est arrivé après eux, même bien après eux, et ils ne l’aiment pas ; c’est très fréquent. Pour les jeunes, elle est arrivée avant eux et c’est comme le vélo, le chat, etc. Ils n’aiment pas forcément non plus, mais au moins ils sont habitués. Il y a aussi des tas de vieux qui aiment, mais ce n’est pas la majorité du monde.

Niveaux d’éducation.
Il faut comprendre que les métiers vont demander de plus en plus de compétences en informatique ou des compétences de plus en plus avancées. C’est vrai, je l’ai déjà dit, pour les chercheurs de toutes les disciplines. L’année prochaine, enseignera ici sur la chaire Informatique et Sciences numériques Walter Fontana, qui est un chercheur en biologie computationnelle à Harvard et qui vous parlera de biologie et d’informatique de haut niveau. Les juristes sont évidemment très intéressés, les médecins, qui se plaignent actuellement de ne jamais avoir eu de formation ni dans leurs études, ni après. J’en reparlerai tout à l’heure.
La loi est : « une compétence très demandée doit être enseignée ». En France, pendant très longtemps, n’a pas eu ça. On a dit « l’enseignement c’est complètement disjoint de l’économie », mais on commence à revenir de ça, ça ne peut pas être complètement disjoint. On verra tout à l’heure qu’en Angleterre, il n’y a pas eu du tout eu le même principe.

14’ 32

Un peu d’histoire : 1980-2014

1980-2014. En 1980, le rapport Simon, dont je ne veux pas spécialement parler, a introduit l’enseignement optionnel de programmation au lycée par Jacques Arsac, un des pères de l’informatique française. Ça a été suivi, en 1983, du fameux rapport Nivat, que j’ai retrouvé dans mes vieux documents, je vais vous le montrer. J’étais vice-président de ce rapport. Vous voyez sa très belle couverture fuchsia, j’utiliserai le fuchsia dès que je parlerai d’informatique dans ce cours, je le fias depuis longtemps, mais je ne m’étais jamais aperçu du pourquoi, rapport demandé par monsieur Laurent Fabius, ministre de l’Industrie et de la recherche et monsieur Alain Savary, ministre de l’Éducation nationale. Il faut savoir que Fabius a fait pas mal de choses pour l’informatique, c’est par exemple lui qui a créé l’INRIA Sophia-Antipolis, la troisième installation de l’INRIA dans laquelle j’ai personnellement passé très longtemps de ma vie. Laurent Fabius était très intéressé. On a remis de rapport juste au moment où Alain Savary allait démissionner à cause des manifestations de médecins, mais c’est autre chose.
Ce rapport, très intéressant, évidemment il n’a été suivi de rigoureusement aucun effet, ce qui est assez standard pour un rapport. Je vais quand même vous le lire. Vous allez voir qu’en 1983 on a écrit exactement les mêmes choses qu’en 2015. C’est très intéressant. J’ai encadré quelque chose. C’est un rapport tapé à la machine, avec des mots soulignés de ma main. Il a été fait en OCR maintenant, en caractères optiques, il est disponible, vous pouvez l’avoir en mode informatique, mais j’aime bien voir qu’à l’époque on écrivait comme ça parce qu’en France on avait pas d’ordinateurs dans la recherche, il faut se rappeler de ça. On avait un plan calcul donc la recherche n’avait pas d’ordinateurs, pas de traitements de texte. « Il faut former au meilleur niveau possible les techniciens, ingénieurs, cadres administratifs, commerciaux, dirigeants, etc. Il faut reconnaître à l’informatique son caractère et l’importance de son rôle à part entière formateur et utilitaire. Il faut cesser de prétendre que l’informatique est facile et s’apprend quand on en a besoin » – c’est quelque chose qu’on entend encore « il n’y a qu’à apprendre à coder et on a compris l’informatique ! », je ’entends tout le temps « où est-ce que je peux apprendre à coder ? », il faut mais ça ne suffit pas. « Il faut, au contraire, accepter de consacrer dans les cursus le temps nécessaire à l’apprentissage et au mûrissement des concepts informatiques, ce qui exige autant de temps que pour toute autre discipline. » Ça reste vrai.
À la page 7 : « Tout ce chapitre repose sur une idée centrale : l’informatique est maintenant – donc il y à 35 ans – une véritable discipline scientifique, qui s’appuie sur des concepts et techniques propres, et elle doit être considérée comme telle à tous les niveaux d’enseignement. C’est une discipline importante pour beaucoup d’activités professionnelles, car elle fournit des outils d’usage très général qui permettent de mieux résoudre certains problèmes – fournir des outils, on va y revenir – et surtout d’en aborder d’autres auparavant inattaquables. » Et c’est ça qui s’est passé. C’est ça qui a fait le tournant de l’informatique : s’attaquer à des problèmes dont on ne savait même pas qu’on pouvait s’y attaquer.
« Quatre niveaux homogènes : niveau de base, niveau des utilisateurs intensifs, niveau des informaticiens professionnels, enfin niveau formation pour et par la recherche. » Ces deux-là sont arrivés assez vite en France,, mais les deux premiers non et c’est d’eux dont je parlerai le plus.
« L’informatique doit donc être enseignée aux techniciens, ingénieurs et cadres au même titre par exemple que l’usage des modèles mathématiques – c’est une phrase que l’on avait longuement mûrie –, c’est-à-dire assez tôt, assez intensivement, sérieusement et avec suffisamment de temps pour la rendre concrète. » D’ailleurs quand on regarde la CAO, les systèmes comme CATIA, des choses comme ça, on apprend plutôt l’informatique avant les modèles mathématiques quand on veut se servir. Quelqu’un qui ne comprend ni l’un ni l’autre, cela ne va pas : il faut vraiment des gens qui sachent combiner les deux. Celui-là est sérieux. « Le problème de la formation à l’informatique en France ne se limite malheureusement pas à l’absence de moyens : la situation réelle de la formation n’est en aucun point à la hauteur des objectifs et plusieurs virages ont été manqués – en 1983 ! alors en 2019 vous ajoutez des ??? dans tous les sens. Presque partout l’informatique n’est pas considérée comme une discipline – ça c’est officiellement fini depuis cette année, enfin pas à l’université, à l’université il y a longtemps que c’est vrai pour les niveaux autres que l’Université -, mais comme une fille plus ou moins légitime des mathématiques, de l’électronique ou même de la physique. » Pour la mise en place de l’INS2I au CNRS, c’est contre ça qu’il fallait se battre : une fille illégitime de la physique qui n’avait pas de raison d’avoir de l’autonomie. « L’enseignement officiel souffre tout à la fois de manque de temps, de manque de matériel et de manque de formateurs – vous allez voir que c’est parfaitement vrai maintenant. Son niveau est bien en-deça des besoins : l’informatique est souvent enseignée de manière totalement utilitaire pour les besoins d’autres disciplines, sans réflexion sur sa nature. »

Ce sont des phrases qui étaient très soignées. Voilà une conception extrêmement délétère, qui a survécu longtemps et qui malheureusement, à mon avis, va renaître : « L’idée longtemps soutenue par l’Éducation nationale d’ajouter un peu d’informatique dans chaque discipline. » Puisque l’informatique intervient partout, on va enseigner l’informatique géographique en géographie, l’informatique artistique en art, l’informatique mathématique en maths… Bruno Deveauchelle a parlé de ça dans une émission de Louise Touret sur France Culture, le dimanche 27 février, qui est peut-être un des adeptes de ça, pas que, a dit que cela ne pouvait pas fonctionner parce que personne ne s’approprie le sujet. Un sujet que l’on ne s’approprie pas n’existe pas ; c’est tout simple. C’est pareil pour les maths, la physique, la chimie et la biologie. Je pense que c’est le signe le plus clair, qu’on peut saupoudrer, de ne pas avoir voulu comprendre les évolutions du monde. Ce n’est pas du tout ce qui a été fait au moment où la physique changeait le monde, pas du tout !

« La situation actuelle des enseignants n’est pas brillante : le manque d’enseignants est important – à l’heure actuelle, il est proche de zéro – et on peut vraiment parler de vide à propos des techniciens et ingénieurs – c’est moins grave maintenant. La charge de travail des enseignants est encore augmentée par les efforts qu’ils doivent fournir pour compenser l’inadaptation du matériel. » Cela va évidemment continuer puisqu’il y a un équipement des lycées en tablettes et on ne peut pas apprendre l’informatique sur une tablette. C’est un véritable problème. Sur les tablettes il n’y a même pas Scratch malheureusement, d’ailleurs pour des raisons un peu idiotes, mais c’est comme ça.

En 1997, explosion de l’Internet. Voie de conséquence, disparition de l’enseignement optionnel de l’informatique. Un grand coup !

En 2000, introduction du Brevet Informatique et Internet. Là ce sont les adeptes de la littératie. C’est important la littératie ; il y a une fonction dans la littératie. Les objectifs officiels sont s’approprier un environnement informatique de travail ; adopter une attitude responsable ; créer, produire, traiter et exploiter des données ; s’informer et se documenter ; communiquer et échanger. Très bien ! Le B2i a plus ou moins vécu, même si personne ne savait trop bien ce que voulait dire d’enseigner ça, il faut être clair, d’ailleurs je suis pas sûr que l‘on saurait, ce n’est pas si simple, mais il y avait un objectif. Je n’ai pas marqué la ligne « comprendre et savoir faire », tout simplement parce qu’elle était exclue explicitement : il ne fallait pas comprendre et savoir faire;a a été décidé. Le résultat tout net de ça est que l’informatique n’est vue que comme un outil, ce qui nous met directement dans les mains des USA et de l’Asie. Et après on se plaint des GAFA ! Eh bien oui, c’est un choix que l’on a fait explicitement, en surdité de cause. Les GAFA ont été créés il y a fort longtemps, Google date, je ne sais plus, de 1997 Ils ont toujours dit qu’ils allaient nous piquer les données. Ils ont toujours été totalement honnêtes là-dessus. Maintenant on râle parce qu’ils nous piquent nos données alors que ça fait juste vingt ans qu’ils le disent.

Le 17 janvier 2008, je donne ma première leçon inaugurale à Marguerite de Navarre, sur « Pourquoi et comment le monde devient numérique ? » Par numérique, j’entendais l’ensemble des sciences qui s’appuient sur le calcul sur les nombres, donc le traitement de signal. Ce n’est pas la même chose que ce qu’on entend maintenant par numérique, on va en reparler. À la fin, je disais « j’ai un peu peur qu’on oriente l’enseignement vers le 20e siècle, alors que les enfants sont dans le 21e ». Il y avait, dans la salle, des gens du cabinet du ministre des inspecteurs généraux, qui ont dit « il faut qu’on discute ». Un groupe de chercheurs qu’on va retrouver un peu tout le temps après, Gilles Dowek, Serge Abitboul, etc., sont allés discuter avec le ministère et les inspecteurs généraux, qui essayaient de promouvoir l’informatique. Avec le cabinet de Xavier Darcos qui était ministre à l’époque, il a été décidé, par eux, de faire un enseignement optionnel en seconde, tout de suite et sans profs. On a dit « ça n’a aucun sens », mais ce n’est pas nous qui décidons. La réforme Darcos a été annulée intégralement dans la nuit du 14 décembre 2008, donc ça s’est arrêté net. Cela ne nous a pas empêché de continuer à travailler avec les cabinets ministériels, les inspecteurs généraux et les gens un peu compétents.

En 2010 arrive une nouvelle importante, la décision de créer un nouvel enseignement de spécialité : Informatique et sciences du numérique. Là le numérique a changé. Ce n’est plus l’analyse numérique mais c’est « le numérique », c’est devenu un nom que tout le monde depuis prend un énorme soin à ne jamais définir. Je n’ai jamais trouvé ce qu’est « le numérique ». Est-ce que c’est l’économie numérique, le codage numérique. On laisse très volontiers le flou ; c’est aussi pour ça qu’on a changé « programmation » en « codage », ce qui permet de ne pas comprendre de quoi il s’agit. Tout le monde utilise le même mot, personne ne le comprend, tout le monde est content !
Un groupe de travail s’est mis en place entre les institutions qui vont être importantes dans toute l’histoire : la Société informatique de France, la SIF, et un groupe de professeurs qui s’appelait EPI [Enseignement Public & Informatique], qui militaient depuis très longtemps et avaient été majeurs dans la réforme Arsac Je vous ai mis les liens, vous cliquez dessus, ça marche: http://www.epi.asso.fr/revue/editic/asti-itic-prog-prof_1004.htm, l’informatique ça a du bon !
En 2012, cet enseignement facultatif a été mis en place, pas dans toutes les académies, il existe encore pour la dernière année, il était à peu près dans la moitié des académies, il y a des académies qui se sont beaucoup bougées, d’autres qui n’ont pas du tout bougé, c’est comme ça. Une formation très variable des professeurs. Les professeurs étaient des volontaires. Certains comme à Versailles ou à Nancy ont eu une formation tout à fait intensive, d’autres ont eu trois heures ! Des fois ils devaient conduire pendant 100 kilomètres sans être remboursés du voyage ; il y a des professeurs qui ont vraiment donné. Il y a eu une très forte implication des milieux de la recherche, c’est important, professeurs, chercheurs et universitaires, etc. Par contre, les professeurs qui ont enseigné ISN n’ont eu aucune reconnaissance d’aucune sorte. Pour tout dire, on ne sait même pas qui ils sont parce que le ministère et les rectorats ne les ont jamais recensés. Les gens s’y intéressaient, mais c’est toujours un pied en avant, un pied en arrière. Mais bon ! Ça va être très important pour la suite et ça a constitué une expérience très importante qui a concerné à peu près 125 000 élèves. 125 000, ça fait beaucoup mais si on y pense ce n’est pas beaucoup, parce qu’entre 2012 et 2018 il y a sept ans, avec les poteaux j’ai compté juste. Sept ans à 125 000 par an ça fait 5,6 millions élèves, ce n’est pas très bon. Cela fait surtout des professeurs entraînés qui vont un rôle tout à fait important maintenant.

C’est pendant cette période qu’a été vraiment élaborée la façon de voir l’informatique avec ses quatre piliers [données, algorithmes, programmes et machines], comment ils se relient et le fait que les algorithmes construisent eux-mêmes l’informatique, par exemple les ordinateurs sont entièrement conçus par des algorithmes, etc. Je pense qu’il aurait fallu rajouter tout de suite beaucoup plus les interfaces et les interactions, parce que c’est généralement le point faible des systèmes. En ingénierie, on doit absolument plus s’intéresser aux points faibles qu’aux points forts. Bref ! Deux livres ont été édités, qui sont toujours là. Un livre fait plus ou moins pour les professeurs et les élèves un peu doués, Informatique et sciences du numérique, et un autre pour les professeurs Introduction à la science de l’informatique. Ces deux livres ont té tout à fait soignés, ils étaient un peu trop gros par rapport à ce qui a été enseigné, mais l’objectif était aussi de poser un peu ça pour les gens qui voulaient s’instruire et qui avaient une carrière de professeur, pas de chercheur, ce qui est quand même assez différent. Les deux ont été coordonnés par Gilles Dowek qui a toujours été extrêmement actif dans le système.

En 2013, un rapport de l’Académie des sciences suit un rapport fait en Angleterre, dont je vais parler après. Il s’appelle « L’enseignement de l’informatique en France, il est urgent de ne plus attendre ». En grosd, c’est à peu près le même qu’en1983, avec quand même des choses en plus. Ce qui est intéressant, pour voir la place de l’informatique dans la science française, il y avait trois académiciens informaticiens : Maurice Niva qui a beaucoup agi pour l’enseignement, à qui je dédie cette leçon, Serge Abitboul et moi-même qui coordonnait le rapport. Il y avait sept professeurs d’université ou chercheurs en informatique. Il y avait zéro académicien d’une autre discipline : ils ont tous refusé de venir. On a fait un appel et personne n’a voulu venir, il y en a même qui étaient contre qu’on publie des rapports comme ça ! Maintenant c’est fait, ça a beaucoup changé à l’Académie. Ce rapport a eu aussi un certain impact, il a été notamment publicisé à la radio et dans les journaux. Il a eu un peu plus d’impact que le précédent.

Qu’est-ce qui s’est passé ailleurs ? C’est intéressant. Je l’ai déjà dit, quand je travaille avec le système éducatif, je n’entends jamais parler d’international, alors faisons-le nous-mêmes.

29’19

Tunisie, enseignement de type français et en langue française
En 1983, l’informatique entre dans des lycées pilotes, c’est au moment de notre rapport !
En 1991, généralisation de l’informatique dans les lycées, c’est un peu avant qu’on la supprime !.
En 1999, deux ans après qu’on la supprime en France, matière optionnelle, les programmes s’adaptent à la section, c’est-à-dire plus de technique, plus de science, etc.
En 2005, enseignement obligatoire de l’informatique dans les collèges et les lycées. La section qui s’appelle maintenant Sciences et techniques informatiques est créée.
CAPES, je n’ai pas la date, mais il était là avant 2002 – en France on vient d’en parler cette année après avoir eu des refus explicites extrêmement nombreux. Au Maroc il y a une agrégation qui a été créée en2017. En France on n’en parle pas encore, mais ça viendra peut-être ! Plus de cinq mille professeurs ont été formés, vraiment formés, c’est important. C’est enseigné dans toutes les classes du secondaire et je peux certifier qu’il y a un taux important de filles. C’est important, on en parle toujours en France. Il se trouve que lors de mon premier cours l’année dernière à Lille, j’ai rencontré une jeune fille qui avait suivi la formation, qui était informaticienne et qui avait appris l’informatique au lycée et dont le métier était maintenant d’être informaticienne, elle avait continué après. Elle m’a dit « oui il y a beaucoup de filles, c’est très suivi par les filles parce qu’il y a un métier derrière. Elle m’a dit ce n’est pas comme la France, en France il y a du chômage, mais en Tunisie c’est plus dur.
J’aimerais bien avoir des renseignements complets sur la Tunisie, si quelqu’un en a, le plus complet c’est un rapport de l’EPI que j’ai mais qui n’est pas tout récent.

Pendant ce temps en Angleterre…

En Angleterre c’est intéressant. J’ai des amis anglais qui pourront commenter, éventuellement répondre aux questions si besoin.
En 2008, il y avait de la littératie. Computing at school est une organisation assez fantastique qui a été créée en 2008 par quatre chercheurs dont Simon Peyton Jones en particulier, un très brillant chercheur en programmation fonctionnelle, quelqu’un qui est un pilier de pople ??? et des colloques comme ça. Il est vraiment sérieux et il travaille énormément sur l’éducation. Il a fait un lobbying au sens anglais du terme, c’est-à-dire aller voir les bonnes personnes, parce que ça c’est le vrai problème. En France, on râle beaucoup mais en général on prend soin de ne pas aller voir les bonnes personnes parce que c’est plus fatigant. Je préfère faire le deuxième que le premier, mais ça change maintenant en France.
En 2009, la Royal Society a fait un rapport qui s’appelle Shutdown or Restart: Te way forward for computing in UK schools qui disait clairement « abandonnez la littératie, ça ne sert à rien, ce n’est pas ça qu’il faut faire, on peut garder de la littératie, mais ce n’est pas l’objectif de l’enseignement, l’enseignement c’est d’apprendre l’informatique, la science informatique, la technique informatique, la programmation, les algorithmes et tout ça. »
Ce n’est pas le moment en France, c’est-à-dire que ce rapport n’est pas du tout tombé au milieu de rien.
Un autre évènement déclencheur c’est en 2011, Eric Schmidt, PDG de Google, a dit dans un discours je ne sais pas où, mais un endroit important, je ne sais pas exactement comment traduire ça, « J’ai été consterné d’apprendre que l’informatique n’est même pas enseignée dans les écoles anglaises. Vous enseignez la littératie, mais ce n’est pas ce qu’il faut faire parce que ça ne donne pas la moindre idée de comment c’est fait. »
Là on est en Angleterre dans un pays qui, quelquefois, pas toujours, est très orienté vers le factuel, les choses marchent, on fait marcher les choses. Très peu après, Gordon Brown, Premier ministre a dit : « Eric Schmidt a raison, nous ne faisons pas assez pour fabriquer la prochaine génération de programmers – chez les politiciens, les mots ne sont pas très précis. Quand j’écoute les gens qui bossent à Tech City, c’est-à-dire tous les technos américains, ils me disent qu’ils n’ont rien à faire de gens qui savent se servir d’ordinateurs, ce qui les intéresse ce sont de gens qui savent créer de l’informatique. C’est un vrai coup de réveil pour notre système d’éducation. »
Donc ça, ça a été fait, c’est le côté pragmatique des Anglais, ce qui n’est pas toujours là, je l’ai dit, en ce moment ce n’est pas très clair, mais à l’époque, en 2012, le ministère déclare qu’il ne peut pas faire ça de lui-même, que c’est trop dur comme tâche – en France ce n’est pas fait – donc il mandate la British Computing Society et la Royal Academy, deux organisations indépendantes, pour élaborer les programmes pour toutes les classes du secondaire au lycée. J’exagère parce qu’en France c’est un peu ce qui s’est passé aussi en France après. Ce qui est aussi très intéressant c’est que dès 2012 un grand réseau de professeurs a été créé destiné à former les professeurs partout, parce que la formation des professeurs a été considérée comme le problème vraiment important, on ne peut pas enseigner sans professeurs, saupoudrer ce n’est pas la bonne méthode.
En 2013, les programmes sont publiés, la discipline est créée. À l’anglaise, de façon tout à fait explicite, il y a maintenant quatre sciences au baccalauréat au lieu de trois. Les trois étaient physique, chimie, biologie ; maintenant il y a physique, chimie, biologie et informatique. Au moins c’est clair, ça a le mérite de ne pas tourner autour du pot. En 2015 ça a été mis en place dans toutes les écoles et lycées. Je n’ai pas eu le temps de regarder, je crois qu’il y a eu des rapports sur ce qui s’est passé après. Nous pourrons peut-être le savoir au moment des questions en demandant à Michael Forman, qui est ici, chez qui j’avais donné huit cours à Edimbourg en 2010, un remake du collège.

En 2015, une association Informatics Europe, qui rassemble beaucoup de choses en Europe, a publié un rapport Informatics Education in Europe: Are We All In The Same Boat?, « Sommes-nous tous dans le même bateau ? ». On a regardé ce qui se passait en Europe, enfin « on », moi je n’ai pas fait grand-chose. Après il y a eu un autre rapport que je mentionne mais qui est plus pour le supérieur.

Voilà les couleurs. Cette carte est à l’envers des autres : c’est à quel âge on a le premier contact avec l’informatique. Plus c’est sombre, plus c’est tard. C’est clair, la France est dans le sombre. En Angleterre c’est très tôt. La Suisse, une bonne partie de l’Allemagne, l’Allemagne n’est pas homogène, la Pologne c’est très tôt. La Pologne est complètement pionnière. Elle enseigne l’informatique depuis super longtemps. Il y a un bloc de gens rapides dans les pays de l’Est et un bloc de gens lents chez les latins, ça vous étonnera ! La Corse est lente, le Portugal aussi, l’Espagne pas du tout, l’Irlande pas du tout.

Si on regarde les courbes par âge, suivant les âges, il y a les petits et les grands, on voit que la France est palote dans le système, optionnel ce n’est pas terrible. Optionnel et actif je ne sais pas exactement. On élit une spécialité qui est notée et obligatoire c’est foncé. On voit que la France est dans les mous, que l’Irlande est dans les plus, par contre l’Angleterre et l’Écosse sont dans le dur depuis longtemps et à tous les âges. Il y a une chose bizarre au niveau de la Suède et de la Finlande que je ne sais pas décoder, il n’y a rien, est-ce que c’est parce qu’il n’y a pas d’informations ou est-ce que c’est parce que c’est comme ça ? Je ne sais pas.
On voit que la France, en Europe, est parmi les retardataires.

Est-ce qu’il y a un curriculum pour former les professeurs ? Ça c’est non, ça c’est oui, et ça c’est non applicable parce qu’il n’y a pas les données ou que la question a fait erreur quand on l’a posée au pays ou un truc comme ça. On est l’endroit [la France] où il n’y a pas de formation explicite des professeurs d’informatique.

Maintenant est-ce qu’on peut utiliser, pour enseigner, des professionnels du domaine, un système pas forcément idiot mais pas forcément bon non plus. On voit qu’en France, c’est non. En Allemagne, c’est varié en Pologne c’est oui, en Angleterre c’est oui. Il faut voir, je veux dire que c’est encadré, ce n’est pas juste comme ça.

Donc vous voyez, on est en retard de partout, c’est comme ça.

2015-2017 : primaire et collège.

2015-2017 apparaît un changement. C’était dans les airs, mais ça ne s’est pas mal passé la soirée du 18 décembre 2014, lorsque la ministre Najat Vallaud-Belkacem m’a remis la médaille d’or du CNRS. C’était vraiment très intéressant parce qu’on a pu discuter parce que ce n’est pas quelqu’un qui était très facile à voir. Le 6 janvier 2015, elle a fait une réunion sur l’enseignement de l’informatique en disant « qu’est-ce qu’il faut faire ? Qu’est-ce qu’il faut enseigner ? ». Il y avait à l’époque la réforme du collège qui était en préparation.
Sur le CAPES ça avait été simple. Il y avait par exemple un urbaniste qui était là et qui a dit : « Il faut faire un CAPES d’urbanisme, c’est beaucoup plus important que les gens comprennent un quartier plutôt que ce que c’est que l’informatique », je crois qu’il y avait de 75 demandes de CAPES donc ce n’est pas simple pour le ministère.
Il a été décidé d’intégrer l’informatique à l’enseignement du primaire et du collège. Il y a trois cycles, pour le cycle 2 (CP-CE2), les plus jeunes, on parle de « dispositifs informatiques », pas clair ! Pour le cycle 3 (CM1-6e), ce que l’on appelle maintenant numérique mais quand même parler des algorithmes, le mot « algorithme » était tabou. Je n’avais jamais réussi à expliquer à un professeur que lorsqu’il apprend l’addition, il leur apprenait un algorithme, il ne leur apprenait pas l’addition, l’addition ce n’est pas ça, il leur apprenait la méthode d’addition, ce qui est un algorithme. Nettement plus de la 5e à la 3e.
Il est intéressant de regarder les programmes pour voir comment ils sont faits. Je ne vais pas vous parler de comment enseigner, parce ça, ça dépend beaucoup des profs, et je ne suis pas prof de collège encore que je n’ai pas mal enseigné en collège, vous allez voir après. Il y a une chose qui nous a gênés vraiment fort, c’est qu’il a été décidé en partage en deux entre les maths et la technologie. Les maths et la techno, pourquoi pas, parce qu’il y a des maths et de la techno des deux côtés, mais ce ne sont pas du tout les mêmes raisonnements. Je connais pas mal de profs de techno qui sont des gens très bien qui disent « on nous a embauchés pour enseigner la matière et l’énergie, pas l’information ». C’est toujours compliqué, donc ça va toujours finir par retomber dans la matière quelque part. Surtout, les maths et la technologie ne sont pas vraiment les matières qui collaborent le mieux dans le système éducatif. Nous étions très inquiets de ça, n’ai pas les feed-back. Je veux dire que ça traduit très précisément la structure des rapports de pouvoir au sein de l’Éducation nationale et ça n’a rigoureusement rien à voir avec la discipline qu’est l’informatique. Il faut être assez clair, c’est de la politique pure !

Si on regarde les programmes de près, c’est assez intéressant.

Domaine 1 : Les langages pour pense et communiquer. Le programme du cycle 3 qui est jusqu’à la sixième. On va voir le saupoudrage, c’est un peu de littératie saupoudrée : « des langages pour penser et communiquer » et « des langages mathématiques, scientifiques et informatiques ». Ça c’est dans le titre, après il n’y a plus rien, il y a marqué « traiter et organiser des données » ; il n’y a même pas de mention de langage, là on s’est dédouané, c’est clair.

Domaine 2 : Les méthodes et outils pour apprendre.
J’ai mis en rouge, c’est de la littératie pure, comme « outils informatiques », « au service de... ». C’est l’opinion de la littératie pure, rien que « des outils au service de… » sans comprendre ce que c’est. Mais il n’y a pas que ça. « Outils informatiques simples », « outils numériques », une langue vivante, « outils d’écriture », tout ça est raisonnable mais i ce n’est pas couplé avec une compréhension ça perd beaucoup.

Domaine 3 : La formation de la personne et du citoyen.
On en parle énormément, c’était juste quatre ans trop tôtt, donc là, personne n’en a parlé.

Domaine 4 : Les systèmes naturels et les systèmes techniques.
Il y a des outils informatiques pour résoudre des problèmes, ce n’est pas idiot non plus.

Domaine 5 : Les représentations du monde et de l’activité humaine.
Il n’y a pas l’information dans la représentation du monde, informatique il n’y a pas.

Par contre, on va trouver des formes très intéressantes de saupoudrage : Internet est enseigné en géographie ! Pourquoi ? Parce qu’Internet c’est mondial, donc c’est enseigné en géographie ! Donc un monde de réseaux, un habitat connecté au monde et des habitants intégralement connectés dans le monde. Simplement, je doute tout à fait de la capacité d’un prof de géographie qui n’a aucune formation à enseigner Internet de façon satisfaisante avec une carte de géographie, parce qu’Internet ce n’est pas ça. Internet c’est un fonctionnement, ce n’est pas juste de la géographie. On commence quand même de réfléchir sur le fonctionnement du réseau, cette phrase est très vague, il n’y a pas de contenu, au moins ça aide ! Nouveau rapport à l’espace et au temps, question de la citoyenneté. Ni des profs de maths, ni des profs de géographie n’ont été entraînés à ce genre de question-là, de toute façon.

Là, par contre, il y a « identifier un signal et une information ». C’est précis, nature d’un signal, nature d’une information dans une situation de la vie courante. C’est intéressant : feux de circulation, voyant de charge d’un appareil, vous voyez que la matière revient au galop, voyant de charge ; c’est sûr que pour expliquer le traitement du signal c’est ce qui il a y a de mieux ; alarme sonore, c’est un objet noble ; téléphone c’est juste un peu trop dur ; élément minimum d’information (oui/non ) et représentation par 0 et 1. Bon ! Là il y a des choses.

Matériaux et objets techniques Ils exploitent les moyens informatiques

Mathématiques. Alors là, mathématiques c’est beaucoup plus court que la techno, mais c’est beaucoup plus clair, on va le voir un peu plus loin. Il y a du repérage et du déplacement de robots, des activités géométriques, pourquoi pas, c’est visuel, ça se programme.

J’ai une grande question : est-ce que ça s’est fait ? À ma connaissance, dans au moins 45 % des endroits, il ne s’est rien passé. Aucun prof n’a eu la moindre formation. Enseigner des choses comme ça sans formation, ce n’est pas simple. En anglais on a un très beau mot dire ça, ça s’appelle Wishful thinking, il n’y a pas de mot français complètement équivalent à Wishful thinking.

44’ 25

Cycle 4